‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littératureChapitre 74 sur 149 · XXVI. DE MUSTELA E · texte numérisé non relu

XXVI. DE MUSTELA E

Præcipit Lex (Levit. XI, 29) non debere manducare mustelam, quia inmundum animal est. Fisiolocus dicitur 2 quoniam mustelasemen masculi per ore 3 accepit, et sic in uterum habeat 4 ; tempore pariendi per aures générât.

Sic sunt aliquanti infidelium 5 : libenter quidem accipiunt verbi divini 6 semen ; sed, inobedientes efiecti , prætermittunt et dissimulant 7 quæ audierunt. Isti 8 taies non solum mustelæ comparantur, sed etiam aspidi 9 surdæ quæ 10 obdurant (sic) aures suas.

I Comme les bestiaires français, qui associent la belette et l’aspic sous l’unique titre aspis, B (au moins dans la table) semble ne donnera l’article de ces deux animaux que le titre mustela. Cette bizarrerie apparente a été conservée dans le livre De bestiis (H, p. h^h).

7 N’ayant qu’un seul texte complet, je ne pourrai souvent indiquer aucune variante dans cet article. Il est, dureste, des corrections que tout le monde devinera sans que j’aie besoin de les signaler. D, tout en maintenant la moralité, se permet de faire ses réserves quant aux propriétés attribuées à la mustoile par ses prédécesseurs : « Falso autem opinantur qui « dicunt mustelam ore concipere, aure effundere partum. » H, qui ressemble beaucoup à D, ne pousse pas si loin la hardiesse ; il se contente d’écrire dicunt.

3 Des équivoques comme aurem et orem (pour os) auront pu occasionner les différentes versions également merveilleuses qui couraient sur l’enfantement de la mustoile. H ne se permet pas de prononcer entre les divers récits; mais Guilliame prend délibérément parti dans la question, sans alléguer nul motif.

4 F,v 7«rpt lyii.

5 H. nonnulli fidelium. Pierre le Picard suivait un texte conforme à celui-là.

6 H. divini verbi. D, qui prend un tour fort différent, ne peut servir à aucune vérification.

7 B. desimulant.

8 B. Iste.

'> B. aspidis.

i0 H. et obturanti aures suas ut non audiat vocem incantantis (Ps. lvii, 5). D omet l’aspic entièrement.

II B. Fis io locus ; M. (p. 591). Aspides, serpentes vene-

DE ASPIDE.

Physiologus 11 dicit quoniam 12 aspidis 13 banc habent naturam ut si quando adveneril Marsus 14 ad speluncam ubi habitat 15 aspides, et precuntatis 16 omnibus carminibus ut exeant 17 de cavernis suis; ille ( illœ ) vero I8, ne audiant vocem incantantis, ponunt capita sua 19 in terris 20. Et unam quidem 21 aurem suam premittit 22 in terram 23, alia 24 vero aurem 25 suam 20 de cauda sua 27 obturât 28.

Taies sunt istius mundi homines divites qui [unam quijdem 29 aurem suam 50 depremunt (sic) terrenis desideriis ; alii 31 vero, posterioribus peccatis suis peccata nova 32 semper addentes 53 , obdurant 34 corda. Et ita fit ut non audiant incantan-

nosœ quarum naturam Physiologus exposuit dicens, si tamen credendum est : Asp'des lumc habent, etc.

12 H. quod.

13 H. aspis hanc habet ,

14 H. aliquis liomo.

15 M. sunt; H. habitat aspis.

16 M. prcecantaverit; H. incantarit eam.

17 H. exeat.

18 H. ilia ne audiat , etc.

19 H. ponit caput suum.

20 II et M. ad terram.

21 H. omis.

22 H. premit; M. prémuni.

23 M. in terra.

24 M. aliam ; H. alteram.

25 H. omis : aurem cauda.

26 H et M. omis.

27 B. omis.

28 M. obturant. La compilation recueillie par le cardinal Maï ajoute : « Unde et David : sicut aspides swdec et « obduranles (sic) aures suas, quæ non exaudiunt voces « incantantium (version qui ne suit point les lxx). Bene ergo « de aspidibus physiologus.» Ici je cesse de pouvoir recourir à M. qui jamais n’a l’application symbolique.

29 H. unam aurem deprimunt in terrenis , etc.

30 H. omis.

31 Malgré l’accord de H et de B, il y a lieu de penser que ce devrait être aliam... obturant... , indurantes corda.

32 B. omis.

33 B. addendentes.

34 B. obturant.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

tes J 1 vocem, hoc 36 est prædicatores 37. Et hoc quidem solum aspides faciunt ut non (sic) obturent; isti vero et oculos suos obcæcant terrenis cupiditatibus et rapinis, ita ut nec auribus audire vellent divina manda[ta], hæc (nec) salvare (sic) ; hæc (nec) occulis adtendere in cælum, et cogitare ilium qui semper cælum (sic) , et facere bonitatem etjustitiam. Hii (sic) qui nunc eum (Deum?) per

35 H. vocem incantantis.

36 H. id.

37 H. prœdicantis verbum Dei. Là finit toute ressemblance entre mon manuscrit et l’article du traité De bestiis.

38 Nous aurons souvent l’occasion de remarquer que les vieux

prædicatores et divinas scripturas audire volunt ( nolunt ), audient in die judicii dicentem (Matth., XXV, kl) : Discedite a me , maledicti, in ignem œternum qui ( quem ) præparavit Pater meus 38 diabolus (diabolo) et angelis ejus.

Trisnon, corbeau, harpie, rossignol, espech, paon et alerion sont choses inconnues aux vieux manuscrits latins. Cependant je donnerai un article quelconque du corbeau, puisé à des sources moins reculées.

bestiaires latins s’écartent presque toujours de la Vulgate, et parfois même du texte grec des lxx tel que nous l’avons. 11 semblerait que l’ancienne version italique fût généralement leur guide, ce qui serait déjà un indice de date bien élevée pour nos traductions occidentales du Physiologus.

XXVII. De la Belette est grant merveille : Car èle enfante par l’oreille Et parmi la boche receit La semence par quoi1 2 conceit.

Del madle quant èle i3 aproche Prent la semence par 4 la boche 5 ,

Que dedenz son ventre norrist.

Et parmi l’oreille s’en ist.

Geste beste petite 6 mue 7 Porte ses faons 8, et remue Soventes feiz de liu en liu;

Ne tent mie une place en feu 9 * *.

Les serpenz et les soriz het !0,

1 Guillaume se charge là , et quatorze vers plus bas, de trancher un différent de fort vieille date ; mais erreur pour erreur, autant valait opter pour celle qui conservait plus d’accord entre le récit et la leçon morale ; et c’est ce qu’il n’a pas fait.

2 Ce vers, emprunté à X, était hypermètre ou presque illisible dans les autres; sauf dans Z qui dit : La semence dont le conçoit.

3 Y. omis ; X. l’ aproche.

b V. parmi.

5 Les manuscrits que j’ai examinés donnent tous cette répétition, quoique ce soit beaucoup de deux affirmations pour un conte. Mais l’auteur voulait sans doute insister sur la forme à laquelle il apportait le poids de son avis.

6 X. petite beste.

7 Muette. Cet adjectif, qui chez un grand auteur serait qualifié d’epithète prise de la nature des choses, sera peut-être chez notre trouvère regardé comme une cheville. « Habent sua fata libelli. »

8 V. chaieus ; Z. caiaus. Ce mot n’existe plus que dans la langue

de l’horticulture, avec une acception quelque peu figurée (caïeu).

Cela, jusqu’à meilleur avis. Cf. p. 108, notes 16 et 36.

j On dirait que c’est l’expression : n'avoir ni feu ni lieu. Quant à la

propriété que ces vers attribuent à la belette, sans sortir des bestiai-

res, nous la retrouvons dans D (très conforme à H en ceci) : « Hæc,

« ingenio subdola, in domo ubi habitat, quum catulos genuerit,

De là les chace où èle" les scet.

Sont fols cil qui vont afermant Que èle receit et espant 12 * La semence parmi l'oie,

Seurement ceo ne lui ail mie |;î.

Ceste beste sunt paragiez 14 Plosors 15 qui sont encoragiez 16 De ben ovrer 17, de Deu servir;

De la parole Deu oïr

Sont corius ls, mult i entendent,

En lor corage 19 à Deu se rendent,

Et comencent ben à ovrer 20,

A Deu servir et 21 amer ;

« mutata sede deloco ad locum eos transfert et collocat (H. muta- « taque sede locat). »

10 La haine de la belette contre le serpent (ou le basilic) est men tionnée par plusieurs auteurs. Cf. Hug. (?), De best., libr. III, cap. 41 ( t. II, p. 4 44). — Berger, Tradit. tératolog., p. 540-542. — Isidor. Etymolog., lib. xii, cap. 4. (t. iv, 64, sq.). — etc. Je pense qu’on a confondu le serpent avec le crocodile, et la belette avec l’ichneumon. Mais nous reviendrons là-dessus ailleurs (article 42).

11 X et Z. où les sel. Autre nature exposée par H et D dans les mêmes termes : « Serpentes etiam ac mures persequitur. » Mais ni cette propriété ni la.précédente ne sont d’aucun emploi pour le symbolisme.

12 Répand.

13 Y et Z. scgurement (Z. seurement) ce n’i a mie. Ce vers et les trois précédents manquent dans X.

th V. Aporagez.

15 V. encoragez.

16 X et Y. plusors ; Z. une gent k'est encouragié.

17 V. ovrir.

48 Y. curiex ; X. curious.

19 Cœur. Cf. p. 125, note 13; sauf le respect dû au comte J. de Maistre.

20 V. ovrir.

21 X. à amer ; Y. et bien Deu ; Z. et à Diu.

BESTIAIRES (PL XIX, XXV)

Et en petit d’ore recréient 22 Et ce que il aiment mescreient 23.

Et ne sont mie obédienz,

A faire ces 24 comandemenz Sicum orent ainz 25 promis.

Al serpent qui ad non aspiz 26 Ke sont comparés tels i a;

Si vus dirrai quel costome a Cèle serpent dunt jo vus di.

Ne purquant 27 unques ne la vi,

Mais ceo est vérité provée.

Quant èle crient estre enchantée Por l’enchanteor qu’èle craint 28,

L’une de ses oreilles prent 29 A la terre inult durement 30 Et od sa coue finement Estope l’altre oreille ci ( si ? )

Que de li Jl ne pot 32 estre oï L’enchanteor en nul guise.

De tel manère est sa cointise 33,

D’altre tôle manère sont Les riches homes de cest mond.

Sont tôt encombrez et chargez De ricliesceset de pecchez;

Quant il oent de Deu parler.

L’oreille n’i poent torner.

Par richesces sunt asordez Et par coveitise assortiez Qu’il n’oent ne ne voient gote 34 ;

Tos jorz tènent malvaise rote.

L’evangelie pour veir affiche :

Plus grève chose est un hom riche En la glorie ciel ciel entrer.

Que faire un chamail trespasser Par le chaas 35 d’une agoilletle Que seit estreit et petitette.

Maldite seit cèle ricliesce

22 En peu de temps se démentent; ital. ricredersi. Cf. p. 121, note 6 ; et p. 127, note 33.

23 ital. miscredente ; franç. mécréant. Ce vers et le précédent manquent dans Y et V.

21 Y. ses ; Z. les.

25 Y. avant ; Z. si eom ils orent ; X. si cum il li orent.

2fi La rime montre bien ici que l’aspic appartient à l’article de la belette et fait partie d’un même ensemble.

27 Néanmoins, malgré tout cela ; ital. per tanto.

28 V. grent ; X et Z. crient.

29 Attache, presse fortement? lat. premere.

30 V. dorement. ital. duramente.

31 X. d’èle.

32 X et Y. puet.

33 Ruse ; nous retrouverons l’adjectif cointe, d’où le nom propre Lecointe. V et Y. coveitise.

34 Y. goûte ; et cependant rote demeure à la rime. On dit encore en Lorraine je ne vous (vois) gote.

Que l’aime mène à tel dcstresce De la peine qui tôt dis dure,

En la forneise et en l’ardure De la puor qui tôt jorz art.

Richesces sunt de male part.

Car à grant travail sont conquises Et à grant pour 36 sunt porsises,

Et a grant dolur sunt guerpies Et donées et départies 37.

Pur ceo list hen jadis un sage Que mult aveit tôt son éage 3s A sa richesce entenduz,

Tant que la memorie ot perduz De Deu servir et honorer ;

Un jor se prist à porpenser ,

Esgarez 39 fu que il fereit :

Si à ses faucheors irreit U à ses vignes, u à ses blez.

Durement estoit esgarez De ses pécunies qui moreient,

De ses nefs qui par mer coreient ;

De ses molins iert en porpens Qui n'avoient ewe tôt tens.

Dunt li venoient messager Que là porreit tant agaainner 40 ;

Altre messager revendent Qui altres novèles diseient,

Que ja tant 41 perdu aveit Que nul le nombre ne savoit.

Là ù il ert en tel destresce.

Garda 42 amont et les oils dresce Vers Deu qui tôt le mond forma ;

Et de sa richesce mult 43 pensa

Que li avoit fait oblier

Ceo qu’il déust le 44 plus amer ;

Et tant i 45 avait mis son quer 46 Que il ne peut à nul feur47

35 Petit trou ; X. la chasse d’une aguilléte ; Z. par le casse.

3® Y. paor.

37 Le trouvère traduit évidemment cette phrase rapportée par Pierre de Blois dans un de ses sermons ; « Opes... cum labore ac- « quiruntur, cum timoré possidentur, nunquam sine dolore arnit- « tuntur. »

38 X. ange ; Y. aige, et saige.

39 Préoccupé, absorbé dans une considération profonde ? — Indécis?

40 Z. gaaigner ; ital, guadagnare. Y. guaigner.

41 X. que del suen tant perdu.

42 Y. regarda (regarde ?) ; X et Z. regarde.

43 X. omis.

«4 V. omis ; X. ce que il déut plus.

45 V. omis ; X. y aveit.

46 Si la seconde rime ne doit pas réellement être fuer, comme dans X, Y et Z, il fallait que la prononciation effaçât la disparité de ces deux finales.

47 Compte, en nulle façon.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

Devoluper 48 sei ne départir 49,

Ne honoréement issir.

Dunt se purpensa mult estroit Que lot ensemble guerpiroit Ses pécunies et son trésor ;

Vendi lot, si acata 50 or.

Quant 51 il (qu'il?) ot en or ajusta.

En une masse l’asembla Com I moele de molin.

Quant il ot tôt vendu enfin.

Que ren n’i ot. remis (reniés ? ) à vendre Dont l’em péust un dener 52 prendre 53,

Tos ses dras vendi à devise 54 Forz ses braies et sa chemise,

Que plus à vendre ne lessa55;

Son or devant sei roela 56 Quant il ot trestot assemblé.

Dunt l’ad 57 issi atorné Que un chaène 58 le teneit,

Une ne fma desqu’il veneit Sor une roche lez la mer.

Lors comença le 59 floz à monter ;

Quant la mer fu rasez 60 et pleins Dunt enpeint-61, od pez et od mains,

Son or ès greinnors 62 parfondesces.

Si ad dit pois : Alez richesces A mil[le?] et ciuc cens63 déables;]}

Ne serez od mei mès manables.

Car vus me quidates néier ;

Mès jo vus néierai primer.

Maldite seit la vostre escost 64 !

Qui en vus od son quer repost.

Ne poet bone vie 65 tenir,

48 X. desveloper, ne départir.

49 Y. partir.

50 X et Y. achata.

51 X. quart que il ont, en or ckanja.

52 X. denier.

53 V. rependre.

54 A tête reposée, départi pris? angl. devise.

5r> Y. n'i laissa. *

56 X. roola ; ital. rotolare.

57 Dunques l'ad ? X. quer il l’out.

58 Y, une chainc ; X. une chaène. esp. cadena.

59 X. omis.

60 Quant il couvrit ses bords; franc, rasade; car je ne crois pas qu’il s’agisse de l’allemand rasen. Ce n’est point une tempête, mais le llux. X. quant il fu tôt haucié.

44 Y. enpaint ; lat. impingere, ital. spingere.

62 Y. grignors ; X. plus granz. Cette dernière transformation aidera ceux qui n’auraient pas reconnu le latin grandior dans greignor. Cf. p. 127, note 18.

6î Z. à V. C. (500) dyables ; X. sexante déables.

64 X et Z. le vostre acost ; Y. la vostre apost. Votre approche ?

68 Y. voie ;X. veie ; lat. via.

N’à la halte joie venir 66.

Seignors, pur Deu romnipotent Ne semblez mie le 67 serpent Qui les oreilles clôt et serre Od sa coue 08 contre la terre,

Qu’èle n’oie l’enchanteor.

Quant la parole al Salveor Orrez, ne vus estopez mie Ne la véue ne l’oie.

Aspiz crient mult l’enchantement.

De son lignage i ad grantment.

Dispas 69 en est, la felonesce,

Que mult est male et traiteresce :

Si tost com [un] home, aura morz,

D'angoisse de sei 70 moert li corz.

Un altrei ad, prialis71.

Que est de la lignée 72 aspis;

Qui en dormant la gent oscit Sicum li bestiaire dist.

La réine Clcopatras

Qui tant cremeit de mort le pas 73,

En mit od sei une poinnant ~u ;

Si morut si 75 cum en dormant.

Allre en i ad qui mult est fère 76 Et de pélirose 77 manère.

Cumme dreit sanc78 est sa color;

Si point de si fère vigor

L’orne ou la femme, et 79 tant le grève

Que chescone veine li crève.

Si seigne tant cum seigner poet,

Après le sanc morir l’estoet80.

Encore i a un[e] plus male Qui mult a venin en sa male ;

66 X. haute joie venir ;Y. ne an la haute joie venir.

67 Assez ordinairement le serpent est féminin dans les vers de Guilliame, comme en italien et dans nos dialectes du midi ; mais ici tous les manuscrits sont d’accord.

68 Y. coe ; X. de sa coue et de la terre.

«9 Atij'iç. J’accorderai quelques mots tout à l’heure (note 82), aux divers serpents indiqués dans ce bors-d’œuvre.

70 Soif; ital. sete, esp. sed.

71 LAT. pristis (■kûy.çy, o)?

72 V et Y. del lignage.

73 Passage.

74 Y. poignant ; X. pongnant ; lat. pungens; franc, poindre, poignard ; ital. pugnere, pugnale ;

75 X. tôt cum ; V. aussi cum; Y. si morist ami comment en dorment, vers énormément faux.

76 lat. férus ; X et Y. fiére. Il s’agit de l’hæmorrhoïs.

77 esp. peligrosa ; X. périllose.

78 Absolument (exactement) comme du sang. De là l’expression populaire tout dreit, pour dire : très juste, à point.

79 V. omis.

80 X. l’estuet. Il lui faut (il est réduit à) mourir. Les six vers sui vants ne sont pas dans X.

BESTIAIRES (PI. XIX, XXIV, etc.).

Ceo qu’èle point ja ne garist,

Car le cors meintenant81 porrist,

Et chet tôt en puldre et en cendre ;

L’aime li convent tant tost rendre 82.

Guillaume -le-Normand ne parle ni de trisnon, ni de corbeau , ni de harpie , ni de rossignol , ni d’especli, ni de paon, ni d’alërion ; et je fais remarquer une dernière fois pour toutes, que le Bestiaire rimé est généralement assez conforme ù mes anciens manuscrits latins.

*1 Y et Z maintenant ; aussitôt, immédiatement. Il s’agit du tabificus seps.

SJ Tous ces détails d’érudition hors de propos sur les diverses sortes de serpent ne doivent pas être portés entièrement à la charge du trouvère normand. C’est tout simplement un emprunt fait par quelque compilateur à S. Isidore ( Etymolog . lib. xit, cap. iv, n" 12-17 j Opp. t. iv, p. 65, sq.), qui énumère les natures de l’aspis, du dipsas, de l’hypnalis, de l’hœmorrhoïs, du prester et du seps. Cf. Pseudo- Uug., De besliis. lib. h, cap. 30 (Opp. t. n, p. 430).

J’ai fait graver à la fin de cet article un spécimen des espèces merveilleuses dont le genre serpent avait été enrichi par les compilateurs et les artistes, à la suite des noms et descriptions données par les classiques (Solin, Pline, Lucain, etc. Cf. Codd. giessens., t. cit. v. 266, sqq.; p. 173, sq.). Celui-ci est l 'amphivena (sic, c’est à dire amphisbœna); et j’en aurais pu donner bien d’autres si j’eusse cru que cela fût de quelque utilité. Mais pour ne pas laisser tout à fait sur l’appétit ceux qui auraient le goût de ces belles choses, je transcrirai du moins l’article De l’aspide dans le Trésor de Brunetto Latini (Bibl. Royale, mss. fr., n-' 7068, fol. 43 v°) : « Aspide est une manière, de venimeus serpent qui ochist homme de ses dents ; ja soit ce qu’ils sont de plusieurs manières, et cascuns a une propriété de mal faire. Car chiski est apiélés aspide ( dipsas ) fait mourir de soif Tomme

qui elle mort (sic) ; et l’autre qui a non prialis ( hypnalis ), fait tant dormir que il muert; et l’autre qui est apiélé enioroit (hcemorrkois), li fait fondre tout son sanc jusqu’à la mort. Cliieus qui a non preste (prester), vait tous jors bouche ouverte ; et quant il estraint nului a ses dens, il entle tant qu’il devie, et maintenant pourist si malement que c’est diablie.

« Et sacés que aspide porte en sa teste la luisant et précieuse pière que l’en claime clarboucle ( escarboucle ); et quant li enchantères qui viut oster la pière, dist ses paroles, maintenant que la fière beste s’en aperchoit, fiche l’une de ses oreilles dedens terre, et l’autre estouppe elle de sa keue en tèle manière qu’èle n’ot les paroles conjurans. »

On voit qu’il était quasi de rigueur d’accepter les conséquences du mot générique v-ania, en complétant l’article aspic par une énumération de divers serpents curieux.

OBSERVATIONS

La belette transportant ses petits suspendus entre ses mâchoires, à la manière du chat, aura sans doute obtenu ainsi son antique réputation d’enfanter par la bouche ; bien que la miniature du ms. suppl. fr. 632 25 représente les petits de la belette sortant par ses oreilles (Cf. supra, p. 150, note 1), conformément à la leçon de Guilliame. Le reste peut bien n’ôtre venu qu’à la suite de ce premier embellissement d’un fait réel; et les assertions n’ont pas manqué aux contes qui étaient venus le grossir comme par alluvion. (Cf. Plin. Nat. Hist., X, 85; al. 65. — Bochart, Hierozoic , P. 1, libr. III, cap. 35 ; t. I, p. 1033-1035. — Saumaise, in Solin, p. 325. — Leemans, in Horapoll., p. 333, sq., et 395. — Tychsen, l. cil., 73-75. — Antigon. Caryst., 21, p. 67 : yAebç.) Car la belette fut mise sur le pied de prêter et d’emprunter à tout ce qui lui ressemblait par la forme extérieure ou par le nom : lézard, chien-demer, ichneumon (uzig), fouine, furet, martre, putois, loutre, etc. Doté donc à l’envi par les compilateurs, ce petit quadrupède s’est bientôt trouvé en mesure de prêter au lion même; comme je l’ai fait remarquer ailleurs. (Supra, p. 108, note 30. — Vitraux de Bourges, n° !\h\

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

p. 79, note 7; et pag. 80, note 2.) Pline y peut avoir donné lieu {Nat. Hist ., VIII, 17) en comparant les lionceaux nouveaux nés aux petits de la belette. Quoi qu’il en soit, grandie à ce point, la belette a passé pour faire la guerre non seulement aux couleuvres, mais même au basilic (Cf. supra, p. 148) ; comme si on eût craint de ne point lui attribuer assez de merveilles.

Quant à l’aspic, ou au reptile quelconque caché dans cet article sous le nom générique dmk, qui est la ressource ordinaire des LXX, son histoire rappelle du moins un fait au sujet duquel l’antiquité n’a qu’une voix : c’est le pouvoir de certains peuples (Psylles, Marses ou Thessaliens, etc.) sur des reptiles redoutés par tous les autres hommes. Jonglerie ou incantation réelle, il n’importe ; cette espèce de science s’est transmise jusqu’à nos jours en plus d’une contrée (Cf. Champollion-Figeac, l'Egypte ancienne , p. 20, 21. — Lacépède, serpents, naja. — Boulin, sur les curanderos d’Amérique, dans la Revue des Deux-Mondes; octobre 1833), et les témoignages des auteurs classiques sont presque sans nombre à ce sujet. Le docte Bochart (Hierozoic. , P. Il, libr. III. c. 6; t. II, p. 385-394) en a réuni une foule qui pourrait contenter l’amateur le plus curieux; après de tels hommes on ne peut guère que glaner. Je me bornerai donc à indiquer Beckmann {In Aristot. lib. de Mirab. auscult ., p. 334, sqq.), les notes de M. Westermann sur les Paradoxograpkes grecs (Antigon. Caryst.,16; p. 65. — Apollon., 11 ; p. 107), les commentateurs de Pline (Nat. Hist., XI, 30, al, 25; VII, 2; etc.), et un mot de Strabon (lib. XVII ; ed. Casaub. 1620, p. 814. — Cf. Plin. VII, 38 ; XXVIII, 6, al. 3) qui n’est pas éloigné de croire que les Tentyrites possèdent quelque charme semblable contre les crocodiles. Aussi ai-je vu une gravure allemande du dix-huitième siècle, ou du dixseptième, qui représentait je ne sais plus quel saint évêque égyptien à cheval sur un crocodile; et, si j’ai bien compris l’intention de l’artiste, cela indiquait tout simplement que le saint homme était de Denderah (le pays des philocrocodiles).

De l’arbre à baume, je ne sais que dire; et franchement je n’y ai pas mis grand’peine, parceque les bestiaires vraiment anciens ne lui ont accordé aucune mention. Mais il ne sera pas tout à fait oiseux de rapporter une autre forme populaire de ce récit, laquelle ne repose à vrai dire que sur la parole de Brantôme ( Mestres-de-camp catholiques; Œuvres, éd. Momnerqué, t. IV, 326), et encore en un de ses endroits les plus gascons : « Les bonnes gens et bonnes vielles femmes de notre pays sont encore en cette badine opinion que pourquoy les gens d’aujourd’huy ne sont si gens de bien que le temps passé, disent-ils, parce qu’ils ne sont baptisez d’un si bon et si saint cresme que du temps que les Bourdeilles l’alloient quérir par delà Jérusalem, et l’alloient prendre dans l’oreille d’un dragon qu’il faloit qu’ils tuassent de leurs mains; et puis en tiroient de ladite oreille, de la substance dont on faisoit le cresme; et le sanctifioit-on dans Jérusalem par les saints prélats qui y estoient ; puis le rapportoient à leurs pays, et en fournissoient les églises. » Voilà qui s’élève dans le merveilleux jusqu’au burles-

BESTIAIRES (PI. XIX)

que, tout en reflétant une lueur bien reconnaissable du conte primitif; mais c’est le cas, ce me semble, de conclure avec le même auteur en un autre lieu (ibid. p. 335) : a Je m’en rapporte a ce qui en est, il ne sera pas damné qui le croira ou décroira. »

Je ne garantis pas plus la forme que le fond des enseignements zoologiques donnés par nos manuscrits. Toutefois, malgré les ailes données à l’aspic par le manuscrit P, il est utile de laire observer que le bois gravé donné en tète de cet article (p. 147) peint cet animal d’une façon passablement conforme à la miniature de cet autre manuscrit du British Muséum dont nous avons parlé précédemment (t. I, pl. XLY, fig. F; sous les pieds des juges iniques).

14 (Fig. P).

D’UNE BESTELETTE QUI EST APELÉ TRISNON *.

Une petite bestelète qui est apelée trisnon, Physiologes nos dist que sa nature est tèle qu’il aime tant le canter qu’il en pert son mangier; et qu’il s’entroblit1 2 tôt en chantant, et s’en laise aporcachier3, etmuert tôt en chantant.

Par le trisnon prendons example del juste home qui adès est en benfaits 4 et en pénanche ; et met totes les choses del monde et tos délis del cors en obli, et pense porla joie pardurable, et est adès en orison 5, et muert tôt en orrant 6 : c’est à dire qui ensi muert qu’il muert tôt en cantant, alsi comme li trisnon.

1 Grillon, probablement, ou cigale. Ki R ni S ne disent

rien de cet animal.

3 II s’oublie entre temps, comme dirait encore un wallon.

3 Pourchasser, poursuivre, atteindre ; ital. procacciare.

4 Bonnes œuvres.

5 Prière, oraison.

6 Priant ; lat. orando. On connaît le mot attribué à S. Louis au sujet des Anjorrant ( Ange orrant ).

OBSERVATIONS

Ce mot trisnon, ou crisnon, que je ne connais pas, me paraît être le nom du grillon, que l’on aura investi des propriétés attribuées à la cigale, inconnue dans nos climats. On sait que l’espèce de chant dont la cigale est douée lui avait valu de nombreuses mentions honorables chez les anciens. Cf. Leemans, in Uorapoll. , p. 347, sq. — Plin. XXXIV, 19, 9. — Etc.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

15 (Fig. Q).

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