‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 10 sur 240 · Bibl. de VÊcole dca Chaitei, l" eitie, t. Y, p · texte numérisé non relu

Bibl. de VÊcole dca Chaitei, l" eitie, t. Y, p

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la lumière qu'il sait apporter dans dea textes aussi obscuis, par k coiiiiuifjsance qu'il possède des ptYicédùstechniqueset de tous les mot» qui servent à esprimer en latin ou en frimçais les détails de ces procédés. Cef article est le second que Quicherat ait écrit sur uu sujet d'archéologie, c'est déjà l'œuvre d'un maître, et quiconque voudra reprendre l'interprétation du texte de Théophile devra en méditer jusqu'à la dernière ligne.

11 n'est donc pas étonnant que la valeur de noire collègue comme archéologue se soit afïîrmée dans l'esprit de tous ceux qui le connaissaient, avant même que les grands travaux historiques qui l'absorbaient lui eussent laissé le temps de justifier sa réputation par ses écriis. Cette réputation était déjà assez bien assise pour qu'en '184Ô M. Adolphe Régnier ait cru pouvoir lui demander, pour l'instruction du jeune comte de Paris, un résumé de ce que l'on savait alors do nos antiquités nationales.

11 serait intéressant de connaître ce résumé et de savoir jusqu'à quel point Quicherat avait alors conçu la doctrine qu'il devait pçofesser plus tard. Sans vouloir être trop affirmatif, j'ai quelque raison de croire qu'il en avait dès lors arrêté dans son esprit la plupart des traits essentiels. Comprenant que tout se tient dans l'archéologie du moyen âge, il en avait étudié toutes les branches, et en avait même approfondi quelques-unes, assez pour élre en mesure d'entreprendre dans le Magasin pitloresque une série d'articles sur l'histoire du costume', qu'il continua pendant de longues années et dont il lira plus tard la matière d'un livre de la plus haute valeur '.

Aussi lorsqu'en 1847 M. de Salvandy reconstitua l'Ecole des Chartes sur de nouvelles bases, et qu'il voulut y introduire l'étude de l'archéologie nationale, Quicherat se trouva-t-il tout désigné pour inaugurer cet enseignement, qui n'avait encore aucun précédent dans les programmes oHiciels.

Ce que fut Quicherat comme professeur, trente générations d'élèves sont là pour l'attester. Jamais homme ne fut mieux doué pour l'enseignement. La précision et la méthode, ces qualités maltresses

1. Le premier article de Quicherat est relatif au coatiiine civil du xiv» siècle, il parut dBD9 le Magann pilloreiqtte eu iSiâ, le *8* et dernier, cOQSocré au eoiEume des boiomes en 1191, a paru en 1669. L'Histoire du costume en France dans laquelle Qnicherat a repria toiu ses anciens arUcles, en ; joignant i'histoire du costume depuis i'époque romaine jusqu'au xit° siècle, a paru en 187i. Voila doue un livre qui représente trente années de travail continu.

2. Hûtoire du costume en France, i" édition, Paris, Hachetl«, 1875, I vol. ia-S* de 680 pages et 4SI gravures «ur bols; 3° édition, Paris, Hacbetlo, 1871, 1 vol in-S- de 680 pages et 183 gravures sur hoia.

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IG JULES UVICHEHAT

qui distinguent tous ses écrits, ont été les traits caractéristiques de son cours. Dès le premier jour, Q sut s'imposer un cadre si complet, un programme si bien enchaîné, si parfaitement pondéré, qu'il n'eut ^ëre k le modifier dans la suite. Il prétendit traiter dans son cours toutes les principales branches de l'archéologie nationale et réussit à condenser dans un petit nombre de leçons tout ce qu'il y a de vraiment essentiel dans l'art du moyen âge. Architecture religieuse et militaire, peinture sur verre, iconographie, orfèvrerie, costume, sigillographie, blason, numismatique, tels furent les principales divisions de son enseignement- Et quoique plusieurs de ces sujets fussent assez vastes pour suffire presque isolément à fournir la matière d'un cours, il trouvait moyen d'en déterminer les traits essentiels, d'en décrire les monuments principaux, de graver sur chacun des notions précises dans l'esprit de ses auditeurs.

Mais aussi Quicherat n'était pas de ces professeurs qui ont l'art d'exposer un petit nombre de faits en un grand nombre de paroles. Il n'avait aucune prétention à se faire l'émule de ces maîtres éloquents, qui captivent la jeunesse par l'élégance de leur langage bien plus que par le fond de leur enseignement.

Son cours est l'un des plus substantiels qu'il ait été donné à notre génération d'entendre; il était bourré de faits, il s'enchaJnait avec une rigueur scientifique, une logique inflexible, une sûreté de doctrine qui le faisait ressembler à une démonstration mathématique. Il était débité d'une voix nette et claire, avec un mélange de gravitéet de bonhomie qui tenait les auditeurs sous le charme. Nul ne connut davantage cette sorte d'éloquence familière, d'éloquence sans prétention et sans apprêt, qui captive l'attention en portant la conviction dans les esprits. A son talent d'exposition, Quicherat en joignait un autre non moins précieux. Il savait s'aider dans ses démonstrations de son talent de dessinateur, et tout en partant à l'esprit de ses élèves, il parlait à leurs yeux par les croquis qu'il exécutait au tableau d'une main habile. C'était un spectacle merveilleux que de l'entendre exposer le développement de notre art roman, prenant la basilique à ses origines, la suivant dans toutes ses transformations, expliquant tous ses accroissements, et de voir sa main suivre pendant ce temps les développements de sa pensée, de voir des traits nouveaux s'ajouter i l'esquisse qu'il avait tracée, de voir la figure se compliquer i mesure que sa parole racontait des transformations nouvelles, de voir enfin une grande église avec toutes ses parties sortir de cette basilique si simple qui lui avait servi de point de départ.

Ce sont là des choses qu'il faut avoir vues et entendues pour les

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sentir, ce sont des qualités que ses élèves seuls ont pu appi-écier et dont je regrette que mon faible témoignage soif impuissant à conserver le souvenir.

On ne saurait trop déplorer que ce cours admirable n'ait pu être rédigé par son auteur. Bien des fois les élèves, les amis de notre confrère le supplièrent de le publier, mille travaux, mille devoirs de toute nature, dont le nombre s'accroissait avec les années, lui en enlevaient le loisir. Que de fois nous l'avons entendu gémir de voir son temps gaspillé dans ces commissions de toute sorte où t'appelait la confiance de tous, où l'autorité dont il jouissait, le zèle avec lequel il s'acquittait de toutes les besognes, lui faisaient réserver souvent la plus grosse part du travail. Qu'eût-il dit s'il avait pu deviner le peu de jours qu'il avait à passer sur la terre, s'il avait pu prévoir que la rédaction de son cours, l'œuvre la plus originale de sa vie entière, serait interrompue par la mort.

Sa famille, avec un désintéressement qu'on ne saurait trop proclamer, a fait don à l'École des Chartes de toutes ses notes, de tous ses manuscrits. On espérait y trouver les éléments nécessaires pour recons- Utuer une partiede son cours, et parmilès .élèves qui ont eu le bonheur de l'entendre, qui ont eu le privilège de trouver chez lui un ami à cAté du maître, plus d'un se serait disputé l'honneur de faire connaître au public cet admirable enseignement. Il n'en reste malheureusement que des épaves. Tout incomplets cependant qu'ils peuvent être, les fragments de rédaction que Quicherat a laissés seront accueillis avec faveur par quiconque s'intéresse à nos antiquités nationales.

Mais si les débris de ce cours ne trompent pas l'attente des érudits, qu'aurait-ce été si le maître avait pu achever son œuvre, s'il avait pu la mettre au jour dès Fépoque où il l'avait conçue, au temps où sa doctrine était encore dans toute sa nouveauté. C'est que, il faut le reconnaître, il est arrivé à Quicherat ce qui attend trop souvent les meilleurs professeurs, les idées qu'il a eues avant tout autre, les principes qu'il a été le premier à enseigner, sont tombés peu à peu dans le domaine public. Toutes ces générations d'élèves qu'il a eus pour auditeurs, les ont partout divulgués après s'en être imprégnés eux-mêmes, et s'il était encore possible de remonter à la source des théories actuellement admises sur l'histoire de nos monuments, on verrait que plus d'un?, parmi les plus solidement établies, a été professée pour la première fois dans cette chaire de l'Ëcole des Chartes.

Un certain nombre des leçons de Quicherat ont franchi du reste l'espace restreint de la salle de cours. Lui-même a publié plusieurs articles dans lesquels il a fait connaître quelques-uns des points fon-

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)8 JULtS QL'tCllEHAT

damcntaux de iwii enseignement, d'autres leçons i-ecueillîes par- de« élèves dévoués ont été publiées à diverses reprises ' .

C'est la Revue arc/téologiqife qui a fait connaître les premiers et leii plus considérables de ces fragments. En 1850, Quicherat y inséra un important mémoire ayant pour titre : De Vogioe et de V architecture dite ogivale*, dans lequel, s'emparant d'une obsefvation très juste fait* quelque temps auparavant par M. de Verneilh, il démontrait avec une grande abondance de preuves que les archéologues modernes ont complètement défiguré le sens du mot ogive ; qu'en appliquant à l'arc brisé un terme qui de tout temps avait servi à désigner une des membi-ures des voûtes gothiques, on privait de nom un des éléments capitaux de l'architecture du moyen âge, on s'exposait à ne plus entendre aucun des textes anciens où il eet question d'i^ives, on produisait à tout le moins une confusion de termes extrêmement regrettable. Il expliquait ensuite pourquoi l'épithète d'ogivai appliquée au style d'architecture qui a pria naissance au \ii* siècle, lui paraissait impropre, puisque une église pourrait être c^'ivale sans posséder une seule ogive. Pour lui il préféra toujours conserver l'épithète de gothique, employée par tous les archéologues de l'Europe et qui ne risque d'induire personne en erreur.

L'année suivante, il commenta la publication d'une série d'articles sur l'architecture romane dans lesquels il fit connaître un de» )>oints essentiels de sa. doctrine >. Recherchant les causes qui ont pu amener les transformations successives de l'architecture du xi* au su' siècle, il développa cette théorie, alors absolument neuve, que le pnncipe de tous les pn^rès de l'architecture romane réside dans les voûtes. C'est le désir de voûter les éf^ises qui, vers l'an 1000, a obligé les constructeurs à abandonner les anciennes proportions des basiliques latines. Ce sont les efforts persévérants faits par eux pour résister à la poussée des voûtes qui ont sollicité leur génie, surexcité la fécondité de leur imagination, développé tous les germes de progrès.

1. Ces leçuDB ont paru dans le Journal général de rirutruction piiblique (t. XXII, p. 32a-3SS «H3l.iS3), du» la Revue det eouri publics (i. I, p. 3Iil-252, 267-263 et 31â-3!6; t. il, p. 24-2G; t. III, p. S4-56, 113-113 et 340-2^3) et dans la Revue de» SocUlii savanla (t. III, p. 641-653]. On en trouvera le détail dans l'excetlente bibliographie des Œuvres deUulcberat publiée par MM. GIry et dn Cureou, dans la Bibliothèque de l'École dei Chartei (t. XLIII, 1882, p. 316- 360), et réimprimée i la suite de cette notice.

S. Revue archéologique, t. VII, 1S5D, p. 63-76.

3. De l'architecture romane, i" arliclo. Revue aivhéologiqiie. t. VIH, p. 149l5S;2>ar1icIe,i6td., t. IX, p. ^23-540; 3° article, lAirf., 1. X, p. 63-Sl;4* article, i'tid., t. XI, p. 668-600.

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SA VIK KT âlfS TUAVAUX 19

Le problème n'a pas été partout résolu de la même façon, nos églises romanes présentent bien des Tariétés de voûtes ; de là ces nombreuses dUTérences que l'on rencontre dans les détails de leur construction. Après avoir solidement établi ces principes, Quicherat en déduit logiquement toutes les conséquences. Il propose de classer les différentes écoles de l'époque romane, non plus d'après tel ou tel caractère secondaire, comme le style de l'ornementation, par exemple, mais d'après ce caractère bien autrement considérable puisque tout en découle : le mode de c<Histruction des voûtes. Il passe alors en revue tous les genres de voûtes : le berceau, plein cintre on brisé, la voûte d'arête, la croisée d'<^ve; il expose tes origines, l'emploi, tes perfectionnements de tous ces systèmes, il détermine les régions de la France où chacun d'eus a prédominé, ei pose enfin les baaee d'une classification véritablement scîentirique des écoles d'architecture à l'époque romane.

On peut encore considérer comme une page développée de son cours ta curieuse étude qu'il consacra en 1869, à la basilique de baintr Martin de Tours ', et dans laquelle, après avoir victorieusement réfuté les ingénieuses hypothèses proposées Jadis par MM. Lenoir et Lenormant pour expliquer le texte où Grégoire de Tours décrit ce fameux monument, il restitue non seulement le plan de l'édifice, mais même son élévation. Je ne sais jusqu'à quel point cette restitution mérite une absolue confiance. Des textes aussi vagues que ceux qui servent de point de départ à toute cette discussion, sont malheureusement susceptibles de plusieurs interprétations, et l'avenir nous tient peut-èire en réserve une solution du problème toute autre que celle qu'a proposée Quicherat ' ; mais ses plans de restitution devraient-ils être rectifiés sur bien des points, il n'en restera pas moins toute une série de faits qu'il a élucidés avec une rare compétence, une série de textes qu'il a été le premier à rapprocher et dont il a fixé le sens d'une manière indubitable.

Quicherat professait depuis deux ans l'archéologie à l'Ëcole des Chartes, il n'avait encore que le titre de répétiteur et de modestes

1. Ralilulion de la basilique de Sainl-ISarlin de Tours, dans la Revue amhiol., DODT. série, l XIX, 1869, p. 313-324; 2" article, ibid.. p. i03-41i: 3» article, L XX, 1S10. p. i-12; 4* arlicle, ibid., p. S2-90. Tir6 à part bous ce titre : Hutilulion de la batilique de Saint-Marlin de Tour), d'après Grégoire de Tours et les autres textes anciens. Puris. Didier, 1869. in-8° de 43 pages et i pi.

2. La Coimuissiou des Monuments historiques devruit à la uiéuioirc de Quicberat, qui tut un de ses membres les plas tmloents, de faire eiûculer lies foQilIes sur remplacement do Saint-Martin de Tours. Dos volée publiques l'occupent en partie, c'est dire que sau« grandes ditBcultés et dépenses, on aurait chance de retrouver quelques substruclloas de l'édlUec uiérovingicD.

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appoinletnents de 1,800 francs, quand, une place de professeur étant devenue vacante, un arrêté du 11 mai 1849 lui atlribua cette place avec mission d'enseigner la diplomatique française. C'était un surcroît de besogne dont il se serait bien passé, il s'en acquitta avec la conscience qu'il apportait à toutes choses, et pendant vingt ans il mena de front ses deux cours, sans cesser pour cela de produire une foule d'œuvres dont chacune aurait sufli à illustrer un autre homme. Il apporta dans son cours de diplomatique une originalité d'autant plus remarquable qu'il ne s'agissait plus ici d'une science dans l'enfance comme l'archéologie. Le génie de MabiDon, les grands travaux des bénédictins avaient établi sur des bases solides les points essentiels de cette science. Il sufflsait, au besoin, de commenter leurs œuvres en rectiGant les inexactitudes de détail qu'avait pu relever la critique moderne. Bien des professeurs moins chaînés d'occupations auraient adopté sans scrupule cette façon de proctider. Elle ne pouvait convenir à un esprit de sa trempe. A tout ce qu'il entreprenait, il savait imprimer sa marque personnelle. On le vit une fois de plus dans son cours de diplomatique, où il sut introduire une méthode d'enseignement aussi neuve que propre i développer dans l'esprit de ses élèves le sentiment de la critique et la connaissance de toutes les particularités que présentent les actes du moyen âge.

Moins heureux encore que pour l'archéologie, nous ne possédons rien du cours de diplomatique de tjuicherat. Pour juger de ce qu'il a pu être, ceux qui ne l'ont pas entendu doivent lire un curieux mémoire sur l'enregistrement des contrats à la curie', et plus encore un important article dans lequel notre confrère a passé au crible de la critique la plus sévère deux des plus anciens diplômes de Saint-Germaindes-Pi'és', et démontré, après une discussion qui est un modèle d'érudition et de dialectique, que, de ces deux chartes, celle que l'on admettait comme authentique était fausse, que celle au contraire que l'on suspectait, pouvait être défendue par de bons argumenis.

Ce sont là des pages éparses de son cour8,qu'il aurait multipliées peut-être s'il n'avait élé ahsorbé à cetfe époque par une polémique que le monde savant n'a pas oubliée, sur la position véritable d'Alésia. On sait qu'un architecte de Besançon, Alphonse Delacroix, frappé de la coïncidence entre les textes anciens et certaines traditions locales, crut pouvoir démontrer qu'AJésia, le dernier boulevard de l'indépendance gauloise, ne devait pas être cherchée à Alise en

1. Hibl. de l'Êcjle dea Charles, U" aérii;, t. i, lS6Û-iS6l, p. 440-416.

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