TWMULUS ET DOLMENS ENFOUIS
lurés, que des tessons de poterie et des outils en pierre ou en silex ; mais néanmoins les pièces mieux travaillées semblent annoncer une antiquité un peu moins reculée. C'est de là que vient le tumulus exposé dans le jardin du musée des Thermes. M. Legaa.j lui-même en a fait transporter les pierres, après les avoir dessinées et numérotées de façon à les remettre dans l'ordre où elles étaient piimitivement. Il ne manque au monument rétabli par ses soins que d'être dans une fosse, pour donner l'idée exacte de ce qu'il fut d'abord.
Les tombes enfouies de Villeneuve-Sainl-Geoi^es et de la Varenne m'ont rappelé l'immense dolmen qui fut trouvé, il y a une vingtaine d'années, sous le sol de la grande avenue qui monte au château de Meudon. Quand on eut retiré les blocs de grës qui le composaient, on trouva des crânes humains en grand nombre, des silex taillés et de la poterie; de sorte que ce monument, par sa destination, était identique à ceux du même genre qui forment encore ou ont formé autrefois le noyau des grands tumulus. C'était une chambre sépulcrale qu'on avait cachée dans le sein de la terre, au lieu de l'enfermer dans les flancs d'un tertre factice.
Faut-il conclure de ces faits que le rite funèbre des environs de Paris, à l'époque celtique, comporta toujours l'enfouissement des monuments, qui ailleurs étaient construits de manière à s'annoncer aux r^ards? Non, car un tumulus apparent, qui contenait des objets de bronze mêlés à des armes de fer, a été ouvert près de Cboisy-le-Roi sous les yeux du même M. Roujou. La Tombe -Issoire, dont le nom subsiste encore dans le faubourg méridional de Paris, désigne un grand tumulus. Le dolmen qui était dedans a été décrit par Gervaia de Tilbury comme le sépulcre du géant Isoré, tué en combat singulier par Guillaume d'Orange. Dubreul parie d'un autre dolmen qui s'élevait encore de son temps sur le territoire de l'abbaye de Saint- Germain. Tout ce qu'il est permis de dire, c'est qu'à une certaine époque ou dans de certains cas, les habitants de ce pays-ci ont mis en terre les monuments qu'en d'autres temps ou pour des raisons différentes ils construisaient sur le sol.
Ce qui s'est passé à cet égard aux environs de Paris a eu lieu aussi en Normandie. Nous le savons par l'annonce récente de tumulus enfouis dont M. l'abbé Cochet a décrit le contenu, et par celle d'un dolmen trouvé sous terre à Neuvillette (Seine-Inférieure).
Enfin, j'ai sous les yeux une lettre de M. l'abbé André, notre correspondant pour le département de Vaucluse, qui nous informe qu'un dolmen enfoui sous le sol vient d'être découvert au bourg de Ménerbes. Plusieurs charretées d'ossements humains gisaient autour du
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TtrifDLDS ET DOLUENS EMFOUIS lOtt
monument. Un grain de collier en jaspe et des couteaux en sUex ont été recueillis parmi ces restes.
Voilà les faits dont j'ai cru devoir entretenir le Comité, quoique la plupart ne lui aient pas été communiqués directement; mais il était nécessaire de les couper ainsi pour leur assurer la place qu'ils méritent d'occuper dans la science. Il est prouvé dès & présent qu'il existe pour l'époque antérieure aux Romains des sépultures enfouies qui ont été exécutées d'après les mêmes données que les sépultures apparentes. On aura désormais à chercher la raison sur laquelle repose la différence des deux rites. S'il est passible d'y parvenir, ce sera par des observations minutieuses et réitérées. Que nos honorables correspondants fassent donc appel à toute leur perspicacité lorsqu'ib seront appelés à étudier les monuments de l'une ou de l'autre espèce.
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RAPPORT
AU CO}IITË DES TRAVAUX HISTOBIQUES
BULLETIN DE lA SOCIÉTÉ POLYMATWQUE DU MORBIHAN (jtKNltwi Iftea n 1803)
[Revue des SoeUtts tavanlti, ISS5. — Blbliogr., n« 131.)
Les travaux d'arcliéo)o(pe imprimés dans le Bulletin de ces deux années sont ceux pour lesquels la Société a été couronnée aux concours des Sociétés savantes de 1^2 et de 1864. M. le marquis de La Granit et M. Chabouillet en ont fait l'ëlof^ dans des rapports lus en Sorbonne et publiés depuis à plusieurs reprise». Pour n'avoir point à revenir sur ce qui a été dit, et bien dit, je laisserai de côté les considérations générales, et je me renfermerai dans une analyse aussi étroite que possible.
Le cabier de 1862 a débuté par un rapport de M. Fouquet sur la découverte d'une grotte sépulcrale dans la butte de Tumiac en 1853. Cet ouvrage dormait depuis près de dix ans dans les archives de la Société. On l'a publié afin de rattacher la fouille de Tumiac aux autres fouilles dernièrement entreprises. Ce rappel était de toute justice. Le tumulus de Tumiac avait été exploré avec ce soin qui marquera une ère nouvelle dans l'étude des monuments de la Bretagne. D'ailleurs l'observation avait fourni en 1853 des faits qui viennent de se confirmer à Locmariaker et & Camac. EnRn c'est l'admiration de l'habile archéolc^e suisse, M. de Bonstetten, à la vue des haches celtiques de Tumiac déposées au Musée de Vannes, qui parait avoir provoqué la croisade scientifique entreprise par les Morbihanais dans ces dernières années.
Le mémoire de M. Fouquet se résume dans les points suivants :
1" La chambre visitée à Tumiac n'était pas précédée d'une allée couverte;
2* Deux des pierres qui composaient cette chambre présentaient
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TUMULrS DE TL'MI\C, FOriLLSS DK CARNAC 107
la gravure de trait) bizarres auicquels il est impossible de ne point attribuer la valeur de caractères d'écriture, ou tout au moins de symboles;
3* Le sol de la chambre était couvert d'un détritus semblable au terreau qui résulte de la pourriture du bois. Dans cette couche ont été ramassés les débris d'un crâne humain qui n'avait pas subi l'action du feu; des grains de collier de Jaspe en grand nombre; trente haches celtiques qui étaient séparées en deus groupes, ta moitié en jade, l'autre moitié en trémolithe, les unes cassées, les autres entières.
Arrivons aux nouvelles fouilles. Elles ont commencé au mois de septembre 1862 par celle du mont Saint-Michel en Carnac. Cette première opération a donné lieu à quatre rapports, et ce n'est pas trop, vu l'importance du monument. Le mont Saint-Michel de Camac mérite d'être appelé le Roi des lumulus. C'est un tertre factice de iO métrés de haut (il en avait bien 15 autrefois), et de 115 de long à la base, sur son grand axe. '
Le premier rapport est de M. René Galles, chai^ par le préfet du Morbihan de reconnaître si la butte était pleine ou si elle recelait des chambres, car la tpiestion était controversée entre les savants. Un puits fut percé verticalement, à peu près dans le milieu du mont. On traversa tour k tour une enveloppe pierreuse, puis une couche de vase marine, qui était posée comme une calotte sur un noyau de pierraille amoncelée. A une profondeur de 6 mètres dans ce noyau on atteignit de plus grosses pierres que l'on regarda avec raison comme l'annonce d'une chambre. Effectivement en conduisant les recherches dans la direction horizontale on ne tarda pas h trouver cette chambre. Ses dimensions étaient loin de répondre ù l'immensité du tertre. Elle n'a que 2 mètres de long sur 60 centimètres de laige en moyenne. Trois de ses côtés sont murés par entassement de pierres posées l'une sur l'autre sans taille ni mortier; le côté de l'orient, par où l'on entra, avait seul une clôture de grosses pierres debout. Une autre grande pierre, qui s'est brisée sans s'effondrer, forme le plafond.
Une épaisse couche de matière pulvérulente garnissait le fond de la chambre. Là fut recueilli un riche butin consistant en haches celtiques de diverses sortes de pierre et de toutes les dimensions, en pendeloques et grains de collier de jaspe, en petites perles d'une substance qu'on a cru être de l'ivoire. Il est remarquable que les haches étaient plantées dans le terreau, le tranchant en l'air, et qu'elles semblaient avoir formé bordure autour de quelque chose de long qui aurait occupé le milieu de In chanibi-e.
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