‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 78 sur 240 · Tributs · texte numérisé non relu

Tributs

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de César^ Villa Julii, puisqu'il lui donne précisément une autre origioe; ce n'est pas le texte non plus qui l'y a pu conduire : supposant, comme il faisait, que le marais, terme de la première marche, avait été le quartier du Marais au nord de Paris, par conséquent faisant revenir les Romains par la rive gauche, il aurait mis la bataille en un point quelconque de la rive droite. Je ne vois donc pour justifier le choix de VilJejuir, que l'hypothèse d'une croyance accréditée au xiv* siècle par la tradilîoQ ou par les ruines de quelque monument, ou par des débris trouvés en terre.

Mais si l'action s'est terminée Bur le fcrritoire de Villejuif, les flots de san^ versés autour de Camulogëne indiquent bien mieux la place où furent portés les coups décisifs. Retournons en ce lieu, arrêtonsnous à ce renfoncement de la càte sur lequel s'étaient appuyés les Gaulois : nous trouvons là le vtllat^e de Vilry.

Le nom de Vitry n'a aucun sens en français : il se disait anciennement Vicloriacum, et plus souvent Vicloricium, dénominations qui appartiennent si visiblement à la langue latine que personne ne souffrait à les tirer d'un autre idiome. L'abbé Lebeuf l'a compris de la sorte. Il fait remonter l'origine de Vitry à un propriétaire romain du nom de Victoriua, de même que celle de Savigny {Saviniacam ou Sabiniacum) à un Sahinus ; celle d'Orly {A ureliacum) k un Aurélius, etc. Comme le mot Victoria ne pouvait pas ne pas s'être présenté à l'esprit de ce savant homme, qu'il savait même que des lieux du nom de VictnrianoRviennentpositivementde VietoriaeX nousconservenl la mémoire de batailles gagnées par les Romains, il a eu soin du dire, pour Vitrysur-Seine, qu'il ne faut pas croire qu'une victoire y ait été remportée. Après tout ce qui précède, je crois avoir le droit de prétendre le contraire. Vitry doit son nom à la victoire de Labiénus sur les Parisiens ; Vieloriacum, Vicloricium, signiHent le lieu'de la Victoire.

Noua avons, depuis te commencement du xif siècle, une série de titrw sur Vitry, d'où il résulte que ca lieu, qui ne fut jamais ville ni bourg, possédait de toute ancienneté deux paroisses dont les édiUces se louchaient presque. L'une de ces paroisses était Saint-Germain, qui est l'église actuelle du village, l'autre, du vocable de Saint-Gervais eJ Saioi-protais, exista jusqu'au siècle dernier à une cinquantaine de /as derrière Saint-Germain'. L'institution, dans un si petit rayon, de deux paroisses, chacune avec son cimetière et ses dîmes, ne peut être Utribtxée qu'au temps de désordre où les biens d'alises, convertis en

*■ l-ebeuf, HUtoin da dioeéte de Parit, t XIF, p. 168.

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fiefs, eurent à se p)îer soit aux intérêts riraux des bénéRciem, strit aux convenances de Emilie. L'une des deux paroisses de Vitry était donc vraisemblablement plus moderne que l'autre. Le vocable de Saint Germain, plus récent que celui de Saint-Gervaia et Saint-Protais, me semble désif^er la dernière en date des deux fondations. L'église primitive de Vitry aurait ainsi reconnu pour patrons deux saints militaires. N'aurait-elle pas remplacé, d'après cette circonstance, un autel aux dieux quirites, monument voué par le général romain sur le lieu de sa victoire ? On aurait par là l'emplacement probable où le cbef ^ulois tomba percé de coups ; on aurait peut-être en même temps le quantième de la bataille, car la Saint-Gervais se fête le 19 juin, et j'ai prouvé que la campagne de Labiénus se plaçait au moment des plus grands jours de l'année.

Si nous quittons maintenant la rive gauche de la Seine pour explorer le terrain où nous avons conclu que devait être établi le camp romain, en suivant cette ligne même qui en détermine la position d'une manière si rigoureuse, nous tombons sur nn point du territoire de Créteil où se présentent des choses non moins faites pour donner à réfléchir.

Ce lieu s'appelle Notre-Dames-des-Mëches. Il consiste en une grande habitation rurale dont le principal corps de logis fui, jusqu'à la fin du siècle dernier, une chapelle sous le vocable de Notre-Dame. C'est par corruption que cette Notre-Dame a été surnommée des Mèches, car les titres latins l'appellent Beata Maria de Mesehio, et les anciens auteurs français Notre-Dame-du-Mesche. Lebeuf a très bien établi cela, en conjecturant que te nom de Mesche est celui du fonds sur lequel la chapelle fut élevée'.

Placée au moins à cinq cents mètres en avant de Créteil, plus bas que ce village, mais plus haut que le reste des terres environnantes qui vont en s'affaissant jusqu'à la Seine, Notre- Dame-des-Mèches est l'un des points les plus apparents du pays. Rien n'en borne la vue. Avec une lunette d'approche on peut la découvrir des tours de Notre- Dame de Paris.

L'édifice de Notre-Dame-des -Mèches est moderne, tout ft fait dénué d'ornements, couvert en charpente, en un mot répondant on ne peut mieux k la destination de grang^e qu'il a reçue en dernier lieu. Au siècle dernier, on distinguait sur le linteau de la porte un écusson chargé de trois mèches, armes parlantes de la patronne du lieu. Tout insignifiante qu'elle est, celte chapelle présente néanmoins une

I, HMoiiv du diocèse df Paris, t. XM, XIH' partie, p. aS,

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curieuse parlicularité. Elle est tournée du nord au midi, sans qu'il soit possible de prétendre qu'un obstacle quelconque se soit opposé jadis & son orientation régulière. L'abbé Lebeiif trouvait cela si étrange, qu'il se crut obligé d'en trouver une explication : ce qu'il fit en supposant que la chapelle que nous voyons n'est que l'un des croisillons d'une grande église orientée à la façon ordinaire, et qui aurait été en partie détruite. Cette supposition est insoutenable quand on est en présence du bâtiment, lequel est tout d'une pièce, ne présente la tnice d'aucune reprise sur ses quatre faces et a des proportions qu'il n'aurait point s'il eût jamais fait partie d'un plus grand édifice. Mieux vaut regarder l'orientation insolite de Notre- Dame- des-Mèch es comme une chose traditionnelle, ses reconstructions successives ayant été exécutées conformément à un plan primitif qui était tel ; et ce serait là une marque de haute antiquité.

Les titres les plus anciens où l'on ait trouvé le nom de Mesche datent du xn-* siècle; c'est de même au xiv° siècle que la tradition de Créteil fixait l'origine de la chapelle ; voici à quel propos :

Les Anglais, disait-on, étant campés dans la plaine d'Ivry, et les Français sous la conduite du roi Jean, dans les vignes en avant de Créteil, il arriva que le roi, qui voyait les forces ennemies bien supérieures aux siennes, eut recours à un stratagème pour faire croirequ'il avait au contraire l'avantage du nombre. En conséquence, il Ht dresser de nuit, au bout d'un piquet, un grand mannequin qu'on babilla de cuirasse et de tout le harnais afférent à un chevalier. Au casque était-mise, en guise de cimier, une mèche qu'on alluma, et qui fit si beau feu, que les ennemis épouvantés délogèrent incontinent. Le roi, par reconnaissance envers la sainte Vierge à qui il s'était voué, lui bâtit une église du nom de Mèche pour rappeler le mannequin à la mèche, etc., etc.

L'abbé Lebeuf, qui rapporte ce conte ridicule, n'a pas de peine â le détruire par l'impossibilité que les Français sous la conduite du roi Jean se soient trouvés en présence des Anglais dans les environs de Pans. 11 conjecture, avec non moins de justesse, que c'est le nom du lieu qui a fait inventer une histoire de mèches. Poui' lui, Noti'e- Dame-des' Mèches est beaucoup plus ancienne que le x\\° siècle. Il ne itérait pas éloigné d'y voir une fondation religieuse que Philippe- Auguste prescrivit de faire;auprès du pont de Charenton par une clause de son dernier testament. Toutefois il n'insiste pas trop sur cette hypothèse, et il a raison, car la dotation tout à fait royale portée ai) testament de Philippe- Auguste était destinée à l'entretien de vingt chanoines réguliers de Saint-Victor. Or ce n'est pas im pareil établi.''-

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sèment qu'il est possible de confondre avec une modeste chapelle rurale desservie, comme le fut toujours Notre-Dame-des Mèches, par un bénéficier à la nomination de Saint-Germain l'Auxerrois de Paris. Comme l'église de Saint-Germain était Hile de Noire-Dame, qu'elle tenait d'elle presque toute sa dotation, il est bien probable que la chapellenie des Mèches lui avait été donnée par la libéralité de quelque évêque, et cela antérieurement au xii" siècle, à partir duquel nous possédons tous les titres des dons faits par les évéques.

Dépouillons maintenant de tous ses faux ornements la légende précédemment rapportée. Comme l'obit du roi Jean se célébrait à Notre- Dame- des- Mèches, cette circonstance est sans aucun doute ce qui a fait introduire ce roi dans le récit. Le roi, à son tour, a amené les Français et les Anglais. Tout cela est donc à effacer, ainsi que la mèche et le mannequin, et l'histoire se réduit à un monument votif, Mli par un chef d'armée qui, étant tenu en échec sur le terrain du Mesche, usa de stratagème pour tromper à la faveur de la nuit ses ennemis postés de l'autre côté de l'eau.

Ce n'est point dépasser les limites du vraisemblable que de considérer cette tradition comme une réminiscence altérée du fait raconté par César. Dès lors le Mesche serait l'emplacement du camp romain; dès lors aussi la chapelle, avec son orientation insolite, pourrait passer pour avoir été bâtie sur les ruines d'un petit temple élevé par la reconnaissance, sur le lieu même du prétoire, au génie qui avait si bien inspiré Labiénus. Les Gaulois, convertis k la religion et i l'esprit des Romains, auraient payé à ce temple des champs le tribut d'un culte assidu que le christianisme transforma, sans pouvoir lui ôter tout à fait son caractère primitif. La preuve de cela serait dans une pratique qui s'observait encore il y a un siècle et demi. Tous les ans le dimanche de Quasimodo, on allait processionnellement d'Ivry à Notre-Dame-des -Mèches a eu commettant mille indécences tant au passage de la Seine qu'à une station qu'on faisait à un cabaret du village de Maisons, où l'on arborait la bannière et ta croix en attendant que les chantres eussent bu. » Je me sers des termes mêmes dans lesquels t'abbé Lebeuf rend cnmpte de cette cérémonie, qu'il dit avoir été abolie vers le temps de sa naissance ' . Il n'y a rien dans tout cela qui ne cadre à merveille avec ma conjecture, car on sait que ces processions du temps de Pâques, appelées aussi Restions et Litanies, remontent, partout ofi elles se sont conservées, à l'époque même du triomphe de la religion, et qu'elles ont été établies pour

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