‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 50 sur 240 · NUMISMATIQUE GAULOISE · texte numérisé non relu

NUMISMATIQUE GAULOISE

{Revue dtt SocUléi lavanla, (8S3. ~ Bibliogr., u<> lï7.)

Cent quarante pages de ce cahier, qui en comple cent soixante, sont occupées par un mémoire inlititlé : £ssai sur la numismatique gauloise du Nord- Ouest de la France, L'auteur est M. Lambert, conservateur de la bibliothèque de Bayeux, savant consciencieux, dont le nom restera attaché au travail qui ne fait depuis quarante ans potir débrouiller te chaos de la numismatique gauloise. Son mémoire d'aujourd'hui est la continuation et le complément d'un autre, qu'il publia sous le même titre en 184t. Dans l'intervalle, il n'a pas cessé d'avoir l'œil ouvert sur les découvertes et publications nouvelles, il n'a négligé aucune occasion de s'instruire des types qui se sont produits, et toute sa réflexion s'est concenti-ée sur ces types, qui disent tant de choses que nous ne savons pas comprendre.

La science n'en est pas encore arrivée au point d'expliquer. Elle invenfone, et, pour le présent, c'est tout ce que l'on a le droit d'exiger d'elle. Il faut tenir poiu- un grand progrés qu'elle discerne les figures et jusqu'à un certain point, le style d'ornementation propre à chaque contrée. Par là est devenu possible le travail de classification.

Le titre choisi par ïf . Lambert ne dit pas tout ce qu'il y a dans son mémoire. Il ne s'est pas rigoureusement renfermé dans la numismatique du nord-ouest de )a Gaule; il a touché aussi bien i celle du nord est, et même à celle du centre et du midi.

Dans un premier chapitre, il examine certains objets qui ont plus ou moins l'apparence de la monnaie, et qui sont considérés comme les espèces primitives des Gaulois.

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114 NIMISHATIQUE GAULOISE

Il pa^se ensuite aux espèces fabriquées sur le modèle des slatêres macédoniens, en les suivant dans leur dégénérescence et dans les types sans nombre qu'elles ont engendrés ù mesure qu'elles se sont corrompues.

Dans un troisième chapitre, M. Lunibeit parle des monnaies imitées des types romains, famille à laquelle il rattache les espt'ces de Marseille.

La partie doctrinale du mémoire se termine par des consid^tions sur quelques symboles qui entrent dans la décoration des monnaies armoricaines.

Il y u ensuite l'explicatiou de dix-neuf planches qui suivent le texte, sur lesquelles planches sont figurées cinq cent vingt-trois types différents

Tout à la fm vient un tableau chronologique des découvertes de monnaies gauloises qui ont eu lieu, à la connaissance de l'auteur, dans la vaste région qui s'étend de l'embouchure de la Seine à celle de la Loira.

La classification de M. Lambert, aussi bien que ses considérations, ont fait naître dans mon esprit une iuûnité de doutes, dont je me bornerai à exprimer quelques-uns.

De ce que les nioiniaies de Marseille et des colonies de Marseille dans la Narbonnaise ont un trait commun, qui est la légende, avec les monnaies celtiques frappées à^'imitation des quinaires romains, était-ce une raison suffisante pour faire une seule catégorie des unes et des autres'.' Je ne le pense pas, car, par l'origine, par le type, par la frappe, les monnaies de Marseille sont quelque chose de tout à fait à part. Il fout quelles forment à elles seules une classe où elles ne peuvent souffrir aucune compagnie, sinon celle des monnaies coloniales et de quelques contrefaçons barbares qu'elles ont engendrées.

Est-ce aux temps reculés du monnayage gaulois, antérieurement à l'imitation des statëres macédoniens, qu'il faut rapporter ces petites monnaies de potin, attribuées à la Belgique, dont l'efDgie, qui parait avoir été primitivement le taureau cornupète, ressemble à une sarigue, à cause de la longueur démesurée des jambes de derrière? Une si haute antiquité est bien difficile à admettre en présence de l'ensemble des monuments , surtout lorsqu'on voit les types de ces prétendues espèces primitives avoir leurs analogues sur des pièces que M. lambert lui-même a classées parmi les dégénérescences du type grec.

Est-il légitime de placer également dans la classe des espèces primitives de la Gaule certaines pièces d'ai^ent du travail le plus primitif, it faut en convenir, mais qui ont été fournies j)ar une décou-

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NUSUSMATIUCK GAULOISB 115

Terte unique et dont le lieu est la vallée âel'Adour? Il me aemble que la lallée de l'Adour est un pays Tronliëre, sur lequel il faut s'attendre à trouver les vestiges des Ibftres autant que ceux des Gaulois, et que la matière seule des pièces dont il s'agît serait un motif de la rapporter aux Ibères plutôt qu'aux Gaulois,

Faut-il revenir sur la sentence portée par M. Hucher, et par Duchalais avant M. Hucher, quand ces savants ont exclu de la série monétaire les rouelles de bronze et d'autre métal qu'une pure hypothèse avait érigées en espèces des temps antérieurs au monnayage? Je ne le pense pas, non plus que Je ne trouve décisive la raison invor quée par M. Lambert contre M. Hucher. Cette raison est que la rouelle est figurée sur tes monnaies du temps où les Gaulois eurent de la monnaie. La croix est figurée sur toutes les monnaies du moyen Âge; en rësulte-t-il que les petites croix en métal qui nous restent du moyen dge aient été de la monnaie? La rouelle était un symbole pour les Gaulois, comme la ciois l'est pour nous. Ils l'ont représentée quelquefois sur la monnaie, ils l'ont surtout portée sur eux comme amulette. Ils lui ont donné toutes les dimensions jusqu'à vittgt centimèti'es de diamètre et davantage. La rouelle se ti^ouve dans les sépultHres gauloises, d'où est toujours absente la monnaie, et jamais on n'en a déterré des piles ou des amas, comme c'est lo cas des autres objets qui ont circulé à litre d'espèces.

Est-il permis d'attribuer aux Aiîfiécaves une monnaie qui porte la l^ende ANDOB ? Je ne te pense pas, parce que Uuclialais, qui avait l'œil fin, reconnaissait à cette pièce le style aquitain et que ANDOB annonce un tout autre nom que ANDEC'

Y-a-t-il quelque probabilité que des symboles égyptiens, tels que la nacelle isiaque et l'épervier, aient été figurés sur les monnaies gauloises? Non, car les Gaulois n'emprunté i^-nt ni leurs mythes ni rien de leur religion aux peuples étrangers. S'ils ont eu des légendes qui ressemblaient k cellrâ des Grecs, c'est à cause de la communauté d'origine qu'ils avaient avec les Grecs. Ils n'ont rien eu de commun avec les Égyptiens, qui étaient une race à i>art, sans atHnité connue. L'opinion de Tacite, invoquée par M. Lambert, que le culte d'Isis régnait de son temps dans la Forêt-Noire, ne peut être que le résultat d'une équivoque. Enfin la nacelle isiaque est funnontée d'une chapelle et terminée à ses extrémités par des létes de bélier, tandis que le ^-aisseau des monnaies gauloises, que M. Lambert assimile à celle nac«lle, est surmonté d'un mât et décoré à ses extrémités de tètes de cheval. La figure du prétendu épervier n'est pas davantage égyptienne ; c'est un corbeau plutdt qu'un épervier.

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116 Numismatique GAotot&B

Les enseignes appelées les Immolnles, que les Gaulois losubres, au dire de Polybe, conservaient dans le sanctuaire de leur Minerve, avaient-elles la forme d'un péplum ? Non seulement aucun mot du texte ne le dit, mais, au contraire, la manière dont l'historien s'exprime donne à entendre quelque chose de tout difTérent; car voici ses paroles : c Ayant réuni ensemble, à cette fin, toutes leurs enseignes, jusque-là qu'ils avaient enlevé du temple de Minerve celles d'or, appelées d'un nom qui voulait dire qu'elles ne devaient pas être remuées, etc. ' > Et j'induirais plutôt de ces termes qu'il s'agit d'enseignes figurées en manière d'animaux, comme on en voit dans les trophées de l'arc d'Orange.

C'est assez de critiques. Il est trop naturel d'y prêter le flanc lorsqu'on s'exerce sur une matière si neuve. L'ouvrage de M. Lambert vaut par le nombre des renseignements qu'il renferme. Quelques objections qu'on fasse à la doctrine, le chiffre de cinq cent vingt-trois types monétaires, réunis d'une manière si commode pour l'étude, recommande assez l'auteur à ia reconnaissance du public.

UT«tuv9i; xciSi).ivTt( tx toO t^c 'AtiivS; UpoO, x. t. X. (Ub. U, cap. Xixii.}

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RAPPORT

A€ COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ POLYMATHIQUE DU MORBIHAN (\imtt 18M n !•' tmmestm di 18A3)

FOiriLLES DES TL'Itl'LUS DE HAKHÉ-LUD, DE MOUSTOIH, DE KEROOHPALS, BTC> LAKDE DE LANTEAUX. —

OBJETS DE prove»a:<ce okibntalb dans les tumulus, [Rnue dei SœiéUi lavanlet, 1S6S. — Bibliogr., a' 139.)

L'ardeur de la Société morbihanaise s'accroît en raison des utiles résultats qu'elle produit. MM. Closmadeuc, Fouquet et Galles, à peine revenus d'une expédition, se préparent pour une autre, et tous les monuments celtiques de l'arrondissement de Vannes, successivement attaqués, sont forcés de dire le secret de ce qu'ils recèlent. Les esprits bouillonnent et, comme dit Montai^e, les imaginations s'élancent. Les idées naissent, se heurtent, et sont abondonnées presque aussitôt qu'émises; mais le talent d'observation se perfectionne, et chaque recherche nouvelle est mieux faite que celle qui l'a précédée.

Le dernier volume dont j'ai eu l'honneur de rendre compte au Comité nous avait laissés sur la fouille du Manné'Lud, commencée par H. Galles.

n est à propos de rappeler que ce tumulus est allongé ; qu'il mesure SO métrés sur son grand axe ; qu'il se termine & son extrémité ouest par une allée couverte, depuis longitemps visitée et vidée ; que M. Galles porta ses recherches à l'extrémité opposée, c'est-à-dire du côté de l'est ; qu'il ne tarda pas à découvrir deux rant^s successives d^ pierres debout, chacune des pierres de la seconde rangée supportant un crAne de cheval.

La tranchée, poursuivie dans le sens du grand axe, fit rencon^r un entassement de pierraille ou tumulus intérieur, qui occupait le centre de la colline factice. Il avait 10 mètres de rayon à la base, et en hauteur 2" ,60. Il fut ouvert. On troui"» qu'une cellule, semblable à «ne grande fosse sépulcrale, était pratiquée au inilieu çt recouverte

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i\8 TVMtTLI'S DU MORBIHAN

d'une toiture en pierres plates qu'on avait fait mordre l'une sur l'autre.

Ce caveau était dirijfé du sud au nord. Le fond était garni d'une couche de terreau sur laquelle apparurent des ossements humains posés obliquement. On reconnut d'abord les débris de deux têtes, et plus tard d'autres pièces doubles, qui forcèrent de conclure que deux corp.'f avaient été déposés ensemble. D'ailleurs un de ces corps avait subi l'action du feu, et l'autre non.

Dans le milieu de la fosse, que la position des deux corps avail laissé libre, était un pelit tas de charbon accompagné d'autres os complètement calcinés. Un couteau de pierre, des éclats de silex pyromaque et des moi-ceaux de poterie grossière, sont l'unique butin ramassé dans le teiTeau. Un dallage de pierre, qu'on leva, recouvrait une légère couche de teixe et les détritus parfaitement reconnaissables d'un plancher de bois. La roche naturelle était dessous. Il fut reconnu, non seulement en cet endroit, mais dans toute la longueur du Manné- Lud, qu'avant de commencer aucune construction, le sol naturel avait été dénudé et nivelé.

L'opération se termina par une recherche sous le dallage du dolmen situé à l'ouest. Le sol de la chambre sépulcrale était pavé d'une seule pierre. Elle posait sur le roc, mais dans celui-ci avait été pratiqué un trou en forme de poche, d'où l'on retira de la terre des éclats de silex, des têts de pots cassés, une rondelle en terre cuite et une perle de jaspe.

Afin de réunir sous un seul cheftoutesles découvertes de M. Galles, je résumerai sur le champ, et sans m'astreindre à l'ordre chronologique, les fouilles conduites par ce savant à Moustoir-Comac et à Kergonfals.

Le tumulus appel.^ du nom significatif de Moustoir (moutier, église), entre Cornac et Auray, est de 5 mètres plus long que le Manné-Lud; il a 85 mètres an lieu de 80 ; encore suppose-t-on avec assez de vraisemblance qu'il a été rogné du côté de l'est. Un menhir se dresse sur la cime à celte extrémité. De mémoire d'homme, une pierre semblable a existé à l'autre bout du tertre.

Cette colline artificielle, coupée d'abord par le milieu, laissa voir un noyau de pierraille à travers lequel on exécuta une tranchée longitudinale, en fouillant à la fois dans le sens du couchant et dans le sens du levant.

A l'ouest, la fin du noyau se montra à peu près aux trois quarts de la butte. Dès lors on n'eut plus affaire qu'à un sol compact, formé de la vase des marais voisins. Là fut rencontrée une chambre en grasses

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TIIMULUS DU MORRIHAN ii9

pierres, dont le plafond s'était eflbndrï'. La couche de terreau nui, suivant l'ordinaire, recouvrait le fond, a fourni un assez riche butin, savMr :

i' Trois gâteaux de débris osseux disposés en long dans le milieu lie la chambre ;

2° Cinq vases, dont deux entiers, et remarquables chacun à un |)oint de vue différent, l'un par la finesse de son travail, l'autre par sa forme, qui est celle d'une coupe en terre rouge, affectée à usage de Limpe ou d'encensoir ; :t* Une boule percée en calcaire lendre; i* Une perle en serpentine ayant la forme d'une olive ; •V Quatre couteaux en silex ;

6* Une petite hache en serpentine, percée d'un trou vers la pointe. Elle a subi l'action du feu.

Il n'y avait pas de galerie en avant de la chambre, et le tertre fut l>ercé jusqu'au bout sans fournir autre chose.

Dans la direction de l'est, en un point que l'on suppose avoir élé primitivement le milieu du tumulus, le noyau présentait un vide circonscrit par un petit cercle de pierres. Là gisaient des ossements calcinés d'animaux entre les débris d'une grande jatte brisée.

En continuant la tranchée dans la même direction, on recueillit plusieurs dents de cheval, puis on atteignit une nouvelle chambre sépulcrale de la forme ta plus singulière. Son plan était celui d une hache qui aurait eu son tranchant profilé sous un angle obtus. La partie large était seule couverte. Il n'y avait dedans que quelques vestiges d'ossements avec des débris de poteries et un silex taillé,

A 5 métrés de cette chambre fut trouvée une cellule ronde construite en forme de dame au moyen de pierres plates. On l'avait enveloppée d'une épaisse couche de vase marine pour en assurer la solidité. II n'y avait rien dans l'intérieur qu'une terre humide et grasse, où l'on reconnut à l'analyse ta présence de beaucoup de phosphate de chaux.

Le noyau de pierraille, au-dessus de celte cellule, prenait la forme conique et s'élevait jusque sous le pied du menhir, dont, en commençant, j'ai signalé la présence à l'extrémité orientale de la hutte, et c'est par ce tumulus intérieur que finissait lirusquement la construction.

Kei^nfals, nous dit M. Galles, signifie lieu des faux jouveniis. C'est le nom d'un tumulus de ta commune de Bignan, qui se présentait sous la forme d'une calotte sphérique, haut de ^''.SO, large de 31 métrés. Il recelait une allée couverte, inclinée, suivant un angle trts aigu, sur la chambre à laquelle elle conduisait. Ce n'était pas la

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120 TDMttLUS DU MORBIHAN

seule singularité de cette allée. En deux endroits de son parcours elle était obstruée par un mur transversal en pierres sèches. On ramassa entre les deux cloisons un ossement, de la poterie, du charbon et un vase en forme de coupe foçonné h la main. Cette pièce était intacte. £Ue avait été posée aoi^eusement .contre la seconde cloison, l'orifice se présentant presque dans une attitude verticale.

La chambre était orientée du nord-ouest au sud-est. La couche de terre qui en recouvrait le fond fournit les restes peu considérables de deux cârps qui avaient été posés obliquement devant les deux angles antérieurs de la pièce. On ramassa à l'entour deux couteaux en silex et trois haches en grès d'un travail tout à fait primitif.

La totalité du dolmen était enveloppée d'un nojau de pierraille, pardessus lequel avait été étendue et battue une épaisse couche de terre. Ce sont là les faits observés et consignés par M. Galles. Voici ce que nous apprend H. Ciosmadeuc.

Ayant f^it dénuder des pierres dont on voyait percer quelque chose au sommet d'un iumulus du village de Crubelz, dans la commune de Belz, ce savant reconnut la table en trois pièces d'un dolmen dont le flanc fut ensuite découvert. La construction était non pas en pierres debout, mais en gros quartiers posés l'un sur l'autre sans maçonnerie. La hauteur des parois, qui était de 3",30, fut notée comme exceptionnelle. Il n'y avait pas d'allée antérieure. Le dedans était rempli de terre et de sable jusqu'au plafond, probablement par suite de glissements qui avaient eu lieu par les fentes du plafond, car des briques et de la poterie romaines furent trouvées dans les couches supérieures. ' En descendant davantage, la terre plus compacte contenait des morceaux de poterie, des éclats de silex et une pointe de flèche taillée dans la même substance. Plus bas encore on voyait une véritable couche de terreau. Une dernière couche de terre brûlée fut trouvée entra le dallage de la chambre et le roc.

Dans la paroi du fond de la chambre étaient engagés quatre gros morceaux de granit, aplatis, creusés r^lièrement en ovale et polis. L'une de ces auges avait subi visiblement l'action d'un feu intense.

Le plus curieux de cette fouille fut une sorte de récipient en forme de ruche, qui fut trouvé à 1 mètre plus loin que le chevet de la. chambre. Ce petit ddme avait été modelé avec de la terre rouge mêlée de charbon. Il était haut de 0",35, large de 0",50 à la base, et percé à son sommet d'une ouverture qui était recouverte par une pierre plate. Au fond s'adaptait un conduit sans issue, de 0",50 de long, fabriqué avec la même substance. Tout cela contenait une terre extrêmement fine, humide et grasse, mêlée de charbon et d'un peu de

TUHULUS ÙV HORBIBAN- 131

poterie. L'analyse chimique constata la présence d'une quantité notable de phosphate de chaux dans cette terre, ainsi que dans le terreau ramassé au fond de la chambre.

M. Closmadeuc a aussi recueilli une léjtende intéresBante sur le lumulus de Cinibelz. On assurait que pendant l'ora^ il s'ouvrait et laissait voir à la lueur des éclairs deux personna^s agenouillés devant des bassins remplis jusqu'au bord de pièces d'or et de pierreries. C'est à une légende d'un caractère tout différant que doit son nom un second tumulus fouillé, sinon par les soins, du moins soua les yeux de M. Closmadeuc. Il s'appelle Martné boker no: (Butte du hurleur de nuit). Il est situé dans la presqu'ilo de Quiberon, et classé depuis longtemps parmi les moni^ments celtiques à cause d'un dolmen dont il est surmonté; mais on n'avait pas encore jugé digne de remarque une bosse de peu de saillie qui se rattachait à un point de sa circonférence. L'éveil fut donné par des carriers qui, en cherehant de la pierre de ce c6té, mirent & découvert une cellule en forme de cercueil que recouvrait une longue dalle soulevée par eux. Cette fosse, formée de pierres debout, avait seulement l'.l^ de long sur O',40 à 0",52 de lar^. Il y avait dedans une urne de terre, grossièrement façonnée à la main, et le squelette d'un adulte d'assez grande taille, qu'on n'avait pu faire tenir là qu'en le couchant sur le flanc, les jambes pliées et les genoUx relevés à la hauteur de l'estomac.

M. Closmadeuc &it remarquer que les antiquaires anglais et écossais ont décrit des sépultures pareilles, qu'ils appellent ttonecoffitu (coAî^es de pierre). On n'est pas d'accord sur leur âge. Les uns les rejettent dans les temps les plus éloignés, les autres leur assignent pour date les premiers siècles de notre ère. Celle de Quiberon a fourni un indice qui pourra contribuer plus tard à la solution du problème.

Le crâne du squelette, extrêmement prolongé en arrière, ou, comme on dit, dolichocéphale, a été soumis à l'examen de la Société anthropologique de Paris. Il a été déclaré le plus dolichocéphale qui ail encore été trouvé en France, appartenant par conséquent à un homme de race inférieure, telle qu'on peut se figurer la population qui occupait le sol avant l'arrivée des Indo- Européen s.

Ce jugement est celui qui a été exprimé par M. Broca, secrétaire général de la Société d'anthropolt^pe. En l'enregistrant, j'en retranche une conclusion qu'on y a jointe et qui me parait excessive. C'est que la sépulture où un pareil crâne s'est trouvé, remonterait ft cette époque reculée au delà de toutes les supputations chronologiques, qu'on appelle Vâge de pierre.

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122 ntUl'LITS DIT UORBinAN

Je dirai triilMird qu'on nie paritll faire un (crand nbiis de celle locution, âge de pierre. Si l'on entend par là l'époque où les hommes ne connaissaient pas l'usage des métaux, il faudrait y regarder à ^deux fois avant de rapporter à l'âge de pierre toute sépulture qui fournil exclusivement des objets de pierre ou d'aririlo sans cuisson. Une convenance quelconque peut avoir fait que, dans des temps où l'usage des métaux, ainsi que de la |)oterîe tournée et ctiite était connu, on n'ait cm devoir déposer dans les tombeaux (jne de» objets d'une industrie tout â fail primitive. Et cela n'esl pas une pure hypotlù«o; c'est un fait qui est mis hors de doute par les fouilles de tumulus exécutées dans la totalité de la France depuis une dizaine d'années, c'estrà-dire depuis qu'on pracf'de à ces fouilles avec mélliode.

Or, si l'Age de la pîeii'e n'est pas infailliblement annoncé par la nature des objets déposés autour du mort, le sera-t-il davant^e par la conformation physique que présente le mort lui-même? Je ne le pense pas. 11 est incontestable que des hommes de races bien difTél'enles ont habité simultanément notre territoii'e, même dans les temps historiques, et quand on parviendrait à établir que les dolichocéphales aborigènes furent exterminés par les Gaulois, il resterait toujours la t'upposition possible que des hommes ainsi conformés ont pu venir terminer leurs jours en Gaule et sous le régime pleinement gaulois, .^oit à titre d'étrangers, soit dans la condition de captifs ou d'esclaves.

T^ Un de tout ceci est qu'il ne faut pas se hâter de conduis. C'est un conseil que je ne suis pas le premier à donner à la So<'iété polymathique, Elle l'a déjà reçu de M. Fouquet, l'année dernière son président, duquel il me reste â résumer les rechei'ches.

Laissant à ses collègues le soin d'éventrer les tumulus qui ont l'apparence de montagnes, M. Fouquet s'est attaché à l'élude de monuments plus humbles. L'immense lande de Lanveaux lui a fourni matière à de très intéressantes observations.

D'abord te sont des tumulus d'un très petit relief, qu'il a fouillé pour en voir la conformation intérieure.

Dans l'un était une cellule de 1 mètre en toul sens, orientée du sud au nord, couverte au moyen de trois dalles. Deux pierres debout, qui formaient l'une des extrémités, étaient écartées de 0",20, et leur intervalle soigneusement bouché d'argile. Un petit murger formait le coude devant cette entrée, qu'il avait pour objet de protéger.

Dans un autre, la cellule était en fer à cheval, et les moellons de granit qui la formaient, maçonnés avec de la terre glaise mêlée de parcelles de charlwn. L'ouverture était au nord, bouchée aussi avec

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TUWl-Ll'S Dr MORBIHAN J23

de la terre glaise ; et, au lieu du mur de pierraille qui précédait l'entrée du premier tumulus, il n'y avait ici qu'un dallage.

Trois autres tumulus, sondés plutôt que fouillés, n'ont laissé voir que des pierres amoncelées sans aucune forme de construction.

Nul ossement d'homme ou d'animal, nul objet d'induBtrie n'a été fourni par ces fouilles; ce qui n'empêche pas les monuments qui en ont été l'objet d'Mre des tombeaui. M. Fonquet établît ce point d'une façon péremptoire, et j'ajoute, pour ma part, que ces tombeaux nous représentent en petit lefi montagnes factices qui recèlent dans leur sein des chambres sépulcrales et des allées couvertes.

De plus, je rappelle au Oomitii que M. de Morley nous sif^nalait l'année dernière des monuments tout à fait semblables, explorés par lui aux environs de Brumalh (Bas-Rhin).

Sur la lande de Lanvaux il y a, indépendamment des tumulus, une colline naturelle, qui est couronnée par une roche à cuvettes, et sur les versants de laquelle sont plantés des menhirs, dont la position fait juger qu'ils faisaient partie autrefois de plusieurs cercles concentriques descendant du sommet à la base du mont. Ce lieu est appelé but(e du Brélin, et les philolt^ies bretons donnent au mol Bréti'n le sens de bulle raide.

Il faut dire que depuis nombre d'années, M. Fonquet revendique une place eu archéologie pour de certaines roches ou blocs de pierre, dans lesquels ont été creusés de main d'homme des trous en forme d'écuelles ou de cuvettes, Ce seraient là, au dire du savant breton, les autels de la religion gauloise. Que ce soit cela ou autre chose, il n'est possible de contester ni l'existence de ces monuments (il y en a dans toutes les régions lie la France], ni leur destination religieuse. L'idée de M. Fonquet, h la vue du Brélin, fut de chercher quel rapport il pouvait y avoir entre le rocher à cuvettes du sommet et les menhirs encore debout sur les versants. Il fouilla autour de cinq de ces menhirs, et, au pied de chacun, du cOté qui regardait la cime du mont, il trouva soif un dallage en grandes pierres, soit un amas de pierraille rougie par le feu, soit un mui^r formant enclos, et toujours l'accompagnement d'une terre humide et grasse où l'analyse chimique a révélé la présence de matières animales. L'épreuve parut sufûsante au savant breton. 11 regarda le Brétin comme un temple dam lequel avaient eu lieu des inhumations, et telle est la conclusion qu'il cherche à établir dans son mémoire.

Je ne contesterai pas sur ce point la doctrine de M. Fonquet. J'y suis d'autant moins disposé, que tout récemment j'ai eu connaissance d'un fait qui la confirme. C'est à Fondremand, dans la Haute-Safrne.

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134 Tt'MDLL'S DU MORBIHAN

Fondremand doit son nom à une source de la force d'une rivière, qui est appelée dans les anciens titres Fons romanus. Ce cours d'eau sort de dessous une petite montagne qui est faite absolument comme un tumulus. Là apparaissent, depuis te bas jusqu'en haut, des enceintes concentriques, bien mutilées au pied du mont, mais presque intactes quand on approche du sommet. Des empilements continus de pierres plates, fournies par la dalle nacrée {c'est la pierre qui ai^eure le sol de la contrée), produisent à Fondremand les cercles qu'on a formés, sur le Brélin, au moyen de blocs de granit distancés. La roche naturelle, qui est la chose vers laquelle convei^nt toutes les construclions de la montagne bretonne, est remplacée à la cime de la montagne franc-comtoise par plusieurs massifs carrés, beaucoup plus hautsque la stature humaine, et construits avec les mêmes maté* rianx que les enceintes circulaires. A ces différences près, qui ont été commandées par la nature des lieux, l'analogie des deux monuments est incontestable; mais un trait achève la ressemblance : c'est que, lorsqu'on a labouré à la place où étaient autrefois les enceintes inférieures du temple de Fondremand, on a trouvé des os.

M. Fouquet me semble donc parfaitement autorîsé à dire que les Gaulois enterraient dans leurs temples ; seulement avant d'assimiler, comme il a fait, ce mode de sépulture à celui des chrétiens, peuplant de morts leurs églises, je crois qu'il sera bon d'attendre qu'on ait vérifié, par de nouveaux exemples, si les os trouvés dans les enceintes sacrées des Gaulois sont bien des os d'hommes. L'idée peut venir, en effet, que l'on ait inhumé de la sorte les bétes immolées dans les sacrifices.

Malgrê la longueur de ce rapport, je toucherai encore un point où m'amène le jugement porté par un naturaliste éminent sur l'origine des ustensiles de pierre qu'on retire des tumulus.

Des scrupules s'étant élevés dans la Société polymalhique relativement à l'authenticité du jade, dont on disait qu'étaient faits plusieurs de ces objets, divers échantillons de haches et de pendeloques furent envoyés à M. Damour, afin que ce savant en dit son opinion. Le jade est une substance qui ne se trouve que dans les montagnes du "Thibel; par conséquent, des objets de jade, en quelque lieu qu'il se rencontrent, proviennent de la haute Asie, qu'ils en aient été apportés tout travaillés ou seulement à l'état brut.

Voici le résultat de l'examen accompagné d'analyses i-himiques auquel M. Damour s'est livré.

Les grandes haches qu'on avait cm être en jade, sont en fibrolile, minéral infusible dont les f^sements connus existent aux Ëlats-Unîa

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TUMULUS DU UOBDIHA?! 123

d'Amérique, en Finlande, dans le Tyrol, et, en Fi-ance, dans le département de la Haute-Loire. C'est avec la fibrolite française qu'a paru avoir le plus de ressemblance l'échantillon examiné.

Deux petites haches, au contraire, représentent incontestablement deux espèces de la substance appelée jade : l'une est en jadéite, l'autre en jade néphrittque. L'oiigine orientale de toutes les deux ne saurait être révoquée en doute.

Deux grains de colliers sont des turquoises, essentiellement différentes de celles que nous tirons d'Allemagne, et conformes de tout pcHpts aux turquoises orientales que nous envoie la Perse.

Ainsi la provenance asiatique d'objets trouvés sous les dolmens est un fait désormais acquis à la science, el cela ne vient pas mal à point, vu l'état de défaillance oii est tombée la foi des savants bretons relativement aux antiques monuments de leur pays. Ce pour quoi leurs devanciers auraient subi mort et martyre, ils n'y veulent plus croire. Pour eux les dolmens, les menhîi's, les lumulus ne sont plus l'ouvrage des Gaulois.

Hâlons-nouR de dire qu'il n'y a rien d'alarmant à cela. En matière d'érudition, mieux vaut ne pas croire que croire superstitieusement. Le doute est l'aclierainement à la science. Mais il ne faut pas embrasser le paradoxe à la place de ce qu'on Juge n'être qu'une erreur accréditée. Toute nouveauté qui se produit, en archéologie comme en tout autre matière, n'est pas bonne à prendre. Paris, en ce genre, envoie aux départements des choses aussi peu louables que tant de modes auxquels on ferait bien de ne pas se soumettre. Je pense à la doctrine épousée par les Bretons (non pas par M. Fouquet cependant), qu'une nation maritime, antérieure aux Gaulois, vint du nord peupler notre pays par les côtes, et que c'est par la main de ces hommes, dont il faut renoncer à savoir jamais le nom, que tVirent plantées les grandes pierres et amoncelés les tumulus. Qu'est cela, sinon une visée des antiquaires danois et norwégiens, raisonnant à leur point de vue sur nos origines? Les arguments se présentent en foule pour combattre un pareil système. Est-ce que la ligne non interrompue de dolmens et de tumutus, qui règne depuis le centre de l'Asie jusqu'à la pointe du Finistère, ne marque pas l'itinéraire de k race par qui ces monuments ont été élevés? Est-ce que des dolmens aussi primitifs par leur construction que ceux qu'on exploro depuis quelques années dans le Morbihan, n'ont pas rendu des objets en métal reconnus par tout le monde pour des ouvrages gaulois? Est-ce que nous ne possédons pas à notre musée des Thermes la dépouille d'un des grands tumulus bretons, celui de Camoël, dans lequel gisaient ensemble des haches

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126 Tt'MULUS DU MORBIHAN

de pien-e, des [lointes de flèche en silex, une lance et une épée de bronze, des bracelets d'or et d'argent? Est-ce que les livres les plus répandus, l'Histoire de France de M. Michelet, celle de M. Henri Martin, ne contiennent pas la preuve du rôle perpétuel que la pierre a joué chez les peuples celtiques, et comme talisman, et comme symbole, et comme terme de comparaison dans la poésie aussi bien que dans le lan^ge? Quand à tous ces indices se joint la certitude que des objets d'origine asititique ont été mis dans les dolmens, il ne me semble guère possible de ne pas admettre que les dolmens soient l'ouvrage du peuple qui apporta sur notre territoire la langue et les idées d'une partie de l'antique Asie.

Voilà ce que j'avais à soumettre au!L réHexions d'une compagnie intelligente, qui travaille et qui a déjà réussi à affermir sur plus d'un point les données de ta science.

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RAPPORT

AU COMITÉ DES TRAVAUX HESTOKIQUES

ÉTUDE SL'Jt UN DISQUE EN SERPENTINE VERTE

IrùuvK '( Votn'iy, arromlissemenl et canton de Beauiie (Cùle-d'OrJ.

(A«'U« dei Sociélét lavanles, 1866. — Bibliogr., n° UO.)

J'appelleiai anneau ce que M. Aubertia appelle disgue, et je vais dire pourquoi :

Ditcus en latin, de même que dttrxs; en grec, signifie un palet, une asBÏelle, un cadran, une cymbale, en un mot tout objet rond à nutface pleine el plate. Disque a le même sens en français, au propre aussi bien que dans toutes ses acceptions plus ou moins détournées. C'est toujours une chose q»ii, réellement ou par l'apparence, se présente sous la forme d'un rond plein. Or la pièce trouvée à Volnay est im rond évidé, un rond qui ressemble, non pas à la face apparente du soleil, justement appelée par les poètes le disque du soleil, mais un rond qui est comme le cercle lumineux qu'on aperçoit, au télescope, autour de la planète Saturne, et qu'on appelle Vanneau de Saturne. Nommons donc anneau l'objet en question. S'il importe du conserver la propriété des fermes, c'est lorsqu'il s'agit de créer une dénomination scientifique. M. Aubertin, j'en suis sûr, consentira au changement que je propose, d'autant plus volontiers que ce n'est pas lui qui a imaginé d'appeler disque un rond évidé. Il n'a fait que se conformer à un exemple autorisé par des savants de Paris. Tout en reconnaissant l'impropriété de l'expression, il se sera incliné devant l'usage. Mais, Dieu merci, l'usage n'est point encore consairé, el, le fût-il, il faudrait en revenir.

Cet anneau donc est en serpentine d'un très beau poli, tranchant sur ses bords, d'un diamètre total de C^ilO, qui se réduit à O^jOd dans la partie évidée, de sorte que la laideur du cercle est de 0°',025.

Le village de Volnay. où il a été trouvé, s'est appelé Volenatum,

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128 SUR UN ANNEAU KN SERPIL'mNË VËMt

nom analogue, selon M. Aubertin, à celui de Beaune, Belna, et daas lequel figurerait comme radical le nom du dieu Bélénus. Cette étymologie, donnée au commencement du mémoire, prépare le lecteur à une conjecture qui viendra plus loin, savoir, que l'anneau de Voinay est l'équivalent de la rouelle gauloise en bronze, équivalente elle-même du x'jxXo; [javTixi;, ou roue fatidique du trépied d'Apollon Pythien, lequel Apollon ne fut pas autre chose que le Bélénus des Gaulois.

Il y a longtemps que la rouelle gauloise a été assimilée, et avec raison, je crois, à la roue fatidique de Delphes j mais je ne sais pas si le même rapprochement peut se faire d'une manière Intime à l'é^rd de l'anneau de pierre, car celui-ci n'a pas de rayons, et manque, par conséquent, du irait qui caractérise les rouelles et roues.

D'autre part, je ne puis reconnaître ni dans Volenaium ou Bolenaium, qui a fait Voinay, ni dans Belna, qui a fait Beaune, la présence du nom deBélénus. La misonenestque dans £e/fntu, la syllabe ^e était longue et fortement accentuée; que, par conséquent, elle n'a pas dû se perdre dans le dérivé franfais. Le latin Belerna a produit BeHn et Blin, oà l'on voit que s'est maintenue la syllabe forte du primitif; et il en est de même pour le composé Beleniacvm, qui a fait Belignat, Beligneux, Beligny, Bligny. Voinay, manquant à ce principe, n'a pas le droit de revendiquer le dieu Bélénus pour parrain ; et puîp&e-t-il ressortir de cette simple remarque que la présence des mêmes lettres dans deux mots ne suffît pas pour en conclure qu'ils dérivent l'un de l'autre!

Pour les deux motifs que je viens d'expliquer, je croîs que le mieax est d'attendre encore avant de se prononcer sur la destination des anneaux de pierre. Je dis les anneaux de pierre, parce que plusieurs pièces de ce genre ont été déjà signalées. M. Aubertin le sa^'ait. Il a eu l'idée louable de s'enquérir, afin de dresser l'inventaire de ceux dont l'existence a été signalée. Je rapporle textuellement le résultat de cette information.

« M. le docteur Marchand, directeur du cabinet d'histoire naturelle de Dijon, en possède un qui offre beaucoup d'analc^e avec celui de Voinay, sous le rapport des dimensions; seulement, il n'est pas en serpentine. Comme !e nôtre, il a été trouvé dans un puits à Ruffeylez-Échirey, près de Dijon, en 1848.

« Il en existe au musée d'Avranches deux, dont l'un a été découvert au Mont-rSaint-Michel. M. Laisné, président de la Société archéologique d'Avranches, l'avait apporté au congrès des délégués à la Sorbonne, le 22 avril de cette année (1865). Après examen, suivi de discussion, personne n'a rien conclu.

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SL'H IN ANXëAL en SfcUI'tNTI.NE VBBTE 120

t M. Boucher dePerthes a bieo voulu m'informer qu'il en conserve un, trouvé aux environs d'Amiens. IJ'après la deGcription de M. de Perthes, cet instrument, qui n'eiit ni poli ni tranchant, remonterait au premier âge de ta pierre.

< Le musée ^llo-romain de Saint-tiermain-on-I^je en a deux, qui viennent de Torent. L'un est rond et l'autre ovale.

« Un autre a été trouvé dans la lande de Beauvoir.

( M. Zœppfell, de Colmar, en a rencontré un à Heifisheim.

« Le tumulus de Mané-er-Hroek, en Bretagne, en a fourni un.

« EnGn celui qu'on peut voir nu Musée de Lyon a été apporté du Mexique.

( Je dois la plus grande partie de ces renseignements à l'obligeancede M. Alexandre Bei-trand. M. le docteur Marchand vient de livrer à l'impression une publication intéressante, où les lieux de découverte des divers disques connus en France, leur matière, leurs dimensions, ainsi que l'indication des musées ou collections particulières oii on peut les consuiler, sont relatés avec une exactitude scrupuleuse. »

Tels sont les utiles renseignements recueillis par M. Auberlin.

Je me permettrai d'y ajouter la mention de six autres anneaux en serpentine, qui furent trouvés en 1828 dans une même sépulture enfouie à un mèlre sous terre, près de Mezidon (Calvados). Il y en 2\*ait Irais grands et trois petits. Les trois grands étaient sous la télc du mort, et les trois petits sous ses pieds. C'est M. de Caumont qui a consigné ce fait dans le premier volume (p. 155) de son Cours d'anltquilét monumenlalei. Je ne doute pas que d'autres ouvrages ne contiennent l'indication d'objets semblables.

Il me reste à parler des conjectures de notre correspondant sur l'dge de son anneau.

11 le rapporte à l'industrie du second âge de pierre, « à celte époqtip relativement moderne, si on la com|>are à celle qui n'a pro<luit que des instnimenfa peu ou pas travaillés »

J'irais loin avec ce qu'on appelle Vùge de pieire si je disais tout ce que j'en pense. La mesure de ce rapport ni'obtige à me renfermer dans quelques oliservatious seulement.

Un docte antiquaire danois, excellent observateur, et d'une expérience consommée par la quantité de fouilles auxquelles il a présidé, M. Worsae. a établi, d'après les dépéts d'objets trouvés dans tes sépultures de son pays, que l'antiquité s'y révèle par trois périodes successives, à chacune desi|uelles appartient respectivement l'industrie de la pierre, celle du bronze et celle du fer. Depuis ijuelqu<'s années, cette distinction si commode a été transpoHée chez nous.

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130 SUR UN ANiNEAU EN SEBPENTI.MS VERTE

Elle y a fait fortune; il n'y a plus un mémoire, plus une nouvelle concernant nos antiquités antérieures à la domination romaine, où ne reviennent les expressions : dge de pierre, ii<;e de bronze, âge de fer.

Pour moi, s'il ne s'agît que de la façon dont les choses se sont passées en Danemark, je m'en rapporte pleinement à M. Worsae. J'admets encore, en ce qui concerne l'humanité tout entière, que le travail de la pierre a précédé ici-bas celui des métaux, et je liens compte du témoii{na{;e de l'antiquité classique, qui a été unanime pour dire que l'usaig^e du bionze avait été connu avant celui du fer. Voilà ma profession de foi. Mais que tes choses trouvées dans notre Gaule constituent une série chronolojfique uniquement parce qu'elles sont de pierre, de bronze ou de fer, je le nie. D'après les relations de fouilles exécutées depuis soixante ans sur toutes les parties de notre territoire, d'après ce que j'ai vu j)ar les recherches exécutées sous mes yeux, je me crois autorisé à soutenir que l'usage d'une ma* tière n'a pas fait i-enoncer à l'usage de Tautre matière qui était employée auparavant. Les Gaulais ont continué à travailler la pierre lorsqu'ils travaillaient déjà le bronze et le fer. Des sépultures des derniers temps de leur indépendance peuvent fouinir des instruments de pierre, rien que des instruments de pierre, et même des instruments d'un travail aussi primitif que celui des pièces que leur gisement nous oblige de rapporter aux premiers âges de l'humanité.

On va dire que c'est là une doctrine qui tend à tout confondre. Non, c'est une docliine qui tend à éveiller l'esprit d'observation, à stimuler la sagacité des chercheurs en les avertissant que dans un dépôt, outre la nature et la façon des objets qui le composent, il y a à considérer l'emplacement, la juxtaposition et mille autres circonstances d'où ressorliront à la longue des différences assez marquées pour devenir des dates. La confusion, elle est dans les jugements qu'on assoit sur de fausses bases ; et déjà je la vois s'introduire partout, depuis qu'on a fait croire à nos archéologues qu'ils possèdent l'antiquité celtique rien qu'avec la notion des trois dges successifs de la pierre, du bronze et du fer. Cette clef, qui semble tout ouvrir, ferme au contraire tontes les issues par lesquelles l'évidence cherche vainement à se faire jour. Journellementjelisdes rapports de fouilles où, parce que la pien« s'est montrée, on se refuse à reconnaître la présence légitime du bronze et du fer. On déclare que la rencontre de ces métaux est anormale; on cherche toutes sortes de raisons, ou plutôt de défaites, pour établir que celte rencontre est due à des accidents postérieurs.

Le jugement porté sur l'anneau de Voinay est de ce genre. Cet insiniment p»t sorti d'un tron en forme de puits, comblé jusqu'à son

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SUR l'S ANNEAL' EN SEBPOTtXK VEKTE 131

orifice, qu'un vigneron entreprit de vider dans l'espoir, comme toujours, de trouver ua trésor. Bien entendu la fouille eut lieu sans soin, sans ordre, sans observation aucune, et tout donne à penser qu'elle n'a pas été faite à fond. Telle quelle, elle a donné, outre l'anneau, un morceau de plomb fondu, un fragment de ciseau et deux clefs en fer, ■ dont la forme, dit M. Aubertin, indique le très bas-empire. » Notre correspondant ajoute que le rapprochement de ces objets ne si^niGe absolument rien.

Je crois, au contniire, qu'il signifie beaucoup, et que le vigneron de Volnay s'est attaqué à un puits funéraire de la même époque que tous les autres puits funéraires signalés jusqu'à présent, c'est-à-dire du II" ou du m" siècle de notre ère. Et, comme dans plusieurs de ces puits on a rencontré des objets pareils à ceux qui caractérisent l'époque purement gauloise, il n'y a pas lieu de s'étonner que, cette fois encore, un instrument de pierre se soit montré en compagnie d'outils romains.

Ha conclusion dernière est que nos archéologues doivent se convaincre -que la science de l'antiquité celtique est à la fois plus ancienne et moins avancée qu'ils ne le pensent. Ils voient éclore des systèmes qui ont été précédés par d'autres systèmes, et auxquels d'autres encore succéderont. C'est une raison pour eux de se renfermer aussi étroitement que possible dans l'observation. Qu'ils n'aillent pas chercher des lunettes d'emprunt pour voir ce qui se présente à leurs yeux. Qu'ils rc^rdent avec toute l'attention dont ils sont capables, et qu'ils disent l'état des choses tel qu'ils l'auront constaté, sans s'inquiéter des doctrines à la mode. Leurs travaux profiteront d'autant plusqu'itsi seront le résultat de leur. Hbre et rigoureux examen. Un antiquaire aussi dévoué que M. Aubertin, qui est sans cesse à la piste des découvertes, qui a su créer dans une petite ville un musée déjà important, possède assurément le don de voir par lui-même. La rédaction de son mémoire prouve qu'il saura dire à merveille ce qu'il aura observé.

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AU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ POLVMATHIQUE DU MORBIHAN \i' suEsniB 1S6j et 1" suestiik I86S)

(Reçue det Sodélt* taitantei, 1867. — Blbllogr., n" 143.)

L'année dont ces deux livraisons contiennent les travaux a vu ta Sodété morbihannaise se partager entre l'antiquité celtique et l'antiquité romaine. Ce n'est pas que le champ des recherches sur le celtique commence à s'épuiser ou que la fatigue succède à l'ardeur des précédentes campagnes; mais des tumulus qui sont gros comme des collines coûtent beaucoup à fouiller. Après tous ceux qu'elle a éventréa, la Société, arrivée au bout de ses ressources, éprouve le besoin de se reposer pour faire les épargnes qui lui permettront de se remettre à l'œuvre. La dernière de ses' grandes opérations a été un sondage eiTectué sur le grand axe du mont Saint-Michel-en- Camac. On espérait trouver de nouvelles sépultures sur l'alignemeat lie la cellule funéraire découverte en 1862. Rien ne s'est montré que la pierraille dont le tumulus avait été fait, de sorte qu'il est établi à présent que quarante mille mètres cubes de matériaux ont été apportés et entassés uniquement pour couvrir une chambrette dont le vide esta peine de trois mètres cubes. Voilà assurément un fait qui mérite une mention à part dans l'histoire de la sépulture celtique.

M. le docteur Fouquet a continué ses recherches au pied des menhirs. Dix-huit fouilles de ce genre ont été exécutéea en i865, sur différents points des communes de Saint-Congard, de Ploemeur, de Pluherlin et de Plaudren. Toutes ont fourni, bien qu'à des orientations différentes, de:> diurbons, des terres rôugies par l'action du feu, de la terre chaînée de pliospliutc de chauic en quantité nolable : ce qui confirme M. bouquet dans l'opinion déjà émise par lui, que

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