ALESIA DOIT ÊTRE CIIKIICIIÉE EN FRANCHE-COHTÉ
Ce qui est cause que la silualion d'Alesia peut donner lieu à tant de controverses, c'est que César ne l'a pas indiquée autrement que pw un terme relatif dont la valeur s'est perdue. Il lui a semblé qu'il suffisait de dire qu'Alenia étuil une ville des Mandubiens, Alesiam quod est oppidum MandubioFum ; mais les Mandubiens, il les a détruits ; mais tous les auteurs qui pouvaient avoir parlé d'eui lors de leur existence ou au moment de leur destruction, le temps les a fait disparaître également, de sorte que pour un Grec du premier eiëcle de notre ère, c'était déjà un problème à résoudre que de délinir où avaient été les Mandubiens. Strabon y a échoué. Personne ne s'en rapporte à lui lorsqu'il les place sur la frontière des Arvernes'.
Il faut donc examiner avec le plus tf rand soin le texte des (Commentaires, chercher au commencement et à l'issue du récit de la campagne les indications d'où puisse sortir la lumière dont l'auteur s'est montré si malencontreusement avare.
Deux petits membres de phrase, interprétés avec le secours de la géographie et du bon sens, ne permettent pas de placer ailleurs que dans le pays des Ségttanaii, c'est-à-dire en Franche-Comté, la bataille qui fut cause du siège d'Alesia ; et de là résulte la position d'Alesia, qui est aussi en Franche-Comté.
On comprendra qu'il est nécessaire d'exposer la situation, avant de discuter ces deux passages.
César, battant en retraite après avoir reconnu l'impossibilité de prendre Gergovie, a repassé l'Allier et la Loire. Il est entré dans le pays des Sénonais pour rallier une de ses divisions qu'il avait laissée dans le Nord. La jonction a lieu ' ; on veut que ce soit aux environs d'Auxerre : je l'accorde. De ce moment, il ne nous informe plus de ce qu'il fait ; il se contente de dire ce que font les Gaulois.
D'un bout à l'autre la Celtique est en pleine insurrection. Hormis les Rémois et les Lingons, toutes les peuplades se mettent sous les armes. Une assemblée générale est convoquée dans la capitale des Ëduens pour élire celui des chefs à qui appartiendra l'honneur d'exterminer les Romains'. La campagne est déjà tenue par une armée
1. 'AUatav niiiv UavSavtlm, ïSvout <iiipw toî( 'Apiutpvoi;. S. De Btllo gaUieo, tib. Vit, cap. lti et lui. 3. Cap. Liiv.
DigitizsdbyGOO'^le
l'alesu de césar rendue a la FRANCH£-C0HTÉ 493
éduenne qui a inquiété César dans sa retraite, qui a détruit tous ses approvisionnements et enlevé la caisse de son armée'. Des corps ne tardent pas à être dirigés sur les frontières de la province romaine, les uns contre les Helviens et les Volquea Arécomiques (Vivarais et bas Languedoc), les autres contre les Allobrc^es (Dauphiné, partie du Bugey et Savoie)' ; tous les chemins par lesquels César pouvait communiquer avec la Gaule romaine et avec l'Italie sont interceptés* ; enfin le feu est au nord, à l'ouest, au midi ; mais à l'est sont les Lingons, encore amis des Romains. Cela nous met k même de deviner ce qu'a fait César après avoir réuni tous les corps de son armée. II est allé chez les Lingons : il y est allé et s'y est tenu pendant tout le temps que les Gaulois ont mis à faire tant de choses qu'il relate.
Cette conclusion est la mienne ; elle n'est pas celle de la partie adverse.
César, dit-on, s'est retranché à Eburobriga. Qu'est-ce que Eburobriga? Une ville du pays sénonais, qu'on prétend être le village actuel d'Averolles, dans le département de l'Yonne. Pourquoi Averolles plutAt qu'un autre lieu ? Parce que Averolles est sur la route de Paris à Alise, que la division ralliée par César venait de Paris ; que l'armée, une fois au complet, devait aller à Alise, et qu'ainsi cette position est nécessaire quand on soutient qu'Alise est Alesia. Ici, comme partout, c'est la chose à prouver qui sert de point de départ à l'argumentation.
Pour moi, voici ma façon de raisonner :
Une armée qui a déjà fourni trois rudes campagnes en six mois qui n'est pas sortie heureuse de la dernière, puisqu'elle a battu en retraite et que dans sa retraite on lui a fait éprouver une perte immense, qui a besoin à tous les égards de se reposer et de se refaire, et qui trouve ouvrat devant elle un pays ami, cette armée-là n'établît pas ses quartiers sur le territoire ennemi, dans un Heu où elle aurait à être sans cesse sur le qui-vive et où il lui serait impossible de se remonter de tout ce qu'elle a perdu. Elle profite au contraire de la bonne fortune qui lui est offerte; elle entre dans le pays ami, s'y cantonne au point le plus sur et le plus central, celui où aboutissent le plus grand nombre des routes par où elle aura à faire venir ses approvisionnements. Et ainsi je me crois autorisé à conduire Tarmée ro-