Tome lit p. S
DigitizsdbyGOO'^le
E^fTKB lâbuEnus et Les parisiens 2:19
supposé. L'impossibilité de maintenir profeeti dans celte hypothèse est surtout manifeste ; si manifeste que la plupart des commentateurs ont corrigé profeeti par proledi, quoique cette correction impliqudt une(autede latin. Tout récemment encore le savant M. Nipperdey n'a pas vu d'autre issue à la dilAculté que de conjecturer projeeta à la place de profeeti a, ce qui lui a attiré les sarcasmes de M. Schneider; mais M. Schneider s'est noyé à son tour en voulant expliquer profeeti '.
Quelle objection M. de Saulcy fait-il à mon opinion sur le marais? C'est qu'en le mettant à Juvisy, « je prête à Lahiénus la plus lourde des fautes : celle d'une marche en flanc dans un terrain effondré enlre les coteaux qu'il doit supposer g;arniB de Gaulois et la Seine dans laquelle rien n'etit plus facile que de culbuter l'armée envahissante. » Je cherche vainement à quoi cela peut répondre. Ce n'est assurément ni & la conGguration des lieux, ni aux explications que j'ai données. Les marais de Juvisy, têts que je les ai restitués d'après les anciennes cartes, sur une planche qui accompa^e mon travail, s'étendent à une demi-iieue en avant des coteaux; de plus, ils se prolongent jusque sur les bords de la Seine. Non seulement une marche de flanc ne peut pas être supposée dans cette région-là, mais j'ai tracé moi-môme la direction dos Romains s'atlaquant de front au marais, sous les yeux des Gaulois qui garnissaient la côte de Juvisy. Je n'encours donc pas le reproche que m'adresse M. deSaulcy, tuidis que lui s'est exposé à celui d'avoir voulu me battre à toute force par des raisons militaires, dan» une circonstance où il ne s'agissait que de juger si une conjecture qui dispense de corrompre le texte ne vaut pas mieux que toutes les autt«s. Il a joint à cela le tort d'avoir traduit perpétua palus par « un murais constamment noyé. » Jamais, dans la bonne latinité, perpeluus, appliqué à un objet igatériel, n'a eu le sens de t perpétuel. » Perpétua palus est un marais lui se prcdonge indéiiniment, et non pas un marais qui ne se dessèche pas ; de même que perpelui montes nous représente une chaîne àe montagnes, et non pas des montagnes qui délient le temps ; de Jnéme que perpelui tergwn boois est l'aloyau d'un bœuf dans toute « loi^eur, et non pas l'aloyau du bœuf Apis.
'^u Sujet des positions prises par Camulogène et par Labiénus, iprés q„g celui-ci est revenu pai- la rive droite de la Seine, j'ai dé- "■entré que la place du Châtelet, assistée aux Itomains, et la place
'* ^orrtmtiUarii de bellii C. Julii Cxiarii, recensait et illualravlt C Eni. "^' a«lin«lder, psft. Il {t. IV), p. SIS. HtUe. 1895.
DigitizsdbyGOO'^le
Maubert ou le quai Saint-Michel, assignés aux Gaulois, étaient impossibles pour deui raisons que voici :
1" En supposant les deux armées si voisines l'une de l'autre, on ne s'expliquerait pas que les Gaulois, aient eu besoin qu'on' leur apportât la nouvelle des dispositions prises par Labiénus : uno fere lempore hoslibus nuntiatur, etc., ni surtout, qu'on leur apprit qu'on faisait un bruit extraordinaire dans le camp romain, et qu'on en faisait encore en remontant la rivi^;
2° Si les Gaulois avaient été postés vers le quai Saint-Uichel, ils se seraient trouvés dans la même relation k l'égard de Lutèce et à l'égard des Romains, r^ardant la ville et regardant le camp de Labiénus, tandis que César se sert d'une expression dilTérente pour exprimer leur position relativement à Lutèce et relativement au camp, e regione Lulelia conlrie Labieni castra.
Pour toute réponse à cette partie fondamentale de mon mémoire, le savant académicien se borne à une discussion sur la valeur de e regione et de conlra qu'il trouve parfaitement synonymes j et it se résume en les assimilant aux deux locutions françaises d côté et en face.
Je n'ai pss autre chose à répliquer sinon que à càté et m face ne sont pas plus synonymes que e regione et contra. Sans doute dans plus d'un cas leî deus expressions pourront se prendre l'une pour l'autre aussi bien en français qu'en latin j mais toutes les fois que dans les deux langues elles seront employées ensemble, gouvernant chacune un régime particulier, alors deux relations seront exprimées, et non pas une seule. Que M. de Saulcy traduise, d'après sa propre doctrine, la phrase dont il s'agit, et qu'il demande à qui il voudra comment on se figure les deux positions rendues par les mots a à càté de Lutèce, en face du camp de Labiénus : > il verra s'il vient à personne l'idée de mettre l'un des points sur la rive gauche de la Seine et l'autre sur la rive droite avec la cité entre les deux.
Maintenant, je sais très bien ce que vaut une distinction grammaticale du genre de celle que j'ai faite sur e regione et contra, et ce n'est pas moi qui ferai reposer tout le plan d'une campagne sur quelque chqse d'aussi délicat. Aussi cette distinction n'a-t-elle été pour moi qu'un argument subsidiaire. La vérilahle raison qui m'a tait rejeter les positions fixées par les savants du siècle dernier est l'absurdité des conséquences que ces positions entraînaient avec elles. C'est après avoir fait ressortir cela de mon mieux que j'ai montré comment le latin se prêtait à une autre interprétation. Pourquoi M. de Saulcy n'a-t-il pas suivi la même marche'? Pour-
DigitizsdbyGOO'^le
ENTBE LABIÏNUS ET UiS PARIStËNti. 241
quoi, avant de descendre k une dispute de mots d'où il est toujours si ^ile de faire sortir les ténèbres, ne s'est-il pas ntlaqué aux raisons de gros bon sens que j'avais alléguées lout d'abord? Vraisemblablement parce qu'il ne m'a pas suivi avec assez d'attention, m'ayani condamné dès le moment qu'il a eu connaissance de ces u-mes découvertes au Bas-Meudon. Mais passer de la sorte à (ravers les mailles d'uoe argumentation, ce n'est pas la défaire, et je ne désespère pas de ramener M. de Saulcy lui-même à mon parti, si je dresse de nouveau l'obstacle que sa préoccupation l'a empêché d'apercevoir, c'est-à-dire si je pose cette simple (gestion : César aurait-il reconnu, comme il l'a fait pour Camulogène, les talents militaires d'un général qui, campé vers le quai Saint-Michel, non seulement n'aurait pas été en mesure de s'opposer à une invasion de la rive gauche, préparée au Cfadtclet, mais n'aurait même rien soupçonné du départ qui s'eEfectuait si près de lui?
L'article de la Heoue contemporaine contient bien d'autres assertions qui demanderaient la réplique, comme, par exemple, la lenlalive de Labiéuus pour traverser la Bièvre, transpoiiée à Gentilly pendant que les Gaulois se seraient tenus sur les pentes de la nioulagne Sainte-Geneviève ; comme les difficultés chiméi'iques créées pour cette opération du passage qui, eût-elle nécessité des renii>laiB, aurait pu se faire en deux heures par le travail de mille hommes; comme les raisons données pour établir que les Romains ont dû passer la Mai-ne; comme l'étymologie proposée pour le nom 'le Monliouçe afin d'identifier ce lieu, qui n'est ni mont ni coUiue, »vec une certaine colline mentionnée dans le récit de la bataille et dont la prise coûta beaucoup de sang aux Romains, etc., etc. Mais <;e soDl là des conséquences du système, qui tombent d'elles-mêmes dii moment qu'on n'accorde, ni que Lahiénus s'avançant par la rive gauche ait échoué devant la Bièvre, ni que, s'étant transporté ^"T la rive droite, il soit venu camper devant Lutèce. Par conséquent, j'en ai dit assez pour maintenir mes conclusions d'autrefois qui sont : '° Que les Romains, dans leur première marche sur Lutèce, furent frétés en avant de Juvisy par des marais très prolongés que formait ' Orge avant d'arriver à la Seine ;
2° Qu'au terme de leur seconde marche, ils prirent position bous •^teil, dans la presqu'île formée par le confluent de la Seine et de la Maine ;
3" Que, pour aller livrer bataille, ils passèrent la Seine à la hauteur dAlforlj faisant croire qu'ils voulaient passer également à Choisy. «Uu dessus de Choisy;
DigitizsdbyGOO'^le
242 DU LIEU DE LA BATAILLE ENTRE LABIÉNUS ET LES PARtSIEHS
A" Que les Gaulois, postés du càté de Lutèce, en vue du territoii'e de Créteil, ne purent pas faire mieux, même avec toute la dilif^nce et toute l'intelligence dont l'homme est capable, que de se mettre en ligne lorsque l'armée romaine tout entière était déjà sur la rive
5° Que la bataille se livra dans la plaine qui forme les territoires d'Ivry et de Viti-y, le nom de ce dernier village étant à lui seiil un monument, puisque VicCoriaeum veut dire le lieu de la victoire.
Aurai-je le r^ret de terminer en disant que dans le travail de M. de Saulcy je n'ai rien trouvé dont je pusse faire mon profit?
Non, j'accepte une coirecUon qu'il fait à mon système sur uu point où je me suis exagéré la portée d'un mot. César, en parlant de la position des Gaulois, les représente comme campés sur les bords de la Seine, m ripU Sequanx. D'après un certain nombre d'exemples que j'avais recueillis dans les Commentaires sur l'emploi de ripa et de ripœ, j'avais cru que le pluriel eatraioait toujours pour notre auteur l'idée des deux rives, et j'avais placé les Gaulois de Camulogëne sur la rive droite aussi bien que sur la rive gauche. M. de Saulcy a retourné contre moi un passage que j'avais allégué en faveur de cette opinion, et qui reste incertain, cai- il s'y agit d'un camp protégé par les rives de l'Aisne, les Romains occupant l'une et l'autre rive. Mais en cherchant de nouveau, j'ai rencontré un autre exemple qui donne raison à mon honorable adversaire. C'est ce que César dit du Doubs relativement & Besançon : ila ut radicet eius montis exutrague pwle ripie fluminis conltnganl (B. G. 1,38). Je renonce dés lors à mettre des Gaulois sur ta rive droite de la Seine, ot je me félicite, pour mon travail, d'une discussion d'où il sort amendé.
En dehors de la question, j'ai remarqué encore une excellente conjecture que je m'empresse de signaler. Dans le chapitre où César mentionne les rumeurs qui circulaient parmi les Gaulois pendant sa retraite de Gergovie, les manuscrits et les éditions donnent cette phrase inintelligible : Gallique in cothqum inlercluaum itinere et Ligere Cœsarem, inopia frumenli coaclum, in provinciam contendisse confirmabanl. Los commentateurs se sont exténués à raisonner sur itinere sans arriver k rien de plausible. M. de Saulcy remplace ce mot par Elavere, l'Allier. C'est là une de ces restitutions qui se recommandent par elles-mêmes. Je ne craindrais pas de la proposer comme incontestable, si je donnais une édition des Commentaires.
DigitizsdbyGOO'^le
RAPPORT
AU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES