AU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES BULLETIN DE L'ACADÉMIE DELPHINALE
T. lit UE LA 3» «ËRIB, ANNiK 1S17.
EXPLORATION ARCHÉOLOGIOUE DE LA VOIE ROUAtNE DE L'BISASS PAR U. FLORIAN VALLENTIN
iSevue des Sodélés naaanlet, 1ST9. - Bibllogr., n» HS.)
L'étude de M. Florian Vallentîn sur la voie romaine de l'Oisans esl de celles qui demanderaient l'accompagnement d'une carie. Le chemin exploré par ce savant est une partie de celui qui, aujourd'hui encore, conduit de Grenoble à Briançon. Depuis le temps des Romains jusqu'au nôtre, la direction n'a pas pu beaucoup chanfi^er. La nature y a mis bon ordre. Il faut à toute force suivre la vallée de la Romanche, étroite dans toute sa longueur lorsqu'elle n'est pas absolument élrang'lée. Les rectifications ou déviations amenées par la suite des siècles se réduisent à de légères difTérences dont on ne pourrait se faire une juste idée que par un tracé sur grande échelle. Mais j'ÎQfiiste trop sur ce point, qui est du ressort de la géographie ancienne plutAt que de l'archéologie.
Je n'ai à parler que des antiquités proprement -dites signalées par M. Florian Vallentin, qui sont la Porte des Romains, et des tronçons de la voie antique, reconnaissables à leur dallage, qu'ils ont conservé, ou à leur taille pratiquée dans le roc.
La Porte des Romains est une arcade résultant du percement d'une roche qui obstruait un point de l'ancienne voie pratiquée en corniche. On a cité bien des fois cet ouvrage de l'antiquité. Quelquesuns ont voulu y voir le passage frayé par Annibal, dont il est parlé dans Tive-Live, Une partie du cintre de l'arcade fut emportée par un éboulement à la fin du siècle dernier. M. Vallentin a constaté qu'une nouvelle avarie s'était produite depuis peu. Il prévoit la disparition prochaine de ce qui reste de l'arcade, et bientôt après de toute trace
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i3S VOIE ROMAINE l)K l.'oiSANS
(le travail humain. Il voiidrail qu'on avisiU au mojen d'arrêter cette destruction, et que loul d'abord le monument fût classé. Mais quelle espèce de résislance opposer à une roche qui se désagr^fe ? I.e classement officiel ne garantit pas Xea monuments de l'insulte des hommes ; à plus forte raison sera-t-il impuissant contre les forces de la nature.
Plusieui-s reniai-ques intéi-essanies résullent des oljsei-vations de M. Vallentin sur la construction de la voie antique. Sur divers points des parties rocheuses, existent encore des ornières profondes de 0",08 à 0"45. dont la taille au cisesu ne fait pas de doute aux yeux du savant dauphinois. Lorsque le chemin est en corniche, il n'y a qir'une seule rainure. Ailleurs, où il y a deux rainures, l'écarlement est de 1",38. Cet intervalle concorde, à 0",02 près, avec celui des ornières creusées dans le pavé des mes de Pompéi, car celles-ci sont écartées de l^.se.
Des montagnards, interrc^^ par M. Vallenlin sur le nom d'une section abandonnée entre le Villard d'Arène et le col du Lautaret, ont répondu que cela s'appelait la voie sarrasine. Là-dessus le savant dauphinois conjecture que cette dénomination est due probablement aux travaux de restauration dont les anciennes routes furent l'objet pendant l'occupation de l'Oisans par les Sarrasins.
Il ne faut pas se lasser de répéter les choses qu'il importe de faire entier dans les esprits. J'ai souvent dit en public et plusieurs fois écrit que le mot sarrasin, dans la tradition aussi bien que dans la langue du moyen âge, ne doit pas être entendu dans son acception rigoureuse. Autrefois Sarrasins voulait dite non seulement les Arabes conquérants avec qui les chrétiens eurent à se mesurer depuis le vm° siècle, mais encore tous les peuples, n'importe de quel lieu et de quel temps, qui n'étaient pas chrétiens. C'était un terme général, synonyme de païen. L'identité des deux mots est parfaite, attendu que, dans l'opinion des occidentaux, les vrais Sari'asins, les Arabes sectateurs de Mahomet, étaient des adorateurs d'idoles. Au x' siècle, la mémoire de l'antiquité se perdit si complètement qu'on avait oublié même l'existence des Romains. Il resta, pour toute notion historique du passé, que la France, avant d'être convertie à la foi, avait été peuplée de païens, c'est-à-dire de Sarrasins dans le langage du temps. Par conséquent tous les ouvrages que leur façon témoignait Otre antiques, étaient réputés sarrasins, M. Vallentin allègue luimême une preuve de celle manière de juger les choses ; car il fait la remarque que, dans l'Oisans, les monnaies romaines sont appelées or des Sarratins, et que par tout le Onuphiné les gens de la cam-
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pagne appellenl tuUes satrasines les luiles à l'eboids. Dans beaucoup de textes du xiii* et du xiv» siècles se rencontrent les expressions mur* saivasinois, qui désignent les maçonneries antiques en blocaj^ revêtu de petit appareil.
Mais d'autres ouvrages que ceux de l'époque romaine peuvent avoir été appelés sarraRins, de même que le nom de Sarrasins s'appliqua à d'autres qu'aux Romains et aux Musulmans. C'est, selon moi, le cas de ce peuple sous le joug duq\iel pluRieuia parties du Dauphiné et de la Savoie passèrent momentanément au x" siècle; car je trouve trop peu vraisemblable et nullement prouvé que cetle conquête ait été le fait des Arabes africains. Dans tous les cas, la question mérite d'être plus approfondie qu'eile ne l'a été jusqu'ici. Je me féliciterais de l'avoir soulevée, si mon invitation pouvait amener quelque savant daupbinois à la résoudre.