SÉPULTURES ANCIENNES DE L ALSACE
Une notice de M. le colonel de Morlet est consacrée à une famille dé tombeaux qoi est disséminée sur le sommet des Vosges auprès de Saveme, et que Scbœpflin signala le premier à l'attention des énidits. Ce sont des stèles qui affectent la forme d'un prisme et dont les celés obliques sont quelquefois bombés, comme s'ils eussent été proGlés d'après la formule du cintre g:othique. Ces stèles Recouvrent, soit des auges, soit des'pierres en chantier entre lesquelles a été déposée une urne cinéraire ; ailleurs, l'urne est enfoncée et la stèle ne fait qu'indiquer son emplacement. '
Ces tombeaux ne sont point isolés. Il se présentent par groupes et constituent de véritables cimetières. Les groupe étaient jadis très nombreux : la destruction tes a rendus plus rares. M. de Morlet en signale encore huit qui ont été préservés, grâce à leur situation dans d'épaisses forêts. Ils câioient les mûrgers qui dominentia vallée de la Zom, entre Luizelboui^ et Saveme.
L'époque des monuments dont il s'agit ne peut pas donner lieu à controverse. Le sot qu| les environne abonde en débris romains ; euxmêmes sont munis d'inscriptions latines, ils ont été érigés pour des personnes dont le corps avait été réduit en cendres, suivant le rite romain. Ils sont donc du temps de l'empire romain, et du temps où l'on brûlait les corps. M. de Morlet a trouvé des données chronologiques encore plus précises dans l'examen des objets fournis par ces tombeaux. De l'un d'eux est sortie une monnaie de Titus que sa légende permet de rapporter à l'an 80 de notre ère.
Le savant Alsacien ne doute pas, d'après cela, que les sépultures conservées sur la cime des Vosges ne soient celles des Gaulois nouvellement assujettis aux usages romains ; et quant aux stèles qui les recouvrent, il ne serait pas éloigné de leur assigner une origine orientale. Leur forme est celle des monuments funèbres de l'Asie-Mineure. N'aurait-elle pas été importée par les Gaulois à la suite de leurs pérégrinations aventureuses ?
Cette supposition ne me semble pas acceptable. Tant que les Gaulois conservèrent leur indépendance, ils s'abstinrent d'imiter les autres peuples, et l'on ne peut pas douter qu'en cela ils n'aient obéi i. des principes religieux ou autres. Or, si quelque chose paraît avoir contrarié ces principes, c'est le travail qui consistait à façonner la pierre. De leurs excursions, ils ne rapportèrent pas plus l'art de sculpter des. tombeaux que celui de construire des.temples et des maisons.
Je ne crois pas non plus qu'il faille trop se presser d'appeler galloromains des cimetières où pourraient bien se rencontrer les os de gens qui n'étaient pas des Galio-Romains. Sans doute, c'est au voca-
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FOCILLÏS OE SAAR-XraiOM 283
bnlaire gaulois qu'appartiennent les noms DIVIXTE, MAGiORIX, DALLOMARI. rapportés par M. de Morlet, ou figurés sur les dessins de tombeaux qui accompagnent sa notice ; mais le nom CODO que jp lis dans une autre épitaphe, n'a guère l'apparence celtique; mais je crois apercevoir des caract&res ibériens dans le dessin d'un tombeau où l'inscription est montrée en raccourci ; mais l'urne qui a fourni la monnaie de Titus, contenait en même temps un coutelas et un fer de lance germaniques. Ne voilà-t-il pas assez d'indices d'un mélange de races, et les cimetières où ce mélange se rencontre, n'ont-ils pas été ceux des troupes auxiliaires qui complétaient les légions romaines cantonnées en Alsace ?
C'est par le moyen des inscriptions que la question pourra être complètement résolue. L'honneur de les publier revient de droit à M. de Morlet, qui, non content d'avoir remis à l'étude ces curieux monuments, a assuré la conservation des derniers qui subsistaient en les faisant transporter aux musées de Saveme et de Strasboui^.
H. le pasteur Riegel, dont j'ai déjà signalé le zèle à chercher les . ruines, a eu encore une fois la main heureuse en faisant fouiller un HeidenAûbel, ou butte païenne, aux environs de Saar-Union. Cette butte est dans une forêt de hêtres, sur le bord d'une clairière, appelée ffeiden-Tempel, temple païen. La légende racontait qu'une cloche d'ai^ent était enterrée sous le tertre, et que le temple recelait le cercueil en or d'un ancien roi. Maintes fois des gens de Saar-Union étaient allés fouiller dans ces deux endroits, sans trouver ni la cloche ni le cercueil. Les fouilles commandées par M. Riegel n'ont pas amené davantage la découverte de ces deux objets. Ce sont tout bonnement les substructions d'un vaste établissement romain qu'on a vu se dessiner sous le sol.
La butte était formée de décombres entassés sur un point qui parait avoir été une cuisine. Tout y était brisé et broyé. Seul un joli flacon de verre s'était trouvé préservé par des pierres lors de la chute du comble sur le pavé. Il y avait dedans un liquide incolore. On n'a pu savoir ce que c'était parce que les ouvriers, mal surveillés, brisèrent le flacon en se le disputant. Hs croyaient avoir trouvé de l'essence d'or.
Le sous-sol de la clairière était composé de cendres et autres résidus résultant de l'incendie. Le plan de l'édifice, relevé pendant les travaux, a été soumis k la Société Alsacienne mais n'a pas été publié. Il est dit seulement dans le rapport que l'une des pièces paraissait avoir été un atelier de foi^e. Deux cheminées courant sous le sol débouchaient dans un emplacemenl où était plantée une grosse pierre, qui fut jugée
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