‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 85 sur 240 · UNE DECOUVERTE DE VASES GRECS ET EGYPTIENS · texte numérisé non relu

UNE DECOUVERTE DE VASES GRECS ET EGYPTIENS

faite à Thun. pris Meutan (Seine-et-Oise).

{Rtvue dtt SociéUa lavanlei, ISSfl. - Bibliogr., n" 109.)

La section se rappelle que j'ai déjà eu l'honneur de l'entretenir du rapport de M. Grimot; elle n'a pas oublié non plus les objections présentées par plusieurs de ses membres contre la découverte qui fait l'objet de ce rapport ',

Après ce qui avait été dit, il m'a semblé nécessaire de me rendre auprès de notre bonorable correspondant pour voir de mes yeuï les objets signalés par lui au Comité, et pour recueillir de sa liouche, s'il était possible, un supplément d'information. Ainsi le compte renilu que je vais faire portera sur ma visite à M. l'abbé Grimot autant que sur son rapport.

Il s'agit, comme on sait, de vases égyptiens et grecs, aujourd'hui en la possession de M. Grimot, lesquels proviendraient d'une fouille exécutée dans le département de Seine-et-Oise,

J'exposerai d'abord les faits relatifs à la découverte.

Vers 1832, on nivelait un tertre dans une propriété du nom de Thun, qui est située au bas du vieux Meulan. Pendant toute la durée des travaux, on ne cessa de trouver des débris qui attestaient que le tertre avait servi pendant des siècles à usage de cimetière. Sous la première couche du sol, qui contenait des restes d'inhumations modernes, se montrèrent de ces- cercueils de plâtre si fréquemment employés au moyen âge, et plus bas encore, lorsqu'on eut atteint une profondeur de 4 ou 5 mètres, on mit h découvert un grand sarcophage en grès et une douzaine de fosses revêtues de pierres calcaires superposées. Le sarcophage renfermait des ossements humains, des figurines ^yptiennes, un morceau de bois très dur, et deux pots allongés en albâtre oriental, ayant aussi tous les caractères de vases égyptiens.

I. Voj. Bévue det SoeiéUitamntes, 1859, 2« eérle, 1. 1, p. 105 et t. II, p. 13. A. G.

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VASES GRBCS ET ÉGTFTTENS TROUVÉS A THDK 247

Dans l'une des sépultures en forme de fosse il y avait une lampe et quatre vases de terre cuite, dont deux furent considérés comme étrusques ; le fond de la fosse était saupoudré d'un résidu noirâtre. EnQn l'on rencontra péle-méle, dans le sol environnant, quelques monnaies de cuivre, des silex, des fraj^ments informes de fer et de bronze oxydés.

M. Langevin, percepteur à Meulan, suivit ces travaux, mais non pas avec assiduité. Il se procura la plupart des pièces découvertes et recueillit la poudre noire dont je viens de parler. Il n'eut pas les figurines égyptiennes, qui furent brisées. Quant au sarcophage de grès, il fut brisé également ; mais quelques morceaux se conservèrent, et on lésa vus longtemps chez M. Daguin, propriétaire du domaine de Thun. 1! y avait dessus des caractères avec une décoration d'oiseaux et de losanges. Ils se sont égarés depuis.

Tels sont les souvenirs consignés par M. Langevin lui-même dans une lettre à M. Grimol, dont j'ai eu la communication. Je dois ajouter que les antiquités de Thun ont passé dans les mains de M. Grimot par un don tout à fait désintéressé. M. Langevin lui en a fait bomm^e parce qu'il le voyait y attacher une importance toute particulière.

Je me suis rendu chez M. Grimot, à l'Isle-Âdam, en compagnie de M. Théodule Devéria, employé au Musée égyptien du Louvre : la présence d'un égyptologue exercé m'avait semblé d'autant plus nécessaire rpie le rapport mentionnait des inscriptions tracées au pinceau sur les vases d'albâtre.

Les dessins qui nous étaient parvenus en même temps que le rapport donnent l'idée la plus exacte de ces vases. Ils sont de forme allongée ; l'un, haut de 30 centimètres, est un canope qui a pour couvercle une tête de singe cynocéphale ; l'autre, plus bas de moitié, n'a pas de couvercle, son unique décoration est une bordure d'oves exécutée au pinceau autour de l'orifice. Tous deux semblent avoir été salis par un long usage ; les inscriptions, autrefois appliquées dans des cartouches, sur le milieu de leurs panses, sont complètement effacées. Néanmoins M. Devéria a pu reconnaître que celle du plus petit vase avait été en écriture hiératique. Il a même cru déchiffrer le mot égyptien qui signifie mesure. Dans tous les cas, il avait déclaré, à la première vue de l'objet, que c'était une mesure de capacité.

Les vases de terre cuite sont tous de petite dimension. Trois (je compte la lampe dans le nombre) appartiennent certainement à l'industrie romaine, et ne se distinguent un rien des produits analogues de la bonne époque ; les deux autres, qui nous avaient été signalés comme étrusques, sont de fabrique grecque, mats plus épais que les vases de Samos. Il y en a un en forme d'aiguière avec une anse posée

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24H VASES GRECS ET ÉGtPTIENS THOBVÉS A THUN

comme une bride par-dessus le col ; l'autre est ud lécythe dont le ffoulot a été brisé, ce qui permet d'apercevoir la couleur de la pâte, qui est rose. La décoration de t'aiguière consiste en une bordure de petites feuilles cordiformes posée au sommet de la panse ; celle du lécythe est une figure de femme coilîée de la mitre. Ces ornements s'enlèvent en blanc sur un fond noir qui couvre la totalité de chaque pièce. La couverte du lécythe a un brillant qui lui donne de l'analogie avec les vernis émaillés de la poterie moderne.

A la vue de ces pièces, nous n'avons pas douté un moment de leur authenticité. Leur dge nous a semblé offrir une différence notable. M. Devéria jug^e les vases égyptiens antérieurs d'un grand nombre de siècles à l'ère chrétienne ; selon toute apparence, les vases grecs sont beaucoup moins anciens que ceux que l'on trouve dans les sépultures de l'Italie méridionale.

Maintenant, la section voudra savoir notre avis sur le dc^rê de certitude que présente la provenance qu'on leur attribue.

Si l'on s'en rapporte aux médailles que M. Grimot a envoyées au Comilé, comme pièces justificatives de son Mémoire, les sépultures de Thun dateraient du règne des premiers empereurs, M. Chabotiillet, qui a déterminé ces médailles, y a reconnu :

i" Une monnaie d'Alexandrie au type d'Adrien ;

2" Une monnaie hébraïque de l'an 67 de J.-C. ;

3" Une monnaie grecque de Corcyre.

Ainsi il faudrait admettre qu'un comptoir, où s'étaient fixés de» marchands égyptiens, juifs et grecs, exista à Meulan dans le pre™'*^ siècle de notre ère.

Là-dessus M. Devéria fait cette objection. Comment des vases, q"' remontent à l'époque de l'autonomie égyptienne et qui sont des produits les plus communs de cette époque, auraient-ils été con®^'^ pendant des siècles pour être enfin apportés en Gaule ? D'ailleurs, «• admettant les circonstances déjà si difficiles à expliquer de la conservation et du transport, c'est-à-dire en faisant la supposition *IVT

commerçant égyptien, émigré à Meulan, aurait emporté avec

lui lie

quoi être inhumé suivant l'ancien rite de son i«ys, comme" " fait-il que ce rite n'a pas été observé de point en point et «T*^"" n'ait trouvé qu'un canope, lorsqu'il aurait fallu en trouver qua""^; car le va.ie à tète de cynocéphale est invariablement accomp^^ dans les tombeaux égyptiens de trois autres vases à tètes d'an''*'''" représentant d'autres attributs de la divinité.

En pi't'sence de cette difficulté et de celle du même genre à '■ 'luelle doimeraient lien les vases grecs, j'ai dû me rappeler les r^ci

VASBS GRECS ET ÉGYPTIBVS TROUVÉS A, THCN 249

qui ont éié faits dans le sein de la eection, de prétendues découvertes d'antiquités égyptiennes et grecques annoncées plusieurs fois en divers lieui de la France, lesquelles, lorsqu'on a voulu les constater, se sont complètement évanouies ou n'ont montré que de (grossières contrefaçons, ou bien encore ont laissé la conviction que les objets rendus par le sol y avaient été déposés depuis peu.

Ici, à la vérité, nous avons, avec des antiquités dont le caractère n*est pas douteux, la coïncidence de monnaies peu communes en France, très effacées, et dont des archéologues consommés auraient pu seuls connaître la signification, de sorte qu'il faudrait supposer bien des ressources et une scienc« peu commune de la part de ceux qui auraient profité des fouilles de Thun pour préparer une déception aux antiquaires du pays.

Mais, d'un autre côté, il s'agit d'une opération qui remonte à près de trente ans ; M. Langevin, collecteur zélé d'objets rares, prend de toutes mains les antiquités qu'on lui présente : môme en écartant l'idée qu'on ait voulu lui tendre un piège, n'y a-t-il pas lieu d'appréhender que sa mémoire ne le serve pas bien et qu'il n'ait associé, comme produits des fouilles de Thim, des objets ayant une tout autre provenance ? Des souvenirs qui datent de tant d'années ne peuvent pas fournir le degréde certitude requis pour la validité d'une enquête. Par ces considérations, je pense qne nous ne devons accueillîiqu'avec réserve le fait dont nous ne sommes pas moins obligés à M. l'abbé (irimot de nous avoir donné connaissance. Notre honorable correspondant comprendra de combien de circonspection il faut user avant d'admettre, dans le répertoire des objets que recèle notre sol toute une classe d'antiquités dont la présence chez nous s'explique si difficilement, surtout lorsqu'il est avéré que la supercherie a déjà tenté plusieurs fois de les y introduire. Mais si nous conservons des doutes, notre avis n'est pas que la question soit de celles qui ne recevront jamais une solution favorable. Dans la lettre dont j'ai résumé précédemment la substance, M. Langevin affirme que les objets de Thun ne sont pas les seuls de leur genre qu'ait fournis la contrée, que des analogues ont été trouvés à Mézières, à Ëpones, à Breuil, h Triel, à Vaux, etc., et qu'il s'occupe actuellement de les rechercher. Espérons que M. Grimot voudra bien apporter à la constatation des découvertes ultérieures le concours de son savoir et de son intelligence et qu'avec le même zèle dont il a déjà donné tant de preuves au tHomité, il s'emploiera, si l'occasion s'en présente, à fixer définitivement un point de première importance pour l'archéologie.

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RAPPORT

AU COMITÉ DES TBAVAUX HISTORIQUES

BDR LA PARTIE AnCHftOLOOIQtie DES TOIIEB Vil, VIII ET IX

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