SUR LA LECTURE D'UNE INSCRIPTION ANTIQUE
A BOURG-SAl.Nr-MAURICE (saVOIk)
(Bttllelin de la Sodtlé dei Anliquaires de France, IB79. — Bibliogr., u'2-|.)
M. Quicberat tiiîl part à la Société d'une nouvelle lecture qu'il a été à même de faire récemment d'une inscription importante de la Tarentaise. Le texte, à sa comiaissance, n'a été encore publié que par M . l'abbé Ducis, qui, après l'avoir signalé une première fuis en 1855 dans les Mémoires de l'Académie de Savoie, l'a reproduit en 1871 dans son livre intitulé Qneationa historigues et archéologiques sur les Alpes de Savoie.
he monument consiste en une pierre épaisse, malh^'eusement cassée sur l'un de ses bords, qui est jetée à l'abandon, la face exposée aux injures de l'air, sur un tas de décombres, dans une ruelle qui lon^ l'église de Bourg-Saint -Maurice (Savoie). On sait dans le village que celte pierre provient de la démolition d'un ancien couvent de darisses, où elle avait été employée comme jambage de porte.
Bou [^-Saint-Maurice est situé sur la rive droite de l'Isère, au pied du petit Saint-Bernard. Aux yeux de plusieurs géographes, ce lieu répond au Bergintrum de la carte de Peutinger. La proximité d'un torrent appelé aujourd'hui Borgeal justifie assez cette assimilation; seulement on ala preuve, par des restes de vieux murs, que l'ancienne localité n'était pas juste à l'endroit où se trouve le bourg actuel ; peutêtre même l'emplacement a-t-il changé plus d'une fois depuis l'antiquité. Le torrent, qui n'est rien en temps ordinaiie, devient, après les orages, comme un lac en vidange (on dit dans le pays un Moe Seau), qui se déverse sur la vallée, et les masses de terre et de pierre qu'il entraîne avec lui, se portant tantôt à droite, tantôt k gauche, modifient incessamment la configuration du sol. Lors de
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l'exploration de M. QuicUeral, au mois de septembre 1878, deux i-ent» mètres de long de la grande route venaient d'être enterrés par un accident de ce genre, en avant de fionrg-Saint-Maurice.
L'inscription dont il s'agil consacre la mémoire de grands travaux exécutés aux frais de Lucius Vorus pour réparer des dégâts que les inondations avaient causés, non seulement sur ce point de la vallée de l'Isère, mais dans tous les pays des Ceulrona, jjer fines Ceutronum, dit le texte, qui fournil un troisième exemple épigrapUique de la véritable forme du nom de ce peuple.
Voici l'inscription dans son entier :
IMP CAES LV AVRELIVS VERVS AV T IB POTEST 111 COS 11 AS FER FINES CEVTRO VM V| TORRENTIVM ERSAS EXCLVSIS MINIBVS ET INNA EMALVEVM RED LIBVS PLVRIM OSlTlS-lTEM FLAET BALINE ^ SVA RESTIT
Les corrections au texte tel que l'a publié en dernier lieu M. Ducis sont :
A la cinquième ligne, VM.Vl au lieu de VMVL.
A la neuvième LIBVS au commencement de la ligne au lieu de IBVS ; à la Un, PLVRI suivi des vestiges d'un M conjugué au lieu de PLVRIB.
A la onzième, au commencement FLAET «u lieu de PIALT» el à la Hn BALINE au lieu de BALINEV.
Ces nouvelles leçons rendent inadmissibles deux des restitutions proposées par M. Ducis, cumulis torrenlium i\ lu cinquième ligne et lemplum ou compiluin, allare, balineam à la onzième. 11 s'agit dans le premier passage de la violence et non du volume des torrents, cau.se du désastre; il s'agit dans le second de temples et d'établissements de bains réparés, sans qu'il soit fait mention d'autel. Quant à la désinence, enlevée par la cassure de la pien'C, du mol baline, l'usage veut qu'elle soit au pluriel féminin plutôt qu'au singulier neutre, balineas et non balineum.
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INSCRIPTION hK llOL'RG-SAlIiT-MAlJilli:K 43^
M. Ducîs, afin de fuira coïncider les tiavaux avec un voyage possible de Verus dans les Alpes, a ajouté le chiffre V au quantième de la puissance ti-ihunitienne, ce qui reculerait l'événementà l'année 168 de notre ère ; mais il n'est pas nécessaire que l'empereur soit venu dans la contrée pour lui avoir fait sentir ses bienfaits. De l'Arménie, ou la ^ojerre le retint plusieurs années, il fit à la colonie de Narbonne un lion qui nioliva une inscription encore existante et datée, de même ([lie celle de Bourg-::Jaint-Maurice, du troisième ti'ibunat et du secon<l consulat, c'est-à-dire de l'an 464 de notre ère.
Le mot si important du commencement de la quatrième ligne dont il ne reste que la désinence a élé suppléé AQVASi et le participe de la dixième ligne qui s'y rapporte, EVERSAS. M. Quicherat faisant ressortir l'impropriété qui résulte de l'accouplement de ces deux termes, M. Rayet demande si VIAS ne serait paspluldt li véritable restitution à introduire dans la quatrième ligne. M, Quicherat reconnaît qu'à tous les égards cette leçon lui semble préférable; mais it corrigerait aussi le participe et au lieu de eversas il mettrait mersas.
M. Ducis a complété le premier mot de la septième ligne par U syllabe LU exrlusis liminibus, et il a entendu par là que les eaux étaient sorties de leurs lits, mot à mot avaient passé par -dessus leui's seuils ; mais on ne trouverait pas d'exemple de Umen pris dans ce sens, et d'ailleurs les ravages des eaux ayant élé suflisamment exprimés par l'incise vi lorrenfium, une seconde incise doit se rapporter à un autre ordre de faits : ce qu'indique assez la conjonction eC qui rattache exclusis... minibus au rétablissement des eaux dans leurs lits. D'après cette considération, M. Quicherat propose FLVMINIBVS avec le sens que les cours d'eaux ont été rejetés hors des routes qu'ils submergeaient.
L'epithète mutilée de alveutn ne semble pas pouvoir être restituée autrement que par NATALEM, ainsi que l'a proposé M. Ducis, quoique nalwalem soit mieux justifié par l'usage des auteurs; mais la place manquerait pour un mot si long.
RED qui termine la même ligne ne peut pas être complété comme prétérit, conformément à la conjecture de M. Ducis; il n'y a qu'un verbe pour toute la période qui est le mot de la fin, reslUuit. 11 faut absolument un participe se rapportant à ftuminibua, par conséquent REDVCTIS.
La neuvième ligne en acceptant MOLIBVS pi'oposé pour le commencement, devra se terminer par pLVRlMlSi conformément à la nouvelle leçon.
A la dixième ligne, où M- Ducis met POSITlS. '« composé QP*
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436 INSCRIPTION DE BOURG-SàlM-HADHICE
POSITIS vaudrait mieux, et à la fin, la répëtitioD des trois dernières lettres est indispensable : ITEMTEM.
La restitution de la onzième li^ne a ôté indiquée ci-dessus; pour qu'elle soit complète, il faut suppléer à la fin la lettre p, signe depecunia,
La lecture complète est donc celle-ci :
IMP CAES LVCIVSIIAVREUVS VERVS AVG. IITRIB PO- TEST III COS H VIAS PER FINES CEVTROIlNVM - VI ■ TORRENTIVM II MERSAS EXCLVSIS || FLVMINIBVS ET IN NATAIILEM ALVEVM REDVCTIS II MOLIBVS PLVRIMISH OPPOStTIS-ITEM TEMllPLA ET BALINEAS P.IISVA RES- TITVIT.
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RAPPORT