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GALLO-ROMAINES DU LIEU DE LA BATAILLE

LABIÉNUS ET LES PARISIENS (Mimoirti de ta Sueiéié dei antiquaires, m3. — BIbliogr., W 206.)

L'an 52 avant lésus-ChrisI, pendant la septième campagne de César dans les Gaules, et au moment mèine où ce grand capitaine perdait devant Gei^ovie sa réputation d'invintible, son lieutenant Titus Lahiénus anéantit, dans un combat livré près de Lutëce, l'une des armées de la confédération ennemie. GrâceTl cette victoire, les Romains purent opérer leur jonction et se porter sur Alise, où, comme on sait, lu nationalité gauloise trouva son tombeau. César raconte cela dans un passajfe de ses Commentaires sur lequel l'attention des critiques s'est particulièrement arrêtée, à cause de la célébrité postérieurement acquise par les lieux où se place le récit. Comme le latin est très vag^ue, qu'il n'énonce que des positions relatives au cours de la Seine, on a voulu l'éclaircir par la topographie moderne et retrouver sur la carie le point précis où se donna la première bataille de Paris. De là des discussions nombreuses d'où est l'ésullée une certaine opinion qui, aujourd'hui, se fi-ouve avoir force d'axiome historique.

Sans m'éloigner du respect dft aux auteurs éminents qui ont, les uns mis en avant, les autres accrédité l'opinion que je veux dire, je vais me mettre en devoir de la détruire, afin de la remplacer par une autre. Une longue méditation du texte, une exploration minutieuse du lorrain m'ont convaincu que ni l'un ni l'autre n'avaient été regardés tl'ussez près; qu'ils recèlent en eux des témoignages dont on n'a pas tiré parti, et que, bien qu'ils ne demandent qu'à s'éclairer récipro-

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quemeni, ils ne l'ont point fait jusqu'ici, faute d'avoir été rapprochés par leurs véritables points de contact.

Voici, pour commencer, ie récit de César, que j'extrais du Vil' livre de ses Commentaires. Je le traduis avec Taveu bien humble de mon impuissance à en atteindre la concision ; mais le texte mis en re^rd permettra au lecteur de faire les corrections convenables.

Laissant soQ matériel à Agendicuiu

flouB Id garde du renfort nouvelle' ment arrivé d'Italie, Labiénus partit pour Lutëce à la tSte de quatre légions. Lutèce est une ville des Pari- BJens, située dans une ile de la Seine. A la nouvelle de son approche, toutes le« peuplades environnaiites contribuèrent à la formation d'une armée considérable dont le commandement supérieur fut déféré à CamulogËne, vieillard du pays des Aulerqucs : des talents militaires peu communs le firent appeler pour recevoir cet honneur malgré son âge avancé. Ayant reconnu l'existence d'un marais continu, produit par l'un des affluents de lo Seine, et qui fournissait une défense excellante dans la totalité de sa longueur, il s'y posta pour barrer le passage aux Romains.

Labiénus fit d'abord avancer les mantelels, et se mit en devoir de remblayer le marais avec de la terre et des fascines, de manière à y établir un chemin solide; mais comme il s'aperçut que l'opération était trop difficile, il sortit eu silence de ses quartiers vers le milieu de la nuit, et retourna sur ses pas jusqu'en face de lUelun. Melun est une ville des Senonais placée dans une Ile de la Seine, comme j'ai dit tout i l'heure qu'était Lulèce. Il trouva là une cinquantaine de bateaux, les Ql attacher promptement l'un h l'autre, et langa par-dessus un corps de troupes qui

. . . LabienuB eo supplemeDlo,

quod nuper ex Italia venerat, relicto Agendici,ulesselimpedimenlisprBsidio, cum iv legionibus Luletram proBcisciliir. Id est oppidum Parisiorum, positum in insula flumiols Sequanœ. Cujus adventu ab hostibus cognito, magnœ ex flnilimis civitatJbuscopiaiconTenerunl.Suaima imperii tradilur Camulogeno Aulerco, qui, prope confectus slste, tamen propter singularem seïcntiamreimilitarlsadeumesthonorem ' evocatus. Is quum animadvertissel perpelusm esse paludem, quœ in- Huerel in Sequanam atque illum omnem locum magn opère impediret) bic consedit noetrosque transilu prohibere inslituit.

Labiénus primo vineas agefe, cratibus atque a^gere paludem eiplere alque iter munire conabatur, Postquam ïd diflicilius conBeii animadverlît, silentio e caslris teitia vigilia egreasus, eodem quu venerat itinere, Meloduaum pervenit. Id est oppidum Senonum iu insula Sequanœ positum, ut paulo ante de Lutelia diximus. Deprehensis navibus circiler l celerilerque conjunctis, atque eo militibus impositis, et rei novitate perterritis oppidanis, quorum magna pars eiat ad hélium evocata, sine conteatione oppidopotitur.Refectop<wte,qaeni

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ENTRK UBI£nUS El LES PARISIENS.

prit la ville uns trouver de réBiglaDce de la pari des habitanls, effrayés à la vue d'une manœuvre DOUTelle pour eux et fort réduits d'ailleurs par le contingent quils aTBieul da fourDir à l'armÉe. Ayant rétabli un pont coupé par eus l'un des jours précédents, Labiéous lit passer le gros de bod «rmée et se lemit en marche sur Lutëce en Buivant le cours du fleuve. Lea Parisiens eurent avis de ce mouvement par des gens qui s'étaient sauvés de Melun. L'ordre fut aussitAt donné d'incendier Lulèce et de couper ses ponts. Ils quittèrent le marais où ils s'étaient tenus jusque-lft pour aller s'établir sur les bords de la Seine, dans la direction de Lutèce, en face du camp de Labiénus.

Déjà on savait la relrute de César de devant Gergovie, déjà commençaient i s'ébruiter la défection des Ëduens et le soulèvement de toute la Gaule, et les Gaulois, dans leurs entretiens, affirmaient que César ne pouvant plus ni avancer nî passer la Loire, manquant de vivres, s'était rejeté sur la province romaine. En même temps les Bellovaques, jusque-là très mal disposés par eux-mêmes, se décidaient, par l'eiemple des Ëduens, i réunir des troupes, se préparwent ouvertement à la guerre. La face des choses étant si complètement cbangée. Labiénus comprit qu'il fallait renoncer & ses plans et ne songer plus à gagnerdu terrain ni àprendre l'oITeDsive, mois seulement & ramener Boa armée saine et sauve jusqu'à Agendicum; car, d'uu côté, il était menacé par les Bellovaques, réputés Fun des peuples les plus vaillants de la Gaule; de l'autre, Camulogëne élait en présence avec son armée

Buperioribus diebus hostes rescideranl, exereîlum troducit et secundo flumine ad Lutelism iter facere cixpit. Hostes, re cognita ab iis qui a Meloduno profugerant, Lutetiam incendi pontesque ejus oppidi rescindijubent; ipsiprofecti apalude, in ripis Sequanse, e regione Luletite contra Labieni castra consi-

dUDt.

JamCssaraGergoviadisccssiBse audiebatur. Jam de i£duorum défections et secundo Galliœ motu rumores alTerebantur, Gallique in coSloquiis, interclusum Itinere et Ligere Ctcsarem, inopia frumenti coactum.inProvinciamcontendisse conflrmabant. Bellovaci abtem, defeclioneiEduorumcognita, quianle erant per se inlldeles, manus cogère alque aperte bellum porare CŒperuQt. Tum Labiénus, tanla rerum commuta tione, longe aliud sibï capiendum consilium, alque antea sensemt, intelligebat; neque jam ul aliquid acquireret, prœlioque bosteslacesseret, sed ut incolumem exercilum Agendicum reducerel, co^tabat. Namque altéra ex parte Bellovaci, qu89 civitas in Gallia maximam habet opinionem virtuUs, instabant, alleramCamulogenusparato atquB inslructo exercllu tenebat : tum legiones a prœsidîo atque impedimealisinterclusas maximum It

toute prèle et rangée en bataille; enfla un fleuve considérable ajoutait à la distuice dont les légions élaient séparées k la fois do leur réserve et d« leur matériel. Contre des difilcultés si grandes et si soudùnes il ne vit de recours qu'en sa propre énergie.

Au conseil de guerre qu'il tinta la tombée du jour, il recommanda par-desEus toute chose la précision el l'ensemble dans les manœuvres qu'il allait commander. Alors il distribue entre les chevaliers romains de grands bateaux qu'il avait amenés de Melun, leur donnant l'ordre, aussitôt la première veille achevée, de suivre sans bruit le cours de l'eau jusqu'à la distance de quatre milles pour s'arrêter là et l'attendre. Cinq cohortes qui ne lui paraissaient pas asseï solides pour l'action, sont laissées à la garde du camp; quant aux cinq autres cohortes qui complétaient la légion, il leur commande de partir au milieu de la nuit, cbargées de tout ce qu'on avait do bagage et marchant en amont du fleuve avec le plus de bruit possible.

II Tait aussi réquisition de hatelets, qu'il envoie dans la mSme direction et non moins tumultueusement, par l'elTel de leurs rames violemment agitées. Lui-même, un peu après tout cela, sort dans le plus grand silence avec trois légions qu'il conduit à l'endroit où il avait fait arrêter les grands bateaux.

Comme on y arrivait, il survint un violent orage, qui permit de surprendre et d'accabler les sentinelles gauloises disposées tout le long de la Seine. En un clin d'œil, l'armée, y compris la cavalerie, fut passée, par la diligenca des chevaliers ro-

flumen distinebal. Tnntis subito diftïcultatibus objectie, ab animi

virtuteauxiliumpetundumvidebat.

Itaquesubvesperumconsjlioconvocalo, cohortatus ul, ea quœ imperasseldiligenterindustriequeadministiarenl, naves, quas a Me!oduno deduierat, singufas equilibus Romanis attribuit, et, prima confectavigilia, iv milliapossuum secundo Cumine silentio progredi ibique se ezspectari jubet: v cohortes, quas isinlme Qrmas ad dimicandum esse eiistimahat, castris prssîdio retinquit ; V ejusdera legionis reliquas de média nocte cum omnibus împedimentis adverso tlumine meigno tumultu proficisci împerat. Conqnirit etiam lintres. Has magno son i tu remorum incita tas, in eamdem partem mittit. Ipse post paulo, silentio egressus, cum ni legionibus eum locum petit, quo naves appellijuBserat,

Eo quum esset ventum, oxploratores hostium, ut omni Huminis parte erant dispositi, inopinantea, quod magna subito eral coorlatempestaa, ah nostris opprimuutur :

exercitus equitatusque, equitibus Romanis administra ntibus, quos ei

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ENTRE LABIÉNUS ET LES PARISIENS

mains préposés à l'opération. Ce n« fut qu'au petit jour et presque en mèma temps que les ennemis furent prévenus qu'il se faisait uu tumulte extraordinaire dans le camp des Romains, qu'on entendait en amont, la marche d'un ^s corps d'armée mêlée à un fort bruit de rames, enfin, qu'un peu plus bas des soldats passaient en bateaux. Convaincus d'après ces rapports que les légions efTectuaient leur passage sur trois points, el que l'armée tout entière, démoralisée par la défection des Éduens, ne cherchait qu'à fuir, ils distribuèrent aussi leurs forces en trois corps. Un poste d'observation fut laissé du côté du camp romain, une petite division fut dirigée vers Hetiosedum pour suivre la marche des bateaux qui remontaient; le reste des Gaulois fut conduit contre Labiénus.

Aux premiers feux du jour, tes DAtres avaient effectué leur passage el l'on apercevait l'armée ennemie rangée en bataille. Labiénus harangue \a soldats, leur rappelle leur valeur, illustrée par tant d'heureux exploits, les exhorte à se Hgurer que César en personne les commande, lui qui les a conduits si souvent à la victoire; puis il donne le signal du combat. Au premier choc, l'aile droite, tenue parla septième légion, rompt tes lignes ennemies et fait tout fuir devant elle ; mais à gauche, où opérait la douzième légion, les premiers rangs des Gaulois tombent SDug la grâle des javelots, sans que les autres cessent d'opposer la plus TÏve résistance, sans que personne hsse mine de reculer. Leur général en chef Camulogëne éUit avec eux ut ècbauSoit leur courage. La victoire

negotio prefecerat, celeriter transmititur. Unofere tempore, Bub lucera, hostibus muntiatur, incastris Romanorumprœterconsuetudinem tumultuari, et magnum ire agmen adverse flumine, soniLumque remorum in eadem parte exaudiri, et paulo infra milites navibus transporlari. Quibus rébus auditis, quoi existimabant tribus locis transira le^ones, atque omnes, perlurbatos defectione-Eduorum.fugamparare, suas quoque copias in très partes distribuerunt. Nam preesidio e regione castrorum reliclo, et parva luanu Metiosedum versus missa, quœ tantum progrederelur quantum naves procesBissent,reiiquaE copias contra Labienum duxerunt.

Prima luce et nostri omnes erant transportât! et hostium acies cernebatur. Labiénus, milites cohortatus ut sus pristinœ virtutis et toi secundissimorum prœliorum memoriam retinerenl atque ipsum Cassarem, cujus duclu sœpenumero hostes superassent , prfesentem adesse existimarent, dat signum prœlii. Primo ijoncursu ab dexlro cornu, ubi vu" legio constilerat, hoslea pelluntur atque in fugam coDJiciuntur; ab sinistro, quem locum x:iï legio lenebat, quum primi ordines hostium Iransfixi pilis ooncidissent, tamen acerrime reliqui resistebant, nec dabat suspicionem fugte quisquam. Ipse dus hostium Camulogenus suis adcrat atque eos cohortabatur. At incerlo etiam nunc exitu Victoria;, quum vii»Jesionis Iribunis essetnuntia-

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restait donc indécise, lorsque les tribuns de la septième lé^on, avertis de ce qui se passait à la gauche, amènent leurs soldats au dos de l'ennemi, et font avancer leurs enseignes au pas de charge. Même i ce moment personne ne 14cha pied. Les Gaulois se firent tous tuer dans le cercle qui le» enveloppait; Camutogène partagea leur sort. Quant à ceux qui composaienlleposte laissé devant le campde Labiénus, ils vinrent au secours des leurs lorsqu'ils surent la bataille engagée; ils s'emparèrent même d'une colline, mais il leur fut impossible de tenir contre l'impétuosité de nos soldais lancés à la poursuite des vaincus. Ils durent se mêler aux fuyards et ceux qui ne parvinrent point à se dérober dans les bois ou derrière les hauteurs, furent massacrés par la cavalerie.

Après cette action, Labiénus retourna prendre à Agendicum le dépQt de son armée et de là rejoignit César au grand complet.

tum quœ in ainistro cornu gererentur, post tergum hoslium legiouem ostenderunt signaque intulerunt.

Ne eo quidem tempore quisquam looa cessit, sed circumventi omnes inlerfectique sunt. Earodem fortunam tulit Camulogenus. At ii qui prœsidioconlra castra Labienicranl relicU, quum prœlium commissum audissent, subsidio suis ierunl, collemque ceperunt, neque nostrorum militum victorumque impetum sustinere potuerunt. Sic, cum suis fugientibus pcrmiili, quos non silvœ monlesque lexeruol, ab equilatu sunt interfecli.

Hoc negolio confeclo, Labiénus reveititur Agendicum, ubi impedimenta totiusexercilus reliclaerant.

Inde cum omnibus copiis ad Cnsarem pervenit.

C'est ainsi que s'esprime César, et de son récit ressortant ces points incontestables :

1° Que Labiénus descendit du pays haut sur Lutèce en suivant l'une des rives de la Seine;

2° Qu'arrivé à un certain endrait plus bas que Melun, il fut arrêté par un marais derrière lequel s'étaient retranchés les Gaulois, et qu'il reconnut l'impossibilité de franchir;

3* Qu'ayant redescendu le fleuve par la rive opposée à partir de Melun, il s'arrêta pour camper dans un endroit où il avait les ennemis en face, ceux-ci se trouvant en même temps sur les bords de la Seine et dans la direction de Lutèce;

4° Qu'il edectua son passage à quatre milles en aval de ses quartiers, et qu'il acheva cette opération juste à temps pour engager la bataille avec les Gaulois qui l'étaient venus chercher.

Autant de questions naissent de ces assertions, car il n'est personne qui n'ait le désir de savoir ;

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ENTHE LABIÉNUS ET LKS PARISIENS. 213

1' Le long de quelle rive Labiénus exécuta sa première marche, et par conséquent la seconde;

2° Où est situé le marais qui l'arrêta;

3' Où il posa son camp, et par conséquent où les Gaulois eurent le leur;

4* Où il elTectua son passage, et par conséquent où se donna la bataille.

Pour mon point de départ, j'adopterai la solution donnée généralement au premier de ces problèmes. Elle a été déduite de ce que César compte au nombre des périls courus par Labiénus dans sa seconde marche, l'obstacle que la Seine mettait entre lui et ses quartiers. d'Agendicum. Agendicum, chef-lieu des Sénonais, étant supposé, d'après toutes les probabilités, correspondre à Sens, si, après avoir traversé la Seine à Melun, Labiénus avait ce fleuve entre lui et Agendicum, c'est qu'il n'avait point commencé par le traverser en pays haut, à Montereau ou à Bray comme cela s'est fait depuis pour venir de Sens à Paris. La première marche s'était donc accomplie en longeant la Seine par celte de ses rives qui est de plain-pied avec Sens, c'est-à-dire la gauche. La seconde marche, par conséquent, eut lieu sur la rive droite. Cela est d'une logique rigoureuse. Un doute cependant pourrait troubler dans quelques esprits la netteté de cette conclusion. De ces érudits qui ne trouvent Jamais la vérité et qui empêchent les autres de la trouver, se sont avisés de mettre k Provins l'emplacement d'Agendicum; et comme on ne peut pas les réfuter mathématiquement, leur système conduit à interpréter les manœuvres de Labiénus précisément au rebours de ce qui vient d'être établi. Mais, grâce à Dieu, ce système est plus malade que jamais depuis la découverte faite à Sens, en 1839, d'une inscription qui s'appliquait à un monument en l'honneur d'un édile des Vicani Agiedicenses^. Cela Joint aux bonnes raisons qui ont été données auparavant', achève de mettre hors de débat l'identité d'Agendicum (ou Agedincum) et de Sens.

Je me hâte d'arriver aux autres points, qui malheureusement ne pourront point être traités en aussi peu de paroles.

Et d'abord pour ce qui est des marécages qui arrêtèrent l'armée romaine, on les place à l'embouchure de la Bièvre, de sorte que La-

1. Elle a été publiée pour la première fois par M. de Longpérier dans la Reow de Philologie, t. II, p. 356.

i. On les trouvera résumées dans l'Hitlotrede Proviru, de M> P. Boarquelot, tome 1, chapitre ut.

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21i DU LIEU DE LA BATAILLE

biénus aurait suivi sans obstacle la rive gauche de la Seine jusqu'au lieu où est aujourd'hui l'embarcadère du chemin de fer d'Orléans, car la Bièvre aujourd'hui sort, enfermée comme un ^out, de dessous ce vaste établissement. Voyons si cela s'accorde avec la configuration du terrain et avec le texte de César.

1,6 marais était continu, perpétua, s'étendant au loin à perte de vue. Pour que cette continuité fit obstacle aux Romains, il fallait qu'elle existât dans le sens de leur marche, c'est-à-dire d'amont en aval de la Seine, et qu'ainsi la rive gauche du fleuve tilt noyée à une grande distance. C'est bien ainsi efTectivement qu'on l'a entendu ; et comme il s'élevait cette difficulté de concevoir comment la Bièvre, qui tombe perpendiculairement dans la Seine, avait pu produire jadis des marais prolongés parallèlement au cours de ce fleuve, des explications ont été cherchées. Les plus spécieuses sont celles que l'abbé Lebeuf a données dans un Mémoire de sa jeunesse sur l'emplacement de Metio.iedum >. Selon cet ini^nieux critique, qui ne possédait point encore la connaissance profonde qu'il eut plus tard des antiquités de Paris, la Bièvre se déchaigeait originairement par plusieurs bras très éloignés les uns des autres; leur intervalle formait le marais en question ; et là-dessus il allègue l'origine de la rue de Bièvre*, que l'ou dit être le lit comblé d'un de ses anciens bras. Mais tout cela n'est qu'hypothèse et qu'erreur. Le sol entre l'embouchure actuelle de la Bièvre et la rue de ce nom ne présente pas une constitution d'où l'on puisse inférer l'existence d'anciens marais ; il est constamment sablonneux; l'argile ne s'y montre absolument que dans le lit actuel de la Bièvre. Quant au bras de cette rivière qui passait jadis où est la rue de Bièvre, ce n'était point un bras naturel, mais bien un canal de dérivation qui fut pratiqué en 1147 seulement, pour la commodité de l'abbaye de Saint-Victor. Nous avons le titre de cette concession, obtenue de l'abbé de Sainte- Geneviève, à la requête de saint Bernard '. Par l'effet d'une autre saignée, le fossé de Paris forma depuis l'an 1356, un troisième bras dans la direction que suit aujourd'hui la clôture occidentale de l'entrepôt des vins. Ainsi le prétendu delta à l'embouchure de la Bièvre est une chose relativement moderne.

1. Recu^l de divers écriu pour servir à iéclairciaemtnt de l'hitMre de France, tome [[, page U2.

2. C'est cella qui débouche de la rue de la Montagne- Sainte- Geneviève sur la pointe orientale de la Cité.

3. Mémoiits de t'/Ua'lifmUdes inscrîplians et bellet-lt'.lrei, tome XV, pagci>2.

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EHTBË LABIÉKL'S ET LES PARISIENS. 215

Mais supposons que l'abbé Lebeuf ait dit juste; que, du temps de César, sur tout l'espace compris entre l'erabai-cadère d'Orléans et la place Maubert, on n'ait pas pu mettre un pied devant l'autre, sans enfoncer jusqu'aux jarrets, Labiénus aurait été bien maladroit de se butter contre cette difficullé. Il n'avait qu'à regarder à sa gauche pour voir, à moins d'un demi-mille, la vallée de la Biëvre tellement resserrée entre le coteau d'Ivry et la montagne Sainfe-Geneviëve, que le marais n'avait pas en cet endroit trois cents pas de largeur. Le travail de ses quatre légions, c'est-à-dire d'au moins vingt mille hommes exercés à manier la pelle et la pioche, aurait eu hientAt fait de combler un si élroit espace; tandis que les GaulnÎK, forcés de rester échelonnés sur les pentes de la colline opposée, auraient essuyé le jet des machines romaines sans pouvoir y répondre utilement. Les chances d'une bataille heureuse sur la montagne et du gain immédiat de la ville auraient élé si grandes dans de tel les conjonctures, qu'il suivit, selon moi, de voir le général romain agir autrement pour être convaincu que son théâtre d'opération ne fut pas celui qu'on suppose.

Notons d'ailleurs plusieurs traits du récit de César, qui, sous ta plume d'un écrivain aussi sobre, ne laissent pas que d'être significatifs. D'abord il nous montre Camulogëne faisant une certaine dépense d'attention pour reconnaître la position du fameux marais : M quum animadveriisaet perpétuant eue paludem. En eûl-il été ainsi si ce marais avait r^né en face même de la ville? Camulogène étranger au pays, il est vrai, mais général en chef d'une grande armée réunie à Lutèce, connaissait à tout le moins le terrain où ses hommes étaient posés. Il y aurait du ridicule à dire qu'un personnage de cette importance attend l'arrivée de l'ennemi pour ^-emarquer que sous ses yeux, tout le long de la place qu'il est chaîné de défendre, le sol présente telle ou telle conGguratîon. Évidemment César fait allusion, par son quum anmadoertitset , à une étude du pays parisien et à la reconnaissance d'une localité qui n'était pas si voisine qu'il suflît de regarder devant soi pour la voir.

J'observe encore qu'au moment où César nous montre Labiénus se remettant en marche après la prise de Helun, il a soin de dire que les Gaulois quittent le marais où ils étaient postés pour se rendre quelque part sur les bords de la Seine, dans la direction de Pans. Or, ce marais étant ce que pensent l'abbé Lebeuf et les autres, les Gaulois n'auraient point eu à bouger, car, comme ils se tenaient vers la place Maubert, ils étaient tout rendus sur le bord de l'eau et autant dans la direction de Luièce qu'il est possible d'y

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être. Tout ce que le latin dit de leur déplacement serait dooc non seulement oiseux, maïs faux.

Pour toutes ces raisons, je cherche ailleurs que sous les murs de Lutèce l'obstacle devant lequel l'année de Lahiénus rebroussa chemin ; et je crois le trouver sur le territoire actuel de la commune de Juvisy, à cet endroit où la Seine, après avoir coulé longtemps de l'est à l'ouest, détourne brusquement son cours pour le porter du sud au nord. Là en effet débouche la vallée de l'Orge et dans des condilions telles que cette petite rivière se divise en deux bras, dont l'un va se jeter immédiatement dans le fleuve, tandis que l'autre continue à baigner le pied du coteau qui fait faire à la Seine le coude dont je viens de parler. Il en résulte qu'à partir de ce coude, un bras de l'Orge (le plus fort) s'avance presque parallèlement à la Seine et cela jusqu'à Athis-Mons ; c'est-à-dire dans la long^ueur d'une lieue : ligne fort étendue, comme on voit, et devant laquelle le bras forme un premier obstacle. Ce n'est pas tout : ces terres arrosées par l'Orge sont ce qu'il y a de plus foncièrement marécageux dans lous les environs de Paris. Il y parait assez à l'heure qu'il est, malgré les travaux d'assainissement dont cette vallée a été l'objet. Au point même que je viens de signaler, entre Juvisy et "Viry, règne une prairie large d'au moins un kilomètre où l'on enfonce pendant plusieurs mois de l'année. La station de Châtillon, établie au coude de la Seine pour le service du chemin de fer, est entourée d'oseraies où l'eau séjourne à plus d'un mètre ; enfin l'existence de la vieille chaussée pour aller de Juvisy à Corbeil, celle des remblais plus modernes qui s'ajustent à la montée de la Cour -de-France, la trace de plusieurs filets d'eau qui sont marqués sur les cartes comme des échappées naturelles ^e l'Orge, tout cela témoigne d'un pays anciennement noyé. Labiénus, après avoir dépassé Melun, dut donc voir la rive gauche de la Seine se transformer en un marais à une demi-lieue en avant de la dernière côte dont le plateau le séparait encore de Lutèce, et c'était bien là un perpétua palus : à droite et à gauche il se pnn longeait sans laisser d'espoir de pouvoir être tourné ; force était de le traverser, de jeter sur sa lai^ur peut-être huit ou dix mille mètres cubes de remblai pour, après cela, aboutir au pied d'une côte abrupte dont l'armée gauloise se tenait prête à empêcher l'escalade. On conçoit que le général n'ait pas cru devoir persister en pi-ësence de diflicultés si grandes. Autant il eût été honteux pour lui d'échouer dans la vallée de la Bièvre, autant il était digne de sa prudence de renoncer au passage de celle de l'Orge. On conçoit aussi qu'après sa retraite, les ennemis ayant quitté la li^ne de l'Orge pour

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ENTRE LABIÉNUS ET LES PARtSIEMS. 217

aller couvrir Lutèce, une marche de cette importance ait mérité d'être consignée dans la narration de César, tout abrégée qu'elle est. Ainsi je m'arrête à cette conclusion que Labiénus, lors de sa première marche, n'outrepassa point les abords de Juvisy. Voyons maintenant sur quel point de la rive droite il alla poser son camp après le passage effectué à Melun.

On prétend qu'il s'avança jusque sous les murs de Lutèce, et l'érudition en est depuis longtemps à n'hésiter plus que sur le lieu où il s'arrêta de préférence, les uns opinant pour la place de Grève ou le monceau Saint-Gervais, les autres pour la place du Chàtelet ou le quartier des Halles.

Je crois ces diverses hypothèses contraires au texte de César et voici pourquoi :

Si Labiénus vint se mettre en face de la cité, c'est qu'il avait traversé la Marne. Traverser la Marne à son confluent était tout aussi difficile que traverser la Seine.

Pourquoi n'est-il pas dit un mot de cette opération dans les Commentaires? Serait-ce parce que l'occasion d'en parler a manqué à César? Loin de là ; l'occasion s'est présentée deux fois pour une : d'abord lorsqu'il expliquait la position prise par Labiénus, ensuite lorsqu'il énumérait les dangers dont cette position ne tarda pas à être environnée. Or, dans les deux circonstances il se tait. La Marne est pour lui comme si elle n'existait pas : c'est donc que les opérations de son lieutenant étaient tout à fait indépendantes de cette rivière, et qu'ainsi l'armée romaine s'était arrêtée avant de donner contre ce nouvel obstacle.

Ce sont là, je le confesse, des preuves indirectes. On va voir que le latin en fournit également de positives.

Les Gaulois, dit César, ayant quitté le marais où ils s'étaient postés d'abord, allèrent s'établir sur les bords de la Seine, dans la direction de Lutèce, en face du camp de Labiénus in ripis Seguame, e regione lutetiœ, (wilra castra Labieni. En mettant les Romains à la Grève et les Gaulais à la place Maubert, on croit avoir rempli toutes les conditions de ce programme. Il n'en est rien. En premier lieu, la rive gauche, où se serait tenue la totalité des Gaulois, ne constitue pas les bords de la Seine : César, prosateur sévère, ne ferait point usage de la locution poétique ripis pour ripa '. Ensuite, les Gaulois, postés

I. Oo peat s'awurer par d'autres eiemples du loin que Céaar met à ne pas confondre ripa etrip», CT.II, v : ■ Qu» res el latusQnumcaBlrornm ripii Ôumiolg Diuniebat. ■ Vil, lt : « Prasidia caitadluque ad ripa* Ugerla dltpo-

zedbyGOOgle

«omnie on le suppose, se seraient trouvés dans la même relaUoa à l'égard de Lutëce et à légard des Romains, regardant la \'ille comme ils regardaient le camp, conlra Lutetiam et castra, eut dit César, se dispensant alors d'employer deux termes différents pour exprimer «ne seule position. Je conclus de là que, pour être exact, il faut placer les Gaulois sur la rive droite aussi bien que sur la rive gauche, et dam une situation telle, cjue regardant le camp romain, ils étaient dans le sens de la ville sans la regarder. Les mots e regione, d'où je tire cette dernière relation, s'y prêtent parfaitement ; César les emploie à tout propos pour indiquer que deux choses sont sur la même ligne, lors même qu'elles ne se regardent pas ou qu'elles ont des objets interposés'. C'est tout à fait, pour lui, l'équivalent de notre ancienDe locution a: au droit de. >

Réunissons, sans différer davantage, les divers traits qui viennent d'être précisés.

Le camp de Labiénus était sur la rive droite de la Seine, au-dessus du confluent de la Marne, Il avait en face de lui l'armée gauloise établie sur les deux rives de la Seine et dans la direction de Lutèce. Tout cela revient à dire qu'une même ligne aurait passé par Lutèce, par le milieu de l'année gauloise et par l'endroit de la rive droite où était le camp romain. Or, la configuration du pays est telle qu'il n'y a qu'un point qui puisse satisfaire au problème, et en ce qui concerne la position des Romains et en ce qui concerne celle des Gaulois. Les premiers étaient vers Créteil ; les autres avaient formé leurs ligues sur les emplacements actuels du Jardin des Plantes et du Grenier d'Abondance.

Qu'on réfléchisse à ces deux positions, et l'on reconnaîtra qu'elles étaient aussi bien choisies que les autres auraient été défavorables aux deux armées.

En effet, puisqu'à la nouvelle de la prise de Melun, Lutëce avait été brûlée et ses ponts coupés, on ne voit pas quel avantage aurait eu LabiénuB à venir se planter devant cette ville, surtout lorsque la marche pour y arriver se compliquait d'une opération aussi difficile que le passage de la Marne. Il y a plus ; nous savons que les Etellovaques étaient attendus d'un moment à l'autre, inatabanl, et que le

nere. s Et, IV, it ; • Henapii ad ulramqut ripem flumlnJB agros, tediflcia vicoique babebanl. n V, xvic : ■ Animadverlit ail alteram Quminis ripam magaai eise copias hOBlium in«lraetaa. Ripa auLem crat acutis Eudibus prœfliis ninnita. • 1. It y en a un exemple Men Dotabte dans ce qu'il dit d'une poeilion prise derrière un bois a la hauteur d'un dei ponts de l'Allier : <c SilTesbi loco cairJB positis e regione uaiaa eanim pontinm. * De bello gatlico, VII, ixxv.

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E-YTHE LABIÉNVS ET 1.E3 ' PARISIENS. 219

général romain en était fort alarmé. Est-^e pour les éviter qu'il se serait avisé précisément de passer cette Marne dont sa bonne fortune lui faisait un rempart contre eux 1 Quoique César f At homme à excuser l'imprudence de ses lieutenants lorsqu'elle tournait à bien, J'imagine qu'il se serait difficilement défendu de blâmer celle de Labiénus ui avouant qu'il s'était emprisonné de la sorte entre deux rivières el deux armées.

Quant à Camulogëue, l'habile tacticien dont les Romains euxmêmes reconnaissaient le mérite, il n'aurait guère justifié non plus sa réputation, en se tenant si près d'un ennemi qui avait sur lui une supériorité de moyens incontestable. Plutôt qne de s'exposer & une attaque imprévue, plutôt que de monter la garde devant une Ile réduite en désert et qui l'empêchait de surveiller le bras principal de la Seine, il aurait mieux fait d'aller se mettre derrière la Marne en attendant la venue des Bellovaques; car, dans cette position, il coupait la retraite à son ennemi sur la rive droite, et il défendait également la rive gauche, n'ayant, pour la tenir fermée, qu'à se préparer une communication avec le côté des marais de l'Orge où les Romains avaient êcboué d'abord.

Au contraire, supposons Labiénus établi à Gréteil ; son camp est défendu de tous les côtés à la fois ; la Marne le met à couvert des Bellovaques, la Seine des Parisiens, et en même temps le val marécageux de Sucy éloigne toute appréhension du cété des épaisses forêts étendues alors sur tout le plateau entre la Seine et la Marne, le salins Briegius, d'une part, et plus loin ce nemus Ardanum, dont la mémoire durait encore au xni* siècle ' . Les Romains sont donc là comme dans une lie, ayant devant eux une prairie découverte par-dessus laquelle la vue enfile le cours de la Seine jusqu'à la pointe de Lutèce, tandis qu'à gauche la perspective prolongée sur le retour d'équerre de la vallée n'a pour bornes que les hauteurs de Juvisy. Un panorama non moins vaste du bassin de la Marne se découvre de la montagne de Mesly, dernier gradin du coteau de Gréteil que la nature a placé là comme pour servir d'observatoire et de citadelle à la pointe des deux fleuves.

De son côté Camulogène, que rien ne presse de chercher un engagement, se tient à deux lieues de là, à cheval, en avant de Lutèce,

I' Lebetif, lliitoin du, diocèse de Paris, XIII° partie, pai-oUne de Dravern, p. IDÎ, d'après une charte do l'abbaye d'ïerres ; " Terram de Raviaco qtiiB es « nemore Ardaao, Bicut via Muoeria dirigitiir, •• La forêt de Sénart en e^t im

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sur le fleuve dont probablement une passerelle ou une flottille de bateaux relie les deux rives pour la communication de ses deux corps d'armée ; il attend, pour se porter d'un cAté ou d'un autre, que Labiénus lente le passage ou de la Marne ou de la Seine. Comme le coteau d'Ivry lui dérobe la vue de ce dernier fleuve à partir du confluent, une division postée vers Choisy, lui garde sa ligne en amont. La phrase si brève des Commentaires où est rapportée la prise des positions ne dit pas cela; mais, comme nous le verrons en son lieu, ■I en est parlé plus loin, incidemment et en manière de rappel.

Ainsi les deux armées sont en présence sans que trop de proximité nuise à leur liberté d'action ; elles s'observent en se tenant couvertes de tout ce que le terrain leur procure de défense : les deux généraux sont dans leur devoir.

Je conclurais dès à présent, si cette question des posilious n'était tellement inhérente à celle de la bataille, qu'elle a besoin, pour recevoir sa solution définitive, d'être éprouvée par la discussion des mouvements qui amèneront le combat. En eflef , celui-ci ayant été engagé au lieu même où les Romains efîectuërent le passage de la Seine, et le passage ayant eu lieu & quatre milles au-dessous de leur camp, il faut qu'on voie que mon système place la bataille sur un terrain, non seulement convenable, mais préférable à la donnée qui résulte de l'autre système.

La dîstancede quatre milles au-dessous du camp romain, fait mettre le passage k Aufeuil par ceux qui placent ce camp devant Lutèce. Examinons les manœuvres de Labiénus dans cette hypothèse. Vers dix heures et demie ou onze heures du soir, prima confecta vigiUa, il fait partir sa flottille eu silence, comme si le silence et l'obscurité suffisaient pour dérober un grand mouvement à un ennemi qui veille en face du point de départ, qui a des sentinelles échelonnées sur toute la longueur du fleuve jusqu'à l'endroit du débarquement. Il me paraît bien imprudent de la part du général romain de n'avoir point calculé qu'il suHisait d'un rôdeur lancé à la nage pour rendre inutile tout le mystère de celte expédition. Aussi je ne partage pas sa sécurité lorsque je le vois, deux heures plus tard, se mettre en marche dans la même direction. Sans doute il a eu soin de faire explorer la rive droite; mais quelque précaution qu'il ait prise, peut-il être absolument sans appréhension du cAté des collines alors boisées de Chaillot ' et de Passy : cependant il a & faire une bonne partie de son trajet resserré

I. La tenulnaiton Gilum de l'oDcien nom de ChiUIot Calagiltan esl U preove de cela. Cf. Du Caage, v* Broiium.

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EMUE LABliNDS ET LES PARISIENS. 221

entre ces collinea et la rivière. Ce n'est pas tout ; il laisse une demilégion en face de Lutëce, il envoie une autre moitié de légion vers le confluent de la Marne. Voilà donc son armée éparpillée sur une ligne de trois lieues, et sur une ligne câtoyée dans toute sa longueur par lea Parisiens, tandis que l'autre flanc reste découvert sur le pays par où devaient venir les Bellovaques. Qu'il soit vainqueur, il n'est pas sfir de trouver au retour son camp debout ni ses hommes épargnés ; qu'il échoue,tout ce qu'il laisse derrière lui périt infailliblemeot. Tant de témérité ne serait égalée que par la négligence du général gaulois à qui l'agitation de l'ennemi aurait complètement échappé, malgré la proiîmtté ; qui n'aurait rien recueilli du départ des bateaux ni de celai des troupes ; qui aurait eu besoin d'exprès, comme dit le latin, pour apprendre le bruit qui se faisait à quelques cents mètres de son oreille ; enfin, qui n'aurait rien entendu, rien vu, rien su avant le point du jour.

Les choses chai^nt du tout au tout si c'est à Créteil qu'est le camp. Dans ce cas, les bateaux des Romains stationnent vers l'emplacement actuel du pont de Choisy, qui est le point de la rivière le plus à portée deCrétei). Quatre milles en aval comptés & partir de )& vous conduisent à la pointe du confluent qu'on appelle at^ourd'hui la Bosse de Marne. C'est donc en face de la Bosse de Marne, sur le territoire dlvry, que les légions opèrent leur descente. Adossées à la Seine dans leur ordre de bataille, elles couvrent non seulement les embarcations qui les ont amenées, mais encore leur camp qui se dresse à une lieue derrière elles, de l'autre cité de l'eau. La garnison qu'on y a laissée a vue sur le champ de bataille ; elle sent témoin de l'action ; si l'issue est défavorable, elle aura du temps pour aviser. Quant au détachement expédié en amont, c'est-à-dire dans la direction de Draveil, il peut exécuter sa marche en toute sûreté : il s'avance en pap découvert et désert ; ce n'est pas de sitôt que le corps de Gaulois envoyé pour l'observer l'aura rejoint.

Ainsi Labiénus, défendu sur les deux flancs, 'occupe la tète de sa ligne d'opération avec faculté de se replier sur son centre, et d'y ramener sa queue. Il s'avance sur la roule de Lulèce sans se dessaisir de celle de Melun ; il laisse du monde derrière lui, mais sans cesser de le protéger, tout engagé qu'il est sur la rive opposée.

Quant à Camul<^ne, on ne pourra le taxer ni d'ignorance volonlaire, car il n'avait pas d'yeux ni d'oreilles à percevoir les choses de si loin, ni même de lenteur, car il répond aussi vite qu'il peut le faire aux mouvements de son antagoniste. La descente de la flottille au confluent est une manœuvre sur laquelle il n'y a rien à décider. Esl-

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22i DU Llli:» DE LA BATAILLE

elle vraie ou feinte? Est-ce la Marne ou la Seine qu'on se propose de passer ? La marche des troupes d'embarcalion s'exécute, le long: de la côte de Créteil, à une distance du bord de l'eau où il est impossible qu'elle se découvre aux observateurs gaulois. L'intention de l'ennemi ne devient claire qu'au moment ou il se met en devoir de traverser, c'est-à-dire vers une heure du matin, puisqu'il est sorti de ses quartiers à minuit. Mais voilà que survient cet orage à la faveur duquel la rive gauche est abordée et nettoyée de tout ce qu'on y avait posé de sentinelles. Camulogène ne reçoit plus de nouvelles jusqu'à ce que l'inquiétude ou l'impatience lui fasse envoyer de nouveaux émissaires qui l'informent du débarquement. Alors il est petit jour, tub lucem, soit deux heures et demie du matin. Les divisions gauloises sont aussitôt réunies, leur ordre de bataille réglé ; elles accourent à Ivry, elles sont en ligne au lever du soleil, à quatre heures. On voit que je suppose la saison des plus grands jours, quoique le récit que j'ai traduit ne contienne pas un mot d'où cela puisse être inféré. Je mo fonde à cet égard sur un autre passage des Commentaires où César dit qu'aussitàt après avoir détaché Labiénus sur Agendicum il se mit, lui César, à chercher le passage de l'Allier pour tirer droit à Gei^vie, et (ju'il trouva ce passage si bien défendu par Vercingétorix, qu'il craignît un moment d'avoir à rester là le plus long de l'été, attendu, ajoute-til, que ce n'est guère avant l'automne que l'Allier devient guéable '. On était donc alors aux approches de l'été, comme qui dirait au milieu ou à la fln de mai. En mettant un mois d'intervalle entre cette marche sur lAUier et la retraite deGergovie, la bataille contre Camult^ène qui coïncide avec la retraite de Gergovie, tombe dans la seconde quinzaine de juin.

Pour que ma démonstration soit complète, il me reste encore à expliquer, conformément à mon système, le rôle des deux corps détachés par Camulogène dû gros de l'armée gauloise.

Le premier de ces corps est laissé pour tenir en respect la garnison du camp romain, praetidio e regione caslrorum relîclu. Ceux qui prétendent que les deux armées n'avaient que Lutèce entre elles deux comprennent par là que le général gaulois, ébranlant ses colonnes dans la direction d'Issy, fait rester en place une brig;ide, qui «ffectivement se trouve être e regione caslrorum, puisqu'elle conserve la position de l'armée qui était eonlra castra. Pour nous, qui n'admettons pas la

1. Lib. VII, cap. ijxv : i Erat la magniB Casari dirBcuIlalibua jorem teslatit partem DumiDe impedircltir. quoi! non fere ante Elaver vado traiisirl aolet. ''

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EflTRE LABl£^US LT LtS l-ARISIEAS. S23

synonymie de e régions et de contra, qui avons d'ailleurs lant de raisons de placer tout autrement les Romains et les Gaiiloiti, nous nous rappellerons que le verbe lutin relinquere signifie à la fois «: faire rester 4errière soi • et c ne point déranger ce qui est en place ; » et cette deroiëre acception, qui est particulièrement césarienne, noua permettra d'entendre que Camulogëne laisse dans la direction du camp ennemi un corps de défense qui y était déjà. La force des choses nous a déjà amenés à supposer cela, parce que les Romains, places sur un coude de la Seine, dominaient deux directions de la vallée, et que Camulogène, qui n'en gardait qu'une de sa personne, avait besoin qu'on lui gardÂt l'autre. De là ce corps de défense dont César n'avait encore rien dît. Son silence, joint à l'expression de praesidium dont il te. sert, n'indique pas qu'il s'agisse dune troupe bien considérable, et rinfériorité numérique. de ce corps s'explique à son tour par le fait d'une défense naturelle dont la rive gauche piraii avoir été munie à cet eudrotl. Le nom de Choisy, commun à tant de lieux en France, annonce constamment l'existence d'une ancienne forél ', Ainsi ce serait quelque part dans les bois, peut-être à Choisy même, peut-être à la montée de Thiais, que se serait tenue la brigade mise en observation du côlé du camp e régions eastrorum.

L'autre détachement est envoyé vers MeHoseduttil Ce lieu n'est nommé nulle part ailleurs que là, et César passe sans rien dire de plus, malgré sa constante habitude de donner une courte explication toutes les fois qu'un nom nouveau se présente sous sa plume. Plutôt que d'imputer une inadvertance à un si grand écn'vain, des critiques Mit mieux aimé conjecturer une erreur de copie et lire Melodunum au lieu de Meliosedum. Par suite de ce raisonnement, Metodunum pour Hftiosedum a pris place dans quelques manuscrits du xiV et du ïii" siècle. Mais cette correction est inadmissible à cause de l'accord de tmis les manuscrits anciens. Pour cette dissertation que j'ai déjà eu l'occasion de citer, l'abbé Lebeuf en avait consulté plus de trente dont vingt-huit lui fournirent soit Metiosedum, soit des variantes peu éloignées de Metiosedum. Aussi, au lieu de contester l'existence de cette localité, se mit-il à en chercher l'emplacement. Pour y parvenir, il n'eut d'autre recours que de supposer l'identité de Métiosedg/B avec un endroit de l'ancien pays de Josas, appelé Gesedis ou AjSïiis, qu'il plaçait sur la rivière d'Orge, auprès de Jnvisy. Plus

"^^ Cocioeum ou Cotiacam, dérivA da mot coet, eoai, forêt, qui »e trouve lïfilsé dans le Dom de Colia donné autrefois à la. tar£t de Qompiègue oa de

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tard, en écrivant son histoire du diocèse de Puris, il tranapoiia Gesedis, et par conséquent Métiosedum, de la vallée de l'Orge à Viltejuif. Ces deux positions ne valaient rien dans son système à lui qui faisait partir les cinq cohortes expéditionnaires de devant Lutèce ; car, poi^ empêcher le passage à des gens qui remontent la rive droite depuis ce point, Villejuif est trop loin de la rivière, Juvisy trop loin de Lutèce. Mais il est bien singulier que le voisinage de Juvisy convienne k ma propre doctrine au point de se déduire rigoureusement des autres positions que j'ai déjà déterminées. En effet, les Romains partant de Créteil pour remonter la Seine, comme la rive gauche était gardée à Choisy par les Gaulois, il n'y avait point d'apparence qu'ils tentassent le passage tant qu'ils se sentiraient à portée du poste de Choisy; et comme à partir du contluent de l'Orge, la rive gauche était encore gardée, c'est-à-dire défendue par ces marécages trop connus de» Romains pour qu'ils y retournassent, on était sûr qu'ils n'essayel'aient pas non plus de passer plus haut que le conHuent de l'Orge. Ainsi, pour les tenir en respect, il suffisait de se montrer sur la ligne, entre Choisy et Athis, ou est la bouche de l'Orge : Métiosedum devait être par conséquent l'un des points de cette ligne.

En supposant que Métiosedum et Athis soient la même chose, on aurait une explication toute naturelle du laconisme de César. En effet cette position qui domine lu cours de l'Orge et celui de la Seine, avait été certainement le point d'appui de l'armée gauloise lorsqu'elle défendait le passage du marais. Dès lors Labiénus avait nommé Métiosedum dans ses premiers rapports; et César, familiarisé avec ce nom, a été conduit à le consigner comme une chose connue à l'endroit de son récit où il l'introduisait pour la première fois. Quoiqu'il en soit d'î cette conjecture, personne ne contestera que, sur tout le littoral dont il s'agit, Athis est le point qui répond le mieux aux conditions dans lesquelles les Celles avaient coutume d'établir leurs villes. J'ajouterai qu'il y a un écart d'Athis appelé la Fosse de la Mardelle', et que cette dénomination delà Mardello, dans tous les lieux où elle se trouve, décèle l'existence actuelle ou passée de certaines excavations qui sont les vestiges les plus authentiques qui nous restent des anciens établissements gaulois *. Quant à tirer parti de l'assonnance d'Athis et de Métiosedum pour faire dériver l'un de l'autre, c'est une ressource qu'il faut s'interdire parce qu'Athis, qui

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