‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 182 sur 240 · DK LA RIVE GAUCHE DE LA SEINK A PARIS · texte numérisé non relu

DK LA RIVE GAUCHE DE LA SEINK A PARIS

(FragmenU Inédita écrita en IBSa.)

La diasertalion aur Itt rue et le cMteau HaïUefcuUk devait avoir primilivement, dans la pensée de J. Quicherat, des développements plus étendus que ceux qu'il lui a donnés. Ce devait n'être rien moins qu'unr étude sur le Paris romain de la rive gauche- de la Seine. De ce travail il avait d^lacli^ pour la Société dcn antiquaires le mémoiro qu'on vient de lire. I! destinait un second mémoire qui devait être le complément du premier à la SociMé de f histoire de Paris. Il y a travaillé jusque dans les derniers Jours de sa vie, el n'a pas eu le temps de l'achever. Nous donnons ici les quelques pages qu'il en avait rédigées, bien qu'il y manque le commencement et la (la. Si incomplets que soient ces fragments, ils nous ont paru exprimer assez fidèlement la doctrine du maître sur un sujet qu'il avait longtemps médité pour qu'on ne nous sache pas mauvais gré de livrer à la publicité ces dernières pages tracées d'une main déji déraillante.

On peut tenir pour chose prouvée que le camp mentionné par Ammien Marcellin occupa la plus grande partie de l'espace contenu au- JDtird'hui entre le boulevard Saint-Michel et les trois rues SoufDot, Saint-Jacques et Royer-Collard ; et il n'est pas moins certain que les ruines baptisées du nom de château de Hautefeuille par les f^ns du XIV" siècle étaient celles de cette construction militaire.

En continuant d'interroger le sous-sol, il est possible d'ajouter quelque chose de plus à cette conclusion.

Le percement de la rue Gay-Lussac en 18lS5, la reconstniction du haut de la nie Soufllot en -1877 ont fait remuer jusqu'au tréfonds la presque tolalilé du terrain occupé aiilrefois par le camp. Purloul,

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Les vestiges romains dk faris 461

ditns le cours de ces travaux, ont appam des substruclions dont l'oiîgiue romaine était attestée autant par leur façon que par la nature des décombres qui les accompagnaient. La rue Sainte-Catherine, notammenl, et les maisons qui en bordaient le côté droit recouvraient, soit des hypocaustes, soit les aires admirablement fondées de plusieurs grandes salles n'ayant pu faire partie que d'un édiiîce public ou d'un palais: Sous les rues Saint-Hyacinthe et Saint-Thomas, dans la fondation des maisons du cdté droit de la rue Soufflet, on rencontra des vcstii^es analogues, bien qn'annonsaiit des résidences moins somptueuses. Du bois charbonné, des éclats de tuiles à rebords, des gravois calcinés mêlés à ces restes témoignaient d'une destruction générale accomplie par le feu.

Ce n'est pas tout. A. une hauteur variant entre 25 et 40 centimêU'es au-dessus de la couche qui vient d'être décrite, la coupe du terrain laissait voir une autre couche de résidus d'incendie, moins épaisse, ihoins régulière, interrompue en maints endroits, ne contenant guère, en fait de débris appréciables que de menus fragments de poterie; et cette poterie était encore de la romaine, tandis que dans l'entassement confus de 3 à 4 mètres de terre et de décombres superposés il n'y avait pas trace d'objets appartenant à l'antiquité.

La conséquence à tirer de là est qu'à deux reprises, pendant la durée de la domination romaine, des habitations qui couvraient ce terrain périrent par le feu ; que la première destruction fut dirigée contre des bâtiments en maçonnerie, tandis que la seconde nVut aQaire qu'à des constructions légères, comme seraient des baraques de bois; enfin, qu'à la suite de chacun de ces sinistres le lieu resta à l'abandon assez longtemps pour que le sol se soit reformé par-dessus les ruines.

Essayons de combiner ces données avec ce que nous savons de l'em* . placement du camp.

Itien^de plus facile si l'on se remémore les phases de tranquillité et de perturbation, de prospérité et de misère par lesquelles passa la Ciaute romaine. Il n'y a qu'à étendre à Paris ce que nous savons avec certitude être arrivé poui' quantité d'autres villes.

Un beau quartier s'était formé sur le coté méridional de la Seine pendant la période heureuse de la domination romaine. 11 fut détruit au milieu du m' siècle de notre ère, dans les premiêl-es incursions des barbares germains, celles qui firent le plus de ruines parce qu'elles survinrent à l'tmproviste et qu'aucune pi-écaulion n'avait été prise pour s'opposer à leurs ra^'age3. Les habitants emmenés en esclavage ou mis en fuite, il n'en revint pas d'autres prendre leur place pendant nu ilemi-sièclc de gueii'es civiles et sociales qui suivirent une dévasla-

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tion titins exemple et qui ajoulèrent encore les massacies aux masaacreii. les ruines aux ruines.

Sous Constance Chlore ou Constantin, lorsqu'il fut permis enfin au pays de respirer, te système défensif de l'Empire était changé. On fortiliait les villes de l'intérieur, et, dans leur voisinage, l'on construisait des citadelles pour y tenir des troupes à demeure. C'est alors que Lutèce eut son camp permanent. On revint demeurer sur le coteau quand il y eut une forteresse qui en garantissait la sécurité. Les misons s'y multiplièrent, moins riches, mais peut-être aussi peuplées qu'auti^fois. Les choses en étaient là sous Julien. Mais Théodose retira les garnisons de l'intérieur de la Gaule pour les employer k la défense de l'Italie et des frontières danubiennes. Les places fortes grandes et petites furent cédées aux populations qui surent mieux en tirer parti pendant la paix que les défendre en cas d'attaque. OUe de Lutèce n'aura pas mieux résisté que tant d'autres aux grandes invasions du commencement du v* siècle. Après la dispersion, ou le massacre, des hôtes qui l'occupaient, les habitations (froupées dans l'intérieur et aux abords de son enceinte furent livrées aux flammes; puis ses murailles, laissées à l'abandon dans un quartier redevenu désert) furent bientôt une carrière où vinrent s'approvisionner de matériaux les Parisiens de la Cité.

L'édifice n'aurait pas duré plus d'un siècle dans son int^rité. Probablement il s'écoula beaucoup plus de temps avant qu'il disparût de la surface du sol. On ne conroit guère qu'il aurait donné lieu à la l^ende dont il fut l'objet s'il n'en fût resté quelque débris encore debout à l'époque carolingienne.

Le rapprochement des indices archéologiques qui m'a amené aux déductions qu'on vient de lire, m'a suggéré encore, sur la totalité du coteau, une idée qu'il me semble pouvoir exposer ici sans trop m'écarter de mon sujet.

César nous appi-end que la Lutèce gauloise était contenue dans une .seule des Mes de la Seine, celle que nous appelons encore aujourd'hui la Cité, D'autre pari, la Lutèce gallo-romaine dont l'empereur Julien lit l'éloge quatre siècles plus tard, ne dépassait point les mêmes limites. De là l'unanimité avec laquelle nos historiens affirment que, dans toute la durée 'de l'antiquité, Paris resta la ville insulaire qu'elle était encore lorsqu'elle fut assi^ée par les Normands, en 886. Seulement, ilâ reconnaissent que cette capitale si exiguë posséda des faubourgs sous lès empereurs romains, et ils cilent à l'appui l'asseriion formelle d'Ainmien Marcellin, corroborée, jwur la rive gauche, par les restes encore si considérables ilu palais des Thermes.

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tE8 VESTIGES ROMAINS Di: PARIS 463

Cette opinion qui parait assise sur une base si solide et que je pai'- Uge&i avec tout le monde, je sentis diminuer en moi la confiance que j'y avais lorsque j'eus été témoin de ce que recelait le terrain aux abords de l'ancienne place Saint-Michel. Des aubstructions si étendues et en même temps si importantes, continues à celles que Grivaud de la Vincelle avait constatées sous le jardin du Luxemboui^, constituaient un groupe où il me semblait difûcile de voir les ruines d'un simple fauboui^; d'autant qu'à ce groupe se rattachait le palais des Thermes, et^que de p'uissantes constructions, dont les fondements furent reconnus au siècle dernier, reliaient le palais des Thermes i la rivière. Peu à peu la réflexion m'amena à soupçonner qu'il y avait là un nouvel exemple du fait signalé par M. de Caumont à l'^rd de beaucoup de cilés gallo-romaines qui, après avoir pris une grande extension sous les premiers Césars avaient été réduites, à l'époque du Bas-Empire, à n'occuper plus qu'un coin de leur ancienne superficie. N'était-il pas possible qu'entre la Lutèce de César et celle de Julien il en eût existé une autre qui avait la plus grande partie de son développement sur la rive gauche de la Seine? Les textes jie s'opposaient pointa cette supposition, et je m'appliquai à recueillir tous les indices qui étaient susceptibles de lui donner de la consistance.

Attentif aux fouilles qui se sont faites depuis quinze ans dans les quartiers du Luxembourg, de Saint-Sulpiije et de Saint-Germain-des- Prés, il n'en est pas dont le déblai ne m'ait montré quelque fragment de la tuUe à rebords qifi est le cachet de l'antiquité romaine. Même rencontre, et en plus grande abondance, dans les tranchées exécQtées tant pour le percement que pour le nivellement des abords de la rue MoDge, et, tout récemment, dans la fondation des dernières maisons bâties de la rue des Écoles, il se présentait encore de ces vestiges.

J'avoue que dans une question si délicate, il est permis de refuser l'autorité d'un témoignage décisif à la présence, si générale fùt-elle, de débris de terre cuite mêlés à des couches superficielles qui, depuis des siècles, n'ont pas cessé d'être remaniées. Mais ce qui me semble tout à fait probant, c'est qiie tous les êdrGces publics éiigés pour la distraction des Parisiens, sujets de l'Empire, eurent leur place sur la rive gauche de la Seine.

J'ai besoin d'insister sur ce fait qui, à ma connaissance, n'a été encore articulé par personne.

La preuve n'est pas à faire pour les arènes. Leur découveiie récente a justifié aux yeux de tout le monde les textes du moyen âge qui indiquaient leur emplacement au-dessus de Saint-Victor, c'est-à-dire en liaut du vei*saut dont TF^nti-epôt des vins occupe aujourd'hui le bas.

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464 LES VESTIGKS nOVAI^S DE PAIIIS

Mais rien de positif n'a été proposé encore au sujet du théâtre et du cirque, sinon que plifsieurs, par l'impossibilité de dire où avaient été placés ces monuments, ont nié leur existence et prétendu que les arènes avaient pu, au besoin, servir aux usages de l'un et de l'autre.

On va voir ce qu'il en est.

' L'égout de la rue de la Harpe, construit en 183(?), (ut creusé, depuis la rue des Matburins (aujourd'hui Du Sommerard) jusqu'à l'ancienne place Saint-Miche), dans l'âmpierrement d'une voie romaine. Les ouvriers occupés à cet ouvrage furent bien étonnés de trouver i un moment le massif traversé par un canal parfaitement bâti et voûté en pierres de taille. C'est bien autre ch6se qu'ils rencontrèrent un peu plus loin. En face du collège Saint-Louis, la chaussée antique était complètement interrompue par un couloir de2<*,28 de large, voûté en berceau.

L'explication donnée à cette double rencontre fut que le canal avait été pratiqué pour assainir le dessous de la voie, et que la voûte était un souterrain d'époque postérieure, destinée à faire communiquer les maisons des deux câtés de la me. Mais depuis lors, la reconstruction du collée Saint-Louis, motivée par le percement du boulevard Saint- Michel, a apporté la preuve que, bien loin qu'on eût bâti à travers la voie romaine, c'est la voie romaine qui avait été établie à travers les restes d'un édifice, romain lui aussi. En effet, on découvrit, sous les fondations du vieux collège, une suite de ruines qui se ratlachaimt incontestablement à celle de la rue, et telle était leur disposition que M. Vacquer, chaîné de les relover, ne tarda pas à reconnaître qu'elles avaient appartenu à un théâtre.

Ainsi Lutèce, nonobstant l'absence de témoignages écrits, doit être comptée parmi les villes gallo-romaines qui possédaient un théâtre, et il est certain de plus que ce monument fut placé sur la rive gauche de la Seine, de même que l'était l'amphilfaéltre, mais à une assez grande distance de celui-ci.

Pour ce qui est du cirque, Gi-égoii'e de Tours en atteste implicitement l'existence dés 1 e{)oque i-oniaine, lorsqu'il rapporte que Chilpéric I", désireux de se concilier par des spectacles t'aOection de» Soissonnais et des Parisiens, qu'il venait d'ajouter au nombre do ses sujets, fit faire des cirques dans leurs villes. Prétendre que les jeux du cirque auraient été inaugurée à Soissons et à Paris seulement à la fin du vi« siècle serait une lhè.se insoutenable. Évidemment le m barbare ne fit que rendre à ces deux villes un plaisir connu d'elles el dont elles étaient privées depuis plus ou moins de temju par la ruine de leurs cliques. La signification du « fit faire * de Grégoire de Toura

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