‹ Mélanges d'archéologie orientaleChapitre 3 sur 42 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Pour rester fidèle à la nomenclature adoptée par Gesenius et suivie depuis lui par les savants qui se sont occupés de ces textes, je donnerai aux inscriptions le nom du lieu de leur provenance avec un numéro d’ordre.

XXXVII* CITIENNE.

( Planche I \ )

Sur un parallélipipède de beau marbre blanc: hau-

1 Octobre 1862, p. 2^7 sq.

1 Depuis ma lettre de 1 862, l'inscription que je nomme xxxvill* citienne a été publiée très-incorrectement par Ni. Vaux d’après une mauvaise copie reçue de Larnaca ( Trans. oj the Boy. Soc. of litt. nouvelle série, VII). M. Lévy de Breslau en a fait l’objet d’un savant chapitre de ses Etudes phéniciennes (III, 1 ); je regrette seulement qu’il n’ait pu attendre la publication du présent travail.

* Les deux planches annexées h ce mémoire sont des photolithographies exécutées d’après des estampages pris sur les monuments , sans retouche ni correction d’aucune sorte.

■>" .tlJ.Nr Jl CITIUM

IWodo Pjjifv.n

tcur, o,4o; longueur, o,55. Ce bloc a servi de base à une statue; on voit encore sur la face supérieure les trous des crampons qui fixaient les pieds de l’idole. Il a été découvert par mon ami M. Guillaume Rev, à Nicosie, où il avait été porté de Larnaca et servait de montoir à la porte du cadi. M. Rey le fit déposer au consulat de France, où je le trouvai, le lis enlever et transporter à Paris : il est aujourd'hui au musée du Louvre.

L’inscription a été gravée avec un grand soin; malheureusement elle a beaucoup souffert: presque toutes les fins de ligne sont illisibles, et sur beaucoup d’autres points il faut une certaine habitude pratique pour distinguer la forme des caractères. Je donne ici la transcription des lettres qui nie paraissent certaines, indiquant par un nombre de points équivalents celles que je n’ai pu déterminer et dont j’abandonne la lecture à des yeux plus exercés.

]n , 3 1 7t!; , ?c 1 7liinj i*En-r , ?iil iil-DD'3 1 "ligne.

cr --N:B , i:n , CNtn 1 7CCDi 1 ?ï3:3 i ?nN a" ligne.

■ ■■u- mpbüb'inxbü'ciDnsbDbynmiyinn' 3 r ligne.

jn-Dcn npEo'jüttnaVnmnpEDmpD h" ligne.

iD’C'OxVo 5' ligne.

i33 l ?DJn'Bü"iJ2üD»-..33Jt?rnp l 7Di3yrDenaji 6' ligne.

lllllinjC , 2D , D

13313' D‘ •• ^CïBSrsV--- l , n33’?D3tV*3 l ro3'?D l ? 7 * ligne.

Voici comment je coupe et restitue les mois :

ill nJICîSl l’D in iii-dcs «"ligne,

n T3 jrps'ro -^d 1 ?

jn' va tn *7Cc mbvD’p b'ix a* ligne.

Isen nloinici njb’I

’nx 1 ? D’cs^n ySo ‘jyamty-p ]n’ 3" ligne.

ÏDB' mp^D^

P’Dcn r "pddP ex nsSnm t ipscn ipc 4 e ligne. c'ci; yPD 5” ligne.

CDCUiNl-p ;c? mpSonavi ’ccnay 6” ligne.

III III DiV2 GT1D y^D p'DBTp

d i^pi Vo yüC3 Pl'iNli T3 iPd jp-sSo i'jc 1 ? f ligne.

Diia"

L'inscription se divise en deux parties séparées : l’une comprend les trois premières lignes, l’autre les quatre dernières : la seconde se distingue par une écriture plus fine et plus serrée, par des lignes moins espacées. L’aspect matériel seul prouve que ces deux textes n’ont pas été gravés simultanément, et explique tout d’abord les deux dates différentes qu’on lit au commencement et 4 la fin de l’inscription.

La première ligne en elfet renferme une date. Elle n'offre aucune difficulté ; c’est la première fois que la notation des jours apparaît dans une inscription phénicienne. Le mot employé est cv mis

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CYPRE. 5 au pluriel, contre l’habitude hébraïque. Mot à mot à seize jours du mois, pour le seizième jour du mois. Le nom du mois est incomplet : il n’en reste que le commencement vc; les trois dernières lettres ont été enlevées par un éclat de la pierre ainsi que les deux premières lettres du mot n:c?a, in anno. Cette brisure est d'autant plus regrettable que le nom qui nous échappe ainsi aurait comblé une lacune dans la liste du calendrier primitil' hébraïque. Le mot année est suivi du chiffre III, qui se rapporte au règne du roi dont le nom vient après. Cela ressort de la présence du mot ■q‘>D l 7 , qu’il faut traduire du règne de, et considérer comme un infinitif à l’état construit. La même expression se trouve au début de l’épitaphe d’Eshmunazar avec le suffixe personnel parce que ce discours est placé dans la bouche du roi : u la quatorzième année de mon règne »

Le nom du roi est parfaitement clair:

c’est une formation analogue à celle des noms hébraïques l'jDJnj! , La terminaison en |fv est

très-fréquente dans l’épigraphie citienne; sa prononciation véritable nous est donnée par la transcription grecque Sanchoniathon 1 , il faut donc lire Melckialhon.

1 La forme du nom de Sanchoniathon a beaucoup occupe le» érudits : la plupart des explications proposées sont inadmissibles et reposent sur un contre-sens (Cf. Orelli, Sanchon, p. x, 5). Le premier, M. Itcuaii ( Méin. de l'Acad. des inscr. et belles-lettres , XX 1 1 1 . 295 ) a fait justice de ces rêveries : il a reconnu dans ce mot un nom

La iin de la ligne se restitue sans hésitation d’après la septième ligne et surtout d’après l'inscription que j’expliquerai tout à l’heure, il faut lire :

1 ’D3, roi de Cilium et Ces mots nous donnent

l’orthographe phénicienne du nom de la ville de Citium : elle se trouve être la même que celle de l’ethnique ’ro, citien, qui se lit sur une inscription bilingue d’Athènes; la forme est insolite, mais il faut l’accepter, car la lecture est indiscutable : la tradition locale l’a conservée sans modification en l’appliquant au promontoire qui avoisine Larnaca et qui, dans la langue vulgaire, s’appelle encore aujourd'hui cap kitti (prononcez Tshitti).

Le mot qui commence la deuxième ligne est

propre forme* , comme la plupart des noms phéniciens, de deux mots, Zaj*ù)v et la&Mt, et fa rapproché du Halialhon ou llalithon des inscriptions puuico-romaines. Mais je ne serais pas d’accord avec le savant académicien sur l’application de son idée: se fondant sur cette observation juste que les noms phéniciens se composent ordinairement du nom d’une divinité et d'un radical verbal, il considère sanchon comme ayant le sens de « habiter avec, être le familier de, » et athon comme un nom de divinité. Je retournerais la proposition, considérant sanchon comme le nom de la divinité, et iathon comme la transcription très-régulière du mot qui termine un grand nombre de noms phéniciens et leur donne une signification analogue à celle des noms «Se63o-zoç, Dcoilatus , Dieudonné.» La transcription de ttaliatlwn est qui se trouve sur une pierre gravée; Sancho-

niathon devait s’écrire JIVJpC- La pierre gravée citée par M. Renan et sur laquelle M. de Longpéricr lit ne s'opposerait pas à

cette interprétation : si cette lecture se confirmait, le nom SanchonnicUh serait de la même forme que le des monnaies phéni-

ciennes, en remplaçant le nom du dieu baal par celui du dieu Sanchon. — Pour la prononciation de la terminaison }*V = ithon , comparez le nom biblique J'IW , 1 Par. xvi, 38.

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES UE CYPHE. 7 isole etse lit indubitablement ib’itc, Idiul. M. Renan y a reconnu la forme phénicienne du nom d’Idalion , ce qui me paraît incontestable.

Après vient le nom du père de Meiekiathon, qui se lit : Di'jsa, nom de même forme que le Joram de la Bible.

i ?DC, statue, qui suit, se trouve dans la Bible identiquement sous la même forme; la lettre suivante est douteuse : c’est un n ou un N, mais le pronom t qui vient après est certain; il faut donc lire tn, suivant les habitudes hébraïques, quoique le t phénicien jusqu’il présent ne se rencontre pas précédé de l'article dans les inscriptions anciennes : mais j’aime mieux adopter celte irrégularité, qui n’a rien de contraire à la grammaire, que de considérer la lettre douteuse comme un x emphatique attaché au mot *7DD, aramaïsme que rien ne justifierait.

Les mots suivants n’oll’rent aucune difficulté; ils donnent un nouvel exemple de Yiphil phénicien caractérisé par la préormante ’ et appliqué au verbe bien connu pj, qui signifie donner, constituer, etc et au verbe phénicien N3B, décou-

vert par le duc de Luynes 1 et qui depuis s’est retrouvé dans un grand nombre d’inscriptions avec les sens de constituer, établir, ériger, placer.

La fin de la ligne est tout à fait fruste : on dis tingue seulement après un petit intervalle la lettre et, qui me fait restituer le luot nç'fup, de bronze, qui se lit dans la première ciliennc de Pocorke, dont le

1 Mcm. sur le sarcoph. (V Eshmunazur.

contexte est presque identique, ainsi que nous le verrons tout à l’heure. Le même mot se rencontre sur un autel de bronze récemment publié par l’académie de Turin 1 et où il s’applique à l’objet luimême non: mto.

La troisième lignc'commençant par ;rp, terminaison d'un nom propre, il faut suppléer à la fin de la seconde trois lettres comme Sva, "j^D, ou tout autre radical du même genre : je crois que ce radical est *)»•)•, en effet le nom de ce personnage, caractérisé par un titre que nous expliquerons tout à l’heure, se retrouve deux fois dans l’inscription, à la fin de la quatrième ligne et dans la deuxième moitié de la sixième; les deux fois je lis jn’Dcn : le a et le xs sont certains: le B l’est un peu moins, qe?"] signifie foudre, et entre, ainsi que nous le verrons tout à l’heure, dans la composition du nom d’une divinité spécialement adorée à Citium : il désigne lui-même une divinité, ainsi que nous le verrons plus tard.

Après ce nom propre vient le mot p et un autre nom propre, Azeret-Baal « protection de Baal , » dont la forme est très-régulière.

Le groupe suivant est plus difficile, il est limité d’une part par le nom propre, de l’autre par les mots mp^D 1 ? 'nx 1 ?, qui n’ont pas besoin d’explication , et se compose de neuf lettres que je transcris ici sans coupure D'D'onxbo. Le même groupe se trouve deux fois répété dans la même inscription, lignes 5

1 Voy. Lcvy, Zeitsck J. /). M. G. xvm , 53 , et Phôniz. Studien , m , 4o.

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CYPRE. 0 el 6 , mais' sans le n , qui occupe ici la quatrième place. Ceci nous indique que le n est l'article, et qu’il faut couper la série après les trois premières lettres; le mot ainsi obtenu correspond à l'bébreu \’' 7 P l , interprète, internonce, envoyé : reste alors O’Dns dont le radical n’existe en hébreu que sous la forme contractée XÇ3, mais se trouve intégralement en chaldaïque, en samaritain, en arabe avec le sens de siège, trône, tribunal. La terminaison O’ pour le pluriel serait tout à fait insolite, le phénicien supprimant toujours le ’ quiescent; aussi faut-il voir ici le duel, dont nous constatons pour la première fois l’usage dans le dialecte phénicien. Il faut donc traduire le groupe qui nous occupe par internonce des deux trônes, en supposant qu’il s’agisse d’une sorte de fonction diplomatique concernant les relations de la cour de Citium el de l’empire de Perse, ou plutôt interprète des deux tribunaux, en l’appliquant à une fonction locale, nécessitée par la diversité des langues qui se parlaient dans l’îlc de Cypre et correspondant à ÏÈpurtveovrfs des inscriptions grecques. Quel que soit le sens que l’on adopte, il est évident que le groupe en question désigne le titre du donataire.

Le nom du dieu Melqarth, auquel la statue est dédiée, est bien connu : il est précédé de la qualification 't'N dont la traduction rigoureuse est Monseigneur. Quelque bizarre que paraisse ici cette lo-

1 Voy. Genèse, xlh . 2 3. Sous ce nom est désigné l'interprète par l’entremise duquel Joseph parle à ses frères.

cution empruntée à d’autres usages, c’est la seule qui rende exactement le mot phénicien suivi du suflixe de la première personne pris dans un sens impersonnel. Celte formule se rencontre souvent dans les inscriptions de Citium, ’jin pour les divinités mâles, ’nat pour les divinités femelles, quel que soit le nombre des donateurs; la véritable traduction est donc : «Monseigneur, madame.» Après le nom du dieu se voit un t? que je considère comme appartenant au mot ïCC , ijuil l'exauce, qui termine un grand nombre d'inscriptions analogues.

Ici finit la première partie de l’inscription dont la traduction serait donc :

«Le seizième jour du mois de Pa. . l’an trois du règne de Melekiatbon, roi de Citium et d’Idalie, fils de Baalram, cette statue de bronze a été donnée et dédiée par Reshepiathon fils d’Azeretbaal , interprète des deux tribunaux, à monseigneur Mclqarth. Qu’il l’exauce ! »

Le sens est complet, la phrase aussi, et conforme dans sa disposition générale aux deux textes dont nous nous occuperons tout à l’heure : il est évident quelle s’arrêtait là primitivement et que la base était destinée à ne pas recevoir d’autre inscription. Les quatre lignes suivantes ont été ajoutées après coup, par suite d’une circonstance que les lacunes du texte ne nous permettent pas de déterminer, mais qui évidemment a retardé de trois ans l’achèvement ou l’érection de la statue. Il est probable que

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CYPRE. Il la mort du donataire aura suspendu l’exécution de ses projets, car la seconde inscription est au nom de ses deux petits-fils. Comme je l'ai déjà dit, la pierre a beaucoup souffert. Je me contenterai donc d’expliquer les portions certaines, sans me lancer dans des restitutions qu'un déchiffrement mieux réussi pourrait ultérieurement détruire.

Le commencement (ligne 4) me paraît clair : je reconnais d’abord le verbe ipE , qui signifie revoir, ordonner, confier, puis npED, participe du même verbe, qui a le sens de mandat, ordre, précédé de l’article et suivi du pronom démonstratif : mot à mot, a confié ce mandat ou a exécuté ce mandat : le contexte seul, s’il était lisible, pourrait nous décider entre ces deux traductions; je prélère la seconde, et le verbe me paraît être gouverné par les noms propres qui remplissent la sixième ligne. Le mot féminin pluriel na^nn qui suit (hébreu mi'bn) a dans la Bible le' sens de routes, marches : dans la langue talmudique il a aussi un sens figuré et signifie direction, sentence, règle. La même acception figurée est commandée par les mots suivants : l ipEC 1 ? as, mot à mot : qui dans ce mandat. Ensuite venait sans doute un verbe qui reliait le membre de phrase au nom Ileshepiathon , qui terminait la ligne oii il est appelé par le titre D’DiE - qui commence la ligne suivante.

La suite de la cinquième ligne est très-fruste ; je renonce à l’aborder : elle contenait sans doute les causes du retard apporté à la dédicace de la statue.

La sixième commence par deux noms propres, Abd-schamiii et Abd-mclqarth. Le premier, s'il est bien lu, serait composé du radical 123, serviteur, udoruteur, et du singulier 'ES?, ciel, inusité en hébreu, où le pluriel seul s’est conservé : il correspondrait au grec ovpâvios, nom syrien l . Si ce nom était certain, il nous offrirait un curieux exemple de la conservation dans le dialecte phénicien d’une forme tombée en désuétude dans les dialectes voisins; mais l’état de la pierre ne me permet pas d'affirmer absolument la sûreté de ma lecture.

Les mots qui suivent, jusqu'à la date qui termine la ligne, ont assez souffert; néanmoins je crois être arrivé à les lire exactement : après Abd-mclqarth il y a un petit trou , qui paraît antérieur à l'inscription, puis vient p jt?, que je lis, comme sur la i" Maltaise, les dcu. r fils de; le nom propre suivant se termine par CDC : le commencement est moins clair et parait être , ce qui ferait Adonishemesh , nom de même forme que les Adonibesek , Adouiah de la Bible. Ensuite je vois le mot p et le nom de Reshepiat lion suivi de son titre.

Le commencement de la septième ligne renferme les noms et litres de Melekiathon , je n’ai pas à y revenir. L’invocation de la fin est mutilée : on ne reconnaît sûrement que le premier mot i’CC3 et le dernier lia' avec le suffixe pluriel b-

En résumé, le sens des quatre dernières lignes serait peu près celui-ci :

1 Voy. Thcstuir. gnre. /i«<ry . stib verb.

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CYPRE. 13 « Ont exécuté ce vœu et rempli les intentions exprimées dans ce vœu et. . . [par] Reshcpiatbon , interprète des deux tribunaux, Abd-Schamaï et Abd-.VIelqarth, tous deux fils d’Adonishemcsh , fils de Reshcpiathon , interprète des deux tribunaux, fan 6 du règne de Melekiathon , roi de Citium et d’idalie. Lorsqu’il (Melqarth) aura entendu leur voix, qu’il les bénisse! »

XXXVI11* CITIENNE.

(Planche II.)

Sur un petit autel de marbre blanc de o,4o de hauteur, sur o,45 de longueur et o,3ô d’épaisseur, orné de moulures grecques et de deux volutes qui accompagnent la table supérieure. Ce monument a été découvert près de Larnaca par M. Piéridis, et se trouve aujourd’hui en ma possession.

L’inscription est parfaitement conservée . sauf l’extrémité de la première ligne et la dernière lettre de la deuxième , qui ont été mutilées par une cassure de ta pierre. Tout le reste, malgré quelques rares écorchures, est entièrement lisible, et il ne peut y avoir de doute sur la valeur de chacun des caractères. L’interprétation est également facile, sauf pour une expression isolée dont l'explication n’est pas nécessaire à la détermination du sens général. Je transcris donc tout de suite le texte en séparant les mots et en restituant les portions mutilées.

l , roi'?Dp v, C3]"| l ?D l ? i n n;c?a Sa m’ 1 ? ni in oca 1™ ix naît: ’raxi 'na -|bc jn-abn -| l jD*p CDm Vhx 2” :a’ • }a yneca *n: xaa jm ex il e:trx onxi 3* ■70' ynccn 1 ? ’jax 1 ? px:ocx-p n 1 ?» k'

La première ligne commence par une date dont la forme est semblable à celle de l’inscription précédente : le mois mentionné est le mois de Bul, déjà connu par la Bible et l’épitapbe d’Eshmunazar. Le mot l'jO'i, qui suit le chiffre 2 1 , est parfaitement reconnaissable quoique mutilé; ensuite vient le nom du roi, après lequel il faut restituer comme tout à l’heure ti: i^D, rui de Citium. Le nom du roi est mutilé, toute la partie supérieure des lettres a disparu; néanmoins on peut arriver A le restaurer, grâce à la première inscription de Pocoekc (Cit. I), où, malgré l'iqexpérience du copiste, il est facile de reconnaître qu'il s'agit du même personnage.

Le nom se compose de six lettres. Les trois dernières sont claires : elles forment la terminaison bien connue JH'; la deuxième est une bien caractérisé : il n’y a incertitude que pour la première, qui peut être un J ou un 5 . et pour la troisième, qui peut être un v ou un \ J’avais d’abord adopté la première combinaison et lu Nemesitan, ou Nemesiathon, le nom du roi de Citium. Mais un examen plus approfondi de la pierre m’a fait abandonner cette lecture : l’intervalle qui sépare les deux

;pnoi'i l.cir'crtier ^ C^V.rs

jü s :::scr ;■

■ - C i i: . \E jE C1T1UM

: occde Poitevin

premiers jambages est trop étroit pour qu’à la partie supérieure ait pu se développer la tète d’un i de taille égale à celle des autres : de l'inscription. ‘Le petit jambage encore visible de la troisième lettre est incliné de gauche à droite, ce qui ne peut convenir qu’à un’. J’ai donc adopté la lecture irvEE, Pumiathon, dont l'orthographe est bizarre et qui n’a pas une signification plus connue «pic le précédent, mais qui a l’avantage d’être confirmée, ainsi que nous le verrons plus tard , par la numismatique et par l'histoire.

Pour mieux faire comprendre la probabilité de cette lecture, je donne ici une figure comparée de la copie de Pococke et de la restitution proposée : les traits pleins de la première ligne indiquent les portions de lettres encore visibles sur le marbre, et calquées par moi sur la photographie du monument.

La seconde ligne est la copie de Pococke.

•fm |n"DD q'jc 1 ?

On voit qu’il est difficile de supposer d’aulres letlros que celles que nous avons restituées. Quant

au nom Pamiathon, il est composé, comme les noms de même forme que nous avons déjà cités, du radical verbal iathon , et d’un nom de divinité inconnu, Pumi. Nous sommes loin de connaître tous les personnages secondaires du Panthéon phénicien, cabires, génies ou autres; les inscriptions nous les révèlent peu à peu; c’est ainsi que la sixième athénienne 1 nous apprend le nom d’une divinité, appelée Dom , qui entre dans la composition de deux noms propres, Domsillach et Domhanna, lectures indubitables, puisque le texte phénicien est accompagné d’une traduction grecque. Ce nom Dom , Oïl, n’appartient même pas, comme racine, aux langues sémitiques. Pumi ne paraît pas leur appartenir davantage; mais, ainsi que nous le verrons plus tard, les divinités dont le culte était établi sur le sol phénicien n'étaient pas toutes d’origine phénicienne; je ne citerai en ce moment qu’un seul exemple, tiré des inscriptions, c’est celui des noms Osirschamar et Abilosir, composés avec le nom du dieu égyptien Osiris.

La seconde ligne du texte qui nous occupe est iacile à comprendre; elle ne renferme qu’un mot nouveau , con. Par lui-même , il n’a aucun sens ; mais la place qu’il occupe à la suite du nom d 'Idalie, auquel il est lié par la copulative, indique suffisamment que c’est un nom de lieu : il désigne la ville

* llenzcit et (jildemcistcr, Lhtllcltiiw dclT Instil. di corrisp. archeol. XXXIII, 3a i. Lenormant, Voie sacrée Eleusinienne , p. 120 . Levv, Phôni:. Studiai ,111, 17 .

de Tamassus, cité antique bien connue, située entre Idalie et Amathonte, et célèbre par ses mines de cuivre.

Les deux lettres qui terminent cette ligne et les six premières de la ligne suivante forment le seul groupe dont l'interprétation offre quelque difficulté; composé des lettres ND17N1TN , il est rigoureusement encadré entre le mot mtD «autel,» et le mot ojd « deux, » caractérisé par le chiffre II qui le suit. La lettre t est mutilée ; mais je crois être sûr de l’avoir reconnue à une époque où le bord de la pierre avait moins soufTert. Pour moi, elle représente le pronom démonstratif et s’accorde avec mtD; que désigne alors In qui sépare ces deux mots? Je ne puis me résigner à en faire la terminaison emphatique du mol précédent; ce serait un aramaïsme que rien ne justifie et qui aurait l'inconvénient de rendre le reste du groupe parfaitement incompréhensible. Je considère donc cet N et les N suivants comme des articles, ce qui permet de couper ainsi la phrase :

il dj&’n onm în mtD Cet autel et les deux nn ou onN.

L’emploi de I’n comme article n’a rien en soi de contraire au génie de la langue phénicienne. L’ancien article commun aux divers peuples sémitiques est el; sa caractéristique était le b; chez les uns, le ■? était précédé d’un n, chez les autres d’un N, dont la valeur était simplement prosthétique. En arabe, la forme bs s’est maintenue; en hébreu le b a dis-

J. As. Extrait n° 1 1 . (1867.) 2

paru, le n prosthétique s’est seul conservé; mais la trace du b primitif est restée dans le daguesch, qui affecte les consonnes précédées de l’article. Le phénicien se montre à nous comme une langue calquée sur l’hébreu, mais avec quelques particularités qui le rattachent aux autres dialectes sémitiques. Entre les Hébreux qui ont adopté le n et les Arabes qui se servaient de l’x , il est très-possible qu’il ait employé simultanément les deux voyelles. Il n'est même pas impossible que l’article bx par x ait été primitivement employé en hébreu, et qu’il ait donné naissance au pronom démonstratif pluriel nVx, rar. ^x.

Du reste, il me paraît presque impossible d'expliquer le passage qui nous occupe, si l’on n’admet pas cette très-simple hypothèse 1 .

Le pluriel an ou onx désigne évidemment deux

1 M. Lévy ( Ph . Stud. III» 8) combat ccttc hypothèse. J’admets avec lui que les passade* où Gcscnius avait cru reconnaître l’article S sont mal lus; mais il a prouvé lui- me me (Ph. Stud. 11, 55) que dans le dialecte d’Afrique l'emploi de ÎX. pour TD, était fréquent. Sans vouloir donner à ce rapprochement plus d’importance qu’il n'en mérite, on peut néanmoins en conclure que cette substitution du X au H n’est pas radicalement impossible; les arguments que j’ai donnés plus haut ne sont pas, je crois, sans valeur, et je puis ajouter qu’ils ont reçu l’adhésion complète de mon savant et regretté maître, M. Munk. M. Lévy ajoute que le X qui suit le mot □ VIN peut être considéré comme l’équivalent du sufTitc de la troisième personne : hébr. H. Dans ce cas, il admet donc la substitution qu’il déclarait tout à l’heure impossible ! D’ailleurs l’explication proposée par M. Lévy est encore moins admissible; il se demande si ÏX n’est pas une contraction pour Î*1X • cèdre,» et traduit « autel de bois de cèdre.» A cette traduction, il n’v a qu'une difficulté, c’est

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CYPRE. 19 objets ou ustensiles attachés à l'aulel et faisant partie de l'offrande. n ne se trouve qu’une fois dans la Bible, dans la portion chaldaïque du livre de Daniel ( ni, a 5), avec le sens de figure; c'est celui que j’adopte, faute de mieux.

La lin de l’inscription n’oITre pas de difficultés : irn OK, quod dédit, quoique mutilé, est parfaitement lisible sur la pierre.

Le reste ne renferme guère que des noms propres. Iiodo, comme l’a remarqué M. Lévy, est une abréviation pour « Abdo. * Jekounshalum signifie « que la paix arrive, » et offre un nouvel exemple de l’emploi du verbe substantif p. Eshmunadon « Eshmun (est mon) seigneur» correspond à YAdoniah de la Bible.

Quant au nom ynsun, précédé à la troisième ligne par p: « prêtre , » et à la quatrième par « à monseigneur, » c’est évidemment un nom de divinité; il se compose des mots qcn «foudre» et yn «flèche,» et signifie «qui lance la foudre. » C’est une divinité ignée et fulgurante, sur le caractère de laquelle nous reviendrons à la fin de ce mémoire, et qui paraît avoir été spécialement adorée à Citium. Nous avons, en effet, trouvé à Larnaca des inscriptions grecques dédiées au Z eùs K epauvtos ou «Jupiter tonnant, » identification grecque du Reshepkhetz phénicien.

tjiie l'autel lui-même» sur lequel l'inscription est gravée, et que j'ai sous les yeux en écrivant, est en marbre et non en bois.

L'article X se retrouve encore dans le nom du dieu , pour

« le huitième. • (Cf. Maurv, lier, archéologique, III , 76 L )

L'ensemble du texte se traduit donc :

U Le seizième jour du mois de Bul de l’an a i du règne de Pumiatlion , roi de Citium, d’Idalie et de Tamassus, fils du roi Melekiathon, roi de Citium et d’Idalie, cet autel et les deux figures (?) ont été donnés par Bodo, prêtre de Rcsliepkhetz, fils de Jckouushalom, fils d’Eslimunadon , à monseigneur Resliepkhctz; qu’il le bénisse!»

t” CITIESNK.

Les deux inscriptions que nous venons de commenter donnent la clef de la première citienne de Pococke, restée jusqu’à présent inexpliquée. Diverses tentatives faites par plusieurs savants pour restituer et traduire ce texte n’avaient donné aucun résultat définitif. Aujourd’hui il nous est très-facile de déterminer le sens général de l’inscription , les formules et les noms de souverains étant les mêmes que dans les textes précédents; il ne reste un peu d’incertitude que pour les noms propres de la fin, copiés d'une manière incomplète, et pour la détermination desquels on n’est pas guidé par le sens.

Voici comment je lis le texte :

-|bo |rt"CD ■| i ?D i ? i ni m— /v ruera xd-io ni’ 1 ? i m w csu

p Vhni ’ro

ncruc x:n’i jri’ on ntx nVoc Voxi ’ro -| i ?D jno'jD

aav jn’Ssa nox ox’

mnw 1 ? ’roi 1 ? jn’^sa na ny'Dc 1 na

cavDon

« Le vingt-quatrième jour du mois de merapha de l’an 3y du règne de Pumiathon, roi de Citium el d’Idalie, fils du roi Melekiathon , roi de Citium et d’Idalie, cette statue de bronze a été offerte et érigée

par Jas, femme de Baaliathon, serviteur de

fille de et par schemâa, fille de Baalia-

tbon, à madame Asbtoretb. Quelle les exauce!»

La plupart des mots qui composent cette inscription ont été expliqués précédemment. Je me bornerai donc à quelques rapides commentaires.

Le nom du mois de merapha avait déjà été reconnu par Movers, qui l’avait rapproché du mot « Meraphaîm » des IV' Maltaise et XI* Carthaginoise de Gesenius; le premier rapprochement est douteux, mais le second me paraît certain. Voici, en effet, comment je lis cette inscription, qui a été très-diversement traduite jusqu’à présent :

naso

mntMna» 1 ?

Tp*?DT2irp

SjoBBc-p n

DND1D m’3

‘jsajiN nu mnwsn

«Cippe, élevé à Abdashtoreth , fils de Abdmelqartli, fils de Schofctbaal, dans le mois de merapbaïm, année d’Adonbaal et de Gadashtoreth. »

Cette dernière expression , qui rappelle les dates consulaires romaines, est expliquée par la fin de l’inscription de l’autel de bronze dont j’ai déjà parlé et qui se termine ainsi :

jDotmyi robon dsbü no2

« L’année des suflètes Hamilcat et Abdeshmun. »

La présence du mot «suffètes» ne laisse aucun doute sur le sens de la phrase, qui est une date indiquée par le nom de magistrats éponymes.

Le mot DNEtD est au pluriel dans l’inscription carthaginoise, et au singulier dans celle de Citium : ce qui . à la rigueur, peut s’expliquer par la différence de lieu et d’époque; il se peut aussi, comme la copie du texle carthaginois est très-négligée , que le D qui termine la cinquième ligne soit un 3 mal transcrit, ce qui donnerait, en le rapportant au mot no, qui suit, une construction plus régulière et un nom de mois identique à celui de Citium.

Le mot ^DD, qui signifie statue, est suivi d'un n parfaitement clair; cette terminaison féminine est motivée par le sexe de la personne sculptée. Ce fait grammatical , assez curieux , m’a été révélé par les inscriptions encore inédites de Palmyre, qui en renferment de nombreux exemples. Dans ces inscriptions, statue est rendu par le mot araméen dSs, qui correspond au phénicien ^DD. Ce mot, quoique substantif, est toujours mis au féminin, chaque fois que la personne désignée est une femme. Ici la statue dont il s’agit étant celle de la déesse Astarté,

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CYPRE. 23 on a mis au féminin le mot qui la désigne et le pronom qui suit.

La statue est offerte par deux femmes : les deux verbes NJtri jn’ sont donc au féminin , ce qui prouve une fois de plus que le ' initial est la préformante phénicienne du l/ihil et non la caractéristique du futur, sans quoi il y aurait un n initial.

Les noms propres sont d’une forme incertaine et sont d’ailleurs douteux, si ce n’est peut-être le nom du mari d'une des femmes et du père de l’autre, que je lis avec M. Lévy Baaliathon, et qui est trèsrégulier.

On remarquera que dans la liste des villes formant la souveraineté de Pumiathon, Tatnassus ne figure plus.

Avant de continuer le déchiffrement des texles rapportés de l’ile de Chypre, il convient de nous arrêter un instant et de considérer, au point de vue de l'histoire, les trois inscriptions que nous venons d’expliquer.

Il résulte de l'ensemble de ces trois documents l’existence à Citiurn, à une époque jusqu'à présent inconnue, d’une série de trois personnages, Baalram, Melekiathon, Pumiathon, dont le premier n’a pas régné, mais dont les deux autres ont occupé successivement le trône, l’un pendant au moins trente-sept ans, l’autre pendant au moins six ans. Le premier régnait sur Citiurn et sur Idalic; le second avait ajouté à sa couronne héréditaire celle

de Tamassus, mais entre les années ai et 37 de son régne il l’avait perdue.

Reste à déterminer l’époque à laquelle vivait cette dynastie : c’est ici que la numismatique nous est d'un grand secours.

M. le duc de Luynes est le premier qui ait retrouvé les monnaies de Citium, et classé à cette ville les pièces d’or et d’argent portant au droit la ligure d’IIercule combattant, et au revers le lion dévorant le cerf. Mais à l’époque où il publiait ses savantes recherches sur la numismatique des satrapies, la valeur de toutes les lettres phéniciennes n’était pas aussi rigoureusement établie qu’aujourd’Iiui; de plus, les inscriptions étaient muettes, et le savant académicien ne put tirer de sa découverte tout le parti que nous pouvons en tirer aujourd'hui. J’ai donc soumis à un nouvel examen toutes les pièces qui portent les types précités, et j’ai reconnu qu’il était impossible d’attribuer les unes à Citium, les autres aux Chittirn de Syrie ou aux rois de Gcbàl ; que toutes devaient être classées à Citium. L’uniformité des types, des dates, des poids, empêche de les séparer 1 .

Les plus anciennes portent le nom d’un Azbaal, qu’il faut bien se garder de confondre avec Azbaal, roi de Gebâl, dont les monnaies sont d’un style plus récent et d’un poids différent. Les pièces de Gcbàl sont taillées suivant le système phénico-altique, tan-

1 Voyez à la fin du volume un travail plus étendu que nous consacrons à cette question,

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CÏPRE. 25 dis que celles de Cypre sont conformes au système de la darique perse.

Ensuite viennent les monnaies au nom de Baalmelek, autre souverain dont l'histoire ne fait pas mention. Enfin, sur les dernières, j’ai retrouvé les noms des deux rois de nos inscriptions. Les pièces de Melekiathun, en argent et en or, ne sont pas datées; mais celles de Pumiathon, qui sont les plus nombreuses, ont des dates qui vont jusqu’à l’an 46 : ce qui s’accorde avec la longueur du règne de ce souverain. Son nom est écrit jn’BD par élision d’un des \ ce qui est beaucoup plus conforme aux habitudes phéniciennes. Par le style ces pièces appartiennent à la première moitié du iv’ siècle.

Or, un passage de l'histoire macédonienne de Duris, cité par Athénée ( Deipnosoph . iv, 63), nous apprend qu’à l’époque du siège de Ty r par Alexandre le Grand , le roi de Citium s’appelait Uvuarof. Ce petit souverain avait été dépouillé par le conquérant, au profit de Pnytagoras, roi de Salamine, d’un territoire dont il avait auparavant acheté la souveraineté 5o talents à Pasikypros , roi d’Amathonte. Pour moi Uvixam est la transcription évidente de Pumiathon, et la concordance s’établit ainsi entre l’épigraphie , la numismatique et l’histoire. Mais on pourrait pousser plus loin encore le rapprochement: pourquoi cette ville, achetée d’abord, puis perdue par le roi de Citium, ne serait-elle pas Tamassus, que nous voyons apparaître, puis disparaître dans le protocole officiel des inscriptions? Alors l’année 33a,

date du siège de Tyr, tomberait entre les années •j 6 et 3 7 du règne de Pumiathon. .Supposons que cette date coïncide avec l'année 36 de Pumiathon, l’avénement de ce roi se placerait alors en 368, et sa mort vers 3ao. Il resterait après lui une dizaine d'années pour le règne de Pygmalion, le dernier roi indépendant de Citium , détrôné en 3 1 a par Ptolétnée. Quant à Melekiathon , il est probable qu’il monta sur le trône après la défaite d’Evagoras, lorsque Citium recouvra son autonomie, vers 385. Son règne occuperait donc à peu près l'intervalle desannées 385-368. Son père Baalram n’a pas régné, mais peut-être appartenait-il à la race nationale renversée par Evagoras; peut-être descendait-il du roi Azbaal ou du roi Baalmelek, dont les monnaies offrent une si grande analogie avec les siennes.

Les renseignements fournis par les auteurs anciens sur cette période de l’histoire de Cypre sont malheureusement très-vagues. La similitude des noms propres a produit de grandes confusions, et sans le secours des médailles il serait assez difficile de se reconnaître au milieu des Pythagoras, des Protagoras, des Pnytagoras, noms appliqués tantôt au même personnage, tantôt à des personnages différents.

M. Charles Lenormant 1 a pu, à l’aide des monuments numismatiques, rétablir un peu d’ordre dans la classification des souverains grecs; les inscriptions et les médailles phéniciennes, si nos interpré-

1 Trésor de numism. et de glyptique.

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CYPRE. 27 tâtions sont exactes, viennent aujourd'hui jeter un peu de lumière sur la succession des souverains phéniciens , nous donner quelques noms propres et quelques points fixes dans l’histoire de ce petit coin du monde sémitique, histoire obscure sans doute, mais qui a son intérêt parce quelle se rattache aux grands événements de l'antiquité. On nous permettra donc d’en rappeler ici rapidement les principaux traits, en nous aidant des faits nouveaux que nous venons de signaler.

La colonie phénicienne de Citium est une des plus anciennes dont l’histoire fasse mention. Il est question des Kittim dans la Genèse, x, U-

Il est évident que les Phéniciens, dès leurs premières incursions maritimes, abordèrent à file de Cypre : ses richesses naturelles, ses mines de cuivre et de fer, ses belles forêts, ses ports, appelèrent leurs premières migrations. Citium devint leur établissement principal : c’est le point le plus rapproché de Tyr et de Sidon; de plus il offrait par la facilité de ses communications avec les riches plaines du centre de file, et par les qualités de sou port fermé, des avantages de premier ordre. Le nom de Kittim s’étendit à tout le pays ; mais c’est à tort que Gesenius *, établissant un rapprochement entre ce nom et celui de Khittim, a voulu voir dans les premiers habitants de Cypre une branche de la célèbre confédération chananéenne mentionnée dans la Bible. Il se fondait sur la lecture plus que dou-

1 Monument, phœn. p. 12a, 1 5 2 .

teusc de la trente-troisième inscription de Pocockc. M. le duc de Luynes 1 a démontré son erreur ; et en effet il n'y a rien de commun entre ces deux populations : la différence d'orthographe est radicale ; les khittim, O'Pn, étaient établis dans la Syrie centrale; le livre de Josué (i, é) désigne clairement leur territoire, qui était compris entre le Liban, le grand désert et l’Euphrate. Les inscriptions égyptiennes, d’accord avec les livres saints, nous les montrent, sous le nom de Khélas, solidement fortifiés dans la vallée de l’Oronte et opposant une résistance énergique aux invasions des Pharaons; les Kiltim au contraire o'p? n’apparaissent nulle part que dans file de Cypre, et les inscriptions, d’accord avec la Genèse , écrivent invariablement leur nom par un 3. Ce nom, après avoir désigné toute l’ile, finit par n’être porté que par les habitants de la ville de Citium. C’est qu’en effet sur ce point se concentrèrent l'influence, la population et la langue de la Phénicie. L’origine phénicienne des deux autres grandes villes, Amathontc et Paphos, n’est pas contestable; tout le prouve : la nature tout asiatique du culte de la déesse qui y était adorée, le caractère de leur fondateur mythologique, Cinyras, héros grécisé, qui personnifie le sacerdoce local, mais dont les mythographes grecs eux-mêmes reconnaissent implici-

1 iV umism. des Satrapies, p. 78. Néanmoins M. tic Luyaes pensait retrouver le nom des Khittim sur des médailles identiquement semblables à celles de Citium ; mais nous avons été obligé de rejeter celte lecture.

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CYPRE. 20 lement la pairie en le faisant régner à Byhlos et en lui donnant pour fds Adonis. Mais peu à peu ces villes perdirent ce caractère spécial : centres d'un mouvement religieux et politique qui attirait dans leurs murs et dans leurs sanctuaires un grand concours d’étrangers, elles offraient ce mélange ou cette confusion dont la trace se retrouve dans les mythes, les rites, les croyances, et qui existait aussi dans la population, s’il faut en croire Hérodote (VII, 90). Dans ces villes se développa en outre un élément spécial mal étudié jusqu'à présent, qu’à défaut d’autre nom nous appellerons cypriote, et qui se manifesta par les inscriptions en caractères encore inexpliqués que nous avons trouvées dans leurs ruines 1 , par les médailles si ingénieusement classées par M. le duc de Luynes, quoique encore incomplètement déchiffrées.

Citium, bien moins religieuse que commerçante, conserva son caractère primitif: le culte, la langue, les habitudes mercantiles de la mère patrie s’y maintinrent sans altération, ou du moins suivirent la même marche que sur le continent phénicien. Elle eut ainsi une existence distincte de celle des villes indigènes et des colonies grecques établies de toute antiquité sur différents points de la côte. Néanmoins elle suivit toujours le sort de l’ile dans ses rapports avec les puissances voisines; c’est-àdire que, tout en conservant une certaine autonomie, elle fut successivement vassale des grands en»-

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