LI FEN1X
Unsoiseaus qui est apelés fénix. La semblance de cest oisel porte Nostre Sires Jhésu Crist, qui dit en l’Ewangile 2 : J’ai pocslé de métré mâme ■" et de reprendre ta K Por ces paroles le voloient lapider li Jui, qui le sens n’entendirent mie.
Li fénix converse en Ynde 5 6, si est 1 grant oiseaus et beax à grant merveille. 11 porte sor son cief une creste comme paon; et pis et gorge li resplendist de rouge color, et reluist comme fin or; et vers la coe, est autresi blou° comme li purs ciels quant il est clers. Et quant7 il a Ve ans, dont est ses eages meurs par droite nature, lors vole sor un mont qui est apelés Liban. Sor 8 cel mont a la meillor fontaine que on saroit penser, et 1 grant arbre pardesus, que mult est liaus plus que nul arbre que soit sor cel mont. Là fait son repaire et son ni sor cel arbre, d’espises9 de si grant valors c’on ne poroit meillors trover. Puis fait un estruit10 de fu dedans son ni el mois de march, ou el mois d’avril. Si se drèce sor son ni par dedans, si muet les èles et débat vers le soleil tant que une grant calor ist çle lui, qui esprent 11 les espices en son ni, et art tôt environ lui, tant qu’il est ars et bruslés en son ni. Et ensi s’art iluec, et de cèle poldre renaist il meismes al tiers jors tôt noveax12 *.
Tôt altresi li salvères del mont 15, Nostre Segnor Jhesu Crist, résuscita al tierc jor comme voirs 14 hom et voirs Dex. Puisque li fénix a poesté 15 de Deu de soi faire moriret revivre, nus n’en doit merveiller de la parole que Dex dist ci devant, quant il dist : J’ai poesté de métré m’âme1* et de reprendre la. Car quant il descendi des ciels, il raempli ses èles de très dous aromatisemens : ce est de sens esperitieus ; dont il dist17 : Je ne vieng 18 mie deslier la loi , mais aemplir 19 .
1 R. fénis. Uns oisiaus est qui, etc.
2 R. levengile (le vengile?). Joann. X, 18.
3 S. m’arme. Cf., p. 1Û5, note 6.
4 La reprendre. Nous avons perdu ret emploi des sufli.xes, que nos voisins du midi conservent encore.
5 R. Inde.
6 Bleu; les Italiens prononcent blou (blù).
1 R. De lui dit Phisiologes que quant il a vescu V. cens
unz, il entre entre tes arbres qui sont apelé Liban ; et ilnec
raemplist ses ailes de douces odors etc. Rien sur la forme et
la couleur de l'oiseau, ni dans R, ni dans S.
Comme il est dillicile d’imaginer que le Liban fût quelque
chose d’inconnu à cet auteur, on pourrait supposer que les
arbres qui sont appelés Liban sont une expression dans le
genre de Wald employé par les Allemands pour désigner une
chaîne de montagnes (hauteurs boisées); mais le latin a ligna
Libani, et il faut bien avouer que la version ne fait pas hon-
neur au traducteur picard.
8 S. lllec t'emplis t ses èles des douces odoursdes vergèlts que il emporte ; et fait ou mois de mars ou d’avril I. estruit de feu, puis volette entour l’ estruit.
9 Epices, aromates; ital. spezzierie.
10 Monceau (bûcher ?); lat. strues. J’aurais soupçonné qu’il devait y avoir ensuite fust. au lieu de fu ; mais les manuscrits R et S disent I estruit de feu.
11 Enflamme, embrase. Cf., p. 125, note 7.
12 R. au tiers jor toznoviaus.
13 R. li Sauverres du monde.
Vrai.
14 S. a povoir de soy mortifier et revivre.
16 S. de m’ arme mettre, et de la reprendre.
17 Matth. V. 17.
18 R. ving ; je ne suis pas venu (?) ; S. Je ne vieng mge pour desloier la loy, mais pour rumplir.
BESTIAIRES (PL XX, XXIX)
BESTIAIRE LATIN
MSS. A, B