DANS LA QUESTIOS D ALESIA
Les trois promontoires sont séparés l'un de l'autre par de fortes dépressions de terrain qui, vers l'extrémité du massif, se précipitent tout d'un coup et deviennent deux ravins profonds. On y a pratiqué des voies pour descendre du plateau. L'une aboutit à un endroit du Lison qu'on appelle le Pont, quoiqu'il n'y ait pas de pont ; mais des blocs, assemblés avec beaucoup de recbercbe et sans mortier, attestent qu'il y en a eu un autrefois. Vers l'issue de l'autre ravin se dressent, dans une pièce de pré qui tient au moulin de Chiprey, de grosses pierres celtiques dont une fait un retour d'équerre sur les autres.
Régalons les hauteurs.
A la tète des ravins et pour les continuer, ont été visiblement pratiqués de main d'homme des fossés dont la direction indique qu'ils «kveloppaient une éminence qui s'élève au nœud des promontoires. L'un de ces fossés, entre Chdtaillon et les Châteleys, longe un champ où l'on ne voit aucune trace de murs et qui néanmoins s'appelle le Murot. L'autre fossé, qui sépare les Châteleys de Mounlot, se bifurque et enveloppe le Champ des relies. Près de là est un terrain dit iles Foumeys où abondent lestumulus.
Les vestiges de fortifications dont je viens de parler circonscrivent des enceintes intérieures. Une clôture qui embrassait le tout est marquée, à l'ouest, par des murgers qui s'étendent en ligne brisée sur un col très déprimé, entre l'extrémité sud du Mouniot et un double rang de collines, qui sont les Grandes et tes Petites Montfordss. Là se reconnaissent deux entrées, les deux grandes portes par où on accédait dans Voppidum. L'une est surtout singulière, en ce qu'elle est obstruée intérieurement par des lignes de pierres disposées dans tous les sens, comme un labyrinthe destiné à tenir en échec l'ennemi qui se serait emparé de la porte.
Lorsqu'on est entré par là, on ne tarde pas d'arriver à un champ remarquable par une clôture de pierres qui a la figure d'une ellipse, et par une allée couverte dont le plafond a été enlevé. Toute cette région s'appelle les Temples : c'est le mot templa, pris dans son acception primitive d'enceinte sacrée. A droite est le Champ Belin, ou de Bélénus, que personne ne contestera avoir été une divinité gauloi^. En face s'élève la Chènée d'Alaise.
La Chénée est cette colline dont j'ai indiqué la position au nœud des promontoires. Il semble que c'ait été là te sanctuaire de la ville ; malheureusement les bois qui la couvrent sont si épais, que toute recherche y a été jusqu'à présent impossible. La proximité des Temples n'est pas le seul indice qui révèle son caractère sacré. Au revers opposé rè^e, ou plutôt r^:nait naguère, la terreur de sainte Reine.
ÔigitizsdbyGOO'^le
S20 co:tcLi;sir>^ pot'R alaise
On donnait )e nom de sainte Reine 6 un chêne séculaire, près duquel ta plupart des habitants du massir ne passaient pas le soir sans trembler. Ils tenaient de leurs pères, que sous ce feuillage maudit s'abritait un génie malfaisant, dame blanche selon les uns, dame verte selon les autres, dame entourée de chiens dévorants. Ils appelaieal le Tertre sauvage une éminence sur laquelle l'arbre s'élevait naguère, mais ne s'élève plus aujourd'hui, car sa longue existence vient de finir. Il tomba de vétusté l'année dernière, et depuis lors la frayeur des moins braves s'est évanouie. Il y en a qui regardent la fée qui l'habitait comme la gardienne du mystère qui planait sur Alaise. Elle a fui, et son repaire s'«Et affaissé derrière elle, le jour où s'est faite la lévélation.
Une autre sainte Reine, viei^e et martyre, est la patronne du mont Auxoîs. Sans savoir quel rapport existe entre deux noms identiques auxquels se rattachent des idées si différentes, Ils me semblent néanmoins établir uu lien d'étroite parenté entre Alest'a et Alisia. Il n'est pas moins singulier que la rivière qui coule à droite d'Alaise soit le Lhon, tandis que la rivière qui coule, à droite d'Alise est la Loie ' i qu'une montagne appelée la Réa existe également à droite du Lison et à droite de la Loze. J'ai vainement travaillé sur les racines de la langue gaélique pour avoir le mot de ces analogies.
J'ai décrit la partie septentrionale du massif, celle qui me parait avoir formé la ville proprement dite. L'autre pailie, un peu pins étendue, sur laquelle est Sarraz, possède aussi ses tiimulus et ws vestiges de fortifications. On y voit, en outre, de ces fossesen entonnoir dont le sol est percé partout où les Celtes du centre de ta France ont eu des établissemenls. Quelques-uns considèrent ces fosses comme des silos : d'après les débris qu'on trouve au fond. Il est plus probable qu'elles ont été des éviers creusés sous l'habitalion. On les appelle communément des « mardelles, t nom ignoré en Franche-Comté aussi bien qiie l'objet auquel il s'applique. L'occasion se présentera tout à l'heure de revenir sur ces resles d'un ensemble qui différait essentiellement du premier. Je ne m'arrête qu'à celui-ci pour le moment, et je dis qu'il nous offre l'un des plus grands oppidum celtiques qu'on ait signalés, et ineonteslablemenl 1p mieux conser\-é de tous. Deux et trois fois plus grand que les plateaux de Gergovie et du Beuvray, il ne le cède par ses dimensions
1. Je m'eu rapporte pour la tarme de ce dernier nom & aoi Tiens auteurs, qui l'ont toujours rendue aingl. La « Iota « figure encore aur la caria d« Ca«- «inl. . Aujourd'hui on écrit et on prononce ■ l'Oie, u
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qu'au Hohenbotirg d'Alsace ; maie tandis que tous ces lieux, utilisés à des époques postérieuies, ont reçu des défenses d'un système plus savant et nous montrent plutôt des ruines romaines que des ruines gauloises, le vaste emplacement sur lequel se perd l'impeiceptible village d'Alaise se dessine encore avec son plan primitif. L'époque ^lo-romainen'y a pas superposé son empreinte; il reste tel que l'ont fait la destrucljon et le lemps.
Vérifions maintenant si cet oppidum répond à celui dont César et Plutarque nous ont laissé la peinture.
1* Alesia était en Séquanie, et Alaise est en Séquanie.
2* Alesia devait commander un passage du Jura facile à interrepter, et Alaise répond à cette condition.
3* Alesia, avec un e d'une prononciation très marquée, était le nom latinisé de la ville antique. Des titres du moyen iîge nous montrent qu'au xii' et au xiii° siècle, Alaise se disait en latin Alesia ou Alasia'. Cette dernière forme résulte d'une exagération dans l'ouverture de la bouche, qui est dans l'essence du parler franc-comlois. Elle s'explique d'autant mieux, que sur le massif môme, à Sarraz d'un cAté et à Alaise de l'autre, deux dialectes se rencontrent ; et ce qui se prononce ê dans l'un, est prononcé â dans l'autre.
4° Alesia était une ville des Mandubiens.
Il n'est pas si facile qu'on le croit de ridiculiser l'observation faîte par M. Delacroix que lo nom des Mandubiens doit exprimer la proximité du Doubs'. Le vieil historien bourguignon Saint-Julien de Balleure avait déjà émis une idée semblable'. Pour s'èlre trompés tous les deux sur l'un des radicaux, ils n'ont pas moins trouvé la véritable étymolc^e. En gaélique m'an dhuib voudrait dire « auprès du Doubs, » ou, ce qui est la même chose, « auprès de la (rivière) sombre *. » Au moyen d'une désinence adjet;tive que César a raecourcie, mais qui a existé plus longue puisque les monnaies mandubiennes sont marquées matubisos % m'an dhuib arrive à signifier
1. Allare de Alesia, article du nécrologe da S, Paul de BeaauçoD, qui «e rapporta à un perBOQDage mort Bu comaiËDcemeat du xi[* siècle; Girardui de Alesia, article daté de 1272 sur U nécrologe de S. ADstoils de Salins; ecclttia de Alasia, pancarte d'Innocent II (1139) pour S. Paul de Besançon; Joctrannu* de Alasia , charte de 1192 daas l'Histoire des sirvs de Salins, p&r Guillaume, 1. 1, p. 75; Petriu et Fromundus de Alasia, chartes de S. Paul de 1234 ett27S, citées par M. Delacroix, p. (8.