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VIII. Li Ègles 1 est reis des oisels

Quant volt si devenir novels 1 2 3,

Por mult merveillose nature Une fontainne clère et pure U l’ewe seit vive 4 et boillant 5,

Quant soleil 6 est plus cler raiant,

Cerche 7 li ègles quant est vielz8 Et mult ad oscuri 9 les iels,

Et chescone èle grève et veine 10.

En l'air desuz cèle fontainne,

Comence mult liait à monter Contre le soleil qui raie cler.

Quant là suz vent en la clialor,

Ses ieulz afiche en la luior 11 Del soleil, et tant i esgarde Qu’avis 12 li est que trestot arde.

Iloc en cèle ardor esprent Ses ieuls, ses èles ensement ;

Puis descent jus en la fontainne 13 U lewe est plus vive et plus saine ;

Si se 14 plonge et bainne treiz fois ;

Tant que il est, ben le sachoiz l5,

Tôt freiz et tôt renovelez,

De sa viellesce tôt sanez.

Tant ad li ègles clère veue :

S’il iert si hait cum une nue La sus 16 en cel air roant 17,

Si voit il le peisson noant Soz li en fluvie u en mer ;

Dunt descent por li enconbrer,

A li se joint 1S, et tant estrive Que par force le trait à rive.

Une altre manére ad estrange :

Qui feroit de ses oes eschange

1 X et Y. aigles.

2 X. de oiseaus ; Y. rois des oisiax.

* X. Quant veuz est, si devient noveaus ; Y. Cant viex est, si devient noviax.

4 Y. l'aigue soit clère ; X. où l’ève seit clère et bollant.

3 Non pas bouillante, sans cloute, mais réchauffée ; comme on di-

sait Saint- Martin-le-bouillant, pour la Saint-Martin d'été.

* V et Y que (Y. cant) li soleil.

7 ital. cercare ; angl. search.

8 X. veuz et eux ; Y. viex et oelz.

* Y. oscurciz.

10 X et Y. griève et vaine ; appesantie et sans force.

11 X et Y. luor.

12 II lui semble, il s’aperçoit ; V et Y que vis.

13 X. fonteine.

U V. s’i plonge ; Y. se plonge; X. plunge.

15 X. sachiez ; et feiz.

t® Z. Lassus et ens en l'air vloant ( volant ?).

Et en son ni altresméist.

Si qu’il nel seustne ne véist.

Quant li pucin seraient grant ,

Anceis 19 qu’il fuissent ben volant,

Les portereit la sus en l’eir Contre le rai, contre l’escleir 20 Del soleil quant miels21 raéreit;

Celui qui ben esgardereit Le rai del soleil sans cillier22,

Ameroit-il et tendroit cher;

A celui qui n’avroit vigur D’esgarder contre la luur.

Corne avoltre 23 le guerpiroit,

Jà plus ne s’en entremetroit24.

L’ègle qui si se renovèle.

Nus done ensample bone et bêle;

Car altresi devroit ovrer Home qui volt renoveler Son viel vestement ancien,

Soitgieu 25 u soit crestien.

Quant li oil de son quer 26 serroient Si aumbré qu’il ne porreient Véoir la 27 sauveté certaine,

Dunt devroit querre la fontainne Que est espéritable et vive :

C’est le baptesme qui avive Trestuz cels que il seintefie28.

De céo trei-je 29 en garantie L'évangelie ù je troef 30 escrit.

Que cil qui d’ève et d’Espérit Ne serreit einz 31 seintefiez Qu’il en fust renez et purgés,

Ne porroit en nule guise esire Qu’il entrast el règne cèlestre.

17 Serait-ce un analogue de l’italien rovente, par allusion à la sphère du feu ?

48 On dit encore rejoindre et même joindre , pour atteindre. Quant ùestrive, Cf. supra, p. 121, note 3.

19 X. ainçois ; esp. antes ; ital. anzi.

20 Les Italiens diraient chiarore.

24 X. meut ; Y. bien.

22 Y. ciller ; X. clinier.

23 Adultérin. Cf. p. 120, note 103.

24 V. entremectroit ; X. en d’entor lui le jitereit.

2s Y. Juif, soit.

26 X et Y. cuer.

27 V et Y. omis; X. si aumbrez qu’il ne verroient .

Voie ne vérité certaine.

28 Y. cui il sainte fie

29 V. traige ; X. trai je.

30 X et Y. je truis.

31 V et Z. si saintefiez.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

Qui en ceste fontainne clère.

Est baptisez el non del Père, Del Fiz et del seint Espérit, Séurcment sans contredit Porra véer et esgarder Li verai soleil qui raie cler :

C’est Jlnt Crist, li dus, li piz.

Qui en lui ad son regard iniz.

En l’esgarder se renovèle Altresi cum fait li oisèle En l’altre soleil que cist fist 33 Qui loz les éléinenz 33 assist.

32 X et Z. cil.

55 Y. alemanz, ce qui passe la mesure d’une simple variante

OBSERVATIONS

L’un des traits dont se compose ce tableau de l’aigle nous a occupé ailleurs ( Vitraux de Bourges , n° 70 ; p. 127, sv.). Mais le roi des oiseaux a été partagé largement chez les naturalistes d’autrefois, en sorte que son apanage est comme inépuisable ; d’autant qu’on lui associait assez généralement le vautour (Cf. Tychsen, /. cit., 83-88, 106-110. — Leemans, in II orap., p. 342, sq. ; 3à8, sq. ; 380, sq. ; 178, 403, 64, 302-374; etc. — Pseudo-Aristot. , De mirab. auscult. c. 61, al. 60; ed. Beckmann, p. 127-130), et que les diverses espèces d’aigles jouissaient en commun de toute prérogative une fois accordée à l’une d’entre elles. En outre, pour ne pas demeurer en reste avec l’antiquité, les compilateurs du moyen âge ont plus d’une fois amplifié les données déjà très hardies qu’elle leur avait transmises. Ainsi la vue perçante du roi des airs s’est étendue jusqu’à la vertu de couver ses œufs du regard : énormité dont je ne crois pas qu’aucun écrivain classique se soit rendu coupable. Son œil fixe aux feux du soleil, et l’épreuve qu’il fait de ses aiglons par ce moyen ( Aristot.IIist . anim ., IX, 34. — Antig. Caryst., 46; p. 74. — Æl. II, 26. — Plin. X, 3), puis ce que l’observation la plus simple peut apprendre sur sa mue et l’accroissement de son bec qu’il aiguise parfois sur la pierre ; tout cela, combiné avec les récits des orientaux (ap. Bochart, Hierozoic. P, II, libr. II, cap. I ; p. 167, 168), a conduit aux derniers compléments la légende de l’aigle telle que nous la trouvons dans nos Bestiaires.

Ce sujet a été traité, mais d’une manière bien maigre, par Erdm. Walter dans une dissertation académique ( Aquilae natura e sacris litteris, etc., Lipsiæ, 1747). Du reste il n’est pas rare que ces dissertations des vieilles universités allemandes trompent très fort l’attente de ceux qu’aurait afîriandés un titre curieux. J’engage donc ceux qui pourraient s’y laisser prendre à ne pas s’y fier plus que de raison.

Si c’était le lieu de montrer l’emploi qui a été fait de l’aigle dans la littérature et les arts des siècles chrétiens, les exemples ne manqueraient pas ; mais cette première partie a surtout pour objet l’exposition de la doctrine fondamentale quia servi de base à toutes les applications. Le reste trouvera place plus tard.

BESTIAIRES (Pl. XX, XXVIII).

22 (Fig. Y).

LE CAUVE SORRIS f.

David dit el setisme 1 2 seaume : Je sui comme li nicticorax. Phisiologes dist que li nicticorax aime moult les ténèbres plus que le jor ; a àsamblance, et voirs est que il ne velt onques voler par jor.

Del nicticorax a li poples des Juis la samblance, que il déboutèrent3 nostre Segnor quant il vint por els sauver. Lors distrent li Juis4 : Nos n’avons nul roi fors César : cestui, ne savons nos qui il est '° ; et por ce amèrent il plus ténèbres que le jor6. Dont s’entorna nostre Sires à nos Gens, et nos enlumina qu’estions en ténèbres; et en la région de mort nos fa née lumierre 7 *. De ce dist li Salvère par le prophète 8 : Li pueple que je ne connui mie , inc servi. C’est à entendre nos, Gens. Del pople des Juis qui miels amèrent les ténèbres que la lumierre, de ce dist nostre Sire en une seaume9 : Mi fil estrange ont menti à moi, mi fil estrange sont avions l0. Car il s’ostèrent de lor droite sonte 11 ; et. por ce béent 12 la veue, si comme le nicticorax le jor 13. C’est à entendre que lui ne créirent pas que Dex s’aombra 14 en la sainte Virge pucèle, Nostre Dame sainte Marie sa beneoite mère; et ne le voldrent conoistre par l’oscurté de lor mescréance. Et por ce amèrent il l’oscurté, quant il ne créirent clèrement la poissance de Nostre Segnor; et por ce resamblent Jui le nicticorax : il het lumière del jor, et aime ténèbres. Et tôt li oisel l’ont en despit, et tôt crestiens ont Jui en despit ’5,

1 R. propriété du niticorace. Cet article n’existe pas dans S. La miniature Y se prononce pour la chauve-souris, comme le texte en prose française ; mais il s’agit du hibou

réellement, '.ou de la chouette. Le latin et les rimes normandes sont en cela d’accord avec les monuments, comme nous le

ferons voir dans la suite. Mais pour ne pas trop laisser lan-

guir ceux qu’impatienterait l’attente de quelque application, il

peut être opportun de citer dès aujourd’hui ce texte d’un

vieux chant latin du moyen âge, (ap. Ed. Du Méril, Poésies

latines unlér. au douzième siècle, p. 191) :

« Christus a noctuis dalur supplicio. »

L’éditeur n’explique point celte singularité, mais le PInj-

siologus donne le mot de l’énigme; et le p< èle latin montre

clairement, par sa brièveté même, combien les données du

Bestiaire étaient jadis familières au peuple. Car qui aurait pu,

sans cela, trouver quelque signification à ce vers devenu si

étrange pour les lecteurs d’aujourd’hui ?

2 R. en ceste meime siuume. Ps. en, 7. Cf. p. 136, note 2.

3 Ecartèrent, repoussèrent.

4 Joann. xix, 15.

6 Joann. ix, 29.

6 R. que la lumière.

7 Malth.iv, 16. — Isai. ix, 2.

8 Ps. xvii, hb.

Ps. xvii, A6.

10 R. envielli.

11 R. sente : voie, sentier ; esp. senta ; en Lorraine, sùte.

12 Haïssent.

13 R. comme li niticorax fait le jor. Là se termine Parti cle du manuscrit R.

14 Cette expression fait peut-être allusion au texte de S. Luc (i, 35) : « Virtus Altissimi obumbrabit tibi, » où le verbe aurait été lu à la forme passive.

15 Mépris.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

BESTIAIRE LATIN

MSS. A, B

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