‹ Mélanges d'archéologie orientaleChapitre 26 sur 42 · ET L’ALPHABET HÉBRAÏQUE · texte numérisé non relu

ET L’ALPHABET HÉBRAÏQUE

sarcophage d’Eshinunazar; en même temps la branche araméenne se sépare de la souche commune. Les caractères principaux de ce nouvel alphabet sont l’ouverture des boucles des lettres beth, daleth, ain, resrh; — la disparition de toutes les ondulations, même celles du samech ; — laformepointue et en Y du schin. Mais pendant deux siècles environ, à côté de ces formes nouvelles, se maintiennent un certain nombre de formes anciennes; l’altération de toutes les lettres n’est pas simultanée, de sorte que l’alphabet conserve un caractère mixte qui m’a conduit à lui donner le nom d ' araméo -phénicien. Le meilleur exemple de cette écriture est l’inscription du Lion d’Abydos, que l’on peut voir dans le chapitre suivant.

3° Vers le commencement du quatrième siècle, l'alphabet araméen se constitue définitivement ; il se distingue alors non-seulement par les caractères décrits dans le paragraphe précédent, mais par la forme spéciale du zaïn et la petitesse du iod.

4® A partir du quatrième siècle, la classification devient plus rigoureuse, car les monuments deviennent plus nombreux. On peut suivre, pendant les troisième et deuxième siècles, la marche régulière qui conduit l’écriture araméenne, par une série d’altérations successives, de la forme type à la forme carrée. C’est un enchaînement logique, rigoureux, dont tous les termes existent et ne sauraient être intervertis. Nous avons le point de départ, les médailles d’Asie Mineure ; — le point d’arrivée, les inscriptions datées du Haouran et de Palmyre, — et enfin les sta-

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tious intermediaires représentées par les inscriptions et les papyrus araméens d’Égypte.

5“ L’écriture carrée elle-même ne représente qu'un temps d’arrêt dans le développement de l’écriture araméenne. Dès le premier siècle avant Jésus-Christ, nous la voyons se subdiviser en sous-branches , suivant qu’elle est employée par des Palmyréniens, des Nabatéens, des Auranites ou des Juifs. Chez ces derniers, elle resta stationnaire et comme immobilisée par la chute de la nation. Chez les autres peuples, au contraire, qui avaient conservé une vie politique et littéraire, elle subit de nouvelles transformations; l’introduction des ligatures lui donna une forme cursive qui l’amena d’une part à 1 ' estranghelo ou syriaque , de l’autre au coufique et au nesk/ti des Arabes.

Telle est, en peu de mots, l’histoire de l’écriture araméenne, c’est-à-dire l’histoire de l’écriture chez tous les peuples de la Syrie et de la Palestine, à l’exception de deux, les Phéniciens et les Samaritains. Les premiers ont conserve jusqu’à l’époque romaine le caractère sidonien; les seconds, par esprit d’opposition envers les Juifs, ont continué à se servir du caractère phénicien archaïque. Ils s’en servent encore aujourd’hui, car l’écriture des sectaires de Naplouse ne se distingue de l’écriture sémitique la plusancienne que par quelques modifications calligraphiques. Les Juifs, au contraire, suivirent l’exemple des populations syriennes; ils aramaïsèrent à la fois leur langue et leur écriture. 11 est inutile, pour expliquer le clian-

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gement d’alphabet, de faire intervenir la captivité de Babylone ou le personnage d’Esdras. Le mouvement araméen eut des causes générales qui agirent en Palestine comme sur les bords de l’Euphrate ou du Nil. Quatre ou cinq cents ans avant Jésus-Christ, le dialecte araméen était devenu la langue vulgaire de tous les peuples sémitiques répandus de la incr Noire à l’Egypte; il est naturel que l’écriture ait suivi la même marche que la langue, et que la prépondérance d’un dialecte ait amené la prépondérance du système graphique qui lui était propre. Les deux exceptions que nous avons signalées sont une confirmation de la règle, puisque les deux groupes (phénicien et samaritain) qui ont conservé le plus longtemps leur alphabet primitif sont en même temps ceux qui ont résisté le plus longtemps à l’invasion du langage araméen.

Quant aux divisions paléographiques que nous avons tracées, elles sont nécessairement très-larges et ne sauraient avoir la rigueur de règles absolues; car, de peuple à peuple, de ville à ville, les transformations de l’écriture, comme celles du langage, ont été ou plus lentes ou plus rapides. Nous croyons cependant qu’elles expriment la marche générale des variations paléographiques, et nous sommes persuadé que les découvertes futures, tout en complétant et rectifiant notre théorie, viendront grouper de nouveaux faits dans le cadre que nous avons esquissé à grands traits.

A mesure que les monuments se multiplieront, les

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points de détail pourront être multipliés, surtout aux époques anciennes ; les limites des divisions chronologiques se déplaceront à mesure qu’elles se préciseront davantage; mais j’ai le ferme espoir que la loi de succession des types restera telle que je l'ai établie.

Après avoir ainsi rapidement indiqué l’histoire générale de l’écriture araméeune , voyons quel parti on peut en tirer pour la paléographie hébraïque.

Pour faciliter cette recherche, j’ai dressé deux tableaux (pl. IX et X), sur lesquels j'ai réuni tous les exemples connus des deux systèmes d’écriture employés par les Hébreux.

On sait qu’il existe deux espèces d’écritures hébraïques : l'une dite carrée ou aschourith, qui est celle des livres imprimés; l’autre, que l’on appelait autrefois samaritaine , que l’on désigne maintenant plus proprement sous le nom à' archaïque, et dont les exemples les plus connus sont ceux qui se trouvent sur les anciennes monnaies judaïques; les rabbins la nomment aussi ra’ts , yn, a brisée ».

Dans l’ancienne école, il régnait une assez grande confusion d’idées sur l’origine et l’âge de ces deux écritures; l’opinion qui prévalait généralement était celle qui attribuait au caractère carré une origine très-ancienne, presque divine, puisqu'il aurait été

Fl. IX.

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