‹ Mélanges d'archéologie orientaleChapitre 27 sur 42 · K XJ · texte numérisé non relu

K XJ

Sn

et l'alphabet hébraïque. 155

tracé sur les tables du Sinaï. Mais l’opinion adverse avait des défenseurs puissants et autorisés, tels que Joseph Scaligcr, dom Calmet et Montfaucon. A la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, le déchiffrement des inscriptions phéniciennes par Barthélemy, les travaux du même savant sur l’alphabet de Palmyrc, la découverte des papyrus Blacas jetèrent un nouveau jour sur la question : les travaux de l’érudition allemande achevèrent de l’élucider complètement, au moins dans ses points principaux. Les recherches de Kopp et de Gesenius démontrèrent que l’écriture la plus ancienne était celle dite samaritaine , , et que l’écriture carrée était la plus moderne,

— que la première se rattachait directement à l’ancien alphabet phénicien, — que la seconde dérivait de l’alphabet araméen par une série de transformations successives.

11 me serait difficile de reproduire ici les arguments de ces savants ; on les trouvera dans leurs ouvrages; il me suffit de rappeler la similitude de formes d’une part entre l’hébreu archaïque et le phénicien ; de l’autre entre l’hébreu carré et l’écriture araméenne postérieure à Jésus-Christ ; — ce fait que les plus anciens monuments juifs connus sont dans le premier système, les plus modernes dans le second ;

— l’argument tiré du nom des lettres : ces noms, est-il nécessaire de le rappeler? ont tous une signification, et il est généralement admis qu’ils ont été donnés aux lettres à cause de la ressemblance qui existait entre leur forme et celle d’un objet matériel; ces noms

L’ALPHABET ARAMÉEJi

sont d’une très-haute antiquité, puisqu’ils ont passé en Grèce avec l’alphabet phénicien ; ils s’appliquent donc aux formes premières de l’alphabet ; or ils n’ont un sens quelconque que si l’on admet que les formes premières sont celles du phénicien archaïque. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples : ain signifie œil, iud signifie main , resch signifie télé, dnleth signifie porte, khet signifie barrière, etc.... Le rapprochement entre la figure de ces objets et la forme des lettres n’est possible que dans le système archaïque ; dans l'alphabet carré, il n’existe aucune similitude, même éloignée ; on peut s’en convaincre eu jetant les yeux sur les tableaux II et III qui accompagnent ce travail.

Un autre argument est tiré des fautes d’orthographe qui se trouvent dans le texte sacré, et qui proviennent delà confusion des lettres qui se ressemblent; ces erreurs, faites par les copistes d’autrefois, ont été transmises jusqu’à nous par la fidélité rigoriste des rabbins, et sont reproduites dans les éditions imprimées de la Bible. Je ne parle pas des erreurs provenant de la confusion des lettres carrées telles que 3 et 3, 1 et 1, 1 et *^, etc ; car il est notoire que la Bi-

ble hébraïque est écrite en caractères carrés, au moins depuis le deuxième siècle de notre ère ; elles ne prouvent rien pour notre thèse. Mais il en est qui ne s’expliquent que par l’alphabet archaïque; telle est la confusion du betb , du resch et du daleth, — du sc hui et de Viod, — du phé et du noun. Elles prouvent qu’à une époque , sans doute fort reculée , les

ET L’ALPHABET HÉBRAÏQUE, livres saints ont été écrits à l’aide de cet alphabet. Gesenius a donné un certain nombre d’exemples; depuis lui, d'autres savants en ont augmenté la liste, et il me serait facile de la fournir à l'appui de ce que j’avance.

Je n’inçiste pas, car il y a un fait qui domine toute la question, c’est l’unanimité avec laquelle l'opinion que je désigne ici a été acceptée par les savants de notre époque; tous ceux qui de près ou de loin ont écrit sur ce sujet l'ont adoptée; en Allemagne, c’est K.opp ' , Gesenius*, Hüpfeld 1 * 3 , Ewald 4 * , Wutke b , Saalscbütz 6 , de Wette 7 , Lévy 8 , Blau, etc...

En France, MM. Munk 9 , Judas, l’abbé Barges, Renan, etc.

En Angleterre, Davidson 10 , Kenrick ", Wright**, Madden * 3 , etc

Aujourd’hui il n’v a pas une grammaire où on le conteste, pas un cours d’hébreu où on ne l’enseigne,

1 Bilder und Schriften der Vorzeil.

1 Monumenta Phirnina. — Art. Palœographie dans Ersch und Gruben.

1 Hebr. gramm.

* Gesch. des Volkes Israël, I.

3 Zeitsrh der Iieutseh. Mort/. Gesellsch., XI.

4 Archmlogie. — Gesch. der Buchstaljenschrift.

' Lehrbuch der Iteb. Archceulogie.

* Phonizische Studien. — Gesch. derjùd. Mimzen.

,J Palestine, p. 438.

'* Biblical criticism.

" Phtrnicia.

'* Art. Writing, dans le Dict. ofthe Bible de Smith.

15 Jeviish Coinage.

Page 1