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AU COMITÉ DES TRAVAUX HI8T0BIQUE8 DIVERSES COMMUNICATIONS MANUSCRITES

CIMETIÈRES ANTIQUES DE VBRNEUIL ET DE CHEVINGOORT (OtSi),

CAHr-REFDOE DE DURESTAL SUR LA COUUUNE D'HiNANSAL (cOtES-DU-NOIID), PAR M, QAULTIBR OU UOITAÏ,

[Bévue det Soeitltt lavantet, 1870. — BIbl., n* ISS.)

A la Un de l'année dernière, M. Woîllez, correspondant, annonçait au Comité la découverte récente d'un cimetière sur la commune de Verneuil, près de Creil (Oise). Les sépultures occupaient le dessus d'un promontoire dit le Tremblay, qui domine le cours de l'Oise. Il faut que ce lieu ait été déjà reconnu pour ce qu'il fut dans les temps anciens, car un chemin qui passe au pied du promontoire s'appelle Chemin du Tomboir, et il ne serait pas impossihie que le nom de Tremblay fût lui-même une altération de Tomboir ou Tomboù.

Quoi qu'il en soit, les morts de ce cimetière reposaient dans des fosses creusées à la profondeur de 60 centimètres sur une longueur del",20 à 2 mètres et une largeur de 50 à 80 centimètres. Ils avaient chacun auprès de leur tète deux vases recouverts d'une assiette, et quelquefois d'autres vases à leurs pieds ou à leurs côtés. Comme ces vases étaient d'une pâte grossière, mêlée de grains de sable et à peine cuite, que d'ailleurs cpielques menus objets de bronze et de fer avaient été trouvés en même temps que la poterie, sans qu'il se fût présenté ni silex taillé ni instrument de pierre, M. Woillez conclut qiie le cimetière était gaulois du temps de l'autonomie gauloise, mais postérieur & la période qu'on appelle Vâge de pierre.

Tout cela était exposé dans les termes les plus succincts, comme une simple nouvelle que notre correspondant se proposait de faire suivre d'un envoi de dessins aCn de mettre le Comité en état de juger des choses par lui-même.

M. Woillez a tenu sa promesse. Nous avons reçu de lui un cahier de figures coloriées représentant trente vases, deux bracelets et un torçuet

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en bronze, un fragment de lame de coutelas et un mors de cheval dans un état de parfaite conservation, ces deux derniers objets en fer.

Le mode d'inhumation décrit dans la première note de M. Woillez m'avait inspiré des doutes sur l'époque altribuée par lui aux sépultures du Tremblay. Des morts inbumés absolument comme nous inhumons les nôtres ne me faisaient pas l'effet d'avoir été des Ganlois du temps de l'indépendance gauloise. Je les r^ardais plutAt comme des sujets romains.

La vue des objets déposés avec eux m'a confirmé dans cette ojhnion. Les vases, qui consistent en petites urnes et en écuelles, sont celtiques par le procédé de leur fabrication, mais leurs ^bes attestent de la part de ceux qui les ont faits la connaissance des formes de la poterie romaine. C'est de celte vaisselle à l'usage de la plèbe galloromaine, comme on en trouve dans les décombres de toutes celles de nos villes qui ont péri lors des premières invasions, comme il s'en présente, accouplée à des produits de façon tout à fait romaine et à des monnaies du règne des Antonins, dans les puits de Troussepoil.

Le torques est d'une fine ciselure, orné de stries qui en font comme une vis entre les pas de laquelle se relèvent de petits pois. Il a de plus un fermoir composé de deux plaquettes percées Un tel travail n'appartient pas à l'art primitif des Gaulois. On peut en dire autant du coutelas, que M. Woillez lui-même n'a pas pu s'empêcher de comparer aux coutelas germaniques, et du mors de cheval, qui est bien dans la forme des mors gaulois, mais plus artistement travaillé. Sans craindre de se tromper de beaucoup, on peut assigner la fin du v siècle de notre ère comme la date probable des sépultures du Tremblay.

M. Woillez nous a envoyé de plus une autre série de dessins représentant quarante-six objets fournis par une fouille que l'Empereur a fait faire en 18fî8 sur la commune de Chevincourt, aussi dans le déparlement de l'Oise. C'est un lieu très ancien, mentionné sous le nom de Civino-curlis dans un diplôme de 878, accordé par Louis le Bi^e à l'abbaye de Saint-Riquier. Les recherches ont été dirigées sur un cimetière où les corps avaient été inhumés de la même manière qu'au Tremblay, mais un peu moins profondément. Le butin recueilli a été partagé entre le cabinet des antiques du palais de Compiègnc et le musée de la ville. 11 consiste en vases et menus objets de toilette ou d'équipement. Je remarque parmi ces derniers trois poinçons en silex. Heureusement M. Woillez n'a eu garde de prendre texte là-dessus pour reporter les sépultures de Chevincourt à l'âge de pierre, ou seulement aU temps de l'autonomie gauloise. Loin

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CAMP-HEFTGE DE DURESTAI. 36i

de là, il propose avec assurance le iv" siècle, comme une date qui résulterait forcément de la forme et du mode de fabrication des vases.

Comme j'ai rabattu de son compte pour les antiquités du Tremblay, je crois pouvoir ajouter quelque chose en plus au temps dans lequel il place celles de Chevincourt.

La poterie est mieux faite, et surtout mieux cuite, que celle dont je parlais tout à l'heure. Plusieurs pièces sont de couleur grise; les autres d'une terre qui est devenue rose par l'action du feu. Il n'y en a aucune qui soit de ce rouge lustré que nos archéologues appellent ai improprement de la poterie samienne. Deux écuelles ont sur leur panse une décoration de stries en feuilles de fougère et de treillis, exécutée au moule. C'est probablement cette circonstance qui a donné k notre correspondant l'idée du iv" siècle; il aura eu en vue certains vases de l'époque barbare qui présentent des décorations du même genre; mais ces vases ne sont jamais en terre rose. D'ailleurs la poterie de Chevincourt ne diffère aucunement par ses formes de celle que l'on rencontre partout dans les sépultures des plus beaux t«mps de la domination romaine, et la même appréciation résulte de la vue des autres objets que la fouille a produits. J'y vois un très bel assortiment de verrerie," fioles, flacons, verres à boire et urnes; un plat de bronze découpé et brodé sur le bord; une cuiller aussi en bronze, un peigne fin en ivoire. Tout cela décèle à mes yeux le il* ou le ni* siècle de notre ère.

M. Gaultier du Mottay, correspondant, signale un refuge exécuté au prix d'un travail gigantesque sur un point des marais formés par la rivière de Frémur dans la commune d'Hénansal (Câtes-du-Nord). Le nom du lieu est Durestal, On y voit un rempart de terre de 8 mètres d'élévation sur une largeur de 12 ou 15 mètres à la base, qui se développe à peu près dans la forme d'une ellipse. L'enceinte est interrompue dans son petit axe par le passage de la rivière. Sur l'un des grands cdtés, où le marais est plus lai^e, s'élève un tumulus de plus de 16 mètres de hauteur. Cette butte artificielle a sa racine dans le marais même. Elle est protégée de flanc par un réduit triangulaire de 50 ares de superficie, environné aussi de talus très élevés.

Notre correspondant a pensé d'abord que cette éminence avait pu supporter un donjon ; auquel cas l'enceinte qui s'y rattache représenterait un château féodal. II a été détourné de cette idée parce que, ayant fait faire quelques fouilles sur le sommet du tumulus, il n'a trouvé aucun débris. D'ailleurs un acie du cartulaire dé Saînt-Aubinde^^Bois constate qu'en 1208 l'enceinte de Durestal, complètement

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362 CAIUP-REFL'GE DE DURESTAL

fermée au moyen de chaussées et de vannes, avait été transfonnée eu un étang dont les seigneurs de Dinant avaient la propriété.

M. Gaultier du Hottay s'est demandé ensuite si cette fortîficatioa n'aurait pas été l'ouvrage des Bretons du vi" siècle : hypothèse qu'il a bien vite abandonnée parce qu'elle ne lui semblait pas conciliable avec l'immensité deslravaux.il s'est arrêté en dernier lieu à supposer que c'était là un retranchement élevé au temps de la conquête romaine par une peuplade qui aurait cherché à se défendre contre les armes des lieutenants de César.

A ces conjectures j'en préférerais une quatrième qui n'est pas venue à l'esprit de M. Gaultier du Mottay.

Les Gaulois faisaient leurs retranchements par entassement de pierres ou de bois. Ils ne s'abritaient point derrière des terre-pleins précédés de fossés. Ces sortes d'ouvrages constituent les castellum du Bas-Empire. Partout où on les trouve on est sûr d'avoir devant les yeux des refuges préparés pour les populations qui eurent à se soustraire aux incursions continuelles des barbares pendant toute la durée du v° siècle. Je donnerai donc à la fortification de Duresta] cette origine et cette destination. D'ailleurs je ne ferais pas difficulté d'admettre que plus tard la même enceinte a pu servir aux Bretons pour se défendre soit contre les Francs, soit contre les Normands. Il serait même possible qu'elle ait été convertie temporairement en un château féodal. Quantité de petite seigneurs du x° siècle n'eurent pas d'autre résidence que d'anciens castellum romains qu'ils remirent en état. Ils y trouvaient tout ce dont ils avaient besoin : un abri sûr pour les paysans de leur terre, une motle entourée d'ouvrages de défense, qui avait supporté autrefois une tour à signaux et sur laquelle ils se construisaient un donjon de bois. Dès le xii* siècle, une partie de ces demeures avaient été abandonnées ou détruites. Les doi^ons, réduits en cendres, n'ont pas laissé de traces.

Une remarque m'est suggérée par le nom de la rivière qui traverse l'enceinte. Ce nom est celui du vaste castellum qui s'étend près d'Angers, au confluent de la Mayenne et de la Loire. On dit le camp de Frémw. L'étymologie est certaine. Les éléments latins d'oii est sorti le mot français sont fractia murta. C'est la dénomination qui convient à une fortification rainée. Il y a toute apparence que le cflitellum de la commune d'Hénansal commença par être appelé ainsi. Ce nom, ayant été abandonné pour celui de Durestal, s'est maintenu cependant pour désigner la rivière.

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OBSERVATIONS

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