‹ Mélanges d'archéologie orientaleChapitre 34 sur 42 · I.E LION D'ABYDOS · texte numérisé non relu

I.E LION D'ABYDOS

J'ai étudié avec grand soin les originaux au Musée Britannique, et j’ai pu constater que les transcriptions qui ont cours ne sont pas toutes absolument exactes. On me permettra donc de m’y arrêter quelques instants.

I^a formule principale des quatre lions les plus lourds est invariablement la suivante, dans laquelle il n’y a de changé que le chiffre, suivant le poids du lion :

apis n z lll|3Q

La formule correspondante inscrite sur le cinquième lion est :

“Ss M II

Le sens de cette dernière phrase est bien clair; elle signifie :

2 mines du roi.

M est la particule du génitif qui se rencontre aussi sur le lion d’Abydos.

En comparant la première formule à la seconde, on voit que le 2 qui s’y trouve après le chiffre n’y joue aucun rôle grammatical ; il ne saurait être la préposition à, dans , car la phrase se construit sans elle et ne se construirait plus avec clic; il faut donc considérer 2 comme une abréviation ou un sigle. Pour ma part, me rappelant que la lettre 2 a la valeur numérale deux , je pense que sa présence ici in-

LE LION D'ABYDOS

dique l'emploi du poids fort, double du poids ordinaire, et je traduis la première formule :

3 mines doubles , de la ville.

11 est à remarquer en effet que le 2 ne se trouve que sur les lions de la série lourde.

Ce qui confirme notre interprétation, c'est l’emploi d’une notation analogue constatée dans les inscriptions cunéiformes gravées sur ces mêmes poids. M. Fr. Lenormant ( Essai sur un document mathématique chaldéen, Lévy, 1868 , p. t)3) a récemment démontré

qu’un signe particulier et constant

était tou-

jours placé devant le nom du poids, quand il s’agissait de la série forte, et, par des exemples nombreux, il a prouvé que ce signe indiquait la réduplication. Il est tout naturel que cet usage ait été transporté dans les inscriptions araméennes, qui reproduisaient d’une manière abrégée et à la portée du vulgaire les indications renfermées dans les textes cunéiformes.

Le talent ou bilat babylonien, quel que fût son poids, était divisé en 6 o mines , et chaque mine en 6 o divisions que, faute de connaître le nom assyrien, nous appelons du nom grec drachmes ; le sic/e valait «leux drachmes.

La drachme babylonienne du système le plus faible, ou 3 ^ de 3o3oo grammes, équivalait à 8 ,r 4 i ; d’après M. Brandis, c’est ce poids d’or de 8‘'4i> ou poids de la darique, qui, considéré à son tour comme

iOG

l.E LION D'ABYDOS.

statère et servant d’unité, a produit, par l’application du système centésimal (too drachmes à la mine) usité chez les Grecs, une mine de 4ao ,r 7 et un talent de a 5 a 45 grammes. Ce talent d’or perso-babylonien n’est autre que le talent euboïque dont M. Yasquez Queipo a démontré l'identité avec le talent attique.

Ce talent est aussi celui qu’était censé représenter le lion d’Abydos; l’écart de 7 à 800 grammes entre le poids réel du monument et le poids normal n’est pas une difficulté qui puisse nous arrêter quand il s’agit de poids aussi lourds; avec l’imperfection des procédésantiqueset les altérations subies par le bronze, avec l’approximation nécessaire des chiffres adoptés par les divers métrologistcs, on ne peut espérer arriver à une concordance complète ; les divergences offertes par la série des lions de Ninive le prouvent surabondamment; mais ici la coïncidence est suffisante. Notre lion serait donc un talent euboïque , et, si je ne me trompe, ce serait le premier découvert jusqu’à présent; il mérite donc à ce titre l’attention des archéologues, autant que sous le rapport de l’art et de la paléographie.

Patis. — Imprimerie de Ad. Laind, rue des Saints-rèus, 1».

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