FOUILLES DE CARNAC
Il y avait un dallag:e de pierres plates qu'on a levées. Dessous s'est trouvée une nouvelle couche terreuse dans laquelle il y avait des charbons et des débris d'ossements.
Le second rapport est le compte rendu d'opérations chimiques exécutées par M. de Closraadeuc sur les ossements dont je viens de parler. L'analyse a démontré que ces os avaient subi l'action du feu. Faut-il pour cela s'empresser de conclure avec le savant praticien que la chambre sépulcrale de.Camac atteste chez le peuple qui l'a construite l'usage de brâler les morts? Je ne le pense pas. Maintes fois des corps brûlés et des corps non brûlés se sont rencontrés ensemble dans les sépultures gauloises avec l'apparence que c'est aux corps non brûlés qu'appartenait l'honneur de ces sépultures. Rien ne prouve qu'il n'en fut pas de même à Camac, et que la forme dessinée par les haches sur te sol de la chambre n'était pas celle d'un cadavre qui se sera entièrement détruit par la décomposition naturelle.
Un troisième rapport, dont l'auteur est encore M. de Glosmadeuc, concerne un réduit, qui fut découvert postérieurement, au fond de la chambre sépulcrale du mont Saint-Michel. Cet emplacement, très bas de plafond et sans profondeur, était, selon l'expression du rapporteur, «: bourré par une mixture de terre, de charbon, de cendres et d'ossements calcinés. » Plusieurs pièces du squelette humain ont été reconnues et déterminées, mal^ l'état de fractionnement des morceaux. Cette seconde visite a été pour M. de Closmadeuc l'occasion de constater que la combustion des corps n'avait pas eu lieu sur place.
Les résidus terreux de Tumiac et de Camac ayant été soumis en dernier lieu au jugement de M. Malagutti, doyen de la Faculté des sciences de Rennes, cet examen a donné lieu à un quatrième rapport. Les conclusions de l'éminent chimiste sont qu'il a reconnu l'action du feu sur les matières ramassées k Carnac, tandis que celles de Tumiac présentaient l'indice d'une décomposition naturelle. Mais il faut noter que les expériences n'ont pas pu porter sur la poussière qui recouvrait le milieu de la chambre du mont Saint-Michel, cette poussière n'ayant pas été recueillie.
La campagne de 1862 s'était ouverte sous les auspices et par a libéralité du préfet du Morbihan. Grâce |à ce généreux administrateur, les travaux continuèrent en 1863. C'est encore M. René Galles qui en a eu la direction. Les résultats ont été décrits par ce savant dans trois rapports dont je vais donner le sommaire : 1" Tumului de Kercado en Camac. — Il est de forme ronde, haut
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de S'.SO seulement, et portant 20 mètres de rayon. Il contenait une belle chambre de pierres debout, précédée d'une allée couverte. Le sol de la chambre et de l'allée était recouvert d'un mètre épais de terreau d'où l'on a retiré force poterie, du charbon, des ossements humains, deux haches celtiques, dont une toute petite en jade, de grossières pendeloques et des grains de collier en jaspe, des silex diversement taillés. Du désordre dans lequel se sont présentés les objets le rapporteur a cru pouvoir induire que la tombe avait été violée anciennement. Il a noté comme une chose digue de remarque la présence de la poterie, qui faisait absolument défaut à Carnac. Quant aux ossements^ ils ont été livrés à M. de Closmadeuc qui a reconnu dans le nombre des os humains et des os d'oiseau. Ils lui ont paru aroir été brûlés, mais à un feu moins intense que ceux du mont Saint-Michel.
2" Tumuluj de Manné-er-r hoëk à Locmariaker. — C'est le frère du mont Saint-Hichel de Carnac. Il a la même hauteur de 10 mètres, mais son grand axe n'est que de lOO mètres. Des cartes marines le désignent sous le nom de Butte de César. Cela n'a pas de rapport avec le nom breton, qui veut dire Montagne de la fie. On l'attaqua en y creusant un cratère central. La chambre ne fut rencontrée qu'à deux mètres en contre- bas de la base extérieure du tumulus, dans un trou par conséquent. La terre du sommet fournit des débris de vases romains et autres résidus funéraires du premier siècle de l'empire, datés par une série de monnaies qui vont de Tibère à Trajan, L'antiquité celtique ne se révéla qu'à près de sept mètres de profondeur par du charbon, des rondelles en terre cuite, et des tessons de poterie. Un entassement de grosses pierres annonça, de même qu'au mont Saint- Hichel, la construction intérieure. Là s'est trouvée une dalle en granit, équarrie de main d'homme, qui, sur celle de ses faces qui regardait le sol, portait des caractères gravés en creux. C'est une écriture inconnue, dont l'élément principal paraît être la hache celtique emmanchée de toutes sortes de façons. Cela ne ressemble ni aux caraclèt^es dits ogkam, qu'on a relevés sur divers monuments de l'Irlande, ni aux dessins de la chambre de G^vrinnis, ni à ceux des pierre» plates de Locmariaker, signalés jadis par M. de Fréminville.
En continuant à déblayer tout droit dans le sens de cette pierre, on arriva à la chambre sépulcrale. Personne n'y avait jamais pénétré. Sur la poussière du fond on ne trouva pas autre chose que deux haches celtiques dont la plus grande, qui était eu jade, avait sa pointe posée sur un anneau plat ou cercle également de jade. Des pendeloques de jaspe accostaient les haches. Tous ces objets étaient dirigés suivant la diagonale de la chambre, dans l'orientation de sud-est à nord-ouest.
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11 y avait un dallée sous lequel i-eposiiit uu bien plus riche butin. Là furent trouvées séparées en deux groupes, d'une paH cent et une haches de jade ou de Iréinolithe dont onze étaient brisées ; d'autre part, trois petites haches de silex, des grains de collier, des pendeloques et l)caucoup de charbon. Ni dessous ni dessus le dallage il ne fut possible de recueillir la moindre prcelle de matière osseuse.
;î° Tumulw de MannèLud — Il est encore de ceux qui atteignent les proportions d'une colline. Malgré son nom, qui veut dire en breton Monlagne de cendre, il n'est pas fait de cendre, mais de vase marine. Depuis longtemps on connaissait sa chambre sépulcrale. Les touriste» ne manquaient pas de la visiter. L'n savant irlandais, M. Fei^uson, qui y vint tout récemment, découvrit des signes ou caractères gravés sur les grosses pierres qui forment le plafond, et sur celles qui garnissent le couloir d'entrée.
M. Ferguson ayant exprimé le vœu que les derrières de la chambre fussent visités, M. Galles fit faire dans ce sens une tranchée à ciel ouvert. A cinq mètres du bord, on atteignit un alignement de pierre» debout. Cfela formait comme une enceinte curviligne. Treize pierres furent mises à nu : cinq d'entre elles étaient surmontées chacune d'une tète de cheval, réduite, bien entendu, à ses ossements. Plus loin s'est rencontré un cirque plus éti'oît de pierres plus grosses, et enfin un entassement de pierraille rougie par l'action d'un feu violent.
Pendant que H. Galles accomplissait ces fructueuses explorations, M. de Closmadeuc était appelé à donner son avis sur une trouvaille faite par un paysan dans la lande de Questembert. Il s'agissait d'un de ces dépôts d'objets de bronze, cassés ou défectueux, que les Gaulois réservaient pour la fonte. C'est ordinairement dans une grossière marmite de terre que les pièces de ce genre se trouvent réunies. Le dépôt de Questembert ne faisait point exception k cette r^le.
M. de Closmadeuc a cité, comme terme de comparaison, une dé* couverte semblable faite à Bellelsle-en-Mer en 1820. Le parallèle est irréprochable, car ce sont, à peu de difTérences près, les mêmes objets qui se sont présentés de part et d'autre. Je ne trouve rien ft redire qu'à deui: des conclus ions du rapport, qui me paraissent un peu précipitées.
Parce que de certaines lames en forme de raclette, qui se sont trouvées à Questembert, n'existaient pas dans le dépôt de Belle-Isie, le savant breton les répute uniques en leur genre.
Un peu plus loin, je trouve toute une doctrine sur un bracelet en forme de sangsue qui s'est rencontré, à Questembert et à Bdle-Isle, à l'état d'une pièce ereuse remplie par une substance noire. La substance neire serait la cadmifi sur le compte de laquelle les médecins ^iwi
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FOUILLES EN BaETAUXK 1 1 1
et romains sont intarissables, quoiqu'ils n'aient pas dit au juste ce que c'était, et le bracelet en forme de sangsue serait l'étui consacré dt; la cadmie.
Pour le premier point, je renvoie M. de Glosmadeuc aux Mémoires de la Société des Aniiqtiaires de l'Ouest. Dans le volume de 1844, il pourra lire un rapport de M. Benjamin Fillon sur un amas de bronze gaulois découvert à Notre-Dame-d'Or, en Poitou. Une planche qui accompagne ce rapport lui montrera la tïgiire de la raclette.
Quant au bracelet en forme de sangsue, il faisait aussi partie du dépôt de Notre-Dame-d'Or. Rien n'est plus commun que cet objet. Od le trouve partout où la civilisation gauloise a laissé des traces. Tanlàt il est en métal plein, tantôt creux, et, dans ce dernier cas, l'ordinaire est qu'on l'ait consolidé par un mastic ou un ciment coulé dans l'intérieur. H est ditTicile d'attribuer un autre caractère à la substance qui remplissait le bracelet de Questembert. L'analyse chimique y a constaté 70 p. 100 de matière siliceuse.
Pendant que j'en suis aux critiques, je me permettrai d'éveillei' les scmpules des savants morbihanais sur un mot qui doit être banni de notre langue, si respectable que puisse être la source d'où il dérive. Us appellent une hache celtique un celtx. Je me demande »i c'est du latin. Il y a un mot latin celtis qui veut dire un ciseau de sculpteur, et je conçois qu'on ait assimilé la hache celtique à un ciseau de sculpteur; mais celtû ne fait celtx k aucun de ses cas. S'est-on mépris d'abord en disant cella au lieu de celtù? Alors pourquoi la désinence ttajJuriel? J'ai remarqué que M, de Glosmadeuc disait celt, et j'aime mieux cela ; mais ne serait-il pas mieux encore de se conformer à l'usage du plus grand nombre des archéologues fran^is, qui disent kache celtiqi*ef
Je confesserai encore que je vois avec une sorte d'effroi les conseils et l'exemple des savants irlandais menacer le Morbihan de l'invasion d'un nom nouveau par lequel ils prétendent désigner les chambres sépulcrales, allées couvertes, menhirs et auti-es ouvrages de ce genre. Ces monuments ne seront plus les monuments celtiques, mais bien les monuments mégalithiques. Passons sur le barbarisme ; il est facile à corriger, et nos savants bretons le corrigeront certainement en disant tnégaloliihiquei . Mais comment pourront-ils consentir k appeler mégidolithiques, c'est-à-dire monuments en grandes pierres^ les chambres du mont Saint-Hichel et du Manné-er-r'hoêk qui sont aU contraire construites en petites pierres? Comment désigneront-ils les autres constructions, en matériaux moindres encore, qu'ils sont appelés à découvrir sous les petites tombelles, lorsqu'ils en viendront k
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142 FOUILLES EN BRETAGrtE
l'exploration de celles-ci? Je les vois d'ici forcée de créer une famille mierolithiqtÂe à cbtë de la famille mégalolùhiçue. Et le résultat sera non seulemeiit d'augmenter le nombre de ces mois étrangers, qui sont un embarras pour la lai^e, mais encore de substituer une notion obscure i une notion claire.
La notion obscure, c'est que les chambres sépulcrales sous de grands tumulus seraient les monuments de la sépulture d'une race d'hommes inconnue.
La notion claire, c'est que ces monuments ont ]a même origine que les tumulus les plus incontestablement gaulois, et cela par la raison que les tumulus reconnus comme gaulois par tout le monde, ceux d'où l'on exhume du bronze et du fer, contiennent les mêmes choses que les tumulus à chambre sépulcrale, c'est-i-dire des os brûlés, en compagnie d'autres os non brûlés, des traces de foyer éteint, des silex, des haches celtiques ou autres objets de pierre, de la grossière poterie
Le Btiltelm de 1863 nous apprend une circonstance où la Sociélé polymathique s'est montrée pleine de sagesse à l'égard des importations étrangères. M. de Gaumont l'avait consultée sur une doctrine archéologique venue du Danemark, que voudraient nous imposer des personnes plus instruites de ce qu'on fait au loin que de ce qui se passe dans leur pays. Elle a répondu sensément que, de même que la doctrine danoise résultait d'observations faites en Danemark, la doctrine morbihanaise devait résulter d'observations faites en Morbihan, et que, dès k présent, elle osait affirmer que l'état des choses dans les deux pays n'était pas du tout le même. L'Iriande, par ses monuments, ressemble plus à la Bretagne que le Danemark. Que ce ne soit pas un motif pour que la Bretagne reçoive sans contrôle tout ce que lui offriront les savants irlandais.
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RAPPORT
AU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUE
MEMOIRES DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE NORMANDIE (3° uvHiti8o:i Dt iiv volume)