PI. XII
Parmi les mémoires numismatiques du regretté duc de Luynes, un des plus remarqués a été, sans contredit, celui qu’il a consacré à l’étude des monnaies nabatéennes'. Dans ce travail, il a fait preuve de toutes les qualités de l’archéologue, joignant la sagacité de l’esprit à la perspicacité de l'œil, l’art des rapprochements ingénieux à la prudente hardiesse des hypothèses, la connaissance approfondie des monuments à celle des textes. Recherchant et retrouvant, dans les diverses collections, toute une série de médailles inexpliquées et délaissées, il lésa comparées, rapprochées, expliquées l’une par l’autre, et de ce travail, rendu plus difficile encore par la petitesse des pièces, par les incertitudes de la langue et de l’écriture des légendes, est sortie une page d'histoire numismatique destinée à combler une lacune de l’histoire ancienne.
La plus décisive épreuve était réservée à ce travail : la découverte d’inscriptions originales, trouvées dans le pays
1 fieruf mimûtn , nouvelle s^rie, t. III, 1868, p. 292, pl. XIV, XV, XVI.
même et écrites non plus en caractères microscopiques, mais avec de grandes et profondes lettres, d’une lecture facile et indiscutable. Ces inscriptions, pour la plnpart recueillies par M. Waddington, ont été de ma part l’objet d'un travail spécial J'y ai retrouvé les noms royaux découverts par H. de Luynes, Harethath, Malikou, Dabel, qualifiés, comme sur les médailles, Roit de Nabat, avec une orthographe identique. De plus, ces inscriptions portent des dates, elles établissent la filiation des deux premiers princes et par la comparaison de l’écriture avec celle d’une inscription trouvée dans le même pays et datée de l’année 7 de l’empereur Claude (47 ap. J.-C.), j’ai été amené à les considérer comme postérieures à l’ère chrétienne.
Ces points fixes manquaient à M. de Luynes qui, ayant à choisir entre les divers Arétas et Malchus dont parle l’histoire, s’est arrêté à ceux qui vivaient dans le premier siècle avant notre ère. Les considérations numisraatiques sur lesquelles il s’appuyait ne sont pas sans valeur, mais elles doivent céder, je crois, devant la paléographie. La différence, d’ailleurs, ne porte que sur un petit nombre d’années, si ce n’est pourtant pour la pièce n" 1 de M. de Luynes, contemporaine, selon lui, d’Alexandre Bala, et à laquelle je ne saurais accorder une antiquité aussi reculée. M. de Luynes l'attribuait à un Malchus : il lisait le mot qui se trouve dans l'angle gauche inférieur du revers [Voy. notre planche XII, n" 3), et commençait par ce mot la légende ; mais ici encore j’aurais un avis différent : la dernière lettre du mot est un u et non un 1 : elle a cette forme spéciale qui caractérise l'aUph nabatéen et le fait
1 Syn> centrale, inscriptions, pl. 13, 14, 15. — Voy. nu»*i Rerue archéologique, 1864, et F. de Saulcy, Musée Tarent, premier fascicule.
ressembler à un (J moderne. De plus, la légende ne saurait commencer à cette place, aux trois quarts de la circonférence : pour moi, le nom royal était dans l’angle gauche supérieur; il est aujourd’hui effacé, et le mot suivant est le mot nsSd, le Roi, à l’état emphatique, selon la grammaire araméenne, qui est celle des Nabatéens. La même formule se trouve sur notre inscription n* 4 de Bosra ' , et sur les monnaies de Dabel, ainsi que nous le verrons plus loin. Elle correspond à la formule des inscriptions et- des médailles phéniciennes, dans lesquelles le mot -|Sa est aussi répété, mais placé avant le nom royal *. En araméen , il est placé après le nom, mais il est mis à l’état emphatique. Cette même pièce est datée de l’an 43 ; or les dates, ainsi que nous le montrent les inscriptions, courent de l’ avènement de chaque roi. Elle appartient donc à un roi qui a régné très-longtemps ! la longévité parait avoir été trèsgrande dans cette famille, car nous avons deux Arétas différents, dont l’un a régné au moins quarante-quatre ans et l'autre trente-deux ans; je les crois différents, parce que leurs monnaies diffèrent complètement par le style, sans quoi on serait tenté de ne voir qu’un seul et même personnage dans ces deux monarques si remarquablement doués de vie. J’ajoute que, pour ma part, j’ai une grande peine à admettre l’existence, dans le premier siècle avant notre ère, d’une écriture araméenne cursive déjà aussi déformée que celle de ces médailles : je m’incline néanmoins devant les divergences du style numismatique.
De ces deux Arétas, l’un, le plus récent, est celui qui régnait à Damas à l’époque de saint Paul (3$) ap. J.-C.) , — je
1 Syrie centrale , etc., pl. 14.
* Voy. notre travail sur les inscriptions et médailles de Cypre ci dessus, pp. 4, 14, et Appendice, pp. 10-12.
le démontrerai plus tard, — le plus ancien ne peut donc être que l’Arétas contemporain de Pompée, vaincu en 63 avant Jésus-Christ C’est à lui que j’attribue le bronze en question. Mais alors si ce prince a régné au moins quarantequatre ans, son règne a dû commencer au moins en l’an 95 avant Jésus-Christ, car en l’an 48 nous trouvons un Malchus sur le trône de Pétra. Il serait donc le même que l’Arétas Philhellène, roi de Damas en 85 et dont on possède des médailles grecques. C’est la conclusion que nous adopterons jusqu’à nouvel ordre : elle est conforme sous un rapport, à l’opinion de M. de Luynes, qui, frappé de la ressemblance de la tète du prince nabatéen avec celle de l’Arétas Philhellène, n’avait pas hésité à les identifier; où nous différons, c’est sur la longueur du règne et par conséquent sur l’identification de l’Arétas suivant, l’Arétas Philodème : pour mon savant prédécesseur, Arétas Pbilodème est le contemporain de Pompée, pour moi, c’est le contemporain de saint Paul ; la longueur du premier règne, attestée par des médailles découvertes depuis peu, nous oblige à faire descendre le second jusqu’à cette époque plus rapprochée de nous.
Je vais décrire ces médailles, mais auparavant il convient de résumer les renseignements fournis par les inscriptions sur les souverains de la Nabatène. Les textes sont réunis dans l’ouvrage déjà cité; ils nous donnent quatre noms et quatre dates :
1* Malikou, l’an 11 de son règne ;
2” Harethath, l’an 32 de son règne ;
1 Pour tou* le» texte» relatif» à ce» événement», je renvoie au travail trèscomplet do M. le duc de Luyne».
3* Malikou, fils de Harethath, l’an 17 de son règne ;
4“ Dabel, l’an 25 de son règne.
Je place Dabel le dernier dans l’ordre chronologique. M. de Luynes hésitait, faute de renseignements, sur l’époque à lui assigner. Une médaille inédite de ma collection, décrite plus loin, nous apprend qu’il était fils de la reine que M. de Luynes appelait Sycaminith (mais dont je lis le nom Seqailaih), et par conséquent de Malikou, frère et époux de cette princesse.
Ces préliminaires établis, je passe à la description des pièces trouvées depuis la publication de M. de Luynes, et de celles dont je crois devoir changer un peu la lecture.
Harethath. Arétas Philhellènk. c. (95-50 av. J.-C.).
1 tan: ■jSo nm(rt). Harethath, roi de Nabat
Tête d'Harethath imberbe et diadémée, à droite ; autour, cercle de perles.
fi. pmn pj© (td&j psV© ) reine de Nabat.
Année deux. Tête voilée de la reine, à droite; dans le champ, n. — ÆG 4 e ',32. Collection de Luynes. (PI. XII, n* 1. )
2. ...i 3 — ps© i©33 "jS© n(mn\ Harethath, roi de Nabat. Annie XXXII ou XXXIII. Tête d'Harethath imberbe et diadémée, à droite, avec de longs cheveux calamistrés. Un accident du coin a donné au menton une saillie anormale. Derrière la tête, dans le champ, n ; autour, cercle de perles.
fi. Pas de légende. Tête de femme voilée, à droite. Dans le champ, n. Cercle de perles. — /R. Poids, 4*', 28. Ma collection. (PI. XII, n*2.)
3. Pas de légende. Tôle d’Harethath, à droite, avec de longs cheveux calamistrés.
in 33 rus? inaa ««Sa (nmn). Harelhath le roi, roi d e N abat. Annie XLIII. Corne d’abondance ceinte d'un diadème. — Æ. Poids, 9« r ,20. Cabinet de France. (PI. XII, 11 ° 3.)
Le n° 1 est le n° A de M. de Luynes, qui lisait autrement la date. Je crois que le mot pnn est certain; c’est du pur araméen : le nombre deux au féminin ; l’usage d’écrire les dates en toutes lettres est tout à fait nabatéen : nous le trouvons sur d’autres médailles (Luynes, n° 11) et sur la plupart des inscriptions.
La date du n° 2 est écrite en chiffres, et d’une manière assez insolite : le signe de la dizaine est placé avant celui de la vingtaine. Cette même anomalie se retrouve sur d’autres pièces décrites plus loin ; je ne crois pourtant pas qu’on puisse énoncer le nombre autrement que je ne l’ai fait, par exemple, en retranchant 10 du chiffre suivant, comme dans la numération latine. On conçoit, en effet, que pour abréger on écrive XL au lieu de XXXX, et XC pour LXXXX; mais ce résultat est obtenu à la seule condition que le second chiffre ait une valeur très-supérieure à celle du premier : dans la numération sémitique le chiffre le plus élevé étant le signe qui vaut 20, cette condition ne serait remplie que par rapport à l'unité; ainsi les nombres 10, 17, 18 et 19 seraient les seuls qui, par abréviation, pourraient être écrits à l’aide du signe 20, en le faisant précéder de A, 3, 2 ou 1 unité. Aucun exemple positif* ne nous autorise à penser que ce système ait été suivi. Mais
1 La pièca du Musée Britannique sur laquelle M. de Luynes (n* 7 ) Ut lu nombre IX écrit par ce système, n'est pas d'une lecture assex certaine pour servir de preuve positive.
écrire 20 — 10 pour exprimer 10, loin d’être une abréviation, serait un absurde pléonasme, qu’on ne saurait admettre chez des gens raisonnables, sans y être obligé par des preuves absolues. Jusqu’à nouvel ordre, nous continuerons donc à donner aux vingtaines et aux dizaines la valeur qu’elles ont dans tous les systèmes sémitiques, sans nous préoccuper de leur arrangement.
Quant aux unités, elles sont généralement liées entre elles par le bas ; la même disposition se rencontre dans les inscriptions de Palmyre.
Sur la pièce n° 2 les unités sont effacées : il y en avait deux ou trois, à juger par les traces et la forme inclinée de la première qui se reliait aux autres.
Sur la pièce n° 3 les unités sont liées.
Ces trois pièces paraissent bien appartenir au même personnage ; nous avons déjà dit les raisons qui nous le font identifier avec Arétas Philhellène. Ce monarque aurait donc occupé le trône de Pétra entre les années 95 et 50 avant Jésus-Christ.
Pendant ce long règne, il joua un rôle important, dont M. de Luynes a retracé les principaux événements, tout en les attribuant à deux personnages différents. Appelé en 85 par la garnison grecque de Damas, il prit possession de cette ville et y frappa des monnaies grecques ; plus tard, son intervention dans la querelle des princes juifs Hyrcan et Aristobule amena l’expédition victorieuse de Pompée et deScaurus (66-62).
Malrou ou Maukoü. Malchüs. e. (50-28) .
M. de Luynes proposait d’attribuer à ce souverain les pièces sur lesquelles il avait très-heureusement déchiffré
le nom de isSo. Je crois devoir les reporter au roi homonyme, contemporain de Yespasien, d'autant plus qu'une pièce nouvelle, datée de l'an 33, et que je publie plus loin, attribue à ce prince un règne trop long pour pouvoir être intercalé entre Arétas Philhellène et Obodas. Je renvoie d'ailleurs au travail de mon savant prédécesseur pour le récit de la vie agitée de Malikou, de ses querelles avec Hérode le Grand et de la part qu’il prit dans les mémorables luttes de César et de Pompée, d’Antoine et d’Auguste.
C’est à ce prince que j’attribue l’inscription n° A de Bosra, datée de l'an 1 1 .
Obodas. (c. 30-7 av. J.-C.).
Nous n’avons pas de monnaies de ce souverain. Son nom s’écrivait, je suppose, nuï. Homme faible et sans caractère, il s'occupa très-peu des intérêts de sa couronne et laissa toute l'autorité entre les mains de son procurateur, que Josèplie nomme Syllæus. Au dire de Strabon (XVI, A, 21), les rois nabatéens avaient l'habitude de confier le gouvernement à un èpitrope pris parmi leurs compagnons, et auquel ils donnaient le titre de frère. L’exemple des rois précédents montre que Strabon a trop généralisé le fait en disant que ce frère exerçait le pouvoir absolu; mais pour Syllæus il était dans le vrai. Ambitieux et sans scrupule, Syllæus était le véritable souverain : il aspirait à substituer sa famille «V la race royale qui, jusque-là, avait toujours occupé le trône (Strabon, ibid.). Par ses fourberies il manqua laire échouer l'exploration militaire d’Ælius Gallus en Arabie (an 2A), et sut néanmoins conserver un grand crédit à la cour de l’empereur Auguste. Il se rendit à Rome pour y combattre l’influence d’Hérode le Grand, auquel il avait
voué une haine mortelle à cause de son mariage manqué avec Salomé, sœur du roi des Juifs. On peut lire dans Josèphe (Ant.jud., XVI, vii, ix, x) le récit de ses intrigues. Elles amenèrent la guerre entre Hérode et Obodas. Hérode réclamait en vain l’extradition des chefs de brigands de la Trachonite et le remboursement d’une somme de 60 talents qu’il avait prêtée au roi de Pétra. Il franchit la frontière, dispersa les troupes nabatéennes,tua leur chef Nakeb, et prit la ville de Raepta. Syllæus, toujours à Rome, obtint d’Auguste qu’il blâmât la conduite d’Hérode et refusât de recevoir l’ambassade juive chargée des explications du roi. Sur ces entrefaites, Obodas mourut (7 av. J.-C.), laissant la couronne à son fils Arétas ', dit Æneas.
L’occasion était venue pour Syllæus de mettre à exécution ses projets préparés de longue main. 11 fit refuser l’audience aux envoyés nabatéens chargés d’offrir à Auguste une couronne d’or et d’obtenir de lui l’investiture du nouveau roi; puis, par des présents habilement distribués dans l’entourage impérial, il se ménagea de puissants protecteurs et demanda la succession d’Obodas. Cette nouvelle intrigue fut déjouée par Nicolas de Damas, ambassadeur d’Hérode, qui sut détromper Auguste, rétablir les faits, et, dans un procès public, obtenir la condamnation et la mort de Syllæus.
Réconcilié avec Hérode, Auguste voulut joindre à ses états ceux de la couronne nabatéenne ; il ne pouvait pardonner à Arétas de n’avoir pas attendu son agrément pour recueillir la succession paternelle; mais réfléchissant au grand âge d’Hérode et au peu de confiance qu’il avait dans ses fils, il revint à des sentiments plus équitables et con-
1 Cette filiation est établie par un passage d’Et. de Byzance, t. Â va par.
sentit à accorder à Arétas l’investiture sans laquelle, malgré son éloignement et la protection de ses déserts, il ne se sentait pas en sûreté sur son trône.
Habethath Piulodême. Aretas Æxeas, contemporain de saint Paul (7 av. J.-C. — c. 40 ap. J.-C.)
A. nas (D)m 11233 qba nmn) .Harelbath, roi de Nabat, qui aime son peuple. Dans le champ, n, O. Tèted’Harethatb, à droite, laurée, imberbe, avec de longs cheveux et la moustache ; autour, cercle de grosses perles.
fi. ...n ruw TO33 nsbo nSn. Chulda, reine de Nabat. Année 2. Dans le champ, 0. Cercle de perles. — Æ\. à*, 70. Cabinet de France. Luynes, n* 7.
La date, un peu mutilée par en haut, se compose de deux unités ; la dernière est plus longue. Cette circonstance se retrouve dans les inscriptions de Palmyre : c’est elle qui, par suite des ligatures, a produit la forme des chiffres arabes modernes T et T dont nous avons fait 2 et S.
5. Tête d'Harethath, à droite, imberbe, laurée, avec de longs cheveux flottants. Dans le champ, n.o. Cercle de perles.
fi. Il H3W mas (Dm)... qba nmn. Jlarethath, roi de {Nabat, qui aime ) son peuple. Année 2. Femme debout drapée, à gauche, la main droite levée. Dans le champ, o.n et sd, peut-être sa, initiales de tnsa, Bosra'. — Æ. Cabinet de France, Luynes, n* 12.
La seconde unité est plus longue que la première, comme dans l’exemple précédent. M. de Luynes considé-
1 Cette orthographe nous est donnée par une inscription de Palmyre, Syris centrale, pl. 4, n* 22.
rait, à tort, je crois, ce chiffre comme l’équivalent du chiffre 10.
6. noy am noia nmn. Harethath, roi de Nabat, qui aime son peuple. Tête d’Harethatb, à droite, laurée, avec de longs cheveux flottants.
nj. 33 na© Année 40. Têtes accolées d’Harethath et
de la reine, sa femme, à droite. — Poids, h gr. Ma collection. (PI. XII, n° 4.)
7 1D33 nmn. Ilarelhalh, roi deNabal Tête
d’Harethath, à droite, laurée, les cheveux flottants.
H. nu 33 na© Année b à. Têtes accolées d’Harethath
et de la reine. — A. Fruste. Poids, 3", 68. Ma collection. (PI. XII, n* 5.)
8. Têtes accolées d’Harethath et de la reine Seqailatb, à droite. Au-dessus, dS©, paix, dans un cercle de perles.
ii. nS^p© nmn, Harethath, Seqailath, en trois lignes. Deux cornes d'abondance diadémées disposées en sautoir, dans un cercle de grosses perles. — Æ. Poids, 4 r ,08 et 3", 43. Ma collection, deux exemplaires dont l’un provenant de Bosra. (PI. XII, n“ 6.)
Les monnaies d’Arétas Philodème forment deux séries bien distinctes. La première se compose des pièces d'argent et de bronze qui portent au revers la tête de la reine seule ou divers symboles; la seconde se compose des pièces qui portent au revers les tètes accolées du roi et de la reine : le monnayage de la seconde série est très-inférieur à celui de la première.
La première série comprend , outre nos pièces n°* 4 et 5, celles décrites par M.leducdeLuynessous lesn”*8,lletl3.
Le n° 8 de M. de Luynes porte la date de l’année 12
1 Cett* lettre a été oubliée par mégarde par le graveur de notre planche.
écrite avec le chiffre 10 et deux unités accolées entre elles. (Comparez la manière dont le nombre à est rendu sur notre n” 7.)
Le n* 11 porte la date nwy mw\ année dix, écrite en toutes lettres; le n° 13 est de la même année.
Sur toutes les pièces de cette série oit il n’est pas effacé, le nom de la reine est nSn, qu’avec M. de Luynes nous lisons Chulda.
La seconde série comprend, outre nos pièces n”* 6, 7 et 8, celles décrites par M. de Luynes sous lesn 0 * 6 et 6, là à 1 8. Les dernières sont des pièces de bronze semblables à notre n” 8, moins le mot placé dans le champ. Les deux premières sont d’argent, et portent des dates que je considère comme étant composées du chiffre 20 et du chiffre 10 liés ensemble <—*3= o 3. Sur ces pièces, comme sur les miennes, le nom de la reine est effacé, mais les pièces de cuivre, qui sont évidemment contemporaines et par le type et par la négligence du monnayage, nous apprennent qu’elle s’appelait nS'pc, Seqailath' (arab. lül-, polità), nom dérivé du radical Spw, pondcrare, d’où æslimare, et qui signifie grata, accepta. Les noms formés de même sont trèsnombreux dans ce pays; les inscriptions grecques du Haouran nous fournissent beaucoup d’exemples, tels que :
Oèev«0T), EoêoXiOr,, XïjipotTi), Toémiérj, EovojiïOr,, M«p£«6r,, etc.
Il résulte de cet examen qu’Haréthath Philodème eut deux femmes, la première, Chulda, régna avec lui au
1 Et non It&y nnü, comme l’a rendu le graveur de la planche : 1a pièce
est au Cabinet, et j’ai fait la vérification.
* Et non Sycaminith, la troisième lettre est un iod nabatéeu parfaitement caractérisé, et dont notre graveur n’a malheureusement pas très-bien saisi la forme.
J WeUftein, Atugcuahllt Inschriften, etc^n 1 * * 04 17, 127, 193, 131, 143, etc.
moin9 jusqu'en l’an 12; la seconde, Seqailatli, lui fut associée, au moins à partir de l’an 30 de son règne. Les médailles flous apprennent, en outre, que ce règne a duré au moins quarante-quatre ans; dès lors il me parait évident que ce monarque n’est autre que l’Arétas, fils d’Obodas, qui, succédant à son père l’an 7 avant J. -G., vivait encore à l’époque de l'évasion de saint Paul, c’est-à-dire quarante-six ans plus tard, l’an 39 après J. -G. Nous avons déjà raconté l’opposition qu’il rencontra de la part de Syllæus et la peine qu’il eut à recueillir l’héritage paternel.
Arétas eut, de son premier mariage sans doute, une fille qu'il donna à Hérode Antipas, tétrarque de Galilée. L’union fut heureuse pendant de longues années, dit Josèphe (4nf. jud., XVIII, v), jusqu’au jour où elle fut troublée par la beauté d’Hérodiade. La célèbre intrigue d’Antipas avec sa belle-sœur amena la fuite de la princesse nabatéenne, qui courut demander vengeance à son père (33 ou34ap. J. -CA La guerre éclata et fut fatale aux Juifs. Battu près de Gamala, Antipas eut recours à Tibère. L’empereur prenant parti pour lui, ordonna à Vitellius, gouverneur de Syrie, de marcher contre Arétas et de le prendre mort ou vif. Le général romain, peu soucieux de s’engager dans une campagne lointaine et difficile au delà du Jourdain, exécuta lentement ses instructions et se trouvait encore aux environs de Jérusalem lorsque Tibère mourut (37). Il s’empressa de retourner à Antioche. Caligula changea immédiatement de politique, déposséda Antipas en faveur d’ Agrippa I", et probablement alors donna Damas à Arétas. En effet, on ne trouve aucune médaille impériale frappée dans cette ville pendant les règnes de Caligula et de Claude. Ainsi s'explique la présence d’un gouverneur na-
batéen à Damas au moment de la fuite de saint Paul en l'année 39 (II Corinth., XI. 32).
C’est à cet Arétas que je rapporte l’inscription de Salda, citée plus haut et datée de l'an 32 de son régne, ce qui la placerait en l’an 25 après Jésus-Christ.
Malikou, Malchus, contemporain de Vespasten.
9. ni s-Nfiaw tom (qSo ksSq isSo). Malikou le roi, roi de Nabat. Année 33. Buste de Malikou, à droite. Fruste.
*j>. (tou roSo) nnnx nS’pw. Seqailath, ta tœur, reine de Nabat. Buste voilé de Seqailath, à droite, dans un cercle de grosses perles. — yR. Poids, 3«',60. Ma collection. (PI. XII, n” 7.)
J’ai complété les légendes de cette pièce à l’aide de celles décrites par M. de Luynes (19 et 20) et qui sont pareilles, aux dates près. L’une d’elles est de l’année 25 ; c’est ainsi du moins que je lis le signe 3(3 = X3 comme à Palmyre.
L’inscription nabatéenne citée plus haut nous apprend que ce roi était fils de Harethath ; elle est datée de l’an 17 et se rapporte par conséquent à ce long règne. Monté sur le trône vers 40 après Jésus-Christ, Malikou vivait encore en 73 : c’est donc lui qui, au dire de Josèphe (Bell, jud., III, îv, 2), amena des troupes auxiliaires Vespasien en l’an 67. Ce corps d’armée se composait de mille cavaliers et de cinq mille fantassins ; il concourut avec les légions romaines à la défaite des Juifs, rivaux séculaires des Nabatéens.
Suivant un usage oriental, il avait épousé sa sœur, laquelle s’appelait du même nom que la seconde femme de son père
Dabel, Zabelus. e.(75-10à).
10. Têtes accolées de Dabel, laurée, imberbe, les cheveux courts, et de Seqailath, laurée, à droite.
fi. non nS’po Snxt (en trois lignes). Dabel, Seqailath, sa mire. Deux cornes d’abondance diadémées, disposées en sautoir. — Æ. Poids, ; 2«',32. Ma collection, deux
exemplaires. (PI. XII, n° 8.)
11. Clou) ’jSa toSc Shûi). Dabel le roi, roi (de Nabal). Tête laurée de Dabel, imberbe, les cheveux courts, .1 droite.
fi. [ 1 B 23 pdSd nSjaa. Gemilath, reine de Nabat. Tête de Gemilath voilée, à droite. — /R. Poids, 3‘',15. Ma collection. (PI. XII, n* 9.)
12. Têtes accolées de Dabel, imberbe, laurée, les cheveux courts, et de Gemilath, laurée, à droite.
fi. nbna Sun. Dabel, Gemilath. Cornes d'abondance en sautoir. — Æ. Poids, 3", 25. Ma collection, provenant de Bosra.
13. Mêmes types et même légende, sauf que Dabel a les cheveux longs et flottants. — Æ. Poids, â (, ,32 à 2* r ,75. Ma collection, cinq exemplaires. (PI. XII, n°* 10, 11,12,13.)
J'ai complété les légendes du n° 11 à l’aide des deux pièces du Cabinet de France (Luynes, 22, 23), et constaté que l’une d'elle portait aussi la formule -[So nsSb.
i Ne se pourrait-il pas que ces deux femmes fussent une seule et mémo fille d'Arétas Philodème et associée par lui aux dernières années de son gouyernement?
l.c roi Dabel ou Zabelus était donc fils de Malikou et de Seqailath. A la mort de son père, vers l’année 7 4 de Jésus- Christ, il régna sous la tutelle de sa mère. Il portait alors les cheveux courts à la mode romaine, et conserva cette habitude dans les premiers temps de son mariage avec Gemilath (nSca, de brzi, benefecit , placuit , arabe, LL*»., pulchra ) , puis il revint aux usages de ses ancêtres, sans doute lorsque les progrès de l’ambition impériale curent menacé son indépendance. Il fut le dernier roi de Nabatène. En effet, une inscription nous apprend qu’il régna au moins vingt-cinq ans; il était donc probablement sur le trône lorsque Trajan, vers l’an 104 de notre ère, fit prendre et soumettre Pétra par son lieutenant Cornélius Palma Dès lors, le nom de Nabatène disparut de la scène du monde oriental, et les ateliers monétaires de Pétra et de Bosra frappèrent des monnaies à l’efligie de3 césars.
1 Dion C«m., LXVIII, H.
P»rii. — Imprimé par E. Tbcnot «t C», rut Racio» H.