‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 111 sur 240 · Examen dei arme* trouvées à Alise-Sainte-Reine, p · texte numérisé non relu

Examen dei arme* trouvées à Alise-Sainte-Reine, p

4. EOioM TMpaïioïou Tb ^[iiou, xal t'o bXXo oiSiîpou, TeTpai-iovou lal to&Si, xA tuiXoixoD, X"P^i r^ ''^i "''/C'ic- Celliea, fragm. I.

DigitizsdbyGOO'^le

LE PILU» DE L'i?(FANTEBIE ROMAINE 319

Romains. On serait d'autant plus tenté de le croire, que son explication vient à propos de la bataille ^^ée sur les Gaulois par le dictateur Sulpicius Peticus. Mais en y regardant avec plus d'attention, on voit se dégager des traits qui n'appartiennent plus à l'antiquité. Ainsi la forme carrée du fer, indiquée comme l'un des principaux caractères de l'arme, doit s'appliquer à quelque chose de plus voyant que la tige du trait. Il me semble que l'auteur a voulu indiquer par là une douille carrée qui emboîtait une partie du chapiteau. Aussi bien la distinction faite entre la tige et la pointe, quant à la flexibilité, implique qu'il n'est plus question d'un dard en pointe de flèche ou en fer de lance, mais bien plutôt d'une pyramide, comme celle qui terminait les carreaux d'arbalète.

Le texte d'Appien donnant lieu à ces interprétations, j'ai songé au fer d'un instrument dont deux échantillons ont été fournis, il y a quelques années, par un dragage exécuté dans le Rhin, devant Mayence. C'est encore à M. Lindenschmit que l'on doit la connaissance de ces pièces intéressantes. Il les a publiées dans son recueil des antiquités de l'Allemagne', et en a donné des moulages à plusieurs de nos collections publiques. On peut les voir en cette forme au Musée d'artillerie',

C'est une tige de fer fort mince, de 60 centimètres de long, en carrelet par le bas, arrondie par le haut, avec une pointe en pyramide à quatre pans. Le pied est une douille carrée du fond de laquelle sort un tenon de fer dont il ne reste plus qu'un court fragment. M. Lindenschmit suppose avec raison que ce tenon s'engageait par une fente dans un bois carré où elle était tenue assujettie par des rivets, et l'arme, ainsi restituée, serait, selon lui, un pilum.

En tout état de cause, sa restitution demande à être corrigée d'abord sur un point. Il s'est figuré que le bois était carré dans toute sa longueur; mais la hampe d'une arme de jet a besoin d'être ronde pour glisser facilement dans la main. Au trait dont il s'agit s'adaptait donc un bois carré d'abord et rond ensuite ; en d'autres termes c'était un manche surmonté d'un chapiteau. La force de ce chapiteau nous est donnée par la douille. Il avait 3 centimètres de côté; par conséquent le bâton atteignait au plus 2 centimètres de diamètre. Or une pareille arme ne répond ni par le fer ni par le bois aux conditions du pilum. Elle n'était pas assez robuste. Ce qu'elle représente à mes yeux, c'est la falarique ou lance à feu des Romains.

DigitizsdbyGOO'^le

320 LE PlI.tIM t)E L INFAMËRIE HOMAIKE

Je vais reprendre, en le complétant, le passage de Tite-Live sur la falarique, dont quelque chose a été rapporté ci-dessus :

« C'était une arme de jet, à longue hampe (ou, suivant une autre leçon, à hampe de sapin), celle-ci ronde, sauf à celui de ses bouts d'où partait le fer. Cette partie, qui était carrée comme diins le pilum, était enveloppée d'étoupe et enduite de poix. Le fer avait une longueur de trois pieds, alîn que le corps pftt être transpercé par-dessous les

La falarique était donc une arme construite sur le principe du pilum, qui devait joindre aux efiêla oi-dinaires du pilum celui d'un trait incendiaire. Le chapiteau était enduit de poix afin que le bois prit feu. Il suit de là que le pied du fer devait être assujetti de telle sorte qu'il ne recouvrit point le bois, car autrement celui-ci eût été préservé par le métal. Or le mode d'emmanchement du fer recueilli par M. Lindenschmit répond on ne peut mieux à celte condition, et c'est ce qui me confirme dans la pensée que ce fer est celui d'une falarique.

Maintenant, n'est-il pas arrivé qu'après un abandon passager da pilum à long fer, on y soit revenu au []■> siècle de notre ère, et que la falarique ait, jusqu'à un certain point, servi de modèle pour cette restauration? L'idée que je me fais de l'arme décrite par Appien me conduit à cette conjecture. Nous savons qu'Adrien renouvela l'organisation militaire de l'Empire, et que ses ordonnances réglèrent avec un soin minutieux ce qui concernait l'équipement et l'armement*. Nous savons d'autre part que cet empereur eut en toute chose la passion de l'archaïsme. Qu'il ait voulu ramener le pilum à sa forme antique, il aura pris pour point de départ la falaiique, qui répondait aux descriptions peu précises du pilum consignées dans les anciens auteurs. Seulement l'arme ainsi refaite devait avoir plus de puissance que la falarique, le fer s'adapter à un chapiteau de plus de trois centimètres d'épaisseur, et plonger dedans par une soie ptuUt que par un tenon. La fig 1 de la pi. III, montre l'idée que je me fais du pilum dont a voulu parler Appien.

Mais si Adrien remit en honneur un pilum ressemblant d'ausd près que possible à celui des anciens Romains, ce modèle ne fut pan unique dans ses armées. Outre que l'arme figurée sur le monument

1. ■ Falarica er^l misBilt) teluio, bastili oblango {al. abiegao) et c«Btei« tereli, prteterquam sil eitremam, iiude ferruni e»tabat : Id, eieut in pilo quadratum, Bluppa circuniligabant linebaalque plco. Femim autem U-w in loDgum pedcB hubebat, ut cum armls transfigi corpus posset. ■ Lib. ZXl, c. 8.

S. DioD CasHlus. ]. l.XI\. c. 9.

DigitizsdbyGOO'^le

t^ PILUM DE L^INPANTEAIË ttOHAtNË 321

d'Aquilée, dont il a été question ci-dessus, peut fort bien être de son temps, nous savons que plusieurs léguions eurent alors une espèce de javelot qui avait du rapport avec le pilum, mais qui n'était plus lepUum.

Cela résulte des curieuses instructions écrites par Arrien pour un combat qui fut livré en Cappadoce, vers l'an 130, contre une armée de cavalerie bai'bare. Les Romains désig^nés pour l'engagement sont ceux de la XII* et de la XV" légion, non pas la XV' primigenia, qui n'existiit plus à cette époque ; mais l'ancienne XV' ^poWmarM. L'auteur grec nous les montre devant combattre avec une arme qu'il s'abstient d'appeler ûasit;, mot qui dans sa langue est l'équivalent de pilum ; c'est le terme de jisvtoî qu'il emploie, et cette distinction est significative sous la plume d'un écrivain qui fut général d'armée, et qui savait la valeur des mots.

« Que tes quatre premiers rangs, dit-il, soient de contophores, dont les conlos auront & leur extrémité des fers longs et minces. Les hommes du premier rang tiendront l'arme en arrêt, de sorte que, si l'ennemi approche, le fer entre principalement dans, le poitrail des chevaux. Ceux des deuxième, troisième et quatrième rangs lanceront leurs eontos selon la manœuvre du javelot, alin de blesser les chevaux et de tuer les hommes autant que possible, ou de faire en sorte que le eonlôs ayant cloué le bouclier au:c bardes de la cuirasse et se recourbant à cause de la flexibilité du fer, le cavalier soit mis hors de combat'. »

On voit que l'effet était le même que celui du pilum; par conséquent le principe de-la construction devait être le même aussi. Le centre de gravité était déterminé par un objet de poids placé sous le fer. Quant au fer lui-même, la longueur et la ténuité que lui assigne l'historien g^ec ne nous le représentent pas autrement que comme une broche sans dard.

Je ne doute pas, d'après cela, que nous n'ayons la figure de l'arme sur un tombeau qui fut dessiné à Home au xv!* siècle et dont la gravure orne l'ouvrage de l'antiquaire franc comtois P. Boissard*.

1. Kai af |itv icp&nK xiamtftç liiui ïvTuaov xavrofiptuv, wv Si] xovtdI( )i3xpà xai nctlimà là oiS^ptct npoîiicTai ' xal tdijtouc ni (liv «puTOSTiiTai eî; npogoliiv i](âvTuv, <â( fî talkàZ^wv aÙToT; ot iiB),ftiioi xcnà xà aT{fii\ (liXiaxa xHn îmtwv tittotxi T&v x&vnev tôv ai&rjçat. Ot SturtfonàTii & xn\ ot tiii Tp(Ti]( xaX titàp- ■tiiç xiiaai,ui isovriaiùv npoScCXiiiiSiav xaii^ xivTou(, Snou Sv tÛ);<iicv xcii Tintauf Tp<â(revTec, xcA Innirriv xaTaxavoOTBS, *aX BupiM xai %ax%:fpi*xif Oiipaxt (gucEtrivtoc ToO xivTou, xa\ Iià \Lai.axlixi\x<t toO aidiipou ntixa(if{lJvTO(, à^ptlov rbv iva- BÔTtiv xoniaovTtf.

S. Antiqtdtalet romaïui, t. 11, p). 94. Le mouumeut se voyait «lors iIudb la moisou d'Euforio Fratelli.

DigitizsdbyGOO'^le

322 LIS PILUM DE L INFANTKRIË ROXAINE

Montfaucon et Gruter l'ont reproduite '. Le monument était élevé à la mémoire d'un prétorien de la septième cohorte'. On peut le dater de la première moitié du in" siècle, c'est-à-dire d'une époque où, d'après Dion Cassius, les règlements militaires d'Adrien étaient encore dans toute leur vigueur". Notre soldat est armé de deux javelots de pareille façon : un grand, qu'il tient de la main gauche et sur lequel il s'appuie, un petit qu'il a dans sa main droite, le fer renversé en avant. Les|deux pointes sont de véritables broches de fer, et les chapiteaux d'oii elles s'élèvent ont la forme de pommeaux ou de boules. La hampe du petit javelot se perd dans le raccourci sous lequel il est représenté; celle du grand javelot va en s'amincissaut à partir du chapiteau. Elle est habillée d'un ruban ou d'une ganse qui s'enroule autour d'elle (voy, pi. III, flg. 2). C'est un genre d'ornement dont j'ai recueilli plusieurs exemples, et par lequel paraissent s'être distingués, au m" siècle, les soldats des cohortes d'élite.

Maintenant, quel a été, dans l'armée romaine, le nom de cette arme à double module ?

La langue latine posssède le mot contus qui est synonyme du xévrsf grec par plusieurs de ses acceptions. Est-ce le terme qu'il convient d'appliquer ici? Je ne le pense pas. L'arme que les auteurs latins du temps de l'Empire appellent contus était spéciale à la cavalerie. Tacite nous la montre à la main des Sarmates*; Silius Italicus en dépeint la manœuvre, le cavalier la tenant en arrêt sur le genou à cause de sa lourdeur'; V^ècela fait encore figurer dans l'armement de la grosse cavalerie romaine'; enfin Arrien lui-même ajoute son témoignage à tous ceux-là, lorsque, dans son l^aité de Tactigut, à la lance, arme de chaire et de jet, employée par une partie de la cavalerie romaine, il oppose le xôvto; dont une autre partie de cette cavalerie se servait < à la manière des AlainsetdesSarmates^i

1. L'antiquiU expliquée, tome VII (ou IV" partie, I), pi. 9; Corpus irucriplioaum, p. 529,

2. M- AVR. LVCIANO MILITI COH.VII P. R.5I1 ALEXANDRINl VIX. ANN. XXVIIIIIMIL ANN. VI HORIVNDVS EX t PROVIN- CIA DACIA C. VIBIVS II VRBICVS HERCO MANIPVLO B B. M. F.

I 3. 'Û9ti x«t ïOv TB tirt Cn' aùtoO à^Uvra vinov vflm tî); «panîdc ilrai- Llb. LXIX, c. IX.

i. Hùtoirei, 1. 1, ch. 19.

5. SultDliU g«iiii |>«r cimpam pooden contl ~ Sumitici preuidttnoi nrgdul In boaln.

Page 1