PLANCHE
Inscription bilingue gravée sur une sorte de chapiteau plat trouvé dans le village moderne d’Athiénou, et provenant, je pense, des ruines de l’antique Golgos : la pierre, rapportée par nous, fait aujourd’hui partie du musée du Louvre.
Le grec se lit facilement:
Kapv£ efxi «Je suis Karyx. »
Les caractères paraissent être du vi* siècle avant J. C. Une formule analogue se trouve sur un des portraits si anciens et si curieux trouvés par M. New-
INSCRIPTIONS CYPRIOTES INÉDITES. 95 ton à Branchidæ en Asie Mineure 1 . Il est probable que notre monument couronnait une stèle consacrée à un personnage du nom de Karyx . ou portant son image sculptée en bas-relief. Ce chapiteau est en lui-même très-curieux : il est formé de deux lions adossés, dont les croupes se confondent l’une dans l’autre, à la manière des animaux qui composent les chapiteaux de Persépolis. Ce groupe singulier repose sur une plinthe ornée du disque ailé égyptien ou plutôt d’une imitation phénicienne de cet emblème bien connu.
Le texte cypriote se lit de droite à gauche: il est facile de s'en convaincre en le comparant aux alphabets donnés par M. de Luynes. Les cinq lettres qui le composent se retrouvent sur la tablette de Dali: la seconde est inclinée à cause du manque déplacé: il m’a été impossible de déterminer le groupe, qui correspond au nom propre grec KAPYS. Les diverses combinaisons que j’ai tentées m'ont donné des valeurs qui, appliquées aux légendes des médailles, n’ont amené aucun résultat satisfaisant, en ce sens que les mots obtenus ne s’accordaient avec aucun nom géographique ou historique connu. Le problème est plus compliqué qu’il ne semble au premier abord, car en admettant même que la transcription phonétique du nom grec se trouve dans la phrase cypriote, il faut encore déterminer si elle est ou non accompagnée d’une préposition, d’un
1 Newton, Halicanuusas , etc. t II. n* 72, pl. XCVII.
% INSCRIPTIONS CYPRIOTES INÉDITES, verbe ou d’une flexion grammaticale, si les voyelles sont ou non exprimées, si enfin le son 2 est rendu par une ou deux lettres. J’ai jusqu’à présent échoué dans celle recherche; d'autres seront, j’espère , plus heureux ou plus habiles.
Les trois textes compris sous ce numéro proviennent d’une grotte sépulcrale nommée aujourd'hui « Grotte de la Reine » et située auprès de Kouklia, village moderne bâti sur l’emplacement du célèbre temple de Paphos. Us sont gravés sur trois gros blocs de pierre équarris que l'on peut voir aujourd'hui exposés dans les galeries du Louvre.
Le premier gisait au fond de la grotte où il a été vu par M. de Hammer, M. Ross, et par M. Piéridis, qui ont envoyé au duc de Luynes les copies qui figurent à la planche XI de son ouvrage.
Les deux autres avaient été employés à une époque plus récente pour bâtir un mur en travers de l’entrée de la grotte. C’est lâ que je les ai découverts en faisant déblayer la porte du tombeau. Les mêmes travaux ont mis au jour un chapiteau dorique, un fragment de corniche à denticules et deux antélixes à palmcttes de style grec, d'où il est permis de conclure que la porte du tombeau aura reçu â l’époque macédonienne une décoration nouvelle. Les architectes d’alors auront utilisé pour leur construction les pierres provenant d’un mur plus
INSCRIPTIONS CYPRIOTES INÉDITES. 07 ancien, sur lequel était gravée l’inscription cypriote.
La pierre a , laissée au fond de la grotte , renferme à elle seule un texte complet, probablement les noms du principal défunt et une formule funéraire. Les caractères se lisent de gauche à droite; ils paraissent très-archaïques: par leur forme, ils diffèrent un peu de ceux des autres inscriptions, mais ce sont les mêmes lettres. On peut s’en convaincre en comparant le texte a avec l'inscription que nous donnons plus loin sous le n° 5. La même formule ou à peu près se trouve dans les deux monuments avec une inversion qui permet de couper les mots. Le premier mot de l’inscription n° 5 , mot de quatre lettres , commence la dernière ligne du texte a. Le groupe suivant, composé de sept lettres, se retrouve à la seconde ligne du texte a. Il paraît lui-même formé de deux mots, car les quatre dernières lettres sont associées dans le même ordre, dans la ligne unique du texte c.
Les deux fragments reproduits sous ces numéros proviennent d’Amathonte; nous les avons trouvés dans le village d’HagiosTy khôn , qui est bâti tout près de l’emplacement de cette ville antique et qui est rempli de débris apportés de ses ruines.
Les deux pierres sont aujourd'hui déposées au musée du Louvre.
9X INSCRIPTIONS CYPRIOTES INÉDITES.