VESTIGES ANTIQUES DANS LE DÉPARTEMENT DE TARN-ET-OAHOSNE
(Hevue dei Société* savanlet, 1870. — Bibliogr., d° 152.)
La commune de VaugifTard (Loir-et-Cher) possède un dolmen renversé qui passe dans le paya pour une pierre que Gargantua secoua de son soulier. Il est connu sous le nom de pierre Brau. L'usage est d'allumer dessus le feu des brandons, tout comme sur les ttimulus du pays d'Alaise, décrits il y a quelqueri années par M. Castan. M. de Rochambeau noue informe qu'il a fait faire autour de la pierre Brau une fouille qui n'a fourni que des os de ruminants avec quelques débris de poterie grossière.
Une nouvelle camp^ne de M. de Ring sur les tumulus de Mussig (Bas-Rhin) n'a pas été plus féconde en résultat.
M. Devais, correspondant de Tam-et-Garonne, a profité d'une tournée qu'il a faite récemment dans les cantons du Boui^-de-Vlsa, de MoQtaigu, de Lauzerle et de MoHëres, pour se livrer à des observations dont il fait part au Ckimifé.
Pour la première fois depuis qu'il explore son département, M. Devais a rencontré cette forme de retranchements si commune dans nos pays, qui consiste en fossés avec terre -pleins, coupant la gorge d'un promontoire à l'extrémité d'un plateau. Des emplacements ainsi fortifiés existent sur la commune de Roquecor, au lieu dit Espermont- Haul, et sur la commune de Valeilles, au lieu dit Je Pic de VAbai. Dans les deux endroits, il y a double tranchée avec un intervalle a^sez grand entre chacune pour former deux enceintes. M. Devais rejette la dénomination de Camp romain donnée dans le pays à ces retranchements. II y voit des oppidum gaulois, et des oppidum de la plus
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vieille époque. Il allët^ue à Tappui de son opinion que l'on trouva, en 1854, une sépulture celtique remplie d'ouâls de pierre tout près des tranchées dIEspennont-Haut.
Les promontoires à la rencontre de deux vallées sont des fortiScaiions naturelles dont se sont servis les barbares de toutes les époques. II est peu de points offrant cette configuration où l'on ne trouve les vestiges d'une occupation celtique; mais il ne faut pas pour cela attribuer aux Celtes tous les travaux qui se présentent sur ces mêmes emplacements. Les Gallo-Romains du bas-empire y ont cherché aussi un refuge contre les invasions germaniques, et les Français du IX* siècle contre les invasions normandes. C'est aux uns ou aux autres, et non pas aux Gaulois, qu'appartiennent les retranchements du genre de ceux qu'a remarqués M. Devais.
Notre correspondant signale encore les galeries donnant accès à des chambres souterraines, qu'il a vues à Férussac (commune de Roquecor) et à Lauzerte. Ces galeries ont été pratiquées sous un sol tout rempli de débris romains ; de là la conclusion qu'elles sont anténeures h l'époque romaine, et qu'elles ont servi d'habitations à la population primitive du pays. Mais la superposition de ruines d'un âge connu à des travaux souterrains n'est d'aucun secours pour se fixer sur l'âge de ceux-ci. De ce que des souterrains existent sous des bâtisses romaines, on n'en peut pas induire ipso facto qu'ils aient été creusés avant l'époque romaine, et c'est attribuer aux hommes primitifs une puissance qu'ils n'avaient pas, que de supposer qu'ils ont fouillé le sein de la terre pour s'y abriter, eus qui, faute de moyens pour se • coustruire des demeures, étaient obligés de disputer aUx hètes la possession des cavernes. Il y a à dire sur les refuges souterrains la même chose que sur les fossés au moyen desquels on a coupé la goi^ des promontoires. Ce sont des ouvrages qui se rapportent au temps des invasions. De tous ceux qui ont été étudiés jusqu'à présent, je n'en connais pas un seul qui remonte au delà de l'époque carolingienne.
Les pierres avec des empreintes qui ont à peu près la forme d'une semelle abondent dans le département de Tam-et-Garonne. On les désigne sous le nom de Pi'ada de Roland. M. Devais en avait déjà reconnu trois sur les communes de Belvëze et de Saint-Amans ; il en signale une nouvelle près de ToutTaitles, dans un hameau qui portç le nom significatif de Lapiade.
Au Rouch (commune de Saint- Vincent- Lespinasse) , un gros tumulus a été fouillé récemment. Il renfermait beaucoup de squelettes qui avaient entre les dents, les uns des monnaies consulaires, les autres des monnaies de bronze de la même époque. Les morts avaient
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tous été couchés dans ia même attitude, les pieds tournés du côté de l'Orient. M. Devais se borne k consigner ces renseignements qui lui ont été fournis sur les lieux. Il ne paraît avoir vu aucune des pièces découveries. Au nom du Comité, je ferai appel à son zèle pour qu'il se livre à un supplément d'enquête, et qu'U tâche de nous faire connaître les types de ces monnaies. Des morts inhumés de la sorte sont «les Romains, et des Romains qui ont succombé dans un combat. Quoi de plus intéressant que de déterminer avec le secours de la numismatique l'époque ou s'est livré ce combat ?
H. Devais a fait suivre ses communications d'un autre envoi dont l'objet n'est plus de signaler des monuments. Dans ce travail, qui est intitulé Coup iTcetï sur Fâge antéhistorique dam h département de Tam-el-Garonne, notre correspondant s'est efforcé de classer chrono- If^quement les résultats de ses découvertes et constatations antérieures, de manière à faire sortir de là le tableau de la civilisation considérée dans sa marche progressive depuis que le pays a commencé d'être habité jusqu'à l'arrivée des Romains.
Rien de plus légitime que les essais de ce genre, L'archéol<^e ne serait qu'une pure curiosité, si elle ne devait pas conduire à répare les lacunes de l'histoire. Les recherches auxquelles tant d'observateurs se livrent depuis quelques années avec l'ardeur la plus louable auron certainement pour résultat définitif de rétablir les véritables origines de la Gaule.
Déjà un fait capital a été mis hors de doute : c'est l'ancienneté de l'homme dans nos contrées, c'est l'existence de races qui partout précédèrent celles que l'opinion de l'antiquité, acceptée sans contrôle, nous avait habitués à regarder comme les premières en date. Mais cette conquête est comme toutes les conquêtes : il faut en user avec cifconspecUon, et ne pas vouloir lui faire rendre immédiatement tous ses fruits.
Ma pensée est que M. Devais se bâte un peu trop de remplir l'immense intervalle de temps qui sépare l'homme contemporain du rhinocéros, quand le rhinocéros s'accommodait de nos climats, d'avec les Cadurques et les Rutbënes, qui sont les premiers habitants attribués par l'histoire au département actuel de Tarn-et- Garonne. Les observations faites depuis que l'on sait qu'il y a une si grande lacune à combler ne sont ni assez nombreuses ni assez concluantes pour nous mettre en état, je ne dis pas de combler le vide, mais seulement de poser les premiers jalons.
En second lieu, il ne faut pas, dans cette recherche, espérer d'arriver jamais à un résultat scientifique, si on limite ses éludes à un
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