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POUR LA. CONSERVATION DES MONUMENTS HISTORIQUES D'ALSACE

{2* itmx, t. i, 1BGS-1S63.)

ANTIQUITÉS DE LA HONTAONB BAIHTB-ODILB.

— SÉFULTORES OAULOISBB ET ROVAINES DE l'alSACE. —

rOUILLEB DE BAAH-UNION,

(Revue dtt Soeiiléi tavantet, i86B, — Bibliogr., n' 136.)

C'est le commencement d'une série nouvelle qui difF&re par le format des volumes précédemment publiés. La Société alsacienne a adopté le grand in-S" afin que lea planches qui accompagnent ses travaux représentent les objets à une échelle moins réduite. Les livraisons sont composées de deux parties qui ont chacune leur p^nalion particulière, de sorte que dans les volumes, les procès-verbaux des séances et les mémoires ne soient plus confondus.

Lea travaux archéologiques qui m'ont paru offrir le plus d'intérêt concernent l'antiquité. J'indiquerai les principaux ;

Dans une notice sur quelques antiquités de la njontagne Sainte- Odile et de ses environs, M. Oppermann, de la faculté des Sciences de Strasbourg, a donné le plan et les mesures des deux dolmens situés sous le fameux mur Païen. L'étrange assertion émise en ces derniers iemps, qu'il n'y a pas de dolmens dans la région orientale de la Gaule, donne à l'exploration du savant Strasboui^eois un roérife tout particulier d'à-propos. Schweighœuser avait signalé ces monuments dès 1825. On ne fait pas l'ascension de la montagne de Sainte-Odile sans les visiter. L'un d'eux paraissait avoir eu une issue par une fente bouchée qu'on apercevait au fond de la galerie. C'est ce qui a motivé la visite de M, Oppermann, chargé par la Société d'Alsace de constater si cette fente était vérit^Iement un passage. Il fallut déblayer, à grand'peine, à cause des ruines du mtir paien, qui sont venues s'entasser sur ce point en roulant d'une hau-

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ANTIQUITÉS DE tA MONTAGNE SAINTE-ODILE 279

teur de six à huit mètres. On parvint à «uivre un couloir par lequel on fut conduit à un espace où aboutissaient plusieurs galeries. On s'arrêta quand on eut acquis la certitude que l'une de celles-ci se dirigeait vers le second dolmen, tandis qu'une autre montait dans )a direction du mur Païen.

Les dénominations de Druidenhûèel (UiTtrR des Druides) et ^o^menhûtten (Hutte-dolmen) appliquées à ces grottes artificielles par les bûcherons, les récits qu'ils font de sacrifices épouvantables jadis accomplis en cet endroit ont donné le change à M. Oppermann. Il a pris pour une tradition venue de l'antiquité ce qui n'est certainement qu'un écho des explications données il y a quarante ans par Schweighœuser. Le mot dolmen, qui est bas brelan, et la notion des Druides appliquées aux vieilles pierres sont des choses qui n'ont cours que depuis la fondation de l'Académie celtique, c'est-àrdire depuis le commencement de ce siècle.

Non loin des dolmens , le mur Païen est interrompu par deux ouvertures, distantes l'une de l'autre d'environ dix mètres. Deux chemins passent par cette double brèche, l'un établi à niveau sur le fnA et pavé avec de larges pierres; l'autre creusé par un long us^e, enfoncé entre des berges qui atteignent jusqu'à huit mètres de haut. M. Oppermann regarde le premier de ces chemins comme une voie romaine en ayant soin de dire qu'il n'est pas le premier qui ait eu cette opinion, puisque le nom consacré par l'usage est Barrer-Rùmer' Weg, t chemin romain de Bar >. Quant au chemin creux, le savant ■professeur le compare avec raison aux chemins gaulois qu'il a vus en Franche-Comté. J'ajouterai à ce propos que plusieurs autres chemins se présentent avec les mêmes caractères dans le massif de montagnes qui s'appuie sur le flanc méridional de Sainte - Odile. n en est deux ou (rois que je me rappelle avoir suivis sur les indications des gens du pays. Le plus curieux monte au fond du val Saint-Ulrich le long de la rive gauche de la Kimeck. A peine s'y eston engagé qu'on le voit s'enfoncer dans la roche, de même que cette Languetine d'Alaise, qui est devenue le prototype des chemins gaulois; mais en Alsace, la roche consistant en un granit mal agrégé s'est creusée bien plus profondément que le calcaire compacte de la montagne jurassienne. L'aspect de cette brèche sur laquelle de grands sapins projettent leur ombre , a quelque chose de terrible. On ne peut pas s'empêcher de songer aux combats dont de (.^Is défilés durent être témoins, lorsque des ennemis ou des rivaux s'y rencontraient les armes à la main.

Il y en aurait long à dire sur le val Saint-Ulrich. Le celtique y

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appandt de tous les c&tëa. A gauche en venant de Barr, on a les Silberfelsen , crête granitique d'un mamelon d'où l'œil embrasse toute la plaine d'Alsace, et à l'horizon les montagnes de la Forét- Noire, Les roches qui ont motivé le nom Silberfelsen (roches d'argent) sont disposées comme un siège pour contempler ce magnifique point de vue. Tout autour régnent des murgers formés de naain d'homme, se rapportant au genre de monuments qu'on appelle des Enceintes sacrées.

Au fond du val, un monticule factice formé de gros quartiers de roche se dessine sur l'horizon derrière les ruines du château d'Andiau, tandis que, à droite, on voit s'élever comme un fort détaché du mont Sainte-Odile la cime du Kienherg, qui est couverte de tumulus.

Mais c'est surtout le mur Païen qui se recommande à l'étude. Que les antiquaires strasboui^eois ne croient pas la matière épuisée. La dernière notice dont le mur Païen a été l'objet, excellente pour le temps où elle a paru, ne répond plus à l'état de nos connaissances. L'incertitude qu'elle laisse planer sur l'origine du monument, s'il est gaulois ou romain, n'est plus permise aujourd'hui. Sans doute, les Romains ont tiré parti de la montagne Sainte-Odile. Ils eurent un poste d'observation à l'endroit qu'occupe aujourd'hui le monas- . tére. Leur présence est attestée et par des débris de poterie rouge et par ta marque du ciseau sur des rochers qui ont été taillés pour faciliter les abords de ce point de la montagne. Mais ce ne sont pas les Romains qui ont passé leur temps à murer sur une étendue de dix kilomètres un plateau qui ne pouvait faire, à cause de son altitude, qu'une place de guerre inutile pour la défense des vallées environnantes , et , à cause de son aridité, une place incommode et dangereuse attendu qu'on y était obligé, ainsi qu'à Uxellodunum, d'aller s'approvisionner d'eau, sur les versants du mont.

Aussi bien le système de construction n'est pas du tout romain. Le mur est posé sans fondations sur des saillies rocheuses ou sur le sol. Il est formé de pierres à peu près équarries, parce qu'elles ont été débitées au coin dans des bancs de poudingue d'une cassure régulière; mais ces pierres n'ont pas reçu d'appareil. Une liaison très imparfaite a été obtenue au moyen de tenons de bois, taillés en queue d'aronde, qui tiennent le plus grand nombre des pierres accrochées l'une à l'autre par la tète. Le mur étant formé de deux parements, il n'y avait pas d'attache entre celui de devant et celui de derrière : ce qui a rendu assez facile la destruction de l'ouvrage, malgré son apparence herculéenne.

Le mur Païen est bien le fait d'un peuple primitif, et c'est i ce

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point de vue qu'il demande à être examiné de nouveau. Il faut qa'oa en décrive minutieusement l'état actuel sans négliger aucun des éléments qui permettront de restituer les parties détruites. La description devra être accompagnée de dessins bien faits, tels que ceux qu'on exécute avec le secours de la photographie, afin que le lecteur puisse se former une idée exacte de la construction; et comme il y a sur la cime des Vosges d'autres murs païens qui ne sont pas faits de même, il sera à propos de montrer la diOérence par des dessins comparatifs. Plusieurs coupes du plateau achèveront d'étahlir aux yeux, par la différence de relief qu'il y a entre une partie et une autre, l'étrange physionomie que présentait un oppidum gaulois.

Mais c'est assez parler de ce qu'il y a & faire. Je reviens à ce qui a été fait.

H. de Ring, continuant sa fructueuse exploration des sépultures gauloises de l'Alsace, s'est transporté successivement aux deux extrémités de la province ; à Schirrein, dans la forêt de Hagu^iau, et 4 Dossenheim près de Neulbrisach. Les groupes de tumulus qu'il a fouillés dans les deux localités appartenaient à la dernière période de Tautonomie celtique. Une de ces sépultures lui a même fourni les ' débris d'un beau vase romain, en terre rouge vernissée, qu'il a été impossible, vu la profondeur de son enfouissement, d'attribuer à une inhumation postérieure.

Une particularité intéressante qui s'est présentée à Dossenheim ' est celle d'un couple qui avai^ été inhumé en même temps, soit que les deux époux fassent morts ensemble, soit que l'un d'eux se fût tué pour ne pas survivre à l'autre. Ce qu'il y a de certain, c'est que le squelette de la femme avait le bras passé sous le squelette du mari. L'épée gauloise en fer s'est trouvée à la fois à Schirrein et à Dossenheim. M. de Ring en a figuré trois échantillons dont la forme est pareille. La pointe très effilée, est procurée par le rétrécissement graduel de la lame. La longueur de celle-ci varie entre 80 et 90 centimètres. Elle est contenue dans un fourreau de fer mince qui est muni par le bas de deux oreillons. Je suppose qu'on mettait là des glands, des houppes ou tout autre ornement léger ou pendeloque. L'une des épées avait été cassée en petits morceaux avant d'être mise dans le tumulus, et l'autre avait été repliée sur elle-même, lame et fourreau, nécessairement après avoir été rougie au feu. Gela a bien du rapport avec les épéea du Vaudreuil, signalées par M. l'abbé Cochet- dans la Revue des Sociétés savantes de l'année dernière*.

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