SCULPTURES GALLO-ROMAINES
est occupée pur une grosse tète dessinée dans le style de ceilains masques tragiques. Il n'est pas probable cependant qu'un masque tragique occuperait celle place dominante sur un monument dont la destination a été certainement religieuse. Mieux vaudrait assimiler celte télé à celles qui garnissent les coins de certains sarcophages et
qui passent pour la représentation des larves ou lémures ; mais mieux vaut encore ne proposer aucune attribution et se contenter de signaler une pièce de plus à ajouter au répertoire d'où l'avenir fera sortir, il faut l'espérer, la connaissance delà religion des Gallo-Romains'.
L'une des stèles funéraires découvertes au Grand-Mal-Deu est celle d'un personnage barbu, représenté en pied et revêtu de cette aiinple lacerne qui est si fréquente dans l'imagerie gallo-romaine. Le costume est complété ici par une sorte de mandille ou daJmatique à pans très étroits qui couvre le devant du corps du pei-sonnage jusqu'à mi-jambe. Les mains sont appuyées sur cette pièce d'habillement à la ■ hauteur de l'estomac ; celle de gauche retient une longue baguette ornée. Au-dessus de la tête est représenté un oiseau, les ailes étendues*
M. Laurent croit voir dans cet animal une colombe ; mon opinion
I. Rnpprocber <le ce moDument le cippe surmonlè d'une tripla lète qoe ÏI. Fleur? a publia daua ses AntiquUii du dép. de l'Aisne, t. Il, p. 19. (Note maauicrite njoulée pur l. Qalchcral à son ciemplairo Je Ja Rtcue duSodilts laçante*.
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est ptutdl qu'on a voulu figurer un corbeau, oiseau qui fut l'un des attributs d'Apollon, et que Dom Martin, en sa Religion des Gauloù, démontre avoir joué un rôle important dans les mythes de la Gauie. Je ne serais pas éloigné de penser qu'en mettant un corbeau sur la lèle de noti'c personnage et une baguetle dans sa main, on ait voulu indiquer qu'il avait exercé pendant sa vie la profession d'aruspice; car il i-esia des aruspices après qu'il eut cessé d'y avoir des druides.
Un art dans lequel les Gaulois du temps de Cicéron surpassaient les autres peuples, ne put j»as périr lorsque h Gaule adopta les superstitions romaines, parmi lesquelles la divination par le vol des oiseaux était au premier rang.
La reproduction en gravure de la photographie envoyée par M. Laurent fera . saisir au lecteur la portée
d'une autre observation qu'il me reste à présenter relativement au fronton qui couronne la même stèle. Il y a là un accouplement delignes et un système d'ornementation absolument étrangers à l'architecture romaine, qui a étéemployée d'ordinaire pour le couronnement des tombeaux gallo-romains. Ce n'est que dans l'architecture des peuples de l'extrême Orient, ou niieui encore dans la décoration des manuscrits irlandais du moyen âge, qu'on h-ouverait l'analogue de ce que l'on voit ici. Je ne doute pas qu'il n'y faille voir un écliaiitillon de l'art décoratif des Gaulois, art dont la conquête romaine fit passer le goût, mais qui cci>cndant put se conserver dans quelques provinces éloignées faute d'ouvriers qui
zedbyGOOgle
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t faire autrement, ou par l'obslioalion de ceux qui comman* dai^t rouvrage à ne vouloir pas subir les modes nouvelles.
Une inscription a été gravée des deux côtés de la tête du personnage, mais si I^èrement et avec des caractères si mal formés, qu'elle est devenue illisible. Des trois lignes qu'elle occupe, je crois discerner,
àla fin de la première, TEQ... A, dais la seconde PROCVL EOi
dans la Iroisiënte DOMIT,.,.
L'autre stèle n'est qu'un fragment, le sommet d'un tombeau disposé comme une arcade sous laquelle sont sculptées trois têtes, deux d'hommes à barbe et une de femme. Au-dessus de l'arcade est un carlouche accosté de deux petits bustes. Ce cartouche porte une inscrip* tiiHi de trois lignes, qui est en aussi mauvais état quecelle dont je viens de parler. Je n'en puis déchiffrer que la seconde ligne, ainsi conçue : PATERNV BOAI
M. Laurent a essayé de précisera quelle époque il convient de rapporter chacune de ces pièces. Il met entre les unes et les autres l'intervalle de plusieurs siècles. On n'est pas libre de se donner tant de mai^e quand il s'agit de dater les sculptures antiques qui sortent du sol de la France. Nous ne saurions trop répéter à nos correspondants qu'il n'existe pas de sculpture de l'époque gauloise, attendu que les Gaulois tant que dura leur indépendance, ne sculptèrent point la pierre. Ils ne se mirent à ce genre de travail que lorsqu'ils eurent. contracté les habitudes romaines, et ils l'abandonnèrent presque complètement lorsqu'ils commencèrent à se convertir au christianisme. C'est pourquoi la plupart des sculptures gallo-i-omaines se placent enlre le commencement du ii° siècle de notre ère et le déclin du ni". Et il ne faut pas chercher dans le style de ces ouvrages de points de repère pour établir des époques dans la période que je viens d'indiquer. Sans doute une sculpture portant l'empreinte d'un vrai talent, et digne d'être classée parmi les œuvres d'art, annoncera le règne de Tnyan plutôt que celui des empereurs syriens; mais des produit» de la plus insigne barbarie peuvent appartenir indifféremment à ces deux époques, et même remonter jusqu'aux premiers Césars. On ne risque pas de s<> tromper beaucoup en regardant comme contemporai< es les trois pierres du Grand-Mal-Deu et en leur assignant pour date les alentours de l'an 200 de notre ère.
La Société d'émulation des Vosges a obtenu de l'administration des forêts que ce monument et tous ceux que l'on pourrait trouver au même lieu allassent s'ajouter à la riche collection que le musée d'Épinal possède déjà en- ce genre.
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