‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 217 sur 240 · CONCLUSION POUR ALAISE · texte numérisé non relu

CONCLUSION POUR ALAISE

poneabUité de la position donnée au camp ; par un délai) qui lui échappe un peu plus loin, il nous prouve que le véritable état des défenses disposées sur la colline est resté au bout de sa plume. En efTet Rebilus et Reginus commandaient deux légions, c'est-à-dire vingt cohortes. Après que leur camp a été forcé, malgré Labiénus envoyé pour les soutenir avec six autres cohortes, nous voyons le même Labiénus rallier trente-neuf cohortes, qui ont été tirées à l'aventure des postes voisins : coaetù undeqtuuiraginla cohortibta, qiuu ex proximit prssidiû deducltu fors oblulil (c. 87). Comptons dans ces Irente-neuf cohortes les vingt du camp et les six envoyées en ilemier lieu par César : il en reste encore treize, plus d'une légion, auxqudies s'appliquent les expressions quas exproximU pratidiit deductat fort oblulit.

Il y avait donc là-haut d'autres postes et d'autres hommes que ceux de R^nus et Rebilus.

Effectivement, un système de forts détachés se combinait avec le camp supérieur pour protéger le plateau contre les Gaulois. On en retrouve la trace au nœud des cinq premiers promontoires'. Il y en a un parfaitement conservé au-dessus de Refranche. Autour d'Amancey, on ne voit que reliefs de terre interrompus avec des murgers en forme de triangles, dont je laisse aux militaires à rechercher la destination. L'embouchure de tous les ravins présente de semblables terrassements et de semblables mui^ers. Un entassement plus considérable que les autres s'appelle le Château Mipoux. Les débris de la fortification qui fermait la gorge praticable portent le nom de Château Cassar, et, sur la plate-forme qui les domine, j'ai pu voir encore le tracé du Camp Canar. La ligne des défenses se continue jusqu'au village deFlagey, où elleseretoume pour traverserle plateau par les lieux dits Château Dame-Jeanne et Frélorio. Là elle s'appuie sur les premiers contreforts de la chaîne de montagnes à droite du plateau, puis elle revient sur te Camp de mine (Cam de meiwio, en pa' tois), qui commandait la totalité du système et défendait la grande rampe pour descendre à la circon va Dation.

Mine, mina dans la basse latinité, a voulu dire des parapets de fortification'. L'intérieur du camp est appelé, dans la langue du pap, Piano rebeustw, champ bouleversé. Il a un autre nom, celui de Siân, dont personne aujourd'hui ne comprend la signification. Annstrong l'explique : sian, en gaélique, veut dire ouragan ou a»»aul; c'est le corrélatif exact de l'expreBsion patoise. Ces dénominations, l'iznmen-

. 1. Du Gange, au mot Mina,

DAKS Lk QEKSTlOtt d'aLESU 541

site de l'enceiote, sa déclivité (elle est de cinq centimètres par mètre) dans le sens où s'est effectuée l'attaque, indiqueraient assez la posi. tion de Reginus et Rebilus. Les bords d'un ruisseau qui sourd près de là, à la tête de l'un des ravins, s'appellent, l'un ta Régille, l'autre la Trébille.

Les faits se placent d'eux-mêmes sur un terrain qui en a conservé des traces si manifestes.

Soixante mille hommes d'élite ont été désignés par les chefs de l'armée auxiliaire et mis sous le commandement de Vet^usillaune. L'entreprise dont le succès leur est conGé a pu rester secrète <. Partis à la première veille, c'est-à-dire k six heures du, soir, à peine atteignaient-ils à l'aube du lendemain la gorge gardée par le Camp CassarV Le siège, commencé vers la canicule, avait duré près de six semaines ; on était donc vers l'équinoïe d'automne. Le temps indiqué pour la marche revient, par conséquent, à environ douze heures. La distance à parcourir étant de vingt-quatre kilomètres, les lieux font concorder l'opération avec le texte, car soixante mille hommes, marchant de nuit avec du matériel dans un pays montueux, ne peuvent fournir plus de deux kilomètres à l'heure.

Le chef de l'expédition se cache derrière la montagne, potl mtmlem se oecullaoil; et le pied du plateau sur tes bords de la Loue était bien le derrière pour les Romains, dont la position était tant sur la partie antérieure qu'en deçà du plateau.

Il fait reposer ses hommes pendant toute la matinée. A midi ses colonnes s'ébranlent. La cdte est gravie en un instant ; un premier combat a lien sous le Camp Cassar, sur un revers qui s'appelle la Côte de Bataille; les défenses des Romains sont culbutées; les Gaulois ont envahi le plateau. Ils se dirigent entre les tertres qui font de cette partie de la plaine un véritable dédale : des groupes de tumulus indiquent que chaque traite de chemin leur a été disputée. Sans doute la garnison du Camp de Mine est sortie au devant d'eux ; ils la refoulent dans ses quartiers et l'assiègent. Ni les commandants de la division, ni Labiénus (César dit : « ni les fossés, ni les remparts b) ne peuvent tenir contre la fureur de l'attaque. Le camp est pris, les légions l'évacuent ; l'art de Labiénus consiste à profiter de l'avantage qu'il a par la connaissance d'un terrain oi^ les vainqueurs ne s'éparpilleraient pas sans compromettre leur succès. Il rallie,

' Quid qnoquc pacto agi plncett, ûc^tte inler m conïUtuunt. « C. S3. ■ Ille ei castriB prima vlgtlia egrewui, prope eoufecto lob lucen illnere.

DigitizsdbyGOO'^le

542 U)5CLl]SI0.N 1>0UR ALAISE

comme 1« hasard les lui amène, les détachements qui sont sortis des autres postes ; il prend position de manière à couvrir li rampe qui descend, vers Alaise, et il attend, parce qu'il a envoyé cberdter César en lui traçant ce qu'il ddit faire'. Le général en chef viendra avec tout ce qu'il peut se procurer de monde. La cavalerie qui est à Myon se partagera en deux divisions. L'une passera entre les deux lignes du siège pour monter par-dessous le camp de Mine, l'autre sortira de la circonvaliation pour gravir les pentes occidentales du plateau.

Aussitôt que la première division de cavalerie est arrivée, César se met en marche dans la direction où l'attendait Labiénus. A un tournaDt de la rampe, les Gaulois qui sont dans le Camp de Mine l'aperçoivent d'en haut. Ils l'ont reconnu à sa chlamjde de pourpre; ils ne lui laisseront pas l'avantage de les attaquer *. De la gauche qu'ils occupent, ils s'élancent sur les Romains, qui sont rangés à droite, avec un termin propice derrière eux pour se développer. L'action s'engage- Les Commentaires ne disent pas combien de temps elle diu^ ; elle finit par l'arrivée simultanée de nouvelles cohortes qui délxiucbèrent en flanc, et de la deuxième division de cavalerie qui parut sur les derrières de l'ennemi. La horde gauloise se rompit et se dispersa à deux kilomètres du Camp de Mine, au lieu dit le Ftn^it de la Victoire.

Telle fut la bataille qui décida du sort d'Alesia, de Vercingétorix, de la Gaule toute entière. Quatre-vingt-dix mille hommes y furent engagés ; quatre-vingt-dix mille hommes jouèrent cette grande partie assez près de ceux dont l'existence en dépendait, pour que les clameurs des combattants allassent jusqu'à eux*; et . cependant, ni dans la place, ni dans les retranchements qui l'entouraient, personne ne put être spectateur de l'action, personne ne put en deviner les péripéties, de sorte que la plus douloureuse attente, toutes les émotions de l'espoir, toutes les étreintes de l'anxiété n'eurent de fin pour les deux partis que loi'sque parurent les chargements de dépontlles que les Romains ramenaient ; et ceux qui regardaient de la ville furent les premiers témoins de ce dénoâmenl, qu'ils signalèrent par leurs lamentations. C'est Plutarque qui raconte ceb^ et, par oe trait, il

Page 1