LA NATURE DEL VOLTOIR
Phisiologes nos dist chi la nature d’un oisel qui estapelé voltoir, qui par costume sieut les os1 2 les tornois por ce que il mangue les caroignes. Si set tant par nature de lui meismeque il i avra homes ocis. Car il en mangue volontiers les ex, et puis en trait tote la chervele par les ex; et sovent mangue la car del home, car il est moult ort 3 oisel. Et si a une nature en soi, que il sent bien une caroigne 111 jornées de loing, ne ja cis oiseax ne gostera de nète cose ne de bone cose; tels est sa nature.
Cis oiseax est example de diable. Li rice home qui dérobent à la povre gent et enforcent le lor par plait et par autre mal art qui de covoitise lor vient, ce est example de cels qui vont en tornoi et en ost, et dérobent li un l’autre et s’entrocient. Dont est li oiseaus tôt près qui les mangue quant li tornois ou l’ost se départ ; c’est à dire quant il sont de cest mortel siècle trespassé , que deables emporte l’âme en enfer. Et là est dévorée et mangié par le fait que li cor3 prennoit et roiboit4 contre raison et droiture.
1 Le voltoir (vautour, ital. avoltojo) reparaîtra encore au 2 Ost, et... ? les armées, etc. ital. oste.
il" 68 de ce même bestiaire, miniature BQ. Cet article (n° 12) 3 Malpropre. Cf. p. 133, note 28.
manque dans R et S. 4 Dérobait; ital. rubare ; allem. raub.
Les singularités sans nombre attribuées au vautour par les anciens (Cf. Leemans, inHorap. p. 171-187. — Querc. in Georg. Pisid. De mundi opificio, v. 1087-91 ; et V. 1136-53. — Tychsen, l. cit., 106-110) sont réduites ici à bien peu de chose; mais il se trouve que ce peu n’est pas encore sans quelque exagération, tant il est difficile de se borner à la simple vérité. Ce malheureux oiseau, après avoir été presque en vénération dans l’antiquité (Cf. Ælian., X, 22 ; II, â6; I, â5; etc. ; Plin., passim ), a été maltraité outre mesure par les modernes. Non
BESTIAIRES (PI. XIX, XXV)
contents de lui enlever ce prestige d’emprunt dont il avait été entouré par une science enfant, mais naïve et pleine d’amour pour les œuvres de Dieu, nous n’avons plus voulu voir en lui qu’un objet rebutant et digne du dernier mépris. C’est pousser la critique jusqu’à mériter ses censures, en corrigeant un excès par un autre.
13 (Fig. O).