XII. De la Sereine 1 vus dirom
Que mult ad estrange façon 1 2 :
De la centure 3 en amont
Est la plus bêle rien 4 * del mond r>,
1 Y et Z. seraine. X omet les quatorze premiers vers.
2 V. signacion.
Y et Z. cainture.
4 Chose ; lat. rem. Les mendiants de certaines parties de la Pro-
vence demandent souvent l'aumône en ces termes : cauca rem
(quelque chose) ! Ce mot a fini par revêtir le sens de néant, à force
d’être employé dans un sens vague et indéfini; comme quand nous
En guise de femme 6 est formée ;
L’altre partie est figurée Corne peisson 7 u cum oisel.
Tant chante 8 ducement et bel 9 ,
disons : Je ne le ferais pour chose (rien) au monde. Mais en Savoie, autre curiosité, on dit : Je n’ai rien (point du tout) dormi.
5 Z. mont.
6 Y. famé ; Z. feme.
7 Y. poisson ; Z. pisson.
s Z. cante cointcment (gentiiment, habilement); Y. doucement.
9 Z. biel et oisiel.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
Que cil que vont par mer négant l0,
Si tost cum il oient 11 cel chant,
Ne se poent 12 mie tenir Que là nés 13 convenge venir;
Tant lor semble 14 le chant suef,
Que il s’endorment en lor nef,
Et quant trestoz sunt endormis,
Dunt sunt décéuz et trahis ;
Car les sereines les oscient 15
Sanz lirai lfi, sanz noise, qu’il ne crient.
La sereine qui si ben chante Que par son chant les genz enchante,
Doue essample 17 à cels chastier 18 Que par cest mond deivent nagier :
Nus que par ce monde passom,
Sûmes décéuz par tel son ;
Par veine glorie 19, par délit De ceo monde qui nus oscit Quant le délit avons amors,
La luxure, l’aise 20 del cors,
La glotonie et la iveresce21.
Laissez'22 délit et la riehesce,
Les palefreis23, les chivals gras,
La noblesce des riches dras.
Toz jorz nus traion de 24 cel part.
De là venir nus est mult tard ;
Hoc tant nus endelitom 25
10 Y. najant ; Z. noanl.
ri Z. oent le cant.
12 Y. povent ; Z. paeent.
13 Y. que ne les coveigne,
14 Y. samble li chant soué, et la né ; Z, sanie li cans soucf.
15 X et Y. ocient.
16 X. si soudement qu’il nés deffient.
12 Y. exanple.
18 Corriger, redresser.
!9 Y. vaine gloire ; X. par la glorie.
20 X. l’èse.
21 Y. la glotenie et la ivrèce ; X. et la glotonnie et t’ivrece.
22 Les sept deliz? X. l’èse del mont et la riclièce.
23 y. palefroiz, les chevai etc. ; X. les dames et les chcvaus crus.
24 Y. nus traions cèle; X. nos treon cèle etc.
25 X. ilcque tant nos demoron ; Y. illuques tant nus déliions.
Qu’à force nos y endormom.
Idonc nus oscist la sereine,
C’est li malfez26 qui mal nus meine,
Que tant nus fet plonger 27 ès vices Qu’il nus enclôt dedenz ses lices28;
Dunt nus asalt, dunt nus cort sure ’29,
Si nus occist et nus dévoré Ausi 30 cum les sereines funt.
Les mariners3' qui par mer vont Ne les quèrent jà encontrer,
Car ceo est un grant péril de mer ;
Mes il i ad rneint mariner Que s’en 32 set garder et gueiter :
Quant il va 33 siglant par la mer,
Ses oreilles prent à estoper 34.
Qu’il n’oie chant qui les dcceit33.
Tôt ensemcnt faire le deit Li hom 36 qui passe par cel monde ;
Chaste se deit tenir et monde,
El ses oreilles estoper :
Qu’il n’oie dire ne parler Chose qui en péché le maint.
Et issi se défendent maint ;
Les oreilles 37 et les oils gardent.
Que il n’oient ne qu'il n’esgardent
Les déliz ne les vanitez 38
Par qui 39 plosurs sunt enchantez.
26 X. maufé.
27 X. plungier , orthographe plus conforme à ptumbutn ; ital. piombare ; angl. plunge.
28 Barrières, frontières, enceinte. Ce vers manque dans V.
29 X. sore et acore.
30 Y. ainsi com ; ital. siccome.
31 Y. maroners; Z. maroniers ; X. mariniers. Plusieurs vers déjà employés pour la serre (supra, p. 123) reparaissent ici.
32 Y. qui s’en sèvent munt bien garder.
33 V. il les voit... par mer.
34 X. ses orelles fet estoper ; Y. prent estoper.
35 Y. deceoit, et doit.
36 X. sage qui passe par cest munde.
32 X. lor orelles et lor euz.
33 Y. vainnetez ; X. mauvestiés.
39 X.par quel plusors... engig niez.
Les sirènes et les centaures ont perdu de bonne heure leur prestige, et le moyen âge ne les a guère pris au sérieux. L’antiquité même n’avait pas attendu longtemps pour s’en déprendre; et les centaures surtout avaient bientôt été relégués dans le monde des fables, malgré le dire de quelques compilateurs qui semblaient vouloir réhabiliter cette création des temps primitifs (Cf. Ælian. XVI!, 9). On a tant écrit sur ce sujet, que je ne prétends rien ajouter aux der-
BESTIAIRES (PI. XX, XXIX). 177
nières recherches rassemblées dans les auteurs suivants : Tychsen, L cit., p. 14A-150. — Beckmann, in Pseudo-Aristot., c. CX., p. 222-22â. — G. Leopardi, Errori degli antichi , c. XVI, p. 253-262. — Berger, Tradit. tératol ., p, 25-27, 28-37.
Bien que certaines indications permettent de supposer que l’Asie ait accordé une queue de poisson aux sirènes (mais sirènes mâles, généralement) , ou à la formation mélangée qui devint l’origine de cette fable, la véritable configuration classique de ces monstres est celle qui les fait moitié femme moitié oiseau. En quoi leur histoire touche de bien près à celle des harpies et des larniœ. Toutefois les monuments du moyen âge, aussi bien que les récits du Nord, les représentent avec la queue de poisson, comme nous aurons plus d’une fois occasion de le montrer ; et Gervais de Tilbury ( Otia impérial. Dec. III, cap. 6A) ne se contente pas de leur assigner cette forme, il les loge de plus dans la mer britannique. Mais il est bon d’observer que le patriotisme de ce compilateur lui fait adjugera son pays bien des merveilles que les explorations modernes n’ont encore pu rencontrer dans aucun recoin de l’univers.
— ^n>gogiw»
2 h. (Fig. AA).
LA HUPE ».
Il est dit en la Loi1 2 * 4 : Honore ton père et ta mère ; et de rechief 3 : i^ui les maldira, ilmorra de mort *.
Uns oiseaus est qui estapelés hupe5. Si est de la grandor du gai6, et est de moult diverses plumes pintelés 7 Si porte une creste comme paons en som 8 la teste. Qui de son sanc seroit oins, s’il dormist9, avis li seroit que diables l’enportasttos dis en dormant. Phisiologes distun example de sa nature : la hupe quant èle a ses oes 10 èle les aime moult, et keuve moult volontiers ; et quant ses oes escloent, èle aime moult ses pocins et tient chièrement et soef11 tant 12 que il sont grant et que il se sacent bien porchasier. Phisiologes nos dist que li huplot13 sont de tel nature que quant il voient lor père et lor mère envieillir, il en sont tôt triste. Et nature de le hupe est tèlequ’èle pert le voler et le veir por viellèce ; et quant li joene
1 Dans R ret article, sans titre, s’est comme égaré à la suite 6 Geai ?
du texte relatif au phénix. S est beaucoup plus conforme que 1 Mouchetées.
P aux anciens textes latins représentés par le ms. B. 8 Au sommet de...
2 Exod. xx, 12. 9 S’il dormait. Cette construction serait aujourd’hui un ita-
4 De nouveau, derechef. licisme : Se dormisse.
4 Exod. xxi, 17. 10 Œufs.
5 R... hupe, dont Physiologes dit que quand si oiselet 11 Doucement, ital. soave; lat. suavis.
voient lor père, etc.; sans nulle mention des caractères ex- 12 Jusqu’à tant qu’ils soient.
térieurs de l’animal. 13 Les petits de la huppe; comme angelot, vieillot, etc.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
hupelot voient lor père et lor mère si à meschief u, si esrachent 15 les vielles pênes 10 de lor père et de lor mère; si les norissent sous lor èles, tant que lor pênes sont creues 17 et lor œil renluminé, et renovelé tôt lor cors ; qu’ils poent ben veoir et voler sicomme devant. Dont ls rendent li père et li mère grâces à lor oiselès que tant bonement les ont servi. Et li oiselet lor dient : « Sicom vous nos noristes d’enfance, et meistes grant paine en nos, si vos devons nos servir en vostre viellèce. »
Puisque cist oisel, où il n’a point d’entendement, font ce à lor père et à lor mère; bien doit dont lihom, qui a sens et entendement, servir son père et sa mère et li aidieren toutes manières, se il eust défautes de coses que il li peust aidier ne faire.
Et d’autretel nature est la chiwingne 19 corne la hupe est.
14 En si mauvais état; ital. scapito (discapito). 18 S. Lors renient li père et lanière gratis grâces a
Arrachent; lat. e[x]radicarc, leurs oiseilous....
113 Plumes, pennes; lat. pennæ. 19 Cigogne? Celte addition n'existe pas dans R et S. Cf. in-
17 K- reeveues. fra, observations, p. 180.
BESTIAIRE LATIN