I. P.-igc e{ et pluncUo tit
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donné ]a figure d'un fer & planche, c'est-à-dire fermé au talon, et garni de cinq clouâ, qui fut trouvé en 1835, à3 mètres en terre, sous le pavé d'une voie romaine, tout près de Clermont. Personne assurément ne pensei'a que ce fer, détaché du pied d'un cheval au moyen iige, soit allé percer la croûte de pierre sous laquelle il reposait.
En 184'i, daus la cave d'une maison de Troycs, à 3 mètres sous le sol de cette citve, ou décijuvrit l'orifice d'un puits funéraire bouché avec des briques, et l'on relira de ce puit» de» chaînes, des clefs, des ligurines d'ex-volo et un fer de cheval '.
M. de Pihrac, daiw l'e^iploration qu'il lit, en 1857, des puits funéraires de Beaugency, l'eliia de l'une de ces sépultures, avec d'autres objets qui annonçaient les premiers temps de la domination romaine en Gaule, un fer de cheval'.
Plus récemment, M. l'abbé Baudi-y, à son tour, a vu sortir de l'un des puits funéraires les plus profonds de Troussepoil (Venijée) un autre fer sur lequel je reviendrai tout à l'heure.
Ne voilâ-t-it pas assez d'exemples du même fait pour dissiper toute incertitude, et pour autoriser les plus timides à admettre que les Romains purent voir des chevaux ferrés longtemps avant que les barbares leur eussent enlevé la possession de la plus grande partie de la Gaule?
Mais ce n'est pas tout. Tandis qu'on se tue à dire qu'aucun des monuments figurés que l'antiquité nous a transmis ne représente le fer aux pieds des chevaux, l'un de nos beaux musées départementaux et des plus visités, le musée Calvet, à Avignon, possède un basi-elîef du 11° siècle au plus tard, qui donne le démenti le plus formel à cette assertion. Et ce bas-relief, ce n'est pas d'hier qu'il est exposé aux yeux du public. Il est à Avignon depuis 1835; il a été signalé par Mérimée, qui a appelé paiiiculièrement l'attention des antiquaires sur la circonstance de la ferrure'.
Un monument de cette importance mérite qu'on s'y arrête. J'ai la satisfaction de pouvoir le mettre sous les yeux du Comité et des lecteurs de la Revue dei Société» tavantes, d'après un dessin qu'a eu l'obligeance de me communiquer M. Deloye, conservateur du musée Calvet, notre correspondant à Avignon.
Sur un carpenlum élégant, attelé de deux chevaux que dirige un cocher armé d'un fouet en façon de martinet, est assis un personnage
!. Mémoirtt de la SociéU aeadémiqia de l'Aubt, t. XIX, p. 90.
2, Mémoiret de la SocUU d'agriculture, Kieneet, bellet-Utlres et arts (fOrfiaiu, t. IV (annie 1659), p. «7.
3. JVotesd'un vot/age arthiologique dat» It midi de la France, p. 116.
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DU ferrage: des caEviUX
habillé â la gauloise. La hauteur de sod sièje désigne un Tonctionnaire public d'un rang élevé. Derrière lui se tient debout un licteur, la hache à la main. Cette représentation ne constitue qu'une partie
du inonumenf. Il y a au-dessus une frise où l'on voit Tigurée une courte en chars, puis un fronton encadrant un buste de grandeur naturelle.
Ce monument vient de Vai^n, où il était encore lorsqu'il l'ut décril par Mérimée. M. Deloyc m'apprend qu'il fut recueilli , avec d'autres pièces d'antiquité, pai' Sébastien Blégier, gouverneur de Vaison en 1560, pour servir à la décoration de la demeure que ce personnage se iaisail alors construire. Notre correspondant voit là le mausolée, d'un des quatuorvirs de l'antique Vaison. Le carpentum nous représenterait la voiture de cérémonie du corps municipal de la cité Voconlienne, et les deux tète3 sculptées sur le panneau en évidence, lesquelles en font supposer d'aulres sur le panneau qu'on ne voit pas, seraient les portraits des membres du quatuorvirat en exercice.
Relativement aux chevaux, qui sont pour nous l'objet importaul, M. Deloye me donne le renseignement que voici :
« On distingue très bien sur le pied de devant du premier cheval le fer avec quatre clous qui le ûxent tandis qu'on aperçoit â peine
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DU FKBBAUE DBS CHEVAUX EN UACLi; 170
quelques léi;èi'e!i tiac^s du ferreinenl ^ui' les deux pieils de devant du second cheval, et peut-être sur un des pieds de derrière du premier. » Ainsi, il n'est pas du tout certain que les pieds de derrière aient él« ferrés, et il faut un effort d'attention pour constater que ceu\ de devant l'ont tous été. Mais cela ne fait rien. Pour détruire l'argrunient tiré de ce que les anciens n'auraient juinais H^iù un cheval avec le fer à clous, il riuflit que le has-i'elief de Vaisou nous montre un seul pied dont peisonnne ne puisse contester la fermre, et cette preuve, nous l'avons dans le pied de devant du premier cheval, car ce pied est ferré aussi visiblement que possible, et ferré avec l'atlaclic de quatre clous qui ont été, non pas rivés, mais rabattus et tani]>onnés sur le sabot de la bête.
Voilà donc un monument devant lequel il faut à toute force que l'on s'incline. Est-il unique en son genre? Pas précisément. Je suis en mesure d'en invoquer un autre dont le eontnlle sera plus facile, car il a sa place au musée du Louvi-e. Oui, au musée du Louvi-e; mais il ne crève pas les yeux pour cela. Il c^t on ne peut pas plus défavorablement placé, scellé très haut dans un mur et à conti-cjour'. iiouillon et de Clarac l'ont décrit et fait graver chacun à leur tour, sans tenir compte de la circonstance si curieuse qu'il prcsenio pour l'objet de ce rapport: de sorte que ce monument, rendu depuis si longtemps du domaine public, mérite encore le nom d'inédit '.
C'est un bas-relief d'Hector traîné derrière le char d'Achille, l.'uu des chevaux de l'attelage est représenté dans son entier. Il a aux quatre pieds des fei-s à clous tamponnés sur le sabot. Ue plus, comme le pied gauche de devant est levé, on voit le des.sous du fer et les trous fraisés dans lesquels étaient logés les clous.
Cet ouvrage accuse le style de la sculpture romaine de l'époque des premiers Césars. On sait qu'il est venu de la villa Borghëse. Ainsi, tout se réunit pour accabler la critique négative contre laquelle je suis en lutte.
Comme on s'est prévalu aussi de ce que la numismatique ne fournissait aucun indice dont pussent faire leur profit les défenseurs de l'antiquité du ferrage, je suis bien aise d'alléguer au contraire l'aulorité du répertoire de M. Cohen. Je trouve dans cet ouvrage' la
I. Prciutèrv »alle ou rez-du-chanssét;, soua lu galcrju U*ApolIou, à gaucliu eu eulrant.
a. BouilloD, Muiie du Louvre, t. III, bes-reliers, p. 2à et pi. 21. — De Clarai:, Muit de sculpture antique et modems, t. II, première parUe, p. 661 et pi. lit <le l'atlas .
3. Deiin-'plif'iihisloriquede'i monnaie! frappées iOMl'emph-eromam,\.S\,\<.nVi.
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180 DU FERRAGE DES CHEVADX KN GAULK
mentioD d'une tessère de bronze, attribuée conjecturalemeat à Domîtien, mais datant, dans tous les cas, du Haut-Empire, qui semble avoir été frappée à l'occasion d'une victoire remportée sur de la cavalerie gauloise. Elle a pour empreinte, au droit, deux fers de cheval au milieu d'un torques, et au revers un rameau d'olivier accompagné de la légende )0 10 TRIVMP.
Du moment que l'usage du fer de cheval est démontré par i\en monuments figurés du Haut-Empire, et que ce fer a été rencontré en Gaule à des profondeurs qui garantissent l'anliquité du dépôt, il n'y a pas de raison pour qu'on rejette les pièces qui ont été fournies par les Ibuilles, quand les fouilles ont été dirigées par de bons observateurs et qu'elles n'ont rendu que des objets antérieurs au v» siècle. Je ne crains donc pas d'être taxé de témérité en acceptant comme gullorom.iins les fers trouvés, en 1846, dans les décombres enfouis sous la forêt de Brotonne', et ceux qui ont été recueillis au camp de Dalheim en Luxembourg *, et ceux qui, lors de la consti'uction des ^^uts de Besançon, en 1863, sont sortis des ruines du iv* siècle amoncelées sous le sol de celte ville', et ceux de la collection formée par M. Quiquerez avec le produit de ses fouilles tant au Mont-Terrible que sur l'emplacement des autres stations romaines du Jura bernois. Je ne cite que les découvertes dont j'ai conservé la mémoire. La quantité de pièces qu'elles ont fournies suffit pour justifier l'expi-esslun dont je me suis servi d'abord, quand j'ai dit que les fera gallo-romains étaient innombrables.
On est à même de reconnaître à présent combien peu est fondé le jugement en vertu duquel une succession chronologique a été établie entre les hipposandales et les fers. Ceux-ci ne sont pas le moins du monde un perfectionnement de celles-là, et tous les raisonnements édifiés sur cette hypothèse tombent à plat. Les Gaulois ont pratiqué le ferrage avant la conquête romaine; ils l'ont pratiqué après, sous les yeux de leurs dominateurs, qui ne furent émerveillés en aucune l'uçon de leur procédé, puisque, loin de se faire une loi de l'imiter, ils importèrent et maintinrent concurremment la mode italienne d'enfermer les pieds des bétes dans des chaussures de fer. Qu'on dise tant qu'on voudra qu'une telle préférence est inexplicable, qu'il y a une loi de nature qui veut qu'après une conquête vainqueurs et vaincus
I. Mimoirei de la Société des antiquairet de Normandit, L XIV, p. 9. 3. FuMicatiorti de la Société archéologique du grand-duché de Luxemboui-g, t. Yll, p. iiô; I. IX, p. 126; t. XI. p. 92. 3. MémoiTtsde la Société d'émulation du Uou6*, L XV11[,3° série [année ISU).
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s'emp mutent mutuellement leurs pratiques utiles, que les Romains se sont distingués entre tous les peuples par leur intelligence à s'approprier ce qu'ils trouvaient de bon chez les autres, que la ferrure à dons leur aurait été d'un trop grand secours dans leurs guerres sm- le Rhin et sur le Danube pour qu'ils aient consenti à s'en passer lorsqu'elle était usitée en Gaule : ces arguments, qui sont ceux de M. Dnplessis lorsqu'il traita la question en Sorbonne, ne sont que des aliments spécieux. Le fait est là, pour prouver une fois de plus que le vraisemblable n'est pas le vrai.
Enregistrons-le donc, ce fait, et contentons-nous de le consigner tel qu'il se présente, sans lui faire dire plus qu'il ne dit.
De ce qu'il y a des fers qui remontent à l'antiquité celtique, cela ne veut pas dire que tous les chevaux gaulois aient été ferrés. Il se peut que cette précaution n'ait été prise qu'à l'égard des bêtes qui avaient à faire de certaines évolutions, ou bien que c'ait été un signe de distinction pour la monture ou pour les attelages des cliefs; il se peut encore que les quatre pieds du cheval n'aient pas toujours été ferrés.
Les mêmes restrictions sont à faire au sujet de la coutume observée à l'époque romaine. Il n'y a pas de fers au plus grand nombre des représentations de chevaux trouvées dans notre pays, et, si la garniture se montre au complet sur le bas-relief du Louvre, sur celui de Vaison elle parait n'avoir été attribuée qu'aux pieds de devant.
En somme, il n'y a de certitude que quant à l'existence du ferrage et quant à la forme des pièces qu'on employait à cette opération.
Les caractères des fers gallo-romains ont été précisés d'abord par H. Bieler, et plus tard par MM. Delacroix et Quiquerez.
Ceux que M. Bieler avait eu l'occasion d'observer en ^857, date de la publication de son mémoire, étaient à six étampures ohlongues, distribuées sur une rainure continue, analogue à la rainure qui r^ne encore sous les fers anglais. Les étampures, plus larges que la rainure, avaient produit sur les rives les mêmes festons qui caractérisent la plupart des fers gaulois. L'ajusture était nulle ou presque nulle; les éponges, refoulées sur quelques échantillons, étaient munies sur d'autres de crampons peu travaillés. Quelquefois il y avait aussi un crampon à la pince. Les clous avaient la tête arquée et la lame carrée.
La description de M. Delacroix répond parfaitement à celle-là, sauf que la rainure n'existe pas sous les fers recueillis à Besançon'. Presque tous ont les crampons d'épongés, et la saillie des tètes de
i. Fouilles des mes de BeMOfOO, en 1!)63, dans les Mémoire» de la Société d'émulation du Doubi, t. \'1II, 3> «Érie, p. 3E3.
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182 DU rninACE des ciievadx'en gaule
flous hors (le l.i fr.iisure oft ils sont en}t(^és répond à celle des cram pons. La lame de qiic1ques-iin.« de ces dons a 6\6 complètement bonrléo h la pointe : ce qui explique les saillies (Iguriies sur les sabot:: des chevaux du Louvre et de Vaison. Los festons du contour ont èU'i nffaci's sur cinq ou six pièces qui ont subi !e travail du marteau après ri''tampage. Deux fers plus petits que les autres, au lieu d'être percés de six trous, le sont de quatre seulement. Dans tons, le mt^tal estd'imf pilte très blanche et d'une extrême ductilité.
M. Quiquorez', en comprant les fers des ruines romaines avec <'enx de l'époque celtique, a constaté une aug'mentation sensible dans les dimensions, d'où il a induit qu'un des effets de la conquête avait été d'améliorer la race des chevaux. Il a trouvé le double type avec ou sans rainure. D'après les pesées qu'il a faites, ces fers contiennent de J80 à 245 grammes de métal, tandis que, pour ceux de l'âge antérieur, le poids se tient entre 90 et 120 g:rammes, et que les fers du moyen ilge descendent rarement au-dessoiis de 300 ^mmes et montent jusqu'à 365.
Quoique le plus grand nombre des fers gallo-romains soient percés seulement de six trous, ceux qu'on a trouvés II Dalheim l'étaient de huit, comme aujourd'hui, et c'est aussi le cas de celui du bas-relief <le Vaison, puisque quatre têtes de clous ressortent du sahot qui est ligui-é de profd.
Le fer à planche de Clermonl, qui n'a que cinq étampures, peut pisser pour avoir appartenu à un pied malade nu difforBie. Enfin on a trouvé des fers sans étampure.
J'insisterai sur cette singularité, qui a certainement une signification, car, à ma connaissance, elle s'est déjà présentée trois fois, et toujours dans des sépultures.
L'un des fragments découverts à Alaise provient d'un fer de cette espèce. Il n'a ])oint été percé, quoiqu'un clou à ferrer eût été déposé auprès de lui.
M. de Bonstetlen a publié la figure d'une moitié de fer, également sans trous, retirée par lui d'un tumulus qu'il jugea être de l'époque lielvélo-romaino'.
Enfin le fer rendu par l'un des puits funéraires de Troussepoil est dans le même cas. Ce dernier offre de plus une circonstance curieuse. Il est muni à la pince d'un tenon qui s'élève de 2 centimètres sur
1. Sur Ins nociens Un df cliftvaiiï dans liï Jura, Mfmoiri:! dr la fiociéli iFfinulalion du Pouhf, I. IX. a* série (nnpfe 188t), p. 129. ?, Recufil d'anligHilt' suîxhpx. pi, VE, %. 13.
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toute la largeur de la lame, comme si ce fer avait été destiné, non pas à garnir un pied de cheval, mais à être fiché contre un mur ou dans du bois.
Ainsi donc, on a déposé dans les sépultures, tant gauloises que galloromaines, des fers impropres au service. Dans quelle intention? La pensée qui se présente tout d'abord à l'esprit est que ces objets ont eu la valeur de symboles.
La si^ification la plus simple d'un fer déposé à côté d'un mort
serait d'indiquer que le personnage, en son vivant, avait pratiqué la maréchalerie, qui a pu être considérée comme un art d'une excessive difficulté. Il se peut aussi qu'ime idée différente, une idée religieuse ait été attachée au fer, et qu'on l'ait mis comme offrande dans les tombeaux.
Ici se présente tout naturellement le souvenir des fers cloués aux portes des églises pendant le moyen âge. On en voit encore quatre sur la porte de la cathédrale d'Embrun, qui passent pour avoir appartenu au cheval de Lesdiguiëres. On dit Lesdiguières, parce que, en Dauphiné, Lesdiguières est le personnage légendaire sur le compte duquel ont passé la plupart des anciennes traditions. L'église d'Emlirun possédait certainement cet ex-volo avant le règne de Henri IV,
Un fer désigné sous le nom de fer du cheval de saint Georges fut jadis l'une des reliques les plus renommées de Leipsick.
Sur la face de lit d'une pierre ornée de moulures, qui paraît avoir servi de base à un pilier du baptistère antique de Besançon (elle a été retirée récemment des décombres de cet édifice], on voit la figure d'un fer de cheval gravée en creux très profondément,
M. Aymard, l'un de nos correspondants du département de la Haute-Loire, m'a appris qu'en Velay, d'anciennes pierres plantées, dans les champs portent la même image, gravée en creux aussi. Les paysans appellent ces pierres roc/ie-cAevalade, pierremule, pierremur, et la figure qui est dessus est pour eux le fer du diable, car l'opinion dans le pays est que le diable a des pieds de cheval et non pas de bouc. Le fer ici est donc pris en mauvaise part, et la même chose est arrivée à l'égard de toutes les superstitions qui dérivent de l'antiquité. Suivant les lieux, il s'y est attatjié une idée de sainteté ou de réprobation.
184 DU FEttBAGE DES CHEVAUX EH GAULE
Pour moi, je ne serais pas éloigné de croire qu'il y eut dans Volympe gallo-romain un dieu ou un ^nie forgeron du fer de cheval. Les singuliers attributs de saint Éloi dans l'imagerie du moyen âge m'ont suggéré cette opinion. Vainement la vie du célèbre évèque de Noyon a été écrite par un autre évêque, son contemporain, avec la plus rare exactitude; vainement cette biographie présente sans interruption ni lacunes Tenchaînement des travaux du saint, d'abord comme orf&vre attaché à l'administration des finances de Dagobert, et ensuite comme apôtre de la Belgique : le peuple, transpoilant sur sa personne des réminiscences d'un autre temps, a fait de lui un maréchal ferrant. Les peintres et sculpteurs ont ajouté à son costume d'évêque le tablier de cuir ; au lieu de crosse, ils lui ont mis dans la main droite un mai^ teau, tandis que de l'autre main ils lui ont fait tenir un pied de cheval. Pour comble de bizarrerie, ce pied est détaché de l'animal, qui figure presque toujours à quelque distance, ayant l'une de ses jambes de derrière coupée au jarret' . Celte scène ne se rapporte à aucun texte, et les traditions débitées à son sujet ne sont que des légendes forgées a posteriori pour expliquer l'image. I! n'y a rien à dire, sinon qu'on voit là un de ces mythes païens qui, malgré les efforts de r%lise, ont pris place dans le christianisme. Trouvera-t-on que c'est abuser de la permission des rapprochements que d'établir un lien de parenté entre les fers votifs des sépultures antiques et les croyances perdues dont notre art religieux a conservé la dernière expression? Dans tous les cas, le Comité ne trouvera pas mauvais que j'aie appelé l'attention des praticiens de l'archéologie sur un ordre de faits dans lequel des découvertes d'un véritable intérêt peuvent se produire.
Je terminerai ce rapport par deux remarques sur des faits mal interprétés de l'histoire ancienne de la maréchalerie.
La philolt^e a été invoquée comme donnant, sinon la preuve décisive, du moins un indice, que le ferrage des chevaux est d'origine germanique plutôt que gauloise*.
En effet, nous appelons maréchal celui qui ferre les che\'Bux; percer le fer se dit élamper; l'instrument avec lequel on pare le pied du cheval avant d'y appliquer le fer est le ^utotr.- autant de mots dont il faut aller chercher la racine dans la langue des anciens Germains.
A ce compte, l'armure de nos anciens chevaliers serait aussi d'origine germanique, car leur casque s'appelait heaume, leur cotte de
I. Le P. Câbler, CaracUristigae da lainlt, l. 1, p. SOS; Forgeai», Flombt hittoriét trouoii dans la Seine, 2i série, p. iiî. S. ltémoirtilwâtaSorbonneen1seB{ATchiologie),-vo\. publiieDie67,p. 199.
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DC FERRAGE DES CUEVAUX EN CAULE i85
mailles hauberl, leur épée branc, l'aiguillon de leurs souliers éperon, la flamme de leur lance gonfanon, la bosse de leur bouclier boucle : toutes dénominations qui dérivent ëi^alement de la langue des Germains. Cependant il n'y a pas une des choses qu'elles expriment qui n'ait été à l'usage des Gaulois, même du temps de leur indépendance. Comment cela a-t-il pu se faire? L'espiiCAtion est la même dans les deus cas. Au ix' si&cle, lorsque se forma la lanf^e frani^alse, la cavalerie était composée des grands propriétaires de la Gaule, presque tous Francs d'origine. II est tout naturel que les termes pour désigner ce qui tenait à l'attirail du cavalier et de sa monture aient été empruntés à la langue des Francs.
L'auteur anonyme de la vie de Louis le Débonnaire, qu'on désigne sous le nom de « l'Astronome limousin, t raconte qu'à la fin de l'anoée 832, lorsque l'empereur se rendit en Aquitaine pour châtier son fils Pépin, révolté contre lui, une forte gelée étant survenue à la suite de pluies abondantes, l'âpreté du sol abîma les; pieds des chevaux au point qu'une partie de la cavalerie fut obligée de mettre pied à terre*. Cela revient à dire que le plus grand nombre des chevaux de ce lemps-là n'étaient point ferrés.
Le P. Daniel a introduit dans son Histoire de France le fait rapporté par l'Astronome limousin, mais en y ajoutant une glose de sa TaçiHi. Répugnant i admettre que les chevaux de la cavalerie de Louis le Débonnaire n'étaient point ferrés, il imagina qu'ils l'étaient seulement pendant l'hiver, et que celle fois on n'avait pas pu procéder à l'opération à cause de l'hostilité du pays où l'on se trouvait. C'est ce qu'il exprime dans son récit'.
Le P. Daniel ne cite jamais ses autorités, mais il jouit d'une repuilion d'exactitude qui a entraîné Beckmann et d'autres critiques nrès lui'. On a cru de bonne foi que tout ce qu'il disait avait été t-é d'im auteur original, et l'opinion soriie de là est qu'au ix* siècle o ne ferrait les chevaux qu'en hiver.
T>n saura maintenant que le ferrage au ix' siècle n'était pas plus d'iver que d'été, et qu'à cette époque, de même que dans les i^iècles aifirienrs, il ne fut encore pratiqué qu'exceptionellement.
Ii> Asperriins hicmls ÏDcubiiit mclcmcntia, primo quiileni pluviarum laiintlani, deiada humeetationem terne glaeiali rigora adslriagente ; qnn adeo Doxi fuit, ut, subruUa pedibQS equinls, raraa qulsque foret qui vectlone equorum (eretur. <• (Dans Dacbeane, Uittorim Franeorum leriplorei, t. II, p. 309.