VîtconU, IconogropA» romaine, pi. 8, 19 bU
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316 LE P]r.UM DK l'iNFANTEBIE BOMàlNE
archiviste du département des Bouches-du-Rhône, a pris sur le basrelief même (PI. II, %. 2). Le monument ne donne qu'une silhouette, une représentation à l'effet, rendue par le moyen d'un sillon profond qui cerne les contours de l'objet, de sorte qu'on ne peut distinguer ni la façon dont le fer s'attachait au bois ni aucun autre détail de ce genre. Mais cela n'empêche pas de reconnaître une arme trèsvoisine par sa forme de celle que Polybe a décrite. Il n'y a de différence qu'en deux points : le chapiteau n'est plus égal à la moitié de la lon- (^eur du bois ; la pointe en fer de flèche est remplacée par une pointe en fer de lance.
Telles étaient les choses à la fin des dernières guerres civiles. Une forme de pilum toute différente se révèle au déclin du premier siècle de notre ère.
Dans le recueil des antiquités de l'Allemagne, dont M. Lindenschmit poursuit en ce moment la publication ' , on trouve le dessin de deux tombeaux romains du musée de Bonn, tous deux élevés à la mémoire de soldats morts dans les cantonnements du Bhin. Ce sont des stèles sur lesquelles les défunts sont représentés en bas-relief, chacun dans une niche surmontée d'un fronton. De l'un des monuments il ne reste que la partie supérieure ; Tautre est dans son entier. Il nous montre le personnage en pied, ayant sous lui son épilaphe, et noua apprenons par là qu'il était Milanais, inscrit comme citoyen romain dans la tribu Ufentina, enfin qu'il mourut à vingt-cinq ans, après cinq ans de service dans la légion XV" primigenia*. Ce Jemier renseignement vaut une date, La XV* iégion primigenia, créée par Claude, dissoute par Trajan, avait ses quartiers en basse Germanie dès le temps de la mort de Galba, l'an 69 après J.-C. '. La stèle mutilée peut ôtie considérée comme à peu près contemporaine.
L'intérêt des deux figures réside en ce qu'elles iiennent chacune à la main droite, et dans l'attitude de piquiers au repos, un bois de lance couronné à la hauteur de leur épaule par un petit chapiteau, et ce chapiteau, qui fait l'effet d'une section de pyramide ou de cône, est surmonté d'un fer de flèche à longue tige. Les mesures, estimées approximativement, peuvent avoir été 2 mètres pour la totalité de l'arme, 40 centimètres pour te trait, 5 centimètres pour la
1. Die AUerlftûmer unserer keidenUEheti Vorieil, VIll" cahier, pi. C.
2. Q. PETILIVS QF OFENTTll SECVNDVS DOMOII MEDIO MILES LEG II XV PRIM ANN XXV || STIP VH EX T F C.
3. BecknT, llantlbuck der Tœmischrn Allerthùmer, t. Il, p. 356.
D,„i,„db,Goo<^le
LE PILVH DE l'iM^ANTERIE ROMAINE 317
hauteur du chapiteau (PI. II, fig. 4). Ce dernier est encore plus petit sur la stèle qui n'a point d'inscription.
C'est à cause de ces armes que M. Lindenschrnit a admis les basreliefs de Bonn dans son recueil. Elles lui ont paru offrir des modèles de pilum. Ayant eu le r^ret d'avoir à, contester la restitution du pilumpar M. Lindenschrnit', en tant qu'il fondait cette restitution sur l'an^n germanique, je me hâte de déclarer que j'applaudis des deux mains à son opinion sur les piques portées par les légionnaires de la XV' primigenia. Oui, il faut appeler pibtm une arme qui réunit en elle toutes les parties du pilum, et qui a dû en produire tous les effets. Mais ce pilum n'est plus ni celui dont la description est dans Polybe, ni celui qu'on voit figuré sur le has-relief de Saînf-Hemy. Le chapiteau est réduit à sa plus simple expression ; le fer, considérable* ment raccourci dans sa partie apparente, plonge peut-être dans le bois par une soie^ et peut-être encore du plomb était-il ajouté, ou bien le chapiteau était en métal plein, pour mettre où il fallait le centre de gravité.
Nous n'avons que l'aspect extérieur de la chose ; n'allons pas plus loin. Ce qu'il importe de constater, c'est que la longueur du fer apparent était surpassée de beaucoup par celle du bois, et qu'il importe qu'il en ait été ainsi pour justifier Silius Italîcus, poète contemporain des monuments de Bonn, quand il nous dépeint un pilum enfoncé jusqu'au bois dans la bouche d'un ennemi couché par terre :
Uuictorquct rapido correptutii e gnrglte plliim, Et quanliiDi foogo ferri teouata rigore Procedit caspU, per hianlia transigit ora. Pulaati ligno Bonuere io vuluere deotes >.
L'exagération de cette peinture serait ridicule, si te poète avait eu en vue un pilum armé de trois pieds de fer avant d'arriver au bois.
J'ai à offrir une autre image d'un pilum conçu dans le même système que le précédent, mais non pas du même modèle. Celui-ci est d'une époque postérieure, du temps de Trajan peut-être, ou même des Antonins. Il était sculpté en manière d'attribut sur la stèle funéraire d'un soldat prétorien de la VI* cohorte, mort à Aquilée *. Le
1. Examen des armes irauvtts à Aiise-Sainle-Reine, p. 6, a. De betio punico, 1. IV, t. 629,
3. Voici son épitaphe:C. FIRMIDIVS || CF. AEM. RVFVS SVESS Il AVRVNCA MIL. COH. VI [j PR. MILIT. ANN. VII [j L. POMPILIVS L. F. VOLT. CELEI il COMMILITO TIT. D S. P.
— DoOB Bartoli, Le antickitâ d'Aquileja, p. 153, et Muratori, p. 8U.
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318 LK PILUM DE l'infanterie ROMAINE
chapiteau a la forme urcéolée, et la pointe du trait ressemble i celle d'une lance (voy. pi, II, dg. 3).
Sur l'une des planches de l'Encyclopédie méthodique ' a été figuré, sans indication de provenance, un trait singulier, consistant en un fer de flèche, monté au bout d'une tige flexible sur un double culot de fer, et ce trait se rapporte, selon tout« apparence, à la même famille que les précédents (voy. fig. 5, pi. II). Il emboîtait le chapiteau de telle sorte que la clouurene pouvait être que d'un rivet.
Enfin, d'autres figes, découvertes récemment à Alise-^ainle-Reine, peuvent être considérées comme des dérivations du pitum à fer écourté ', sans pour cela appartenir nécessairement à la classe des pitum. Elles finissent en pointe de lance. C'est par une soie qu'elles pénétraient dans le bois, et une virole serrait l'emmanchement. Mais cette virole, qui donne la grosseur du bois (27 à 32 millim.), prouve que celui-ci n'excédait pas la grosseur d'une hampe ordinaire ; par conséquent il n'y avait pas de chapiteau, et ainsi l'apparence de piton avait disparu.
Lorsque, précisément à propos de ces derniers fers, on a prétendu que la forme et les dimensions du pilum étaient livrés h la convenance du soldat, pour Thonneurde la discipline romaine, j'ai réclamé contre cette étrange assertion'. Mais je conçois que dans les temps avancés de l'Empire, soit parce que les princes recherchaient la gloire de perfectionner l'armement, soit parce que les armées étaient tenues en permanence de\'ant des nations barbares qui n'avaient pas les mêmes armes défensives, je conçois, dis-je, qu'il y ait eu alors plusieurs sortes de pilum prescrites par les règlements. La difi'érence n'était pas d'homme à homme; elle était de légion à légion.
En continuant de suivre l'ordre chronologique, j'arrive à rhistorien Appien, qui définit ainsi \e pilum :
n C'est un bois carré dans sa moitié (ou à la moitié de la longueur de l'arme), terminé par un fer, carré aussi et flexible, sauf à la pointe^, s
A première vue, ce passage paraît si bien s'accorder avec cduî de Polybe, qu'on en est à se demander si Appien n'a point fait œuvre d'archéologue, et indiqué la façon du pilum en usage chez les vieux