PLANCHE IV
La nécropole de Néa-Paphos est divisée en plusieurs groupes de tombeaux, auxquels les habitants ont donné des noms différents. L'un s’appelle ÈA- Xr\vtxtx, un autre ÂA&w/a toü Èmaxinov. Aucun de ces hypogées ne me paraît antérieur au v* siècle avant notre ère, quoique la fondation de Néa-Paphos remonte à une époque très- reculée.
Le texte n° 5 est gravé à côté de l’escalier qui mène à un hypogée du groupe de ÉXXnvix o; nous l'avons déjà comparé aux textes de Kouklia.
Les n“6 et 7 1 appartiennent à un grand tombeau de AXcovta toü Èntaxônoi/ , tombeau remarquable par ses dimensions et ses formes insolites. Il se compose d’une salle circulaire, creusée dans le roc, et précédée d’un vestibule ouvert ou portique. Il est évident qu’il a été destiné à la sépulture d’un personnage considérable.
Le texte n° 6 est gravé au-dessus de l’entrée, dans un cadre; l’exécution en est très-soignée : les lettres sont terminées par des apex en queues d’hirondelles, qui leur donnent une ressemblance éloignée avec les signes cunéiformes : on voit des traces de cou-
1 Celle inscription a été signalée pour la première fois par M. Piéridis; une ropie très-imparfaite , relevée par cel amateur éclairé des antiquités de sa patrie, ligure à la planche IX de l’ouvrage de M. de Luynes.
INSCRIPTIONS CYPRIOTES INÉDITES. 99 leur rouge au fond des caractères. La lacune qui traverse le tableau est produite par une fente naturelle qui a précédé le tracé de l'inscription : elle n'a donc jamais renfermé d’écriture.
Le texte n° 7 est sculpté sous le portique ;
Il reproduit les deux premières lignes du texte précédent et le premier mot de la quatrième; les mots étant séparés par des points, il est facile de faire cette constatation.
La troisième ligne du n* 6, celle qui est supprimée dans le n° 7 , commence par un groupe de deux lettres qui se trouve très-souvent sur la tablette de Dali , où il me paraît désigner le mot fils : en effet , ce groupe y est placé cinq fois 1 entre les deux mêmes mots , et le premier de ces mots paraît être un nom propre , puisqu’il figure sur les médailles. La suppres-. sion que nous remarquons ici confirme cette hypothèse: il est naturel en effet, de supposer que l’inscription n* 6 renferme le nom du personnage enseveli dans le tombeau, le nom de son père et ses qualités: le second texte étant un abrégé du premier, on n’aura pas reproduit le nom du père , on se sera contenté de recopier le nom et les titres du défunt.
Quelle est la valeur phonétique du groupe qui paraît avoir le sens de fils? Si la valeur S assignée à la seconde lettre par M. de Luynes est juste, je ne vois que le mot égyptien MES qui puisse convenir, ce qui confirmerait l’opinion émise par le
1 Lignes 2 , 6.6, 7 et 1 4 ,
100 INSCRIPTIONS CYPRIOTES INÉDITES, même savant sur la ressemblance entre l'idiome parlé en Cypre et la langue égyptienne. On se souvient qu’Hérodote (VII, 90) nomme les «Ethiopiens » parmi les peuples qui, au dire des habitants , avaient colonisé l’île.
Cette inscription, ainsi que celle de Kouklia, se lit de gauche à droite. On voit que, semblable en cela à l’écriture égyptienne, l'écriture cypriote peut s’écrire dans les deux sens.
Des moulages en plâtre des trois textes trouvés à Néa-Paphos sont déposés au musée du Louvre.
Le n° 8 provient des ruines de l’ancienne ville deSoli, capitale d’un des neuf royaumes qui, suivant Diodorc , se partageaient le territoire de l’ile au cinquième siècle avant notre ère. Signalé par M . Grasset, il a été retrouvé par M. Duthoit, le compagnon et le collaborateur de mes recherches; il est gravé sur un bloc de marbre noir qui a appartenu à un édifice construit avec soin.
L’inscription est très-mutilée : elle n’a jamais eu que deux lignes, mais ces lignes étaient beaucoup plus longues. Elle se lit de droite à gauche. Paléographiquement, elle paraît être la plus moderne de toutes celles que nous avons rapportées : les lettres ont une certaine élégance et rappellent l’aspect des lettres grecques de l’époque macédonienne.
La pierre est aujourd’hui au musée du Louvre.
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Le n° 9 est gravé sur une cornaline de ma collection , trouvée dans les environs du village d’Athiénou.
Ces lignes écrites, et les planches qui les accompagnent étant terminées , il m’est parvenu un nouveau texte que je m’empresse de joindre aux précédents; il a été envoyé à M. Waddington par M. Ceccaldi, attaché au consulat général de France à Beyrouth , avec un dessin d’une rare fidélité et une description très -soigneusement faite. Le dessin a pu être intercalé sur notre planche IV sous le n° î o , et je transcris ici les principaux passages de la notice de M. Ceccaldi.
« Le petit instrument dont je vous envoie le fac- « simile exact a été trouvé à Dali 1 . 11 mesure 1 79 mil- « limètres de long. Il est en argent légèrement mé- 11 langé d’alliage.
« La tige est plate et porte en dix-neuf caractères « une inscription cypriote. A un centimètre environ u du dernier caractère, la tige prend une forme cylindrique, tordue maintenant et terminée par une «tête de cygne, sur laquelle œil, bec et oreille sont
1 L’ancienne Idalie . près de ce même village ont été découverts la tablette de bronze et le bout de massue ou de timon publiés par M. de Luyncs et qui font partie de la collection aujourd'hui déposée à la Bibliothèque impériale.
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>■ distinctement marqués. A l’autre extrémité est un « fragment de paleron , dont un des côtés est légère- « ment relevé.
« Les caractères de l’inscription sont d’une extrême «netteté et d’une conservation parfaite. Au dou- «xiènie (à partir de gauche), la tige a été brisée, « séparant par une cassure nette et tout acciden- « telle la haste verticale d'une lettre identique à la « septième. Le trcixième caractère a sa branche su- « périeure droite légèrement relevée ; maladresse du «graveur probablement.
« Au-dessous du dix-septième caractère , un coup «de burin a atteint, juste au droit du trait médial, «la branche de la tige, dont l’épaisseur est environ « d’un millimètre.
«L’objet appartient à M. Lang, directeur de la «banque ottomane à Larnaca, qui a bien voulu « m’en laisser prendre le fac-similé ci-joint. »
Cet objet intéressant est évidemment un simpalum , sorte de cuiller ou puisoir, qui servait dans les sacrifices , et dont la figure est bien souvent reproduite sur les monuments antiques. L’extrémité supérieure était recourbée en cou de cygne et a été maladroitement redressée: la poche inférieure a été brisée . mais le tronçon qui reste nous montre encore la naissance de la courbure primitive.
Le texte n’ajoute malheureusement rien à nos connaissances et n’apporte aucun secoure nouveau à la question du déchiffrement. Il doit se lire de droite à gauche, comme l'inscription du bout de mas-
INSCRIPTIONS CYPRIOTES INÉDITES. 103 suc tic Dali (Luyncs, pl. X). Enlre ces deux textes il doit y avoir plus d’une analogie : tous deux, il me semble, doivent contenir le nom du propriétaire de l'objet sur lequel ils sont gravés. Sur la massue, les mots sont séparés par des points, et il y en a quatre. Si notre hypothèse est vraie, le premier mot est le nom du propriétaire, le second le mot fils, le troisième le nom du père, et le quatrième une qualification quelconque. Le groupe qui correspondrait à l’idée de fils ne se compose que de deux lettres, )tl-, ce qui confirme encore l’hypothèse. Sur le simpulam, les mots de l’inscription ne sont pas séparés, mais ce même groupe se trouve répété deux fois et partage la phrase en trois parties sensiblement égales. On pourrait donc y voir, toujours en suivant notre hypothèse, trois noms propres reliés par le signe de la filiation et précédés par une préposition :
A un tel, fils d’un tel, fils d'un tel.
Ce groupe, que nous proposons ici de traduire par fils, ne se compose pas des mêmes lettres que le groupe auquel dans l’inscription n° 6 de Néa-Paphos et sur la tablette de Dali nous avons attribué le même sens. Mais cette circonstance à elle seule ne suffirait pas pour détruire notre hypothèse: dans un alphabet de plus de quatre-vingts signes , les homophones sont nécessairement nombreux: l’idée de filiation peut d’ailleurs être rendue par des mots
très-différents : filius , natus , etc En égyptien
on trouve les deux mots MES et SI : nous avons
104 INSCRIPTIONS CYPRIOTES INÉDITES, rapproché du premier notre premier groupe cypriote; pourquoi le second groupe ne correspondrait-il pas au mol SI? Ce sont là de simples conjectures que je donne pour ce qu’elles valent: je ne me serais même pas permis de les publier si, en face de problèmes aussi compliqués, les moindres observations n’avaient pas leur importance, comme pouvant contenir le germe des solutions futures.