‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 61 sur 240 · STATUETTE EN BOIS · texte numérisé non relu

STATUETTE EN BOIS

D'UiNlk UÉESSE MËEtK [Bulletin de la SvcitU dti anliyuains Je Fiance, 18J2. - Bibtiogr., n" 241.)

M. Quicherat met eoub les yeux de la Sociélé le dessin d'une statuette en bois, du plus grand intérêt, trouvée récemment dans l'un des puits funéraires de Troussepoil, sur la commune du Bernard (Vendée).

H. Quicherat a déjà eu l'occasion d'entretenir la société de ce lieu de Troussepoil, qui est un cimetière antique où les sépuilures consistent en puits plus ou moins profonds : quelques-uns vont jusqu'à 12 el 15 mètres. 11 y a au fond de chacun un assortiment de vasc8 dans l'un desquels se trouvent toujours des cendres mêlées de débris d'ossements calcinés. I« puits est bouché jusqu'à son oriûce par une succession de couches soigneusement formées de pierraille, de tessons de poterie, de coquilles d'huitres, d'ossements d'animaux, d'urgiles, etc.; tes couches les plus profondes contiennent toujours des ustensiles de ménage, des objets de toilette ou des armes, et des médailles dont la série est renfermée entre le réjfne de Veapasien et celui d'Aurélien.

M. l'abbé Baudry, curé du Bernard, explore depuis douze ans ce curieux gisement. Il en est au vingtième puits. C'est celui qui lui a fourni l'objet en question, qui est la i-eprésentation d'une femme assise, voilée, et sur les genoux de laquelle on voit l'airachement d'une figurine d'enfant qu'elle soutenait de ses deux mains.

L'ajustement, l'attitude, l'expression du personnage, ainsi que le Kljle du travail, sont ueuï qui caractérisent les saintes vierges en bois du xW siècle, connues sous le nom de Vierges noires. Trouvée partout ailleurs, celte pièce aurait été considérée par tous les antiquaires comme un produit de la sculpture romane. Il ne saurait cependant y

DigitizsdbyGOO'^le

i62 STATUETTE EN DOIS DUNE DÉESSE »ËBE

avoir de doute sur son orii^ine antique. Elle a été trouvée vei-s le fonds d'un puits de 13 mètres dont l'oririce était fermé par 4 mètres de blocage maçonné. Elle était accompagnée de plusieurs vases de façon romaine dont l'un porte le nom du potier X/arianus. Elle est d'assez {grande dimension; sa faauleur est de 51 centimètres.

La déesse mère de Troussepoil, portée à Nanles, a t-a-usè l'étonnément de l'évéque et de tout le clergé de cette ville à qui elle a été montrée. M. Quicherat pense que la découverte de l'abbé Baudrj' pourra servir à expliquer l'orig'ine d'un certain nombre d'éftlises du vocable de Notre-Dame hiîties sur des emplacements où la légende rjconte que des statues de ia Vierge furent trouvées par miracle.

DigitizsdbyGOO'^le

RAPPORT

AU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ POLYMATHIQUE DU MOIIBIHAN

(ANNÉES IS6S A 1S12) DE QUIBERON. — AHTIQtITÉS CELTIQUES.

(,Bevue dei Socîélés sai-anles, 1813. — Bibliogr., n' 151.]

On se rappelle avec quelle ardeur et avec quelle intelligence la Société morbihannaise se mit, vers 1860, à explorer les grands tumutus de la contrée. Si les fouilles exécutées alors ne répondirent pas à t'attente de ceux qui pensaient que des entassements si considérables devaient receler des antiquités en nombre infini, elles permirent du moins de constater des faits inattendus, et la connaissance des anciennes sépultures y a beaucoup gagné. Les cahiers du bulletin dont j'ai à rendre compte à la section attestent, à l'égard de ce genre de recherches, un ralentissement progressif qui serait regrettable, s'il avait sa cause ailleurs que dans les douloureuses préoccupations des dernières années.

En 1866 et 1867, les zélés pionniers que la Société avait employés aux découvertes précédentes, MM. Galles, Closmadeuc et de Cussé, se partagèrent les opérations, qui eurent pour théâtre les communes de la Trinité-sur- Mer, Crach, Carnac et Plouhamel ; plus de trente sépultures furent fouillées. Le plus grand nombre étaient des dolmens encore enveloppés d'une partie de la ferre qui les avait entièrement recouverts autrefois. Plusieurs offrirent dans leur plan des dispositions curieuses. Les uns étaient composés de plusieurs chambres qui s'ouvraient sur les côtés de l'allée couverte, les autres avaient une cellule unique, mais ronde ou en hémicycle. Les cellules de cette dernière forme s'ouvraient de celé, au fond de la galerie.

Un dolmen a présenté huit pierres, sillonnées de figures dans le genre de celles qui décorent le monument de Gavrinnys.

La récolte de silex et de poterie grossière a été abondaniei mais

DigitizsdbyGOO'^le

464 POtlILLES E>' BRETAGM!

c'est, à peu de chose près, tout ce qu'on a trouvé. Les exceptions sont si peu nombreuses qu'il ne sera pas lon^ de les sipialer.

Une haclie en quartz-agate, accompagné d'une autre hache en grès et de pointes de flèche à bords dentelés, reposait dans le dolmen de Kersu, commune de Crach; une urne en terre fine, assez cuite pour avoir contracté la couleur rouge, dans le dolmen de Park-er-Gueren, au même finage ; un bracelet de bois et un objet d'or déformé, qu'on croit avoir été une fibule, dans l'un des dolmens de la Trinité-sur- Mer; enfin un fragment de tube en fer s'est trouvé avec des silex taillés dans un des dolmens de Carnac qui a nom les Autels, en milerien.

Les investigations furent portées, en 1868, dans la presqu'île de Quiberon. Elles mirent à découvert un groupe de sept sépultures enfouies. C'étaient des fasses murées avec des dalles mises sur champ ou de la pierraille, et fermées par de larges pierres, couchées à plat. Elles avaient en moyenne 90 centimètres sur 60, preuve que les morts y avaient été accroupis ou repliés. On y a trouvé des débris osseux, et des poteries dont l'épaisseur dépassait tout ce qu'on peut imaginer. Cette circonstance jointe à la grossièreté de la pâte les a fait considérera juste titre comme des produits de la céramique la plus primitive.

Pendant que M. Closmadeuc explorait ces fosses, M. l'abbé Collet faisait percer un puits dans un tumulus elliptique du lieu dit Bc^-en- Au, tumulus de 51 mètres sur 25, qui présentait encore, après l'affaissement que lui avaient fait éprouver les siècles, un relief de 6" ,50. I.es résultats fournis par ce sondage étaient de nature à éveiller l'at- ' tentiondela Société. M. Galles se rendit sur les lieux l'année suivante et, de concei*! avec M. Collet, entreprit une fouille dans les règles.

La gigantesque tombelle se trouva être analogue par sa composition à plusieurs de celles qui avaient été naguère étudiées aux environs de Carnac.

Un entassement de pierres et de gros galets constituait le nopu, que l'on avait recouvert d'une calotte épaisse de vase, et par-dessus la couche de vase reposait l'enveloppe extérieure de terre gazonnée.

Sur tous les points, à l'intérieur, se sont présentés en quantité innombrable des tessons de poterie rouge, des noisettes, des traces de cuivre, des clous de fer à grosse tète, des plaquettes oxydées dan» lesquelles on a cm reconnaître des débris de bandes de fer forgées au marteau. I^s clous avaient de 22 à 27 centimètres de longueur. Les praticiens auxquels ils furent montrés jugèrent qu'ils avaient servi à la construction d'un très fort vaisseau. Des clous de même forme,

FOUILLES EN BRtCTAGNË iG5

mais qui n'ont que 16 ccnlimètres, suffisent aujourd'hui pour assembler les bordages d'un navire de 200 tonneaux.

D'après la nature des objets découverts, on a conclu que le tumulus de B^-en-Au appartenait à la période la plus avancée de la civilisation celtique.

Il faut encore mentionner des fouilles exécutées avec soin, sur le territoire de Camac, par M. l'abbé Lavenat. Ce judicieux observateur s'est attaqué k des tumulus de moindre dimension. L'un était divisé intérieurement en plusieurs compartiments par des pierres debout dont la tête sortait bors de )a couche gozonnée. Tous avaient servi pour la sépulture, car dans tous on a trouvé des os. Dans tous aussi (les silex taillés et des éclats de silex accompagnaient des outils en pierre polie. L'inventaire des objets recueillis se résume de la manière suivante :

Vases de terre en forme de bombe; haches en diorite et en librolite, silex; perles ou boutons percés en argile rouge, en schiste ardoi^ sier et en quartz.

Une discussion sur les peuples constructeurs de monuments dits mégalithiques a donné lieu en 1870 & deux mémoires, l'un de M. l'abbé Euzenot, l'autre de M. Buigault.

La thèse soutenue par M. Euzenot est que les Celtes, arrivés en Gaule à la fin de l'âge de bronze, ne sont pas les auteurs des dolmens, et que l'on ne doit attribuer à cetle race que les tumulus, parce que l'on a constaté dans les tumulus la présence du fer.

H. Burgault me semble avoir très bien démontré ce qu'il if a de hasardé à vouloir établir une chronologie dans les monuments de la sépulture d'après la matière des objets qu'on y treuve. Il a émis à ce sujet une idée que je ne saurais trop recommander aux méditations (tes savants qui professent la doctrine des trois âges.

H. Burgault pense que le bagage funéraire des morts a été réglé par des prescriptions religieuses, et que ce rite qui, comme tous les rites, devait consacrer le maintien des plus anciennes pratiques, expliquerait que des objets de pierre aient garni la couche funèbre de l'homme qui avait connu en son vivant l'usage du bronze et même du fer. Je me rallie d'autant plus volontiers à cette doctrine, qu'elle m'était déjà venue à l'esprit en songeant à quelque chose d'analogue qui s'est passé dans l'antiquité classique. Chez certains peuples de la Grèce, les guerriers étaient inhumés avec des armes en terre cuite. Toutefois il y a un point sur lequel je ne suis pas d'accord avec M. Burgault. Comme son point de départ est que les rites n'autorisaient que le dépAt d'objets de pierre, pour expliquer la présence du

DigitizsdbyGOO'^le

166 FOUILLKS EN BRETAGNE

métal dans un si grand nombre de dolmens, il a recours à l'hypothèse que les objets en métal seraient des offrandes faites aux morts à des époques postérieures. La vraie raison me paraît être plutôt dans le relâchement des pratiques relî^euses.

M. Burgault juge très bien que le seul ordre chronologique qu'il soit possible d'introduire dans les sépultures antérieures à l'époque romaine est de mettre en premier les morts déposés dans les cavernes, puis ceux qui ont été ensevelis dans des fosses garnies de pierres; puis ceux des dolmens. J'ajoute pour mon compte : et ceux des tumulus; car les dolmens et les tumulus, quand les tumulus ont été des monuments funéraires, ne se rapportent pas à deux modes de sépultura différents. Tous les dolmens ont été recouveils d'un entassement de terre, et tous les tumulus contiennent, en pierres plus ou moins grosses, la cellule où était placé le mort. Il ne faut pas se payer de mots. On a pris pour une conquête de la science l'introduction du terme mégalithique, et tout de suite une doctrine est sortie de là. Un peuple à part ayant eu la spécialité de remuer les grosses pierres, il s'en est suivi que les monuments microlithiques étaient l'ouvrage d'un autre peuple. Autant dire que les grands et les petits monuments de nos cimetières appartiennent à des races différentes.

Quant à rejeter au delà de l'époque celtique les constructions m^alitliiques de la Bretagne, c'est là une hypothèse sans fondement contre laquelle s'élève à juste titre M. Burgault, et qui, à ce qu'il me semble, pouvait être combattue plus fortement qu'il ne l'a fait.

En vain M. l'abbé Euzenot a invoqué les récentes découvertes de la science en matière d'ethnographie. Les travaux accomplis depuis quinze ans ont mis hors de toute contestation que notre sol est peuplé depuis un nombre de siècles incalculable; mais rien n'a été changé par là au fait capital qui est le point de départ de notre histoire. Les Celtes sont les premiers hommes qui aient formé un corps de nation sur le territoire de la France. Avant eux il n'y eut que des groupes de sauvages vivant à l'étal d'isolement, incapables de réunir leurs efforts et de se livrer à des ouvrages qui auraient exigé le concours de beaucoup de bras. Ce n'est pas à cette population misérable qu'il convient d'attribuer des monuments où se révèle le travail d'une multitude disciplinée, soumise à l'autorité de chefs puissants et aux pratiques d'une religion avancée. Tout ce que nous savons des Celtes au contraire les en proclame les auteurs.

DigitizsdbyGOO'^IC

Page 1