‹ Mélanges d'archéologie orientaleChapitre 5 sur 42 · XXXIX* CHIENNE · texte numérisé non relu

XXXIX* CHIENNE

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KMYP NOS

ENOAAEKEI

MAIANHP

IÎKPÎÎMATO

POîOS

Inscription bilingue, gravée sur une plaque de marbre blanc, de o“,3o de hauteur sur o”,io de largeur. I couvée h Larnaca et donnée par moi au musée du Louvre. Le texte grec , rétabli par M. Waddington, est ainsi conçu :

S ivQtos éx Avxitis Mépros évOâSe xeïfxai àt»)p êxTrufxani-noios

u Myrnos de Xanthc en Lycie : je repose ici. Fabricant de vases. »

Caractères du iv* siècle avant J. C.

Au-dessous se lit la ligne phénicienne :

t nac oiN Dlolp bvs ’BiSn catn 1 ?

«A Myrnos le Lycien, fabricant de vases, qui [repose dans] cette demeure. »

Le sens des premiers mots est évident ; on remarquera dans le mot «Lycien, » que le Y grec est rendu par un 1 phénicien, d’où il est permis de conclure qu’à cette époque le Y grec se prononçait ou.

*?i'B est un substantif verbal, dérivé du verbe bien connu qui signifie faire , fabriquer.

La fin est très -mutilée : le p, qui commence le quatrième mot, et qui parait suivi d’un D, donne le mot EDp, qui serait le pluriel phénicien de Dp = nçp ou nt?p «vase.» J'ai suppléé deux lettres pour donner une significalion à la fin, et en prenant na avec le sens de demeure sépulcrale, qu’il a sur plusieurs monuments funéraires *.

L’existence d’une fabrique de vases à Citium au iv' siècle est assez, intéressante. Le nom du potier «Myrnos le Lycien» est à ajouter à la liste des artistes dont les vases eux-mêmes nous out appris les noms. Fabriquait-il des vases de terre jaune à ligures noires, comme les tombeaux de l’archipel en renferment de si nombreux spécimens, ou bien, continuait-il la tradition des orfèvres phéniciens, qui , plusieurs siècles avant lui, ciselaient les précieuses coupes trouvées non loin de Citium et conservées au musée du Louvre 2 ? Nous ne saurions le dire, le mot èKitrjyjx s’appliquant également aux coupes de terre et à celles de métal.

1 T* Maltaise et inscriptions de Palmyre.

1 Longpérier, Notice des Antiquités assyriennes , etc. ri** 536, 537.

J. As. Extrait n* 11 . ( 1 #67.) 3

Stèle de pierre calcaire de i"\35 de hauteur, pointue par le haut : trouvée près de Larnaca par M. Piéridis et donnée par moi au musée du Louvre.

perst 1 ?

3’ 'ilN

(») Sc

«A Eshmun, monseigneur, Jabousel. »

Le nom du personnage qui a dédié cette stèle au dieu Eshmun n’est pas absolument certain, à cause du mauvais état de la pierre. Le b final est douteux; s'il n’exisle pas, il faut lire Jabous [hébr. D13^ Pedibus conculcavil , i. e. hostem). Si le S existe, on pourrait le considérer comme une abréviation de Su, Pc us , et lire Jabousel [i/nein Dcus conculcare fecit].

XLI* CITIENNK.

Sur une pierre basaltique, noire, brisée à Tune de scs extrémités, trouvée ù Larnaca par M. Piéridis, et aujourd'hui en ina possession.

• OC? J JDÜN 1 ?

«A Eslimun , monseigneur, Neshek... »

Le nom du donataire est mutilé.

INSCRIPTION DF. LAPITHOS.

AOHNAI SHTEIPANIKH KAIBASI AEÎ2S PToAEMAIOY PPAÏIAHMoSSESMAoS ToNBÎÎ.. NANEO..EN AT A.HITYXHI

La dernière inscription phénicienne que nous ayons rapportée de Chypre se trouve dans un petit village, nommé Larnax Lapithou, situé au sud-ouest des ruines de l’ancienne ville de Lapithos. Ce village est bâti sur le versant sud de la chaîne de montagnes qui borde la côte septentrionale. l)n peu audessus des dernières maisons, on voit un grand ajjer conique de pierres, en partie naturel, en partie artiliciel, qui peut avoir 6 mètres de haut et ko mètres de circonférence à la base. Au pied du tumulus, sur le rocher qui lui sert de noyau , on lit l’inscription bilingue précédente.

Le texte grec, gravé avec soin en caractères de la lin du iv’ siècle, se lit facilement ainsi qu’il suit :

\9nvi StuTs/pa Ni'xp xa ) jSacn'Asois TlroXefia/ov Tlpa^/Sri/xos ’Secrpaos rov €ùj\pb]v àvé6[r)x]ev

Àya[% tv'xî?.

«A Athéné, sauveur, et à la victoire du roi Ptolémée, Praxidème, fils de Sesmas, a élevé cet autel. Ce qu’à bonheur soit ! »

Par des considérations paléographiques tirées de la comparaison de cette inscription avec les autres textes grecs de file, M. Waddington assigne à celle qui nous occupe la fin du iv* siècle; il est donc évident qu’il s’agit ici de Ptolémée Sotcr et de sa victoire définitive sur Antigone et sur les princes cypriotes , ligués avec lui (3 1 1 avant J. C.). Praxippos,

roi de Lapitlios, faisait partie de la ligue, ainsi que les souverains de Citium, Marium, Cerinia et Amathontc. 11 fut un des premiers vaincus parSélcucus, débarqué dans l’île, au nom de Ptolémée, et il est tout naturel qu’un trophée ait été élevé sur son territoire.

Le texte phénicien, gravé sous le précédent, est difficile à lire, à cause du peu de profondeur des lettres; néanmoins nous sommes parvenu à le déchiffrer, et à prendre une copie dont je garantis l'exactitude. Le commencement de la cinquième ligne est seul douteux.

en tv njjp

'DDlCl-p dboSstJ nsîo r(Nl en?' cïj i ?trc t 7l

u A Anaït, force des vivants, et au seigneur des rois, Ptolémée : Baalsillom, fds de Scsmaï, a consacré cet autel. Ce qu’à bonheur soit! »

La première ligne nous donne, d’une manière certaine, l’orthographe sémitique du nom de la déesse Anaïtis, qui n’avait pas été rencontré encore jusqu’à présent dans les inscriptions. Nous reviendrons tout à l’heure sur cette divinité, son titre , et son identification avec la M inerv e grecque.

03*?D")K, Seigneur des Rois, contraction pour px QD'JD, par suite de la chute du ], si fréquente dans

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES I)E CYPKE. 39 les langues sémitiques. Cf. Dinx = ot*31x (II Reg. xx, ai, et III Reg. îv, 6). L’application de ce titre à Ptoiémée Soter prouve que, dans l'inscription d’Omm el-Awamid, 1ère des osSo'pN est celle des Séleucides; on peut en conclure aussi que, dans l’inscription d'Eshmunazar, cette expression désigne le grand roi, et non le dieu Milchom.

Le nom de Ptoiémée est écrit, suivant l’usage sémitique, avec la suppression des voyelles; pourtant le i a été conservé l * 3 , ce qui ferait supposer qu’à cette époque la lettre i se séparait de l'a dans la prononciation de la diphthongue ai.

Le nom propre Baalsillcm est de même formation que le nom Eshmunsillem de la IV* athénienne; il répond au grec ïlpa^i'Srinos , mais n’en est pas la traduction. Avec la conquête macédonienne, nous voyons s'introduire en Cypre l'usage des doubles noms, si répandu dans la Syrie*. Le père de Praxidènie, qui vivait sans doute avant les victoires de Ptoiémée, n’avait que son nom sémitique 'CDD, dont nous avons restitué le premier b d’après le grec, et qui se trouve une fois dans la Bible (I Chr. n , 4o).

Enpi , Jphil de en?, selon la conjugaison phénicienne, signifie très-régulièrement consacra , dvéûvxe.

Après le verbe, nous avons restitué le x de la

1 II est à remarquer que cette lettre est également conservée

dans la transcription hiéroglyphique du mémo nom.

3 Cf. les noms cités dans Joscphe, Joachim-Alcimns, Onias-Mcitélas, Jonathan-Alexandre Jannéas, etc. et les inscriptions bilingues de l’almyre.

40 INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CïPRE.

particule de l’accusatif riN , qui est appelé par le ri et par le régime qui suit. Cette particule est ordinairement écrite en phénicien D'N ; les exemples en sont très-nombreux et inutiles à rappeler ici. On trouve pourtant l’orthographe nx une fois dans l’inscription d’Eshmunazar, et assez fréquemment dans les inscriptions plus modernes de l’Afrique.

La dernière ligne correspond au grec AyaBÿ riyp ; on reconnaît déjà , à la fin , le mot asi u bon , » qui , en phénicien, joue le rôle du aie hébraïque 1 * . Le mot qui précède, avec une légère restitution, devient StO, mot inusité en hébreu ancien, mais qui, dans la langue talmudique 3 , correspond exactement au mot grec r vyiv, l’expression 21B ^TD est employée par les rabbins, avec le sens de «bonne chance!» et il est curieux de la voir usitée déjà au iv* siècle avant notre ère.

Les inscriptions de Cypre nous auront donc fourni deux exemples de locutions talmudiques , dont l’origine remonte aux époques antiques : le mot ns'Vn , pris dans le sens de « règles , ordres . » et celui de StD dans le sens de « fortune, chance. » D’autres faits du même genre se présenteront sans doute. Toutes les acceptions propres au langage altéré des rabbins n’ont pas pris subitement naissance au i" siècle avant noire ère , et quoique étrangères à la langue poétique et relevée de la Bible ,

1 Cf. C2C? de l'inscription d'Omm el-Awamid I . et le nom

propre • N.tmphamo. »

* Cf. Buxtorf, Lrxic. rabb. verb. H'îj .

INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES DE CYPRE. 41 elles ont pu faire partie de l'idiome vulgaire ou épigraphique commun aux populations de la Phénicie et de la Judée.

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