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LA NATURE DE L’ARONDE

Une manière d’oisèles qui sont apelé arondes. Nos dist phisiologes lor nature, si nos fait à entendre que èle quiert sa pasture tôt en volant ; et si est très isnèle qu’èle n’a garde de nul oisel de proie que il le prenge. Et si a encore 1 autre nature en soi, que en quel lieu où èle onques fait son ni, èle le plaque de terre ; et fait joindre et serer si qu’il est fort tenant. Et lors i pont ses oes et kewe tant qu’ele en a arondeax. Et s’il avenist que nus les arondeax pre-

sist, et crevast à cascun les ex; et maintenant1 2 les remesist el ni arière, et en laissast la mère covenir3 tant qu’il peussent voler; l’aronde set tant de sens de sa nature, qu’èle avroit fait ses arondeax veir tôt clèrement. Mais nus ne set comment èle le fait, ne par coi ; mais il ont les ex tôt cler véant quant il sont si dru4, que il poent voler et sièvent lor mère et lor père.

Tu hom, pren example que tu est l’aronde. Ta pasture que tu quiers en volant, c’est qu’il ne te chaut 5 comment mais que tu aies ta volonté de ton cors et les délis del monde. Li ni, c’est les lieus ou t’arme6 a deservie à manoir. Li fait que tu fais, soient bon ou mal, ce sont li oest (oes?) que tu keuves. Li arondel qui a crevé les ex, c’est li ame de ton cors par le péchié que tu as fait. Cist qui li a l’oeil crevé, ce sont diable, qui ja ne le fera reveir s’il puet. Ce que l’aronde porchase la medichine à son arondel, qu’il puet veoir et voler quant il est dru ; c’est à dire que nos guerpisons nos max,, et en alons à confesse : dont verra nostre âme la joie de paradis, et porons voler en parfaite joie, se nos definons en bones oevreseten repentement de nos péchiés et en penanche 7. Ce est la medicine de l’âme à qui li deables a l’œil crevé.

1 Article omis dans R et S. Le vieux nom de l’hirondelle s’est conservé dans l’expression queue d'aronde, qui fera mieux comprendre arondeaux (comme vipéreau et louveteau).

2 De suite. L’ancienne signification de ce mot correspon-

dait à nos expressions : sans désemparer, immédiatement ,

incessamment, ital. immantenente.

3 Faire à sa convenance ?

4 Forts, robustes. Les nourrices disent un enfant dru.

s il ne t’importe; ital. non ti cale; franc, nonchalance (insouciance) , il ne (ou peu) m’en chaut.

6 Ton âme ; ital. anima, aima.

7 Pénitence ; angl. penance.

ORSERVATIONS.

Il y a peu à rectifier dans l’enseignement de notre naturaliste sur un oiseau si facile à étudier. On a remarqué depuis longtemps (Cf. Aristot., Hist. amm., II, 17 ; VI, 5. Antigon.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

Caryst., 72; p. 80. — Plin. XXY, 50. — Ælian. III, 25) que les petits de l’hirondelle se tiraient fort bien de plusieurs expériences assez cruelles faites sur leurs yeux. Mais il n’est pas constant qu’il faille faire honneur de cette guérison à leur mère et à la vertu d’une médication dont elle posséderait le secret. Il paraît beaucoup plus simple de recourir à une explication déjà proposée par Aristote : savoir que, sortant de l’œuf sans avoir encore l’organe de la vue formé, ces oisillons retrouvent avec le temps leurs yeux que les expérimentateurs n’avaient réellement pas entamés au vif, puisque le développement ne s’en fait qu’à la longue.

12 (Fig. N).

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