‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 43 sur 240 · NOUVELLES OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

NOUVELLES OBSERVATIONS

SUR LA UEUE GAULOISE {Hnvue des SociiU) «itan/ra, 1863. — Bibliogr., n° iï*.)

Dans le rapport général de M. le marquis de la Grange sur les progrès que les Sociétés savantes des départements, ont fait faire depuis dix ans à l'étude de nos antiquités, à la suite d'un paragraphe relatii aux recherches qui ont lieu sur tous les points de la France pour en reconstituer la carte ancienne, on lit ces mots : « Un fait capital a été démontré par M. Pistollet de Saint-Ferjeux, président de la Société de Langres, c'est que le pas, unité de la mesure itinéraire, n'a point été partout de la môme dimension '.

M. Alexandre Bertrand, secrétaire de la Commission de la Carte des Gaules, a cru devoir protester contre cette phrase dans un article dont les éléments lui ont été fournis, dit-il, par les travaux encore inédits de la même commission *. >

Comme l'éloge de M. Pistollet de Saint-Feigeus a été motivé par un rapport de moi, imprimé l'année dernière dans la Revue des Sociétés savantes^, il est de mon devoir de démontrer que je n'ai pas induit en erreur notre honorable président, maïs que c'est au contraire la protestation de M. Bertrand qui est erronée.

Je rappellerai d'abord pourquoi et comment j'exprimai mon jugement dans la question dont il s'agit.

1. Compte rendu de la Bëance sotennelle de la Sorbonne, du 11 avril 1863; Diieours de H. le marquU de la Grange, sénateur, membre de l'inetitut. (Voyez Moniteur uaiverstl, n° du 15 avril 1863.)

3. Revue archéologique, mai 1863 : Un mot $ur tes meiuret itinéraires en Gaule à Ctpoque gallo-romaine.

3i Cest le mémoire précédenl.

KODVELLES OBSEAVATIUINS SUR LA LIliUK GAULOISR 95

M'étant prononcé incidemment et sur la foi d'autnii contre la doctrine de M. Pistollet de Saint-Fcrjeux, je fus amené par une réclamalion de ce savant à faire après coup ce par quoi j'aurais dû commencer. Je pris connaissance de son Mémoire. Le fait principal qiii ressortait de l'argumentation était celui-ci :

Essayant d'appliquer aux voies antiques du pays Lingon les mesures de l'Itinéraire d'Antonin ou de la Carte Théodosienne, M. Pistollet de Saint-Ferjeux avait trouvé que les distances réelles excédaient loi^ours les mesures indiquées. Après avoir recommencé plusieurs fois l'épreuve, il acquit la certitude que l'excédent était en raison directe de la longueur des distances. La mesure dont il s'était servi étant la lieue gauloise formée de quinze cents pas romains, c'est-à-dire de 2,220 mètres, il lui sembla que, si cette mesure devenait un peu plus long^ue, l'anomalie cesserait. Alors il divisa l'une des distances dont les deux extrémités lui étaient connues en autant de pai-tîes que la carte exprimait de lieues, puis il porta la mesure qu'il avait obtenue par ce moyen sur les autres sections de la voie, et il tomba juste avec les indications de la carte. La mesure dégagée de la sorte par M. Pistrflet de Saint-Feijeux représentait une lieue de 2,415 mètres. Il constata qu'elle s'appliquait avec la plus grande précision à trois des voies de son pays, puis à d'autres voies ou sections de voies dans le Bord, le centre et l'ouest de la Gaule; et ainsi il parvint à justifier pour un grand nombre de distance les chiffres marqués sur la Carte ou dans l'Itinéraire, lesquels ne sont point exacts si l'on donne à la lieue la contenance de 2,220 mètres.

Je contrôlai sur ce point l'assertion de M. Pistollet de Saint-Ferjeus en recommençant sur )a carte de l'état-m^or une partie des opérations auxquelles il s'est livré. Je pris au hasard et sur des voies de toutes les contrées des distances que je mesurai à la lieue de 2,415 mètres. J'arrivai aux mêmes résultats que lui un assez grand nombre de fois pour être assuré qu'il n'y avait point d'illusion de sa part : l'existence de la lieue de 2,4-15 mètres devint pour moi un fait hors de doute.

J'admis le fkit; je ne jugeai pas prudent d'admettre l'explication qu'en donnait M, Pistollet de Saint-Feijeux. Dans cette lieue de 2j415 mètres il voyait une lieue coutumière qui aurait subsisté à côté de la lieue l^ale, et^ i cause de cela, il l'avait appelé«; la lieue gauloise par excellence, comme si elle nous représentait la mesure itinéraire employée lorsque la Gaule était indépendante. Il ne me sembla pas que l'administration romaine aurait toléré cela, ie, présumai que la difiërence était de pratique plutôt que de principe, qu'elle procédait,

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