CONCLUSION POUR ALAISE
par&it de 69 mètres de côté nous apprennent qu'il fui un caslellum romain, et rien autre chose. D'autres reliefs qui traversent le platesu en se dirigeant sur lui, me l'ont fait placer parmi les avant-postes établis pour couvrir le camp supérieur, pendant le si^ d'Alesia. Évidemment une l^ende de Suédois n'est point ici à sa place. Mais si, par une confusion, des noms propres et des dates qu'on pourrait appeler la loi des récits populaires, les derniers venus des barbares ont été substitués à d'autres barbares dont parlait une ancienne tradition, si par les Suédois il faut entendre les Gaulois, alors la défaite de Vergasillaune sur le Fonds de la Victoire se trouve attestée par un souvenir encore vivant. Et aussitôt l'explication de la Dame-Jeanne se présente d'elle-même, «ar tout est romain en ce lieu si romain. C'était l'usage de consacrer aux dieux les champs de victoire. Celui du plateau d'Amancey fut donné en offi-ande à une divinité dont le titre de dame, domina, indique qu'elle possédait la souveraineté parmi ses attributs, dont le nom francisé de Jeanne sonne dans la bouche des Franc-Comtois absolument comme sonnait celui de Juno dans la bouche des Latins. Soit dans l'enceinte du catteUum, soit sur le Champ de la Dame, il y a eu un temple à Junon dont dépendait la villa de l'Égliserie. Ce temple fut déti'uit à l'époque où l'on renversa les temples ; mais les lieux continuèrent d'être l'objet d'une superstition que le christianisme ne put abolir qu'en y érigeant une chapelle â Notre-Dame.
Les personnes qui ont quelque habitude en archéologie ne trouveront pas que ces déductions excèdent les bornes de la critique. Dans tous les endroits illustrés par les armes romaines existent ou ont existé des chapelles dont l'origine se rattache de la même manière à des monuments religieux qu'y éleva d'abord la reconnaissance du vainqueur.
Aussi loin que s'étend le plateau d'Âmancey, c'est-à-dire jusqu'à dix kilomètres au delà du Fonds de la Victoire, les gorges qui descendent à la Loue et celles qui montent dans les montagnes présentent toutes des vestiges de fortifications. Ces travaux dénotent plusieurs époques. Les uns sont gaulois ; les autres ressemblent à ceux que j'ai précédemment décrits. On dirait que l'immense plaine fut un antique refuge abandonné que les Romains accommodèrent à leur vsa^. Mais je ne puis pas croire que César ait embrassé tout cela dans son système. La ligne très bien marquée qui traverse le plateau délimite tout ce que pouvaient garder trois légions, et d'ailleurs il est dit positivement dans les Commentaires que ta totalité de la colline n'avait pas pu être enveloppée d'ouvrages. Aussi les défenses ultérieures qni
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DANS LA QUESTION d'aLESIA ^iS
ont le caractère romain me paraissent-elles être un complément qjouté plus tard pour faire du plateau tout entier un grand poste militaire. Ce n'est pas au temps des invasions barbares qu'eut lieu cette addition, parce que le mode de défense universellement appliqué depuis Aurélien diffère tout à fait de celui dont il s'agit ; ce n'est pas non plus pendant les beaux temps de l'Empire, où foute la force militaire qui gardait la Gaule fut concentrée sur le Rhin. Les vingt-cinq ans qui séparent la septième campagne de César de la pacification définitive du pays par Auguste sont le seul intervalle de temps où l'on puisse placer l'occupation militaire de la Séquanie. Comme je sais que les adversaires d'Alaise sont en quête d'un grand fait d'armes qui expliquerait suivant leur vœux les antiquités d'Amancey, je suis bien aise de leur épargner de la peine en limitant le cercle de leurs recherches : si toutefois ce que je vais dire des sépulturcfi ne les fait pas sortir de leur endurcissement.
J'ai parlé, en passant, des tumulus par lesquels est ti'acé l'itinéraire de l'armée gauloise entre le Camp Cassar et le Camp de Mine. Autour de ce dernier, ils forment une nécropole nommée le Cimetière des Goudes. L'enceinte elle même en est semée. Il y en a plus loin que le Cimetière des Goudes, jusqu'au-dessus de Refranche, sur toute la côte appelée les Champs de la Vie du Ciel et les Champs des Goêles, qui dominait la circonvallation des Romains. Entre le Camp de Mine et le Fonds de la Victoire, les lignes se suivent comme autant de bataillons renversés, et, pour témoigner de la déroute, on en trouve de disséminés à une ou deux lieues plus loin, au fond de la plaine, à l'entrée des gorges, à l'extrémité des promontoires où il a fallu tomber sous le glaive ou se précipiler. Nulle part n'existe une semblable accumulation ; on les compte, non pas par cents, mais par mille, et cela lorsque depuis des siècles les travaux de l'agriculture et la cupidité des hommes concourent à les faire disparaître.
Voyons ce que renferment ces tumulus.
Jusqu'à ces derniers temps la science les avait ignorés. Les gens du pays allaient y chercher de l'or; ils en rapportaient plus souvent des grains de verroterie et des fragments de bronze qu'ils donnaient pour jouer à leurs enfants. Ils y trouvaient aussi des lames de fer auxquelles ils donnaient la destination spéciale de saigner les gourits. Les gourits sont les pourceaux en langage franc-comtois. Depuis quelques années qu'un musée d'archéologie a été créé à Besançon, des fouilles plus régulières s'exécutent sous la direction de M. Cuinet, curé d'Amancey. Elles ont fourni d^à la plus belle collection d'objets celtiques que je connaisse. Ce sont des restes d'armures, des l)Oucles
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d'oreilles, des anneaux, de grosses perles de verre, des rouelleB etk métal d'un usage inconnu, eldont quelques-unes, formées de plusieurs pièces concentriques, atteignent un très grand diamètre. Presque tout ce qui servait pour romement ou pour la défense du corps est en bronze, d'un bronïe mince, souvent décoré, par le procédé de l'estampage, de dessins à carreaux qui nous représentent la décoration des étoffes gauloises décrite par Diodore de Sicile*. A ces pièces se joignent de singuliers bracelets d'un bois qui a dû être du buis, formés d'une seule pièce, plus étroits que la main, et dont on ne conçoit la présence qu bras de ceux qui les portaient qu'en les supposant introduits dès le jeune âge et gardés ensuite tout le reste de la vie. Quant aux armes défensives, elles sont en fer. Le musée de Besançon n'a pu recueillir encore qu'un croc à quatre pointes; des fouilles récemment entreprises il n'est rien sorti qu'on ait pu transporter ; lesépéeset fer de lances se sont toujours montrés réduits à une simple forme que dessinait sur le solde l'oxyde en poussière.
Une circonstance s'oppose à ce que toutes les recherches soient également fructueuses. Beaucoup de corps ont été inhumés avec de la chaux, A peine reste-t-il de ceux-là quelques débris humains.
On voudra nier que les objets dont je viens de parler soient celtiques ; on ne le pourra pas : ils ont pour la plupart des anali^ues qui sont classés dans nos musées, et qui sont reconnus par tout le monde comme les produits de l'art gaulois. Bien plus, par l'absence des armes de pierre et par la présence des armes de fer, ils ont une date approximative : ils ne peuvent appartenir qu'aux derniers temps de l'indépendance de la Gaule.
Mais les Gaulois ne sont pas les seuls qui aient jonché de leurs corps le champ de bataille, Beaucoup de Homains y ont aussi perdu la vie. Il faut constater la présence de sépultures romaines.
Il y en a. Bien différentes des sépultures gauloises, elles consistent en des amas d'ossements brûlés parmi lesquels on ne trouve aucune arme, mais seulement des dents de sanglier et des fragments d'une poterie que ceux qui l'ont vue appellent étrusque '. Le nom de fttan appliqué à tous les tumulus, tant sur le plateau d'Amancey que sur le massif d'Alaise, vient sans doute de ce qu'un certain nombre, ouverts dans les temps anciens, ont présenté de semblables résidus de combustion.
1, « 'EmitopjToOvKu Si oâïom poSButoùf «iivBioïc iwlvav6£3i taà i'jxvoîf !iii- Xnniiiïou;. » Lib. V, cap. 33.
2. Lettre de M. le curé dAmaucey dans la FtuUU d'affichet de B«ni>EOD, do 2S mai 1SG6.
DAKS LA QUESTION D ALLSIA
Je dirai enfin que Ton trouve des monnaies. On les ramasse non pas dans les tumulus, mais çà et là, entre les pierres, à la place où sont tombés les combattants. Celles que j'ai vues sont des bronzes gaulois. Elles ont été apportées au Musée de Besançon avant que se produisit la ^question d'Alesia; elles y ont été rangées dès lors avec l'indication de leur provenance. Toutes sont anépigraphes ; elles appartiennent à ce grossier monnayage que M. de La Saussaye considère avec raison comme la plus basse dé^^énêrescence de types longtemps reprodijits, et que par conséquent il date des derniers temps de la Gaule indépendante '. J'y ai reconnu la figura du cheval à queue de lion, avec les jambes de derrière allongées comme celles d'une sarigue. L'auteur de notre meilleur traité de numismatique, M. Anatole de Barthélémy, a discuté sur ce type, qu'il attribue aux Santons * ; et voilà que la bourse d'un guerrier santon est venue se vider sur les montées du Jura, pour témoigner, après tant d'autres choses, que c'est là, et non ailleurs, que les Santons, ainsi que les autres peuples de l'ouest, envoyèrent leurs enfants à la défense de la patrie expirante.
Ainsi, à quelque moyen d'information qu'on ait recours, le résultat est constamment le même. Les preuves arrivent de tous tes cAtés et sous toutes les formes pour constituer un ensemble qui accable la contradiction.
Maintenant ces preuves sont complètes. J'en ai déi'oulé le long: enrhainement. Ce n'est pas telle où telle circonstance du récit qu'elles viennent corroborer; c'est le récit tout entier. Rien d'arbitraire dans le choix des passages que j'ai rapportés, rien de tronqué ni de su- ' breptice dans mes interprétations. Je suis sorti du système de grossiers à peu près auquel on s'est toujours tenu, et qui seul a favorisé le succès de l'opinion que je l'enverse. Cet auteur, d'une rapidité si dangereuse, qui a tout dit avec Hart de celui qui désire n'ètie entendu souvent qu'à demi, je ne l'ai pas regardé courir à travers des traduc-