V. DE NOCTICORACIS (sic
Dixit Physiolocus 2G: volatile est diligens nociem magis quam diem.
Dominus noster Iesus Christus dilexit nos qui in tenebris sedebamus et umbræ {sir) mortis ; populus {sic) Gentium supra populum Iudæorum quia {qui?) tune adoptionem et Patrum permissionem {promissionem) habuerunt; propter ea et Salvator dicit (Luc XII, 32) : Nolite timere pusillus grex hoc unum (enim? regnum?) in eo (meo?tuo?) conplacuit Deo.
Sed die 27 mihi quoniam nocticorax inmundus est secundum Legem. Ideo 28 Apostolus dicit (II Cor. V, 21) de Salvatore : Non cognovit peccatum, peccatum non fecit 20 ; et humiliavit se ut nos exaltaret (II Cor. XI, 7?). Bene ergo Physiolocus narrat de nocticoracis.
26 Les extraits du Physiologus recueillis par le cardinal Mai n’ont rien sur le nycticorax; mais on pourrait absolument recourir à l’opuscule de ce nom qui a été si cavalièrement publié par Ponce de Léon, sous le nom de S. Épiphane (Epiph. Opp., ed. Petau, t. ii, p 21G). Le manuscrite semble cette fois n’en être qu’une mauvaise traduction. Mais les mss. grecs offrent aussi des différences de texte très marquées.
27 Dices, ou dicis.
28 Le grec avait probablement -/sd p,v ou v.ui roi, qui indiquent tantôt opposition, tantôt conséquence; et le traducteur a fait choix, naturellement, de la signification qui convenait le moins.
29 Au lieu de eum qui non noterai peccatum, pro nobis peccatum fecit ; ut nos efficeremur justilia Dei. in ipso.
Ne fut-ce que pour utiliser le pied de cette colonne, je hasarde un spécimen du Niclicorax de Philippe de Thaun. On y verra que le trouvère prétnedait parler non pas anglo-normand, mais bel et bien français ; et que le langage de notre Guilüame est déjà fort modernisé au prix de celui-là ;
« Fresaie le apelum
En franceise raisun.
Fresaie signefie Judeus en ceste vie :
Que quant li Creaturs Les volt mettre à luurs
Nel F voldrent recuiilir Ne ses cumanz oïr. Etc.»
BESTIAIRES (PI. XX, XXVIII)
qui 9 adveniente Domino et 10 Salvatore nostro ad salvandos eos, reppulerunt eum a se 11 dicentes (Ioann. XIX, 15) : Nos rcgem non habemus nisi Cœsarem, hune autem guis e [.v] t 12 nescimus (Ioann. IX,, 29). Et ideo plus dilexerunt tenebras quam lucem. Tune Dominus convertit se ad nos Gentes, et inluminavit nos sedentes in tènebris et regionem 13 umbrœmortis (Is. IX„ 2), lux magna 14 orla 15 est nobis. De hoc populo Salvator per 16
prophetam dicit 17 (Ps. XVII, 45) : Populus guem non eognovi servivit mifti , obauditu 18 au ris obedivit mihi ; et alibi (Os. II, 24; Rom. IX, 25; etc.) : Voeabo non plebem rneam, plebem meam 1 et non dilectam 20, dilectam 21 ; De illo 22 populo Iudæorum qui amaverunt mugis tenebras quam lucem (Ioann. III, 19), dicit Dominus in psalmo (Ps.XVII, 46 : ( Filii alieni meniili sunl mihi 23 , fitii alieni in veterati sunt, et 24 elaudieaverunt a semitis tuis 25 .
9 B. quem.
10 A et D. omis ; D. Ihu xpo, a se repulerunt prnsenliam ejus, dicentes : Non habemus rcgem nisi.
11 B. omis:... eum, dicentes.
12 A. quiscit ; D... autem nescimus quissit. Idcoque plus dilexere tenebras quam lucem. Et propterea dignalus est Dominus ad Gentes se convertere ; et üluminavit sedentes, etc.
13 A et D. in regione.
14 D. omis.
15 B. horta.
16 B. omis.
17 D. ait.
18 B et D. omis :.... mihi; et alibi.
19 B. omet la répétition de ces deux derniers mots.
20 B. delectam.
21 B. omis.
22 A et D. omis; D. econlra de populo J udœorum dictum est : Filii alieni.
23 D. omis :... mihi et elaudieaverunt.
24 A. etc (sic,). Tout le reste est omis.
23 D. suis.
BESTIAIRE RIMÉ
VII. Or vusdirrai del Nicticorace ', Un oisel de umlveise estrace ,
Fréseie1 2 ad non en dreiz romanz.
Cest oisel est orz 3 et puanz,
De jor ne de soleil 4 n’ad cure ;
Toz jorz est tèle sa nature.
Noit 5 et ténèbres aime adès,
Ben est semblant qu’il est malveis.
En cest oisel sunt figuré Li fols6 Gieu maléuré Qui ne voldrent [à?] Deu entendre7
Quant il vint ça 8 9 pur nus raendre D. De Deu, qui est verrai soleil l0,
Ne voleient 11 creire le conseil; Ainz le refusèrent par tut l2, Encontre 1 ! lui furent début '4,
Et tut plenièrement 15 diseient Que nul reifor César naveient l6.
Dont se illustra l7Deus a nos Genz Qui estéoms laz 18 et dolenz En lénébrose 1 9 région.
En l’ombre de mort séion 20
1 X. vos diron del nicorace ; Y. vous dirai de nitichoraee.
2 Y. f resaie a.
3 Y. ors ; malpropre. Cf. p. 133, note 26.
1 X. solel.
s X et Y, nuit.
fi x. fausjève ; Y. faux juif. En Lorraine, Joei.
7 X. ne voudrent Deu aourer
. . . . ça pour nos sauver.
Z. qui ne voelent Deu esgarder, etc. comme X.
8 V et Y. omis.
9 Racheter, lat. redimere ; d’où raention, raenchon, raençon, et enfin rançon (redemptio). Cf. p. 139, noie 58.
10 X. verai solel, et consel.
11 Y vorent ; X. voudrent.
22 Z. partout (ital. del tutto), et debout.
23 V et Z. et encontre.
U Cette expression me paraît être l’équivalent de l’italien contrastare pris dans sa notion primitive; et de notre vent debout.
15 X. planiement.
16 Y. n’avoient et disaient. ,
27 X. se monstra Dex.
18 Misérable, ital. lasso ; franc, hé-las !
19 Y. ténébrouse.
20 Lat. sedebamus (stabamus) Cf. Is. ix, 2. Ce mot devait se
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
Quant la lumière nus nasqui Qui de la seintc Vergne 21 issi 2'1 2.
Adunt fumes enluminez ;
Dunt fu li termes afinéz23 De la peine, de la dolur 24 Que 25 nus aveit tenu meint jor.
Devant ceo esteom nus tristre 16 ;
De nus dist Deu par le psalmistre Davi 27 qui tant fu ben de lui :
Li popies 28 que je ne connui 29,
prononcer en trois syllabes, puisque ce vers est sans variantes.
21 Ital. vergine. X et Y. virge On verra ailleurs virgne ; esp. virgen ; angl. virgin ; franc. Lavergne.
22 X. essi; lat. cxiit ; ital. uscire, escire.
23 Conduit à sa fin.
24 X et Y. dolor.
25 X et Y. qui.
26 X et Y. triste, et psalmiste (Y. salmiste).
27 X et Y. David.... bien.
28 X. Le pueples ; esp. pueblo, angl. people. Y. le peuple.
29 X. quenui.
Feit 30 Notre Sire, me servi,
Et en oiance m'obci ;
Et fiz 31 estranges me mentirent,
El clochèrent 32 et enveillirent.
Pur ceo enveillirent et clochèrent Que comandemenz il lessèrent33,
Li Gieu sunt en oscurité Ne voieni pas la vérité ;
Les ténèbres amèrent plus Que le verai 34 soleil là sus.
30 X. fet ; Y. fait (dit).
31 Y. fiz. X, Et cil qui pas ne me servirent,
Clochièrent, et si enviellirent.
Mais cette variante s’écarte un peu trop du texte qu’il s’agissait de traduire.
32 Lat. claudicaverunt Nous n’avons plus guère, au sens propre, que à cloche-pied (pede claudo) ; et ce calembour d’enfants, qui fait, entrer les boiteux dans l’église par le clocher. Mais enfin ce sont des restes qui ont leur valeur philologique.
33 X. lessièrent ; Y, laissèrent.
34 V. veir (veïr ? ).
OBSERVATIONS
Quoi qu’en dise le prosateur picard, il s’agit non pas de la chauve-souris, mais de la chouette, du Duc ou du hibou. Ainsi le versificateur normand a bien mieux choisi en employant le mot fresaie , qui est encore dans quelques provinces le synonyme d’ effraie ; les monuments figurés lui donnent raison, comme nous le montrerons ailleurs.
Quant à dire que la chouette, ou môme notre chauve-souris, fuient le grand jour, c’est ce qui est parfaitement à l’abri de la critique et très facile à vérifier. Toute observation de notre part à ce sujet serait donc en pure perte (Cf. Tychsen, /. cit., p. ll/t-116).
23 (Fig. Z).