LA QUX3T10N DES PUITS FUNÉRAIRES
A Beaugency, on a trouvé deux fois la hache de pierre et beaucoup de poterie celtique. Cette rencontre, jointe à l'absence de toute monnaie, et à ce que dom Martin regardait les sépullurex enfoncées, dont il parle, comme un mode d'inhumation particulier auK Celtes, est cause que M. de Pibrac a daté le cimetière de Baugency de l'époque antérieure à la conquête romaine. Cependant il en est sorti un couteau de fer à manche d'ivoire, ainsi que de la poterie une et sonore, d'une ' (erre jaune et d'un galbe élégant, qui suffisent, dans mon opinion, pour caractériser l'époque romaine.
A Thoré, les fosses n'ont pas été vidées avec assez d'attention pour qu'on puisse en tirer des at^menls décisifs pour la question de date. - On n'a vu dans la plupart que des ossements d'hommes et d'animaux. Une seule, visitée postérieurement & toutes les autres, a fourni les tessons d'un vase de terre rouge qu'on a regardé comme un apport postérieur, parce qu'on était dans l'opinion qu'il ne fallait rencontrer que des objets celtiques.
A l'égard des corps inhumés, ceux de Thoré avaient été abandonnés & la corruption naturelle ; presque partout ailleurs ils avaient été réduits en cendres, et les cendres recueillies dans des urnes ; à Troussepoil, un squelette qui n'avait point subi l'action dir feu s'est montré à côté du vase rempli d'ossements humains calcinés.
De tout cela il est permis de conclure que les puits funéraires fouillés jusqu'à présent nous représentent un mode d'inhumation . gallo-romain dans toute la force du terme, puisqu'on y trouve, en même temps que la réunion d'objets gaulois et d'objets romains, l'accouplement des rites funèbres usités chez les deux peuples.
Je vais plus loin : je crois que, dès à présent, on peut affirmer qu'il n'y a pas de puits funéraires purement gaulais.
Assez d'observations ont mis en lumière les usages observés en matière de sépulture avant la conquête romaine, ou, pour parler plus exactement, avant l'assujettissement de la Gaule au régime romain. Le tombeau celtique est une cellule dans un tas de pierres ou même de sable. Cette cellule, qui peut être formée des plus grosses pierres comme aussi des plus petites, est disposée avec l'amas qui l'enveloppe, soit sous le so), mais à une profondeur qui ne dépasse pas un mètre," soit sur le sol, et alors une butte de terre recouvre le monument, qui devient un tumulus. Il y a des différences sans nombre quant à l'arrangement des choses et à leurs dimensions ; mais la conception se rapporte toujours à ces deux manières d'être : le sépulcre au-dessus ou au-dessous de la couche vitale. Ajoutez à cela l'emploi des cavernes, qui sont des sépulcres dont la nature a fait les frais, et où l'on a trouvé
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298 LA QUESTION DES PtlITS FUÏfÉIlAIRES
des dépAts de morts gaulois, comme on y a trouva aussi d'autres dépôts remontaot incontestablement & des races qui peuplèrent notre territoire avant les Gaulois. Donc, dans aucun cas, l'emplacement de la sépulture celtique ne se montre différent de ce qu'il est chei tous les peuples primitifs.
Au contraire, l'idée de cacher la dépouille des morts dans tes entrailles de la terre, à des profondeurs de 6, 8, 10 et 12 mètres, ne décéle-t-«tle pas un peuple d'une civilisation déjà très avancée? Effectivement, c'est en Orient qu'elle apparaît d'abord. Les Phéniciens et les Égyptiens ont creusé des puits au fond desquels étaient des chambres funéraires. Litalie adopta à son tour ce genre de tombeau, dont un exemple a été découvert à Borne, au mont Aventin. C'est un columbwittm construit k 13 mètres de profondeur, auquel on accédait par un puits. Rich en a donné le dessin dans son dictioBnaire, au mot conditorium.
L'année dernière, lorsque je vous rendis compte des fouilles de Gouigé', j'exprimai le regret qu'on eût détruit, sans l'avoir observée, une chambre souterraine, maçonnée et pleine d'ossements, qu'on avait trouvée entre les puits funéraires. J'entrevoyais dans cette construction quelque chose & rapprocher du columbarium de l'Aventin- Des recherches auxquelles je me suis livré depuis lors pmir trouver un analogue en Gaule m'ont appris qu'on avait découvert, en 1832, auprès des arènes de Saintes, un puits maçonné qui, à la vérité, ne conduisait pas à un columbarium, mais qui était lui-même un columèan'um. Des niches, occupées chacune par une urne cinéraire, étaient pratiquées dans ses parois'. L'une des urnes, sur laquelle était une inscription à la pointe, a été dessinée. Elle accuse la fin du r* ou !e commencement du ii" siècle de notre ère.
Ces diverses dispositions ne sont pas encore nos puits itinéraires, quoiqu'elles procèdent de la même idée. Pour nous fournir les premiers anneaux de-la série archéologique k laquelle se rattachent les sépultures de Troussepoil, Beaugency et autres lieux, il a fallu le hasard d'une découverte récemment faite dans la circonscription de l'ancienne Gaule Cisalpine. Le fait est venu à ma connaissance par un rapport très intéressant de M. Gozzadini, président de la commission historique de la Romagne, sur une nécropole antique située près de MarzabottOj en Bolonais *. Là, au milieu d'un ensemble de
1. Remu des SoeUlit tmiantes, i" sËrie^ t. I, p, 1S6. Vo;. plus h&ut p. 273.
2. Mémùiret de la Société arckéologigue du midi de la Franee, t. I.
3. Di un' anlica necropoU a Marcabotto net Bohiîese, relazloDe del coDta GiovaDiii GoHBdinI, etc. lo-ful., Boloffoe, ises.
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