IV. DE NATURA ANIMALIUM ET NOCTICORACOS
Bene David dicit (Ps. CI, 7) : Factus sumsicul pelicanus in deserlo, et sicut nocticoracus in clomocilio (sic). Physiolocus narrat de pelicano quoniam amator est filiorum nimis, si autem genuerit natos et creverint, percucient (sic) in faciem parentum.
Parentes autem colaphizant 30 eos 31 et occidunt eos 32. Deinde misericordia 33 ducti 34 parentes, tribus 35 diebus lugent 36 filios suos quos occiderunt; et 37 tertia die venit eorum pater, et 38 erumpit 39 latus suum; et 40 sanguis ejus stillat 4I, supra 42 mortua corpora pullorum ; et de 43 ipso san guine suscitât 44 illos de mortuis.
Ita et Dominus noster per Esaiam dicit : Filios garni et exaltavi, ipsi autem me spreverunt. Fabricator noster genuit nos, et percussimus eum. Quomodo percussimus eum? Servivimus creaturæ plus 43 quam Creatori. Yeniens autem in altitudinem crucis Salvator noster, aperiens et exterrens (sic) suum latus, et stillavit sanguinem in salutem [et] vitam æternam. Sanguinem, propter quod dicit (Luc. XXII, 17, etc.) : Accipiens calicem bcnedixit ; aquam autem, propter baptismum penitentiæ. Bene physiologus arguit de pellicano.
29 Ce titre, tout .altéré qu’il est, et la citation complète du Psalmiste annoncent que l’on avait prétendu réunir sous un seul chef les deux animaux dont parle David dans le septième verset du psaume CI.
30 C. colofaciant.
31 C. omis.
32 M. omis.
33 C. misericordiam.
34 C. omis.
33 M. duobus.
36 C. lugentes.
37 C. omis.
38 M. omis.
39 M. corripit. J’a me autant erumpit, qui représente sans
doute le verbe ou û.tc
40 M. sic.
41 M. adspargitur. Peut-être était-ce paLopiai.
42 M. super.
43 M. ex.
44 M. calefacti morlui suscitanlur.
45 Le mot grec rendu par plus et par potius était sans doute pi «/)ov.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
MSS, A, B
Esaiam prophetam (Is. I. 2) dicit 16 : Filios genui et exaltavi, ipsivero 17 me 18 spreverunt I9. Genuit igitur nos 20 auctor et conditor totius creaturæ omnipotens Deus; et quum non essemus, fecit ut essemus. Nos vero 21 servivimus creaturæ potius quam Creatori. Idcirco autem 22 ascendit Dominus noster Iesus Christus in altitudinem 25 crucis, et 24 percusso latere ejus exiit sanguis et aqua in salutem nostram etvitam æternam. Aqua igitur est baptismi gratia 25 ; sanguis vero ejus, calix novi testament et 26 æterni 27 , quod accipiens dédit nobis potum in remissionem et vitam æternam 28.
N. B. Ni Le tigre ni la grue ( dont les articles suivent celui-ci) n’ont trouvé place dans les manuscrits latins que je consulte, pas plus que dans les Bestiaires rimes.
16 B. dicit prophetam.
17 B. autem.
18 B. omis.
19 B. speraverunt.
20 B. omis.
21 B. vero non (sic) in conspectu ejus servivimus, etc.
22 B. omis.
23 “j-\ iof. Les Pères grecs emploient parfois la simple expression ctî'Irj/o;, sans même y joindre le nom delà croix.
24 A. omis.
25 B. baptimi gratiœ.
n B. omis.
27 B. œlerne testamenti.
28 Le ms. A ajoute in spécula sæculorum.
BESTIAIRE RIME
VI. Del Pellican 1 vus devom dire U mult a reson 2 et matire ;
N’orrès 3 mès plus bêle à un an *.
Dampne-Deu 5 dist del pellican Par le voche 6 le bon Davi,
Que de grâce fu repleni.
Que il s’ert fet a li semblable.
Pellican est oisel mirable 7 ;
Si habite en la région D’un fluvie qui Nilus ad non,
El rivage de Nil habite ;
Et ceo me dit l’estoire 8 escrite Qu’il en i ad de dous 9 manères ;
Cil qui habitent en rivères 10 Ne manjuent se peisson non ;
Cil qui ne manjuent peisson Habitent en la désertine,
Et ne manjuent fors vermine.
Del pellican est grant merveille.
Que 11 unquesnule mère oeille 12 N’ama tant son petit ainel 13 Com il fit son petit oisel.
Quant ses pusinès 14 ad esclos 15 ;
En els norir et char et os Met tote sa peine et sa cure ;
Mès mult fet male noriture I6.
Car quant il sunt créuz et granz Et alques 17 sages 18 et poissans l9,
S'il bèkent20lur pères 21 ès vis,
1 X et Y. pélican.
2 Y. raison.
5 Y. n'orreiz mais. X. n’orreiz plus bêle mès.
4 X et Y. O an.
6 Dominus Deus.
6 Voix? ital. Voce. Y. bouche; X. boche, qui se dit encore en Lorraine.
7 La trace de cet ancien mot nous est demeurée dans Montmirail.
8 V. l’est o rie.
9 Y. IL manières,
10 X et Y. ès rivières.
U X. quer onques oclle, et mervelle.
î2 Brebis ; franc, cuaille j esp. oveja.
13 Ainnel ? X et Y. aignel.
14 X. poudriez.
15 Ce verbe avait alors le sens transitif, comme le latin excludere. Ie On s’aperçoit bien que ce mot a la signification d 'élève, comme
nous disons l’élève des bestiaux.
I7 Quelque peu ; esp. algo.
l* Comme qui dirait éduques.
49 X. puissans ; forts
20 X. si bêchent lor pères.
21 Nous dirions aujourd’hui leurs parents (esp. sus padres), mais lur ou lor était sans doute invariable alors, comme l’est encore loro en italien, Cf. ci-dessous, note 26.
BESTIAIRES (PL XIX et XXVIII).
Et tant lor sunt feuls 22 et eschis 23 Que lor père de fin 24 coroz 25 Les oscient 26 et tuent toz.
Al tierz jor vent lor père à els,
Si le comuet 27 pitels 28 et duels ;
Tant les aime d’amor par fi te,
Que dont vent 29, et si les visite.
Od son bek perce son costé Tant qu’il en a del sanc osté;
Del sanc qui de iloc ist fors Ramaine il la vie as cors 30 De ces pucins 3I, n’en dotez mie,
Et en tel sens les vivifie.
Seignors entendez que ce monte33 ;
Jà entendriez vus un conte D'Artur 33, de Charle 34 ou de Ogier ;
Cil 35 a à beivre et à mangier 36 A l'aime 37 de chescon féel 38 Qui volt aver 39 de Deu conseil 40.
Deus est li verrai pellican Qui pur nus traist peine et ahan ;
Oez que dit la prophécie Par li bon prophète Isaïe :
J’engendrai, fait Dampnedeu, füz ;
Quant les eus crcuz et norriz,
Ils me despistrent et haïrent,
Et mes comandemenz desfirent.
Certes, seignors, c’est vérité;
C’est la verraie auctorité 4I.
Nus sûmes ces fiz, ces pignons 42 Que 43, corne malveis et félons,
Nostre Seigneur el vis férimes Quant nus par devant li 44 servîmes
22 X et Y. fel. Cf. p. 1 24, note 32.
23 Grossiers (mal appris), ital. schivo.
24 Cet adjectif marquait, et marque encore en plusieurs provinces, un haut degré dans l’expression qu’il accompagne : le fin fond,, le fin premier, fin bien , un coquin fini; comme on dit fin or. angl. fine.
25 X. cor'riz; Y. corros.
26 Ce pluriel indique de nouveau qu’il s’agit des parents, et non du père seul.
27 Y. commuit pité à eax.
28 X. pitié a d’eus.
29 X. donc vient
30 X et Z. el (Y. es) cors.
31 X. poucins ; Y et Z. pocins. L’ancienne orthographe était bien plus conforme à l’origine que témoigne l’italien pulcino.
32 X. ore oez que ce monte (à quoi ceci conduit), ital. montar (gloria, etc.); niente monterebbe.
33 Y. Artus.
34 X. challe; Y, ou de Karle, ou d’ Ogier.
35 X et Y. ci a.
36 Cette locution, un peu détournée pourtant, subsiste encore dans le langage familier.
37 ital. et F.sp. aima ; X, âme.
38 Fidèle; esp. fiel; ital. fedele.
A sa créature maint jor,
Et neient 45 à lui créator.
Plénèrement le reméames 48 Quant pières et fut 47 aürames;
Pour ceo à nus se coroçat,
Si nus gucrpit et nus chaçat En la main 48 al cruel félon.
Por nos péchez morz estéom 49 Quant al Père pité 511 en prist ;
Nostre Salveor Jhu Crist,
Son citer fiz, envoia en terre Pur faire pès 51 de nostre guerre.
Deu devint hom pur nos péchez,
Circoncis fu et baptisez ;
Et pur nostre salvacion Soffrit il 52 mort et passion.
Prendre se lessa et tenir,
Lier, bender53, et escopir 54,
Et en la sente croiz péner,
Et des espines coroner,
Et clous ficher ès 55 pez et mains.
Li Salvères, de pité pleins,
Se lessa férir el costé.
Ceo savom ben pur vérité,
Que sanc et ewe 56 en issi ;
Par cel sanc nus sûmes gari.
Cel seint sanc nus rechata 57 vie Et nus osta de la baillie Al félon qui ad non Sathan.
Deus qui est verrai pellican,
Nus rameint 58 en ceste manère Corne la gent qu’il ot wult chère.
39 X. aveir ; Y. avoir.
40 La rime correspondante ferait penser que conseil se prononçait comme on le fait encore dans la Flandre française ( sotel pour soleil.)
41 Citation, comme on disait auteurs auctoriaux (écrivains dont les textes ont force décisive).
42 X. ses pijons, poussins.
43 X et Y. qui.
44 X et Y. lui.
45 Y. naient (néant).
46 Délaissâmes ? X. reneiames ; Y. renoiames.
47 Fust (bois) ? X. fuz (feu) ?
48 X. main au couvert.
49 Les paysans des environs de Paris disent encore fetiomes. X et Y. estion.
50 Y. pitié. Piteux rappelle l’ancienne forme.
61 Y. pais.
52 X. soffri forment.
63 Bander (voiler) les yeux ; ital. bendar.
54 Conspuere; esp. escupir.
35 X et Y. ctoufichier (Y. cloficher) et piez et mains. Ainsi davis figere s’était fondu en un seul verbe français.
56 X. ève; franc, évier. Y. aigue; esp. agua. Cf. p. 118, note 15. 67 X. rachat il ; Y. racheta.
38 Répara. V. raent ; lat. redemit.
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