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SA VIE ET SES TnAVAlIX 11
notre vieUle littérature pour que l'éditeur Aubry ait prié l'auteur d'en donner une nouvelle édition plus développée dans le Trésor des pièces rare» et inédites. Quicherat en tira un élégant petit volume qui eut un grand saccës et qui est devenu fort rare*.
Comme d'habitude, c'est la Biblialkèque de tEcole des Chartes qui eut la primeur de presque tous ces mémoires. Au milieu de ses grands travaux, en effet, Quicherat n'oubliait pas la revue dont il était un des principaux fondateurs. Il trouvait encore le temps de lui donner claque année d'importants articles, dont on me permettra de rappeler encore quelques-uns.
Les innombi-ahles documents qui lui avaient passé sous les yeux, hii avaient fait rencontrer à plus d'une reprise le nom d'un capitaine, qui parait avoir joué un rôle considérable au xv" siècle et dont pourtant les faits et gestes étaient presque aussi ignorés que le nom même. Il s'appelait Rodrigue de Villandrando et n'était connu des historiens que par un court article d'une dizaine de lignes que lui avait consacré Moreri, C'en était assez pour piquer la curiosité de Quicherat. Aussi, tout en préparant son gntnd travail sur les procès de Jeanne d'Arc, eut-il bientôt réuni assez de matériaux pour pouvoir reconstituer la vie de ce personnage et en faire le sujet d'un mémoire, qu'il donna à la Bibliothèque de CÉcole des Chartes en 1845».
Mais ce n'était là qu'un essai, qu'une pierre d'attente pour un monument plus considérable. Patiemment, il continua ses recherches. Profitant de ses voyages, de ses lectures, de ses relations avec une foule de savants, qu'il s'était attachés par son caractère et par son talent, il continua, trente ans durant, à recueillir des documents sur Villandrando, si bien qu'un jour, du- mémoire primitif, il a su tirer un beau volume de 350 pages^, nourri de faits nouveaux, bourré de documents curieux, qui sont à la fois le fruit de sa persévérance et un témoignage de l'aRectueui empressement que mettaient à le servir ses nombreux correspondants, la plupart ses anciens élèves, devenus ses amis dévoués.
C'est encore la Bibliothèque de l'École des Chartes qui profita il'une autre découverte, non moins neuve, de cet infatigable chercheur. Parmi les documents historiques du xv* siècle s'en trouvait un dont
I. 11 l'a InUtulé : Ui veri de maître Henri Baude. Paris, Aubry, 1856, in-li de 138 pages.
3. Bibl. de fÉcnle det Charte/, i* série, t. I, p. 119-163 et 198-233.
3. Rodrigue de Villandrando, Tun des cambaltanti pour rindépendanee française au IV" tiécle. Pari», Hachelle, 1879, 1 vol. iD-3° de ï-3S6 page».
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12 JULtS QUICniCRAT
tous les historiens depuis Yarillas s'étaient servis, sans jamais ftrendre la peine d'en élucider l'origine. On le connaissait sous le nom de Cabinet de louis XI, et l'on regardait comme perdu le manuscrit d'après lequel Tristan l'Hermite l'avait mis au jour. Quicherat reconnut que ce manuscrit n'était pas perdu, mais simplement oublié, et qu'il se cachait sous uu autre titre, à Paris même, dans le riche dépôt de la Bibliothèque royale. 11 se mit alors à l'étudier et s'aperçut que ce document, que tout le monde avait accepté comme un original, n'était en réalité que l'œuvre a d'un plagiaire de mauvaise foi » ; que le manuscrit dont s'était servi l'auteur du Cabinet de Louis XI, n'était qu'un exemplaire interpolé de la Chronique scandaleuse, fabriqué à la Un du xv= siècle pour la glorification d'Antoine de Chabannes, comte de Dammartin. Restait à trouver l'auteur de cette chronique interpolée, et c'est là qu'une fois encore on voit éclater l'étonnante sagacité de Quicherat. Mettant en relief les trop rares particularités que le manuscrit lui fournit, les groupant, les discutant avec autant d'art que d'érudition, il arrive à prouver qu'il n'existait à la fin du xv° siècle qu'un seul homme auquel l'ensemble de ces particularités puisse convenir, c'est un secrétaire du roi Louis XI, nommé Jean Le Clerc. Ce personnage est inconnu, l'histoire est restée muette sur son compte; mais Quicherat sait la faire parler, il sait extraire des pièces les plus brèves, d'une simple quittance par exemple, les renseignements les plus circonstanciée. Ce qu'il a si bien fait pour Bazin, pour Rodrigue de Villandrando, il le fait encore pour Jean Le Clerc, et dans quelques pages appuyées des preuves les plus authentiques, il ressuscite ce personnage oublié depuis plus de trois siècles. Le mémoire se termine par des extraits qui nous donnent tout ce qui mérite d'être relevé dans les interpolations signalées par Quicherat ',
Pour en finir avec les grandes œuvres historiques de Jules Quicherat, il me reste à parler d'un ouvrage auquel j'ai déjà fait allusion plus haut et qui montre une face nouvelle de son talent.
j'ai rappelé en commençant comment Quicherat avait été accueilli à Sainte-Barbe par M. de Lanneau; j'ai dit la reconnaissance qu'il conserva toute sa vie pour ce maître éminent, l'affection qu'il garda à l'établissement qui avait abrité ses jeunes années. A peine eut-il terminé les travaux qu'il avait entrepris pour la Société de l'histoire de France, qu'il songea à acquitter la dette qu'il avait contrac-
1. Un manuicrit interpolé dt la Chronique icandaletue. [Bibt. de CÉcoU des Charlei, i» ièT\e, t. I, p. 33t-279, 4l2-it2 et t. 11, p. H2-261, 53S-573.]
tée avec Sainte-Barbe, en faisant l'histoire de cette illustre maison ■■ Quelques-uns des rares amis auxquels Quicherat s'ouvrit de ce projet ne le virent pas sans regret s'embarquer dans une entreprise qui paraissait devoir lui imposer un lon^ travail sans qu'il dût en retirer grand honneur. L'histoire d'un collège, même quand il s'appelle Sainte-Barbe, leur paraissait une tâche inférieure pour cet esprit d'élHe. A coup sûr, ils ne se doutaient pas du parti que notre confrère saurait tirer de son sujet, ils ne pouvaient prévoir que, sous un titre modeste, ce livre cacherait un des ouvrages les plus intéressants que nous ayons sur l'histoire de l'enseignement, un des livres qui nous font le mieux connaître et la vie des écoliers du moyen âge, et la façon dont l'instruction leur était départie, et les transformations diverses par lesquelles a passé l'art de la pédagogie.
Si le fond en est excellent, la forme en est attrayante. Quicherat a su en rendre la lecture facile pour tous par le charme de son style. Son tableau d'un collège vers l'an 1500', le récit qu'il a fait du passage à Sainte-Barbe d'Ignace de Loyola, le fameux fondateur des Jésuites', la plaisante histoire de la barharoniachie, cet épisode tragicomique des luttes de Sainte-Barbe avec son puissant voisin, le collège de MoDtaigu, l'exposé si impartial des tribulations éprouvées par les barbisles pendant les mauvais jours de la Restauration, sont des morceaux achevés, dans lesquels on ne saurait trop admirer l'exactitude des informations, l'originalité du style et l'élévation des sentiments.
Mais c'est assez insister sur les oeuvres historiques de Quicherat. Si l'histoire a fait l'objet de ses études pendant sa vie entière, l'archéologie a pris une place plus grande encore dans ses travaux, et c'est comme archéologue, plus encore que comme historien, qu'il s'est élevé au premier rang parmi les savants contemporains.
A l'époque où Quicherat sortait de l'Ëcole des Chartes, la science de nos antiquités nationales était encore dans l'enfance. Nos vieux monuments étaient pour la plupart abandonnés et inconnus. Quelques rares amateurs comme Du Sommerard, quelques hommes zélés, formés à l'école de M. de Caumont, commençaient à peine à appeler l'attention du public sur tous ces débris matériels du passé, dont on
I. HUloire de Sainle-BarU. Pnria, HachetU, 3 vol. ia-S" de 392, *lî, tag pages et 5 plans.