LÉGENDES SÉMITIQUES
Dans la pénurie où nous sommes de textes originaux appartenant à la haute antiquité sémitique, l'étude des pierres gravées acquiert une certaine importance. Ces petits monuments nous font atteindre une époque antérieure à celle d’aucune inscription lapidaire, et nous donnent sur la paléographie, l’onomastique et même la mythologie orientales, des renseignements qui ne sont pas sans valeur.
Ijl série que je publie aujourd’hui sera surtout étudiée au point de vue paléographique. Les intailles qui la composent ont été classées autant que possible par pays et par époque. L’élément de classification qui nous a le plus servi est la forme des noms propres inscrits sur ces cachets : on sait que la plupart des noms propres sémitiques sont composés à l’aide de noms divins; les divinités ayant presque toujours un caractère national, l’emploi de leur nom indique la nationalité du personnage qui s’en servait pour la formation de son propre nom : l’incertitude ne commence que pour les noms propres renfermant
I Cm»
intaiu.es phéniciennes.
la mention de divinités d’une nature générale comme Sï?, ou pour ceux qui ne renferment aucun nom divin; dans ces deux cas les formes grammaticales, le style de la gravure, l’analogie des détails extérieurs, nous ont servi de guides.
Nous avons adopté trois divisions : nous avons classé les pierres gravées en phéniciennes, araméennes, et hébraïques. Les deux derniers groupes sont plus rigoureusement déterminés que le premier : les formes araméennes et juives ayant leurs caractères spéciaux ; sous la rubrique « phéniciennes » se rangeront nécessairement des monuments exécutés ailleurs que dans les villes de la côte, et qui auraient plus justement porté le nom d’une des peuplades sémitiques du littoral; mais il y aurait inconvénient h descendre dans les détails minutieux d’une classification infinitésimale, et nous avons inscrit en tête de ce groupe, à limites un peu vagues, le nom de la nation qui tient la première place dans 1 histoire de la propagation de l’écriture et la première aussi, je crois, dans l’exécution des petits objets d’art dont nous nous occupons en ce moment.
1NTAIUÆS PHÉNICIENNES.
Scarabée en agate de ma collection, rapporté d’Alep par IU. Waddington.
la- dieu égyptien Tholh à tète d’ibis tenant dans
INTAILLES PHENICIENNES.
sa main un rouleau de papyrus; en face de lui le dieu Klions tenant le sceptre à tête de cucupha; entre les deux, le symbole égyptien de la vie, — audessus, le symbole phénicien du soleil et de la lune.
dSu/S
Appartenant) à S ha Hum.
Ce scarabée est du même aspect que l’Abibal du musée de Florence, considéré par le duc de Luvnes comme contemporain de Salomon. C’est une des plus anciennes, sinon la plus ancienne des intailles phéniciennes connues : le style des figures est tout à fait égyptien : nulle trace encore d’influence assyrienne. De plus, la forme des lettres accuse une haute antiquité : par un curieux hasard, sur les trois lettres de la légende, il y a les deux lettres caractéristiques \yetC, celles dont les transformations fournissentjusqu’à présent les meilleurs éléments de classification : toutes deux sont ondulées : donc, suivant la méthode que nous avons adoptée 1 , nous devons considérer ce monument comme antérieur au septièmesiècle. Je le crois mèmeplus ancien que le huitième. 11 est curieux de voir à cette époque reculée le dieu Thoth adoré par un Phénicien. On sait la place importante que ce personnage divin tient dans les écrits attribués à Sanchoniathon; il y est désigné comme l'initiateur suprême, le créateur des lettres, ries arts, des sciences.
1 Voyez ei-debsus, p. 00.
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INTAILLES PHÉNICIENNES
(À' rôle est conforme aux données de la mythologie égyptienne et son intervention dans la mythologie phénicienne est souvent attribuée à une influence relativement moderne, au mouvement d’idées qui amena les compilations d’écrits hermétiques vers le commencement de notre ère. Sans nier aucunement cette influence égyptienne, je crois qu’il faut en faire remonter la date à une époque beaucoup plus reculée. Cette opinion a déjà été exprimée par M. Renan ', et notre scarabée fournil un argument nouveau en sa faveur.
Scarabée de jaspe rouge de la collection de Luynes : provenant de Bevrouth.
Sphinx de stvle égyptien, — devant lui le symbole de vie.
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-t Ouzzurn serviteur <C Azrubaal.
Cette pierre est, comme la précédente, d’une haute antiquité : le «///«est ondulé; les deux zain sont gravés à l’envers ; mais ce genre d’incorrection se rencontre fréquemment dans les pierres gravées. Les noms propres sont essentiellement phéniciens : Ouzzurn est
1 Mémoires de l’Académie des inscriptions cl belles -lettres. t. XXIII, 2* part., p. 312 et 333.
INTAILLES PHENICIENNES.
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à ajouter aux nombreux dérivés de la racine Tty firmavil , invaluit , tels que Ouzzti, Ouzzi, abrégés de la forme complète Azbtuû, dont la prononciation véritable devait être Ouzzi ban t comme celle des noms bibliques correspondants Ouzziahou, Ouzzid, et des noms de villes carthaginoises U s il lu, Usippara, etc. (Gesen., Mon. Pltœn., 429.)
Scarabéoïdc de cornaline jaspée. Collection de l.uyncs.