Ibid., IB37-183S, t< aérie, t. ITI, p
5. Jbid., 18ta-t8M, 1" série, t. IV, p. 267-272. e. Ibid., 13i9-1850, 3> aërie, t- 1, p. 3-13.
1. Ibid., 1849-1850, 3> BËrie, t. I, p. 201-2)5. 9.'Ibid., 1853-1354, 3> eérie, t. IV, p. 34S-263.
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lÎTres des pontifes, « que le^ muses n'ont pas eu besoin de faire le voyage du Latiutn pour assister à leur enfantement. ï Mais ce n'est pas leur mérite intrinsèque qui en fait l'întÉrèt, ce sont les commentaires lumineux dont l'éditeur les a illustrés.
On peut les citer comme d'incomparables modèles dans lesquels Quicfaerat a déployé une connaissance approfondie de la langue latirte et des mots les moins usités de son vocabulaire, un sens délicat de la versification sous ses formes même les moins connues, un art merveilleux pour restituer les passages les plus corrompus, pour deviner le lexte original défiguré par les inepties des copistes. Ce qui étonne plus encore, ce sont les déductions qu'il sait tirer de ces textes si insignifiants en apparence. Il semble au premier abord qu'on ne puisse rien récolter sur uneterre si aride. Lui-même l'avoue humblement. « Le champ que j'ai battu, dit-il, n'est pas de ceux où Sénéque dit qu'on voit les lièvres courir après que des chercheurs maladroits n'y ont trouvé que des lézards. » Mais il sait y découvrir ce que tout autre n'apercevrait pas. En veut-on un exemple? Qu'on relise la notice qu'il a consacrée à cette méchante épigramme qu'un manuscrit attribue à Virgile, et qui paraît si indigne du grand poète, qu'aucun éditeur n'a daigné la recueillir. Quicherat ta tire de l'oubli où on l'a volontairement laissée, il l'éfudie, la discute et démontre avec évidence qu'elle n'est pas du poète de Mantoue, mais d'un autre Vii^ilius Maro, dont personne ne soupçonnait l'existence. Puis groupant avec art des traits épars dans les auteurs les plus divers, interprétant avec une finesse surprenante des textes incompris jusque-là, il restitue d'une façon lumineuse cette obscure figure d'une des plus obscures époques de l'histoire littéraire'.
Mais ce n'était là pour Quicherat que des passe temps par lesquels il se reposait de travaux plus importants. Ile nous montrent qu'il eût pu se faire un grand nom dans la philologie classique, si l'étude de notre histoire et de nos antiquités nationales n'avait ouvert à son activité un champ autrement vaste.
A l'époque où Quicherat et ses amis fondaient la Bibliothèque de tÈcole des Charles, Michelet, dont j'ai déjà signalé l'influence sur notre confrère, venait de publier les tomes IV et V de son histoire de France, dans lesquels il a raconté le règne de Charles VII avec une magie de langage et une profondeur de vues plus remarquables ici que dans aucun de ses autres ouvrages. Quicherat fut profondément impressionné par l'intérêt du livre et des événements dont il Iral-
1. Bibliothèque de rÉcole de» CAartei, 1810, I" série, t. II, p. 130-113.
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6 JULES QIIICHERAT
tait. Nous en pouvons juger par ce qu'il en a dit lui-même dans un compte rendu qu'il lui a consacré *.
Son âme généi'euse fut émue du poignant récit de ces luttes opiniâtres qui remplirent le xV siècle, et dans lesquelles se constitua la nationalité française; son cœur de patriote s'éprit surtout de cette noble figure deJeanne d'Arc, qui lui apparut comme l'image même de ta patrie. Il voulut )a conndtre et la faire connaître à fond, et conçut l'idée de publier ses deux procès de condamnation et de réhabilitation. La Société de l'histoire de France à laquelle il soumit ce pi-ojet en 1840, t'accueillit avec empressement*. Quicherat se mit aussitôt à l'œuvre avec une activité telle que, dès l'année suivante, il pouvait donner au public un premier volume contenant le procès de condamnation *. Le» tomes II et III contenant le procès de réhabilitation parurent en 18i4 et 1845; il y joignit deux autres volumes, publiés en 1847 et 1849, dans lesquels il réunit tous les témoignages dos contemporains, tous les actes originaux, tous les passages de chroniques, que neuf ans de recherches constantes avaient pu lui taire découvrir *.
Dans les sommaires et les innombrables notes épars dans ces cinq volumes, il avait analysé par le menu tous les détails intéressants à relever. H ne se borna pas là, il voulut faire la synthèse de tous les renseignements qu'il avait recueillis, et résumer bous une forme claire et substantielle tout ce que la critique la plus rigoureuse pouvait tirer de ces documents ; c'est là le but qu'il s'est proposé en publiant ses Aperçus nouveaux sur thisloire de Jeanne d'Arc ', l'œuvre la plus profonde, la plus parfaite peut-être, qui soit sortie de sa plume.
1. Bibliolhéqut de fEwlt des Charla, I" série, t. III, p. 102-1U7.
2. Rapport à MM. lei menbrei da Conseil de la Sacitti de t'hiiloire de France, svr la publication des deux proeèt de Jeanne d^Arc, dans le Bulletin de la Soeiété de l'kUtoù* de France, tSiO, p. 57-6S.
3. Uq latervalU de quatre aa» sépare la publicatioa <lu premier et dv deuiitme volume des Procèt de Jeanne iTàrc. Il fut eu partie occupé par Iroia mlssiong qui furent doDDëeï à Quich«rat en 1841 el lUi k l'effet d'iovenlorier les manuscrite d'Arras, d'Amiens, de Charleville et do Metz. Quicherat rédigea t la suite de ces mtiïioiis d'importants catalogues, qui, par nn f&clieui concours de circonstances, sont restés oubliée pendant de longues années. lU oDt m publiés ea 1S72 et en 1819 dans les tomes IV et V du Catalogue générai dei manuici-ils des bibliothéguei de/ déparlemenlt.
i. Procès de eondamnalion et de réhabilitalion de Jeanne d'Arc, dite la PucelJe, publiés pour la première foie d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale, suivis de tous les documents qu'on a pu recueillir, et accompagnés de notes et d'éclaircissements. Paris, Reuouard, tSil-lS19, 3 toI. in-t<° de SOS, 472 i73, StO, 575 pnges.
5 Aperçut niuiieaux sur rhintaire de Jennne d'Arc, pour servir d'introduction ani Fmtès. Paris, RcDouard, tSH, I vol. ia-e° de 167 pages.
Dans ces quelques pages Quîcherat s'est surpassé lui-même, c'està-dire qu'il a surpassé tous les historiens de Jeanne d'Arc. Aucun autre n'a su exprimer en termes plus sobres et plus convaincants les caractères de cette grande image, aucun n'a peint avec plus de force ce qu'était la France d'alors, vaincue, mais non soumise; les provinces conquises, peu affectionna pour les Anglais, dont le petit nombre n'aurait jamais suffi à les contenir sans l'appui des Bourguignons ; le parti royal démoralisé par la défaite de Vemeuil ; les troupes françaises découragées, mais nombreuses encore, et puissamment aidées par une foule de partisans prêts à rentrer en ligne. Nul, pas même Michelet, n'a mieux fait comprendre k l'intelligence, la pureté, le désintéressement de la Pucelle; » nul n'a mieux fait ressortir son grand caractère, n'a mieux dépeint les difficuttés qu'elle rencontra à la cour, auprès de ceux mêmes qui auraient dû être ses 'premiers auxiliaires ; nul n'a plus contribué à faire aimer ■ cette sainte du moyen âge, que le moyen dge a rejetée et qui doit devenir la sainte des temps modernes, » cette noble fille qui « a confessé par sa mort bien des sentiments pour lesquels il convient qu'il y ait encore des martyrs. »
Il semble que les Aperçus nouveaux aient été le dernier mot à dire sur l'héroïne d'Orléans. Pourtant Quicherat resta sa vie entière à l'alTAt des textes et des monuments figurés, qui pouvaient ajouter une pierre nouvelle au bel édifice qu'il avait si patiemment élevé à la gloire de la Pucelle. C'est qu'il était de ces travailleurs infatigables qui ne considèrent jamais leur œuvre comme terminée. I^in d'abandonner les sujets qu'il avait une fois traités, il continuait toujours à s'en occuper, amassant sans relâche de nouveaux documents, cherchant sans cesse d'autres preuves à l'appui des faits qu'il avait pu avancer, n'épargnant aucun soin pour parvenir à serrer de plus près la vérité. Rien ne montre mieux ce c6té de son caractère que l'ensemble de ses travaux sur Jeanne d'Arc, Son édition du procès fut un de ses premiers travaux d'érudition. Le dernier qui soit sorti de sa plume est encore consacré à la Pucelle'. Quarante-deux ans d'intervalle entre ces deux publications témoignent et de la persévérance de ce grand travailleur et de la séduction qu'exerçait sur son noble esprit l'héroïque figure de la Pucelle.
1. Supplément aux Umoignagei conlemporaim de Jeanne d'Are, publié dans la Reçue hiilorique de 1882, t. XIX, p. 60-83. — C'eflt la réimpression, avec des dérekçpemenU DOuveaux, d'un texte publié en 186S par Quicherat dans la Revue de Normandie, t. Vl, p. 395*03.
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8 JULES OIIIOIERAT
Dans tous les travaux quej'aiénuméi'és jusqu'ici, on n'a vu en Quicherat que l'érudit. Ce serait le mal connaître que de croire qu'il se contentât de ce rôle. Pour lui, l'érudition n'était pas un but, ce n'était qu'un naoyen ; le véritable but qu'il s'est toujours proposé, c'est la connaissance et la difTusion de la vérité. Aussi n'a-t-it jamais craint de ' s'attribuer un Me auquel repurent trop souvent les savants de sa trempe, celui de vulgarisateur. Nous verrons plus loin avec quel merveilleux talent il s'en est acquitté dans certains de ses livres ; un de ses écrits sur Jeanne d'Arc me fournit dès maintenant l'occasion de le signaler, je veux parler de cette petite ffistoire du siège d'Orléans, imprimée dans la Bibliothèque des chemins de fer*, et qui, malgré sa brièveté, peut être citée comme un modèle de narration historique.
Les immenses recherches que Quicherat avait dû faire pour réunir et commenter les documents contenus dans les cinq volumes des procès de Jeanne d'Arc, l'avaient entraîné peu à peu à porter ses investigations fur toute l'histoire du xv> siècle. Déjà en 1839, il avait pu montrer dans un simple article de journal qu'il était bien préparé à aborder l'étude de cette époque*.
L'année suivante, il publia dans la Bibliothèque de fÉcole des Chartes un remarquable mémoire sur Jean Castel, l'abbé de Saint- Maur*, dont Louis \I avait fait son chroniqueur et sur le compte duquel tous les érudits, à commencer par l'abbé Lebeuf, s'étaient complètement mépris. Quicherat produit des pièces qui tranchent sans réplique toutes les questions douteuses. Il établit qu'il y eut, au xv° siècle, deux littérateurs du nom de Jean Castel, que le chroniqueur de I^uis XI n'élait pas, comme on le croyait, le fils de Christine de Pisan, mais d'une certaine Jeanne Coton. Il établit l'époque de sa mort et détermine ainsi la part qui peut lui revenir dans la chronique qui lui est attribuée; il passe au crible tout son travail, le dépossède ici, là lui restitue des œuvres nouvelles, et groupe enfin toute une série de faits, qui fixent les traits essentiels de la biographie de ce personnage à peu près inconnu la veille. Voilà plus de quarante ans que le travail de Quicherat a paru et les conclusions qu'il a posées n'ont rien perdu de leur solidité. C'est qu'il excellait à ces travaux de critique; son esprit méthodique et judicieux savait démêler avec ime sûreté de coup d'cpil incomparable, les impossibilités, les