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49S l'aIESI^ Dt CËSAH RENDUE A LA FRANCHE-COMTÉ
nombreux, engagé dans la confédération, par conséquent ennemi, mais qui eat isolé par les Lingons, qui a livré six ans auparavant le secret de sa faiblesse aux Romains en implorant leur secours poursedébire des Germains, qui d'ailleurs n'est pas de force k résister à dix légions.
Ainsi nous avons tout ce qu'il faut pour juger que la direction sur le haut Rhône étaitla plus facile, c'est-à-dire, afin d'éviter l'équivoque, la moins disputée. Et quand même les moyens de contrôle nous manqueraient, ce serait assez du témoignage de l'auteur qui parie poor Ater le prétexte k toute chicanerie. Facilita est une facilité relative, et qui ne peut pas se rapporter à autre chose qu'à l'itinéraire, i
Il y a enfin une cinquième erreur, commise sur le sens de per erfremo» lAngonum fines, mots qui complètent le passage rapporté «dessus, et qui Indiquent par où commenta la marche de l'année romaine pour a\\ex en Séquanie. On soutient q|ue per signifie Ulong lie, et que fines, déterminé par extremos, nous fait voit le bord do pays à l'extrémité occidentale des Liogons.
Peu importe que le plus outré défenseur de l'arguUe qui consiste à spécifler ainsi fines par extretni, l'ait combattue récemment chei quelqu'un qu'il y avait entraîné, et cela en feignant d'y être étranger lui-même. Si par cette manœuvre couverte il est revenu sur-une méprise qui n'était d'aucune utilité pour sa thèse, il n'a pas amendé son contre-sens, et ainsi la discussion n'est pas épuisée.
Fines, trës souvent en latin et toujours dans César lorsqu'il est accompagné d'un nom de peuple, signifie, non pas la frontière, mais la circonscription. Exlremi (Inès, c'est donc l'extrémité de la circonscription, ou la frontière. Quant à per, c'est une préposition qui implique l'idée de n'importe quel mouvement de translation, mais cela dans un Sens que l'interprète n'a pas le droit de r^Ier à sa canve* nance. Là direction du mouvement qui est dans per est fixée par celle du sujet de la phrase. Or, César était chez les Lingons, c'est-àdire dans une contrée qui renfermait un coin du département de l'Yonne, toute lu moitié orientale de celui de la Côte-d'Or, la Haute- Marne en entier et une partie de la Haute-Sadne jusqu'à la Saône; il allait dans la S^uanie, qui nous représente le reste de la Haute- Saône, le l)uubs et te Jura, son but définitif étant la Savoie ou le Bugey; de plus, il n'avait pas à longer la frontière du pays des Lingons dont toutes les routes intérieures étaient à sa disposition, et on doit croire qu'il était pressé d'aniver : sa direction était du nord-ouest au sud-est, et par conséquent per, dans la phrase des Commentaires, emporte avec soi le sens de traverse, et nous voyons que les Romains unt eu à traverser lu frontière orientale des Lingons.
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l'ausia de cêsa» rendue a la francue-coutë 499
Hais qu'est-ce que la frontière orientale des Lint^oDsV C'est la Saune. Donc les Romains ont eu ii traverser la Saône.
Hainlenant, qu'on regaitle les choses de prés, et que I on saisisse bien la valeur de Texpression employée par Césai'. II ne &it pas qu'indiquer d'une manière couverte que la Saine a été traversée; il s'abstient encore de préciser par un verbe le temps du mouvement où cette (^ration est contenue, de soile que, lorsqu'on s'en tient aux seuls mots per extremot LingonwH ftnei, il est impossible de définir si le pissage auiti lieu, a lieu ou a eu lieu. C'est absolument la même chose que si quelqu'un disait : « Coipme je me rendais, en Espace par la' frontière de France... »0n verrait le but du voyage de cette personne, ainsi que aa direction : on n'hésiterait pas à mettre le passage des Pyrénées dans son trajet; mais il resterait incertain si ce qu'elle s'apprête à raconter a eu lieu avant, pendant ou après le passage des Pyrénées ; on serait averti seulement qu'on va ^ivoif le récit de quelque chose qui est arrivé soit da^ s les montagnes, soit en vue des montagnes, d'un cdté ou de l'autre. C'est le complément de la phrase qui mettrait fin à l'incertitude.
Il est donc temps de placer la phrase incidente, objet de toute la discussion qui précède, dans la période à laquelle elle appartient, afin que l'indécision cesse pour nous au sujet du degré d'avancement qu'avaient les Romains par rapport à la Saône.
« Magito korum coacto tnmiero, cum Caasar in Sequanos perextremOi Lingomtm fines iler faceret, quo facilius suàsi'dium Prooînci'se ferri posaet, circiter millia passuum X. ab Romanis Irinis caslrit Vereingetorixconsedit^. »
,Je traduis, en profitant d'observations fondées qu'on m'a faites, et en accotant le défi qu'on m'a porté de m'abstenir de toute paraphrase : défi qui n'est qu'un piège, mais dont le péril est peu de chose après le travail auquel je viens de me. livrer.
«Ayant rassemblé un giuod nombi-ede ces Gaulois', lorsque César se rendait en Séquanie par la frontière des Lingons, pour qu'assisance fût portée plus facilement à la Province, Vei-cingélorix campa sur trois points à dis mille environ des Romains. »
Voilà le calque du latin. Il nous montre d'abord la formation d'un corps de cavalerie à Bibracte, et c'est le commencement de tout ; plus loin, le campement de Vercingétorix à trois lieues et demie des Ro-
t. Cap. iiïi.
!. C>Bt-H-dire les coutiugeute de cavalerie euvoyés a Uibrautc par le» cUéa réunïek
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500 l'aLESIA. de CËSAR rendue a la FRANCHE-COHTt
mains, et c'est la un de tout. Entre les deux actions des Gaulois, les Romains ont marché ; ils marchaient encore quand les Gaulois se sont arrêtés, et il Taut croire qu'ils n'ont pas tardé à s'arrêter «umëmes, puisque la distance des uns aux autres est indiquée d'une manière approximative.
Maintenant où étaient les Gaulois?
C'est ici qu'apparaît la profonde obscnrité et le vice de ce récit, qu'on se tue à représenter comme un chef-d'œuvre de clarté. Lorsqu'un terme précis était nécessaire pour dissiper ce qui reste d'incertain dans la phrase incidente, nous trouvons au contraire un terme vague, dont la valeur ne pourra être tirée que par induction de la phrase incidente elle-même. Il faudrait conclure, et l'auteur nous met dans l'obligation de raisonner encore pour le pénétrer.
Là-dessus grand triomphe des partisans d'Alise. Ils ont commencé par mettre César à Eburobriga; ils nient qu'il ait songé à gagner la Séquanie; ils voient dans m Seguanoa i/er facere la direction prise sur Vienne ; ils déduisent de là l'itinéraire tracé le long de la frontière occidentale des Lingons : toutes ces prémisses, ils les font venir à temps pour dissiper le vague de la phrase latine. Par les explications qu'ils donnent, ils persuadent au lecteur qu'il faut regarder du coté d'AJjee, et ouvrant la fenêtre de derrière, ils lui montrent Verdngétorix campé dans l'Auxois.
Pour moi, qui ai mis d'abord César chez les Lingons ; qui ai démontré gé<^^phiquement qu'il voulait gagner le haut Rhdne, parce que c'est là qu'on tombait fatalement quand on prenait par la Séquanie pour gagner la Province; qui ai démontré ensuite que ta seule frontière des Lingons dont il ait eu à parler était la Sadne : usant auyi de mes prémisses, j'ouvre la fenêtre de devant, et je vois Verdngétorix posté en Séquanie ; car sa présence dans cette contrée résulte de ce simple raisonnement :
Puisque César devait déboucher par la Sadne, la tiictique de Vercingétorix ne pouvait être que de lui foire obstacle de ce côté. C'est donc sur U rive gauche de la Saône, c'est-à-dire en Séquanie, qu'est marquée la place du camp gaulois.
Et tout de suite j'arrive à la certitude que la SaAne ne peut plus être barrée aux Romains ; car c'est à faire cela que devaient être tournées les vues de Vercingétoris. Du moment qu'il s'arrête à plus de trois lieues de l'ennemi, sans qu'il ait été questiop d'aucune résistance éprouvée par celui-ci, c'est que l'armée gauloise est arrivée trop tard. Les Romains sont en train de passer la nvïère ou viennent de la passer; ils sont en Séquanie.
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l'alesia te césah rendue a la francre-contë soi
Admirez combien les choses différent selon la disposilioD de l'œil qui les regarde ! Le silence de César sur le passage de la Saône, qui devient une raison pour moi de croire qu'il l'a effectué, est, dans le camp opposé, le grand argument pour soutenir qu'il n'a pas pu l'effectuer. Mais ma conclusion est naturelle, tandis que l'autre est forcée. 11 est tout simple que, les Gaulois étant encore à distance, cinquante mille Romains et Germains, maîtres de la rive droite de la Saône> puisque la rive droite de la Saône appartenait aux Lingons, se soient transportés sans obstacle sur la rive gauche. Dès lors l'historien n'a pas à insister ; il lui est permis d'indiquer la chose dans les termes les plus vagues; c'est aux bons entendeurs à suppléer ce qui manque- Est-ce qu'il n'a pas fallu suppléer tout à l'heure le séjour de César chez les Lingons? Est-ce qu'il ne faut pas suppléer ici même des mouvements exécutés par Vercingétorix entre l'instant où il forme son armée et celui où il campe devant les Romains? De semblables lacunes existent à toutes les pages des Commentaires ; c'est la manière césarienne : une condsion admirable, comme on a coutume de dire ; un art qu'on fait reposer exclusivement sur des principes littéraires ; mais moi j'y reconnais souvent la dextérité d'une politique qui glisse comme avec des patins sur les situations équivoques, et qui dérobe sous la précipitation du récit les faits désagréables pour sa gloire, qu'il lut était impossible de passer sous silence. Ici, il n'a pas voulu laisser voir qu'il s'en était fallu seulement de quelques heures que Vercingétorix l'enfermât chez les Lingons.
Je termine donc en soutenant que la rencontre entre les Romains et les Gaulois a eu lieu sur le territoire séquanais, c'est à-dire en Franche- Comté ; et comme César, chassant Vercingétorix devant lui, est arrivé le lendemain de la bataille à le bloquer dans Alesia, Alesia est aussi en Franche-Comté.
On vient de voir la démonstration directe. Conformément à la méthode géométrique, j'y joindrai la démonstration par l'absurde, c'est-à-dire par les impossibilités de tout genre qu'implique la thèse en faveur d'Alise.
D'abord il y a ce séjour de César à Eburobriga, dont j'ai fait voir sous un jour assez manifeste la conception précipitée et l'inconséquence.
Ensuite, la marche des Romains le long de la frontière occidentale des Lingons, à quoi aboutit-elle? A livrer à l'ennemi le secret de tous eurs mouvements, de sorte que, quoi qu'ils veuillent faire plus lard
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K02 I.'aLESIA DR -CÉSAR RlNDUE A LA PB ANCHE-COMTÉ
pour sortir de chez les Lingons, ils rencontreront des forces prêtes i les en empêcher : ils ont tes Gaulois à droite el devant eux.
Mais c'est surtout la manière dont on amène le conflit, qui montre jusqu'à quel point d'hallucination peut conduire l'attachement opiniâtre à une idée préconçue. J'appelle là-dessus toute la clairvoyance du lecteur.
I^ domination éduenne pénétrait autrefois sur le sol des Lingons par une lanj^e de terre de cinq lieues de long sur sept lieues de Ibi^, de sorte que la frontière lingonne à Toccident formait une rentrée sur tout le contour de cette portion éduenne. Cela ne devrait rien faire, même dans l'hypothèse que César marchant vers les Séquanais, aurait suivi la frontière occidentale des Ling^ons, car le bon sens commande de supposer ou qu'il aurait contourné le redent éduen, ou qu'il aurtit pris sa direction d'assez loin pour que ce redent n'allongeât pas son chemin.
Pas du tout.
La route impériale n" 75, qui va d'Auxeri'e à Dijon en suivant l'ancienne frontière Jingonne, traverse la tangue de territoire éduen. On transporte cet état de choses à l'an 52 avant Jésus-Christ, ' de suie qu'on met César dans l'obligation de prendre par là, et que tout naturellement on amène Vercingétorix pour lui barrer le passage.
Hais quoi ? n'est-ce pas exiger beaucoup de notre crédulité que de classer parmi les antiquités gauloises la route impériale n" 75? N'est-ce pas porter une trop rude atteinte au sens commun, que de supposer les Lingons si dépourvus de routes, qu'ils n'auraient pas pu se remuer chez eux sans violer le territoire d'un peuple rival ? N'est-ce pas pousser l'aberration encore plus loin que de faire subir à César les inconvénients d'une voirie si mat entendue? Et même étant admise, pour ce maître homme, l'absolue nécessité de suivre l'itinéraire des ci-devant diligences Laffitteet Gaillard, n'est-ce pas le ji^r d'une manière bien ridicule que de croire qu'il aurait représenté avec l'apparence incontestable d'une retraite un mouvement qui eût été l'agression Ta plus directe, la plus audacieuse?
Je ne lire pas de conséquence forcée du système de mes adversaires: qu'on me comprenne bien.
César suit la frontière occidentale des Lingons. S'il veut marcher toujours en ligne droite, il aura à traverser l'enclave éduenne qui s'enfonce dans le territoire lingon ; s'il traverse l'enclave, il aura i combattre. Il va donc de propos délibéré chercher une bataille qu'apparemment il voit jour à gagner ; laquelle gagnée, il poursuivra le vaincu, et le voilà au cœur du pa^ éduen, et c'est le terme où effee-
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L ALESU DE CÉSAR RBKDIIR â. I.y. PRAXr.tlE-rOMTË i>03
tivement on le conduit. Hais alors soa dessein, aux yeux de quiconque, est celui d'un homme qui tente tout de suite le coup décisil; il a résolu de défier les forces et les conseils de la Gaule réunis à Bibracte, il veut attaquer dans son foyer même la plus formidable den insorrections, et dans ce cas il n'a pas à nous parler des Séquanais, auxquels il tourne le dos, et encore moins à nous apprendre qu'il va cheivber l'entrée de la Province par le pays des Séquanais, c'est-àdire qu'il file vers le Rhâne supérieur.
Quoi qu'on tasse, il n'y a pas de composition à trouver avec cet inexorable in Sequmo». Les contradicteurs de M. Delacroix n'ont qu'une chose k faire pour avoir raison contre lui : c'est de prouver qu'il faut changer la leçon et mettre in j£!duot au lieu de in Sequanos. Qu'ils produisent avec cette variante un manuscrit phis-autorisé que tons ceux que nous avons. Ils n'ont qu'à bien chercher ; ils le rracontreront peut-être sous les décombres d'Alise.
J'arrive maintenant à la phrase finale du récit qui prouve également qu'Alesia n'était pas dans l'Auxois.
La ville a Buccombë à la suite de trois batailles livrées sous se^ murs, Vercingétorix s'est rendu. César a distribué le butin entre ses soldats. Que fait-il après cela î m j£duo> pro/îdieilur ', il part pour aller cbei les Éduend. Or, le pays de l'ancienne Gaule auquel appartenait l'Auiois était celui des Éduens.
Vainement on a cherché à dérober au public la lumière éclatante de ce passage; vainement on a éludé le texte, ici, en traduisant in jSduox proficiictiur par a il entra ensuite chez les Ëduens ; » là, en paraphrasant par un anachronisme d'où il résult^^it que Bibracte était désignée, du temps de César, par le nom des /Edui; vainement on a accumulé des textes du moyen âge et de la Renaissance qui ne font rien au débat; vainement, pour donner le change, on a morcelé et entremêlé l'une dans l'autre plusieurs démonstrations à la fois, suivant l'art des prestidigitateurs qui ne font jamais un tour d'un seul coup, mais qui en commencent un, puis un autre, afin que \c premier s'accomplisse pendant que le second occupe les yeux du spec^ tateur ; vainement enfin on s'est rendu insaisissable, en ne disant rien, quoiqu'on ait semblé dire beaucoup: il n'y a qu'une question, ■ simple à poser, brève à résoudre : Oui ou non, l'Auxois faisait-il partie de la cité éduenne?