‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 96 sur 240 · EX VOTO · texte numérisé non relu

EX VOTO

S'étant rendu de la Savoie en Franche-Comté, M. Quicherat a fait

une nouvelle excursion à Alaise et dans ses environs. Il a assisté au

travail d'une tranchée qui a été ouverte sur la commune de Myon.

Myon est un village en face du massif d'Alaise, dont le sépale une

vallée. La commision des fouilles de la Société d'Émulation du Doul»

avait jugé que la circonvallation des Romains devant Alésia dut

passer derrière Myon. C'est afin de constater le fait que la tranchée

a été ouverte. L'opération a été couronnée d'un plein succès. D'abonl

se sont montrés des débris de poterie romaine et gauloise, puis des

morceaux Informes de fer et de bronze, enfin, à la profondeur de plus

de deux mètres, une masse de rondins et de poutrelles faisant l'effet

d'une palissade renversée. Le bois était carbonisé par son long séjour

dans un fond de marne.

Sur la ligne de tumulus qui s'étend entre Alaise et les gués de la

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EX SAVOIE ET EN FftANCUE-COHTÉ 287 '

Sadne, des fouilles odI été entreprises par M. Gannard, de Quingey. Plusieurs sépultures, ouvertes à proximité de cette ville, ont fourni des osseraente d'hommes et de chevaus, de la poterie celtique, des objets de fer et de bronze, identiques à ceux des tumulus d' Alaise.

Ges différentes découvertes, ajoute notre confrère, feront l'objet du rapport annuel que M. Castan préseule à la Société d'émulation du Doubs sur les progrès de la question d'AUiia.

M. Quicberat parle ensuite de la découverte d'une sépulture, chrétienne selon toute apparence, qui a eu lieu prés de Saint-Ferjeux, hors les murs de Besançon, dans le lieu dit : /£ Champ des Saints.

Un cultivateur, voulant débarrasser son champ d'une pierre qu'il croyait être une roche, où le soc de sa charrue heurtait depuis plusieurs années, reconnut avec surprise que la pierre était taillée en forme de toit. C'était le couvercle d'un coffre de pierre. Il était si massif qu'il fallut un cric pour le lever. Dans le coffre on trouva un squelette entier d'un homme de belle race, ayant passé la cinquantaine. A ses pieds était un petit flacon carré en verre commun. D'après la position du squelette, on put constater que le cadavre avait été étendu dans le sarcophage, la téta relevée contre le bout de celui-ci, de sorte que le crâne était retombé sur les clavicules. Une autre particularité remarquable esf l'orientation du mort, qui avait les pieds tournés au midi.

La forme du coffre est parfaitement rectangulaire. Il a 'S^fOS do long sur 0™,80 de largeur. L'orifice s'engage par une enture dans l'épaisseur du couvercle qui le déborde de toutes parts. L'extérieur est d'une exécution grossière, mais le dedans a été parementé avec soin.

M. Quicherat attribue cette sépulture au iv" siècle de notre ère.

A l^ns-le-Saunier, notre confrère a vu chez M. Zéphirin Robert, bibliothécaire de la ville, une hottée de bronzes gaulois, que venait de découvrir un paysan des environs. C'était un de ces dépôts, comme on en trouve assez souvent, d'objets défectueux ou cassés, destinés à la fonte. Les serpes, les couteaux, les maillets, les anneaux de toutes les dimensions, les bracelets, les chaînettes abondent dans cette collection qui'se distingue par un innombrable assortiment de bossettes pareilles à celles dont on orne encore les harnais de cheval.

M. Quicherat termine en disant qu'il a repu de M. Servois, archiviste-paléographe, avec prière de la répandre par tous les moyens de publicité, une inscription du plus grand intérêt. Elle a été recueillie tout récemment par M. Boére, curé de Uëves (Nièvre). Elle formait le fond d'un cercueil de pierre qu'on a retiré des subslructions de l'église du lieu, dont la nef est en reconstruction. M. Quicherat s'est

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' 288 DÉCOUVERTES AnCHÉOLOGIQtiES

empressé de communiquer ce document à notre confrère, M. Léon Renier, qui en a donné connaissance k l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et en a fait ensuite l'objet d'un article dans la Revue archéologique. La Société, ajoute M. Quicherat, voudra bien me mettre à même de m'acquiter de l'engagement que j'ai contracté en accueillant & son tour dans son bulletin l'inscription dont ii s'agit. C'est un monument de notre ancienne géo^aphie. Elle prouve, ainri que l'a fait remarquer M. Renier, que c'est au village de Méves que répond, suivant l'attribution de d'Anville, la station Massava de la carte de Peutinger.

Voici le texte ;

AVCSACRDEAECLVTOn

DAE ' ETVCANISMASAVENSIBV<

MEDIV5ACERMEDIANNI/

MVRVMINTERARCVSDVOSCum

SVrSORNAMENTISDSD<;

Lecture:

Augtisto Sacrum, deae C'iutondae et vicanis Masaveraibus Meditu Acer, Medii Annii films, murum inter duos areus cum suû omamenlù de suo dono dédit.

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"ul

RAPPORT

Jk.V COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES t-ETIN DE L'ACADÉMIE DELPHINALE

****»*-AINl DE LA SAnHASINlÈnE — EBPULTUBI DB M0IRAN3 (isÈRE). UO.NUUBNTS D1VBR3.

^ E^ES DE LA Bulle-aux-Pendus, près de tallahd (hautes-alpes). Cihvue de* Soeitléi tavantes, 1866. — Bibllogr, n» 141.)

gpiiiw^ , ïkce avec plaisir un progrès marqué dans les travaux de nos

rfJ^A- -^^s dauphinois. Ils commencent à opérer d'après la nouvelle

^**^ ^'observation. Au lieu de concentrer leur attention sur les

\wSS teConnues depuis longtemps pour être des dépôts d'antiquités,

rcourcut le pays ; ils arrêtent leurs regards sur tout ce qui se

* f^^ote, soit à la surface du sol, soit dans les fouilles exécutées pour

les besoins publics ou particubers, el ils ne dédaignent pas, comme

yauraient fait leurs devanciers, de consigner les objets informes, les

^-ulgaires fragments qui n'ont aucun agrément pour les yçux. Je dirai

d'abord une découverte de première importance en ce geare, qui est

due à M. de Sainl-Andéol.

Ce savant, recherchant la trace du passage des Sarrasins sur la rive droite du Rhône, arrive à une plaine étroite, appelée la Sarratiniire, entre les villages d'Andance et de Sarras, qui sont aujourd'hui du département de l'Ârdèche. La tradition désigne ce lieu comme celui d'une sanglante bataille tJÙ les Francs de Charles Martel auraient Dut reculer les Sarrasins lorsque ceux-ci s'avançaient d'Avignon sur Vienne. Une mine informe s'élève au milieu de cette plaine. C'est un massif de moellons, fortement maçonné, de dix mètres de lonj^ et de haut sur sept de lat^e. L'apparence est celte d'une tour, mais d'une tout qui n'aurait eu ni portes ni fenêtres, car bien que le massif «oit vide à l'intérieur, il n'y a do baie sur aucune de ses faces. Un

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290 TOUR RÛM&IHE DE LA SARRASIHIÈRB

tel monument est-il uae construction qu'on doive attribua aui Sarrasins ?

M. de Saint-Andéol a fait preuve ici d'une sagacité qu'on ne saurait trop louer. Sans se préoccuper du nom du lieu, el quoique ignorant l'acception étendue qu'eut au moyen âge le nom de Sarrasin, il s'est attaché d'abord à l'inspection minutieuse de la ruine qu'il avait sous les yeux. Le mortier était d'une qualité qui lui fit reporter surle-champ sa pensée au delà de l'époque mérovingienne. Malgré la destruction complète du revêtement, il discerna des saillies régulièrement distancées qui n'avaient pu être que des pilastres. Il fit fouiller à la base, et aperçut un stylobate enfoncé de près de deux mètres dans le sol. 11 pénétra par le sommet dans le creux de la construction, et il le trouva revêtu de petit appareil. Enfin il en vit assez, non seulement pour reconnaître un ouvrage romain, mais pour acquéiir la certitude que cet ouvrage était un monument commémoratif du genre de ceux qui précédèrent les arcs de triomphe. Or Florus atteste que c'est en Gaule que des trophées de pierre, ou plutAt des tours de pierre destinées à supporter des trophées, furent élevées pour la première fois. Contre l'usage de la République, qui avait été jusquelà de s'abstenir des manifestations offensantes pour les vaincus, les consuls Domitius jïlnobarbus et Quintus Fabius introduisirent cette innovation afin d'éterniser le souvenir des deux défaites qu'ils avaient infligées sur les bords du Rhône aux Allobrc^es et aux Arvemes. Ëclairë par ce témoignage, M. de Saint-Andéol s'est demandé si le monument reconnu par lui ne serait pas l'un de ceux dont a voulu parler l'historien latin.

n ne pouvait s'agir que de la bataille gagnée par Quintus Fabius, et c'est sur la rive gauche du Rhéne, au confluent de ce fleuve et de l'Isère, qu'on s'accorde généralement à la placer. Mais des indications succinctes, contradictoires autant que peu précises, sont tout ce que les abrëviateura des anciens auteurs perdus nous ont laissé sur ce grand événement. La discussion de ces lambeaux de témoignages avait déjà amené des érudits à conjecturer qu'on s'était battu sur la rive droite et non sur la rive gauche du Rhéne, au pied de la chaîne des Cévennes, toujours mentionnée par Strabon, qui revient k deux reprises sur cette bataille. Après centrale de toutes les opinions, M. de Saint-Andéol s'est arrêté plus fortement & la sienne. Il revendique pour la ruine de ia Sarrasinière l'avantage de nous représenter à la fois le second monument triomphal élevé par les Romains, et la plus ancienne construction romaine qui existe aujourd'hui en France. le ne suis pas éloigné de souscrire au jugement du savant dau-

"SÉPULTURES DE MOIRiMS 29 {

phinois. Toutefois il est bon qiie l'attribution qu'il propose soit encore discutée. Une gravure accompagne la notice de M. de Saint^Andéol. On y voit le monument dans l'état où il est, et la .restauration trits intelligente qui en a été laite, en rapprochant, comme ferme de comparaison, la forme consacrée des arcs de triomphe.

Au même M. de Saint-Ândéol est due la description de divers objets trouvés à Moirans (Isère).

Ce sont d'abord des sépultures d'époques et de formes diverses, qui ont été mises à découvert en enlevant la terre d'un vieux cimeUëre qui attient à l'église du villa^. On a commencé par rencontrer douze cellules en forme de cercueils, lesquelles, au lieu d'être orientées selon l'usage ordinaire, avaient été disposées en cercle, la croix du cimetière, qui indiquait le centre, était plantée par-dessus. Chaque cellule était composée de pierres plates, le fond garni d'une seule pierre avec une cavité pour recevoir la tête du mort. M. de Saint- Andéol attribue ces sépultures au xf siècle, époque où l'église de Moirans fut donnée par un évèque de Grenoble k des religieux bénédictins.

Dans une couche plus profonde de 60 centimètres se sont montrés des cercueils de pierre d'une forme rectangulaire parfaite. Deux seulement dans le nombre contenaient chacun un petit pot de terre. De ce que l'un des pots était plus grossier de façon, M. de Saint- Andéol a assigné une date différente aux deux sépultures. L'une seiTiit d'environ l'an 400 de notre ère ; l'autre appartiendrait à l'époqua barbare, v*, vi*, ou vu® siècle. J'hésiterais, pour ma part, à tirer une conséquence si rigoureuse d'une circonstance qui, par elle-même, n'est rien moins que décisive. Un même tombeau a souvent fourni de la poterie grossière associée à de la poterie fine, et l'ou ne doute plus aujourd'hui qiie des produits du travail le plus barbare en cette partie ne puissent être contemporains d'autres produits admirablement fabriqués. La différence d'époque n'est donc pas suffisamment établie à mes yeux par la différence de qualité des poteries.

Ce scrupule n'est pas le seul qui m'arrête ici. Aucune des dates proposées par le savant dauphinois ne me parait convenir.

Si l'on s'en rapporte aux usages de nos régions septentrionales, il est bien vrai que des cercueils rectangulaires annoncent au plus tard la première moitié du vi» siècle; mais il faut considérer aussi la forme des pots. Ce sont de petits pichets à anee et à large gueule, du genre de ceux qui caractérisent cbei nous la sépulture des temps carlovingiens. Or le témoignage de la poterie me semble plus décisif que celui des cercueils ; car, autant il est vraisemblable que la forme romaine

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