Vumum. du satr., p
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rait qu’Azbaal ou Baalmelek auraient vécu au vi* siècre. L’anomalie serait alors bien plus grande ; car le style de leurs monnaies, malgré les traces d’archaïsme qui s’y rencontrent, ne convient nullement à une époque aussi reculée. Il est beaucoup trop perfectionné. On conçoit que par routine, par tradition ou par calcul, des types anciens se conservent dans le monnayage ; mais on ne saurait s’imaginer l’éclosion spontanée au vt* siècle dans l’île de Cypre, d’un style numismatique aussi avancé, et aussi peu en rapport avec le caractère des pièces frappées à la même époque en Grèce, en Asie Mineure, en Syrie.
Dêmonikos.
M. le duc de Luynes 1 est le premier qui ait supposé l’existence de monnaies frappées par ce personnage ; il lui attribue les pièces à légendes cypriotes qui portent l’initiale A placée absolument dans les mêmes conditions que l’abréviation ETA, sur les monnaies analogues d’Évagoras. M. Fr. Lenormant a ensuite reconnu le même roi sur une monnaie du Cabinet Behr (n” 098) où il est désigné par les initiales BA AH pour BuiXhoç Ar^ovtxou. Cette manière d'écrire est tout à fait conforme aux habitudes des graveurs grécocypriotes; on sait que les noms d’Évagoras, Nicoclès, Pnythagoras, Pythagoras, Ménélas sont exprimés sur les monnaies par les abréviations ou sigles
ETA. ET. NIK. NK. UN. n. MEN., et ce système a été suivi, nous l'avons déjà dit, sur les
1 Aumt'im. cyprioli, pl. IV, p. 23.
pièces phéniciennes de Citium dont le champ n’était pas assez étendu pour contenir une légende complète. M. Lenormant a de plus très-justement rapproché la pièce de Démonikos d’une médaille publiée par M. de Luynes (N. des satr., pl. XIV, n‘21) et attribuée par lui à Citium. Ces deux monnaies sont aujourd’hui réunies au Cabinet de France, et l’on peut les comparer entre elles. Je les ai fait graver de nouveau l’une à côté de l’autre (pl. XI, n 0 ’ 17 et 18). L’identité saute aux yeux. Je pousserai l’analogie plus loin encore que mon savant ami.
En effet, la lecture sn -jSnS ou ns m tombe devant les modifications que nous avons été amenés à faire dans la série de Citium ; il faut trouver une autre explication. Je propose donc de lire “b'ab, «du roi Démonicus, » et de considérer cette légende comme la transcription en caractères sémitiques du nom hellénique du souverain grec. La seule objection possible est tirée de la longueur de la haste du 1 initial ; mais je ferai observer que toute la légende est assez grossièrement exécutée, qu’aucun des caractères qui la composent n’est tracé suivant le type pur de l’alphabet usité à Citium; que l’écriture a plus d’analogie avec celle des monnaies ciliciennes 1 ; que la légende se présente à nous comme l’œuvre d’un artiste grec probablement peu versé dans l’étude des langues sémitiques. Celte petite difficulté ne me paraît donc pas de nature à détruire l’argument tiré de l’identité des deux monnaies.
Démonicus, qu’on le considère avec Tzetzès * comme un
1 II pn est de même dos légende* phéniciennes des pièces bilingues frappées à Marium de Cypre. (Voy. Waddington, lie rue numhm. t 1800, p. 4.)
* Cluliad. XI, Mtt.y 382. Cette opinion a été adoptée par M. de Luynes ( op. eit.) et par Ch. Lenormnnt ( Trésor de mitn. et glypt. A'titn. des rois grecs , p. 74). — Voy. Engel, A'ypros, t. II, p. 3’J5.
fils d’Evagoras ou avec Isocrate, comme le fils d’un riche insulaire nommé llipponicus, était à Cypre le représentant de la réaction grecque contre les succès des Perses et de leurs alliés les Phéniciens. Ami des lettres et des arts de la Grèce, il continuait, sur un des petits trônes de l’île ', la tradition d’Évagoras. Ses monnaies sont bien conformes au rôle que l’histoire lui assigne : elles sont essentiellement grecques. Le type d’IIercule, quoique imité de celui des monnaies de Citium, n’a pas cet archaïsme conventionnel dont nous avons parlé. Quant à la Minerve qui occupe le revers, c’est un souvenir d’Athènes, et comme un hommage reconnaissant offert aux services rendus par la ville de Minerve à la cause des souverains grecs de Cypre et à la cause de la civilisation dont ils étaient les champions. La présence, sur une partie de ses monnaies, de légendes phéniciennes ou imitées du phénicien, s’explique par les besoins de la circulation dans un pays de population trèsmélangéc : ces espèces étaient destinées aux habitants asiatiques de l’île ; les pièces du même souverain, à légendes cypriotes, s’adressaient aux indigènes : les pièces grecques étaient destinées aux relations extérieures. La même distinction existe dans les poids de ces différentes espèces. La monnaie à légende grecque pèse 7 gr. : c’est une lourde drachme gréco-asiatique; celle à légende phénicienne pèse 10« r ,95 : c’est un statère perse comme les pièces de Mélekiathon. Les pièces à légende cypriote sont des fractions du même système.
1 11 y en avait iwuf, suivant Diodore, XVI, 42.
Êvagoras.
Avant de quitter ia numismatique de l’ile de Cypre, je donnerai la description d’une petite pièce d’or inédite d'Évagoras qui fait partie de ma collection.
Tête de femme à droite.
ET. P. Tête imberbe à droite avec des cornes de bélier.— AV. Poids, 0*’,80. — (PI. XI, n» 19. )
Le P désigne sans doute la ville de Paplios. La tète de femme est celle de la Vénus paphienne, la tête d’homme celle de son amant Adonis. Les cornes qui chargent son front sont un résultat de la fusion du symbole asiatique du bélier avec le type grec anthropomorphe. De même le type du Jupiter Ammon a été créé par la fusion du Zeus olympien hellénique avec le Kneph égyptien à tête de bélier.
Le bélier est l’efiigie ordinaire des anciennes monnaies cypriotes* : il symbolise la puissance divine mâle; comme tel, le bélier est sacrifié à la déesse de Cypre, et lui sert de support *; le lion est un symbole de même nature, et se voit aussi sur un grand nombre de monnaies cypriotes primitives
Le taureau, au contraire, est le symbole de la puissance femelle, Vénus ou Astarté, comme tel il figure aussi sur les anciennes monnaies cypriotes ; mais il est à remarquer qu’il n’est jamais seul*. Les pièces sur lesquelles il est frappé portent au revers la figure d’un aigle qui est, lui aussi, le symbole du dieu mâle, solaire. Les deux faces d’une même
* Luynes, Sum. ryp , pl. I.
* Voir l'explication de ce» symbole*, ci-dessu» p. 65.
* Luynes, op. cil. , pl. II.
* Luynes, iWJ. pl. 111.
monnaie offrent ainsi la figure réunie des deux symboles qui expriment la dualité divine. Quand, sous l’influence de l’hellénisme, les croyances et les symboles revêtent une forme mythique et humaine, l'Olympe grec envahit de plus en plus la numismatique cypriote; mais la tradition première se conserve. Sur la plupart des pièces gréco-cypriotes, nous voyons la figure d’un dieu substituée au lion, à l’aigle ou au bélier, et sur l’autre face, la figure d'une déesse substituée au taureau. Celle-ci est en général ou la Vénus papliienne couronnée de fleurs 1 , ou la Vénus- Anaïtis couronnée de tours et protectrice des villes’ , ou l’Astarté-Europe assise sur un taureau \ ou l’Astarté-Hcllé, assise sur un bélier*. Quant au dieu, c’est ou Hercule-Melqarth, ou Apollon, ou Adonis-Tammouz.
Sur la pièce d’Évagoras qui nous occupe, on voit d'un côté la tête de Vénus; sur l’autre face est une tête d’Adonis: grecque par le type, elle se rattache au symbolisme oriental par les cornes dont elle est ornée.
1 Luynes, Num, cyitr., pl. V, 5, 11. Cette coiffure eut celle des statues archaïques do la déesse que j’ai rapportées de Cypre, et qui sont aujourd'hui an Musée du Louvre.
* ld., ibid.y pl. II, 18; pl.V, 7, etc.
* Id , ibid., pl. V, 1, 2.
* ld., itid , pl. V, 3; pl. VI. 5.