S6 'FOUILLES DU LAC SU BOURGBT
pièces oDt été fabriquées sur les lieux avec le limon du lac, auquel on a mêlé du Bable grossièrement broyé pour donner de la consistance à la pâte. Aidé des lumières d'un chimiste archéolc^e, M. Rabut s'est livré à des remarques intéressantes sur les procédés céramiques des Allobroges, procédés qui d'ailleurs ne diSèrent point de ceux des autres Gaulois.
Les poteries ont été construites avec des colombins, c'est-à-dire au moyen de boudins d'argile superposés l'un à l'autre et plus ou moins parfÈdtement agglutinés. Elles n'ont qu'une face lisse : pour les vases, c'est la face extérieure; pour les plats et assiettes, c'est la face inté- Heure. L'autre côté laisse toujours voir la trace des doigts.
Le savant consulté par M. Rabut induit de là l'ignorance du tour à potier et l'emploi du tour horizontal.
Le premier terme de cette conclusion est juste, si l'on a en vue le tour à potier muni de la tête, qui est son complément. Le tour à tête aurait donné naissance k des produits lissés des deux côtés à la fois. Mais, avant de faire honneur aux Gaulois d'un engin aussi savant que le tour horizontal, il me semblerait plus naturel de supposer qu'ils ont employé la toumette, la simple rondelle de bois sur pivot, qui constitua le tour primitif. FA il y aurait encore à émettre une autre hypothèse, selon moi préférable, qui serait que ces barbares n'eurent besoin du secours d'aucun mécanisme, se bornant à la manœuvre d'un calibre pour régulariser le galbe de la pièce. L'habitude en ce genre conduit à une grande dextérité. Tel ouvrier de nos fabriques est capable de produire avec ses mains toutes seules des vases d'une forme qui ne laisse presque rien à désirer.
Les ornements linéaires gravés sur les pièces n'ont pas de régularité. Le parallélisme parfait n'existe jamais pour plus de deux lignes, et encore lorsque celles-ci sont très rapprochées l'une de l'autre : d'où l'on induit l'emploi d'un ébauchoir fourchu. Lorsque les lignes se multiplient davantage, il y a des écarts d'un cl de deux centimètres, comme si elles avaient été tracées avec un instrument attaché au bout d'un fil, lequel fil aurait tenu à une tige plantée dans une pelotte d'argile, au fond de la pièce. Cette façon expliquerait très bien pourquoi les cercles ont toiy'ours plus de régularité dans les assiettes dont la gravure est à l'intérieur, que sur les vases oii la gravure a été pratiquée extérieurement.
La cuisson de toute cette vaisselle est très imparfaite. De là vient que les pièces ont conservé une couleur noirâtre qui passe au rouge lorsqu'on les soumet à la température de nos fours à potier. Quelques-unes se présentent avec des taches rouges, qui sont dues à ce
DigitizsdbyGOO'^le
FOUILLES DU LAC DU BOtlRGET 157
que, pendant leur service, on les a exposées au feu; mais tel n'était point leur usage ordinaire.
Les enduits noirs lustrés, dont certains vases sont recouverts, ont été obtenus au moyen d'une légère bouillie d'argile ferrugineuse, délayée avec une matière amylacée, comme serait la farine de blé ou de seigle. Les pièces étaient plongées dans cette solution; lorsqu'elles étaient sèches, on polissait à l'estèque.
Les précédentes campagnes avaient fait connaître une poterie naine dont les pièces sont si petites, qu'on n'a pu les considérer que comme des jouets d'enfant. Les derniers dragages ont amené de nouveaux échantillons de ce singulier produit.
M. Rabut signale encore un assortiment on ne peut plus varié de ces boutons percés en terre cuite, qu'on a coutume de considérer comme des pesons de fuseau. Ils peuvent en effet avoir servi à cet usage; maie la quantité de ces objets est si grande, qu'il faut que beaucoup d'entre eux aient eu d'autres emplois. On peut se demander s'ils n'auraient pas eu leur place dans l'habillement. On s'espliqueraît par là le soin avec lequel ils ont été souvent décorés. J'en vois un qui a été incrusté de lamelles de bronze. C'est un ouvrage qui, tout en se rattachant à la poterie d'applique, ouvre dans cette espèce ^ne série à part, dont il est jusqu'ici l'unique échantillon.
En fait d'ouvrages en bois, la station de Grésine a fourni une écuelle 1res régulière de forme, une grande pelle plate, comme celles dont se servent les boulangers, et une pelle creuse à vider l'eau ou à remuer le grain. Il faut joindre à cela un manche rond, très artistement travaillé, dans lequel était planté un poinçon. Un manche pareil, qui avait été ajusté dans la douille d'un instrument de bronze, a été péché à Tresserve.
Je cite pour mémoire des perles de verre bleu et d'ambre, ainsi que des fragments de bracelet en jais, qui sont des produits exotiques. Il est intéressant de constater que le commerce les ait apportés jusque dans c«s villages reculés du pays allobn^e.
Les objets de bronze consistent en bijoux, outils de travail et armes. Il y a une boucle d'oreille d'une forme curieuse : c'est un anneau creux auquel adhère le croissant renversé, qu'on a trouvé si souvent exécuté en découpure dans les sépultures et les dépôts de bronze de l'ilge celtique. La figure de cet objet accompagne une communication de M. Quiquerez récemment imprimée dans la Revue des Sociétés savantes'.