PIERRE LEVÉE ET SOUTERRAIN A SOISY-SUR-ÉCOLE
RAPPORT AU COMITÉ DES TRAVAUX HISTOHtQUKS (Revue dei Sociéléi tavanlei, tB6t. — BJbliogr., n" 127.)
M, Emile Décosse est un jeune instituteur primaire qui montre des dispositions pour l'archéologie. L'instruction qu'il a reçue a du boo et du mauvais : du bon, en ce qu'elle Ta imbu d'un louable esprit d'observation ; du mauvais, en ce qu'elle a mis dans sa tête beaucoup de notions erronées dont il fait usage à tout propos pour expliquer la destination des objets signalés par lui. A cela près, les résultats qu'il nous envoie méritent l'attention. Ils concernent une région peu explorée, les environs du village de Soisy-sur-Ëcole, k l'extrémité m^ ridionale du département de Seine -et-Oise. Là existe un chemin en pierres cimentées, selon les termes du Rapport, qui se poursuit à travers champs dans la direction de Melua à Etampes. On l'appelle le Chemin dei Fées. Sa largeur est de 3'',33 centimètres, et l'épaisseur de la couche dont il est garni atteint 66 centimètres. Sur ses bords on a trouvé des tuiles et de la poterie romaine, ainsi que des cercueils de pierre. L'un des points de son parcours présente un monument qui me parait avoir beaucoup d'importance. C'est une vingtaine de pierres debout, "alignées avec soin; elles confinent un vaste emplacement dont l'aire, soigneusement aplanie, estimpropre à la végétation. On appelle cela la Manon brâlée. M. Décosse y voit un camp romain ; mais rien n'est moins probable que cette hypothèse, attendu que l'emplacement est dans un fond, au pied d'une c6le. Près de là existent une allée couverte et un dolmen incliné.
A )a suite d'éboulements ou de travaux qui ont eu lieu dans le village même de Soisy, on a reconnu l'existence de galeries souterraines qui paraissent avoir une grande étendue. Toutes les tentatives faites
DigitizsdbyGOO'^le
VOIE nOHAINE, PIERRE LEVÉE ET SOUTERRAIN. lOi
jusqu'ici pour les explorer ont été inutiles, parce que l'air n'y est paa respirable. Méanmoins elles ont servi de refuge; ceux qui y sont descendus disent avoir vu près de l'entrée un loyer éteint et des ossements disséminés à l'entour.
Le rapport signale en outre diverses découvertes de haches de pierre, lie couteaux en silex et de sépultures mérovingiennes.
L'école archéologique à laquelle appartient M. Décosse croit fermement que les Gaulois brûlaient leurs morts à l'instar des Romains, et, à cause de cela, elle a donné le nom d'uatutum aux sépultures celtiques, ou du moins aux sépultures qu'elle répute telles. J'ai déjà expliqué, pour l'instruction de nos antiquaires de la campagne, que la science, au point où elle en est, ne peut pas établir que les Gaulois brillaient leurs morts ; que tout ce que l'on peut induire des observations faites jusqu'à présent, c'est qu'ils allumaient sur le lieu de la sépulture un feu dans lequel ils consumaient soit des animaux, soit même les esclaves du défunt, inhiunant ensuite celui-ci sur les restes éteints de cet htdocauste. Les Romains, au contraire, on en a la certitude, brûlaient leurs morts dans un enclos réservé à cet usage, et qu'on appelait talrinwn, du verbe itrere, brûler. Après la crémation, les cendres, soigneusement recueillies dans une urne, étaient portées au lieu de la sépulture. Il faut donc se garder d'ai^rmer pour les temps antérieurs à la conquête romaine un rite funéraire qui parait n'avoir été pratiqué en Gaule qu'après la conquête, et il faut dans tous les cas renoncer à l'emploi du mot ustulum, qui est un barbarisme. Cette <dHerTation me parait nécessaire parce que le mot dont il s'agit s'est répandu avec une effrayante rapidité dans toute la vallée de la Seine au-dessus de Paris. Non seulement je le retrouve dans le rapport de H. Décosse, mais depuis quelque temps, il revient sans cesse dans la correspondance du Comité. Déjà même on l'imprime, et dernièrement une Revue scientifique l'a laissé passer. Si l'on n'y faisait attention, il s'enracinerait par l'habitude et finirait par acquérir le droit de cité.
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RAPPORT
AU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES DIVERSES COMMUNICATIONS DE M. L'ABBÉ BARRANGER
CDRÉ DE TnXINBVTK>LE'BOI (sJUNr)
BT DE M. L'ABBÉ ANDRÉ, conRKSPONDANT